6 - Chers lecteurs, je vous souhaite de belles découvertes et une bonne balade !

                                   Construire un Rêve

Je suis le fils unique d’une famille pauvre exerçant la profession de sabotier. Nous vivons en autarcie et nous faisons partie d’une population unique. 

Nous avons une particularité qui n’est pas très courante, de nos jours. Les secrets et traditions restent dans nos familles respectives intra-muros.

Mes parents, François et Gabrielle, portent le costume dit, de la « giz-Poher », la mode du Pays du Poher (Pays de la Montagne d’Arrée). C’est un costume noir et très sobre de la mode de 1870.

Voici la description de celui de ma mère : une jupe longue, cousue dans du drap, un tablier en crêpe avec une bavette en triangle, un chemisier blanc à quatre trous et une camisole, agrémenté d’une bande de velours, en largeur. Une coiffe toute simple amidonnée qui recouvre le bonnet noir ramassant le cheveu souvent natté. Pour garder la chaleur du corps, elle portait à son cou et en descente de ses épaules, une pièce de peau de renard, nommée pèlerine.

La description de celui de mon père : un pantalon à pont, utilisé par les marins, orné de rayure grise et noire, tenu par un morceau de cuir, servant de ceinturon. Une chemise blanche sans col, un « jilettenn » (sans manches) ainsi qu’un « chupenn » (veste à manches), fermé par deux lacets). Il portait un chapeau en feutre orné d’un ruban de satin !

Notre habitation est située au milieu de la forêt, en la paroisse du « Haut du Bois ». Le hameau nommé « La Colline de L’Église », est situé au fin fond d’une vallée, non loin de la ville "d’Ahès", prénom donné à la fille du Roi Gradlon. Une cinquantaine de huttes, construites en torchis et recouvertes de chaume, y sont regroupées en masse.

L’intérieur de celles-ci, est très sommaire : un banc-coffre pour garder le peu de nourriture, deux paillasses pour y dormir et une table en chêne sur laquelle reposent deux bougeoirs ainsi qu’un âtre*, surélevé d’une dalle de granit. 

La représentation d’un archange, nommé Saint -Michel, terrassant le dragon, figure allégorique du mal, orne l’ouverture de la porte principale. Dans l’histoire du catholicisme, cet archange est accompagné de ses deux acolytes, Gabriel et Raphaël. Ils sont présents pour protéger tous les Saints.

XIXe - Editions Villard
Nous sommes à la veille de Noël, le vingt-trois du mois de décembre de l’an 1872. Le ciel est très sombre, le vent de Sibérie qui traverse notre Pays est très difficile à supporter. La température est très basse. Mes parents couvrent toutes les entrées d’air et remplissent l’âtre, de nombreux fagots ramassés de long mois auparavant.

Yannick, un de leurs voisins, s’empresse de venir les chercher pour l’aider à sauver des brebis égarées dans une pâture, recouverte par la neige épaisse. 

Ils s’en allèrent, tous trois, à quelques centaines de mètres de notre hutte. Plusieurs heures passent et toujours personne à venir. Je passe la nuit, seul dans le froid et la peur.

Au lever du jour, vers sept heures du matin, je me réveille dans ce froid glacial, regardant les dernières braises se consumer. Ni présences, ni nouvelles de mes parents, je décide alors de sortir de la hutte et en ouvrant la porte, je peux voir une haute et large épaisseur de neige.

Youenn, un de mes voisins, vint vers moi, tristement. Il se met à pleurer en priant Dieu ! Il me regarde dans les yeux et me dit ceci :

« Mon garçon, ton père et ta mère ne reviendront pas, ils ont été attaqués par des loups, cette nuit, dans le fin fond de la forêt ! Leurs corps sont massacrés, ils sont méconnaissables, je ne peux te les faire voir!

Avec l’aide de mon ami, le chanoine* Berrou, de la paroisse du « Haut du Bois », avons pris soin et délicatesse de les enterrer de nos mains. Nous avons érigé une croix au pied de leur sépulture, pour que tu puisses te recueillir ! »

Je me retrouvais, alors seul au monde, seul au beau milieu de ces arbres millénaires. Je pleurais de tout mon cœur en me demandant ce que j’allais devenir ! Pierrick, un autre voisin, me propose de venir chez lui, loger pour la nuit suivante.

Avant de s’en aller, le chanoine me propose de l’accompagner au presbytère de la ville "d’Ahès". Il connaissait une personne pouvant m’accueillir pour plus longtemps. Je pris alors quelques vêtements et je quittais le lieu de mon enfance avec regrets.

Nous arrivons aux portes de la ville, après avoir parcouru de nombreux kilomètres, dans cette neige épaisse. La crête de la ville était très difficile à franchir. Le presbytère, se trouvait au centre de la paroisse de « La Ville Fortifiée ».

Le chanoine me donne de quoi m’habiller sobrement : un « chupenn » noir à quatre boutons, reliés par une ficelle, un pantalon noir à rayures grises et une chemise à col blanc ainsi qu’une paire de sabots de bois. Il m’offre également le couvert et le gîte. 

Quelques jours, plus tard, un homme élégant se présente à moi, vêtu d’un costume de la mode de 1850.

Il en était vêtu de la sorte :

Un « bragou-braz » (pantalon large et bouffant) tenu par des lacets à pompons, soutenu par une large et somptueuse « gouriz » (ceinture de cuir), fermée par une boucle en laiton en forme de cœur, ornée de perles de gueules et d’azur, une chemise blanche à faux col, un « jilettenn » avec perles et broderies, un « chupenn » de couleur sable à double rangée de boutons d’or, une paire de guêtres à rangée de six boutons ainsi qu’une paire d’escarpins lisse et vernie. Il était coiffé d’un chapeau perlé et décoré, en poil de castor orné d’un ruban de velours fermé par une boucle en vermeil ! Ce costume lui allait à merveille car il était grand et svelte !

Portrait réalisé par Eugène Disdéri - 1860

Il me demanda si cela me plairait de l’accompagner en sa demeure, située à deux lieues de cette ville "d’Ahès" et me dit ceci : 

« Mon garçon, si vous le voulez, avec votre consentement, je vous offre le gîte en mon château du village nommé « Le Petit Bocage », en la « Paroisse de Saint-Iben ». Vous verrez, vous vous y sentirez bien, je vous le promets ! »

Je lui demandais alors ceci :

« Monsieur, pour quelles raisons, me vouvoyez-vous ? »

Il me répondait alors, stupéfait :

« Mon garçon, je suis un noble homme, je fais alors partie d’une classe sociale élevée de Bretagne. Cette façon de dialoguer envers notre famille est la seule et l’unique. J’ai aussi des enfants que je vouvoie ! »

Je m’étonnais de ce drôle de langage.

Il me fait monter dans une belle calèche, appelée « voiture », tirée par quatre chevaux, tous aussi beaux les uns que les autres.

Après des heures de route, mêlées de chemins et de bois, nous arrivons au milieu d’une forêt. Le cocher suivait une allée cavalière, séparée de deux rangées de châtaigniers.

Tout au fond, se trouve cette belle et grande belle demeure, le Château. La voiture s’arrêtait sur le parvis, recouvert de petits cailloux blancs.

Je pouvais alors contempler le logis principal, au centre, agrémenté de trois hautes ouvertures, d’un seul tenant. L’escalier monumental, en granit, se finissait par un perron et était entouré de deux petites ouvertures, en deux pans. Sur chaque aile du logis se trouvent quatre larges ouvertures.

La couverture du toit est fournie par des ardoises des Montagnes. Trois ouvertures, nommées lucarnes ornent le dessus de ce Vaisseau. Elles sont ornées de motifs et de décorations multiples. Deux grands conduits de cheminée s’élèvent au ciel.

Au-dessus de la porte d’entrée, se trouve une pierre en granit, où sont gravés les armoiries* de la famille


« écartelé : au 1 et 4 d’or au lion morné de sable à la cotice de gueules brochant sur le tout, qui est de Kerret, au 2 et 3 d’argent à deux colombes adossées les têtes affrontées d’azur becquées et membrées de gueules, qui est du Val »

Passé le pas de la porte, se trouve un vestibule, décoré de tableaux de chaque membre de la famille depuis des générations. Un escalier en marbre blanc avec une dizaine de marches, se trouve sur la gauche. En face, une vaste pièce s’ouvre à moi. Elle est décorée de différents tableaux, de meubles de style Louis de Bourbon, treizième du nom. Au plafond, descendent quatre lustres fournis d’or et de diamants. Les boiseries des murs sont dessinées et sculptées. Deux foyers de cheminée calorifères sont apposés aux murs latéraux. Ils sont en marbre noir et décorés de sculptures s’appuyant sur les plans imaginés d’un Palais Ducal, situé en la paroisse de Rennes. 

Quatre grandes ouvertures éclairent la pièce donnant accès à l’esplanade sur laquelle descend un escalier de granit massif.

Je peux m’évader et contempler ce magnifique jardin à l’anglaise, dessiné par un descendant du Maître-jardinier, André Le Nôtre. Au centre, se trouve une grande vasque en granit où surgit un long jet d’eau.

Je me crois en plein rêve, n’ayant jamais vu de pareil endroit. Je découvre de pas en pas ce joyau architectural, d’une extrême richesse et en même temps d’une simplicité ressemblant à celle de son propriétaire.

Au total, quatorze pièces, fourni de six chambres, deux cabinets privés, deux bureaux, une salle d’aisance, une salle de réception, une salle de confort et d’une cuisine richement appareillée meublent ce « Monument ».


Croquis du Château - 2024
Je lui posais alors la question de connaître son prénom, car il ne s’était pas présenté à moi.

Il me répondait alors :

« Je me nomme René Maurice, vicomte de Kerret et de Quilien. Ma famille est l’une des plus importantes Maisons de Bretagne, issue de lointaines extractions de noblesse*. Ici, mon garçon, ont vécu mes ancêtres ayant eu les titres de noblesse : comte, marquis et baron ! »

(1833-1898)

« Et vous, mon garçon, quel en est votre nom ? »

Je lui répondais :

« Je n’ai pas de prénom, Monsieur, je n’ai pas été baptisé. Mes parents étant trop pauvres pour payer le Recteur. Toutes les personnes m’appellent "mon garçon »

Tout en le suivant à l’intérieur de son cabinet privé, décoré de boiseries sculptées de divers motifs, il me propose de m’asseoir sur un fauteuil de style Louis Philippe de Bourbon, recouvert d’une tapisserie en velours, tachetée d’azur et d’argent.

Le foyer ne s’arrêtait pas de chauffer cette petite pièce dans laquelle, il avait entre-fermé un volet.

Il me suggéra ceci :

« Installez-vous convenablement, je vais vous raconter une histoire, mon garçon ! Pour que vous preniez conscience de l’importance de ce lieu, dans l’histoire de votre si belle et riche région : La Bretagne »  

Il commença alors son récit :

« Il y a une dizaines d’années, par un soir de pleine lune, je me promenais sur mes terres à cheval, en la saison des moissons. De la lumière sortait par une ouverture d’une de mes dépendances, qui sert d’habitation aux carriers et ardoisiers, derrière le bois de la propriété, dans ce Pays nommé l’Arrée. C’est une maison, construite sobrement, en pierre de taille et recouverte d’ardoises de La Montagne.

Je pouvais distinguer de nombreuses ombres faisant penser à des hommes et des femmes, une cinquantaine, je dirais. Le feu de la cheminée éclairait la pièce de part en part. Je pouvais voir un homme au pied de la porte, en dehors. Il était d’une grande élégance.

Je lui pose la question pour connaître son nom ! Je lui demande alors :

« Bonsoir, Monsieur, votre visage m’en est inconnu, puis-je vous en demander votre nom ? »

Il me répondait alors d’une voix grave accompagnée d’une extrême gentillesse :

« Je me nomme Alexandre René Marie, valet du comte de La Marche et de Bodriec »

Cette famille de La Marche était une très grande famille dans ce Pays. Elle détenait une majeure partie des terres de l’Arrée. Les restantes, étant les miennes. Il est même dit qu’un grand officier de l’armée française, Gilbert du Motier, connu sous le nom du marquis de La Fayette, y aurait acheté les terres d’un manoir, tout proche d’ici.

Mais revenons, à cette histoire, me dit-il !

Le valet me conviait à entrer dans cette pièce remplie de toutes ces personnes que je ne connaissais et me dit ceci :

« Entrez donc, mon garçon ! Vous êtes ici chez vous ! Vous allez vous y plaire !  Il n’y a que des personnes et des amis si chers à votre cœur ! »

Je passai alors, le pas de la porte, avec son arc en anse de panier. Le linteau était sculpté de la date de 1594. A l’intérieur, se trouvait une foule de nobles, richement habillés, mêlant coquetteries et prestance. Chacun d’eux me regardait avec insistance, en me souriant.

Je me serais cru dans la salle de bal du Château de Versailles !

Les femmes avaient de longues robes bouffantes, de couleur d’azur, de gueules, de sinople, recouvrant leurs chaussures à talons. Elles étaient coiffées de chapeaux, ornés de plumes d’oiseaux.

Les hommes portaient des fuseaux longs, allant jusqu’au haut de leurs chaussures vernies. Les vestes étaient colorées d’azur et de gueules. Le jabot blanc de leur chemise, en mousseline, sortait comme un foulard. Ils avaient tous un macaron apposé sur leur buste, portant leurs noms.

Les murs de la maison étaient décorés de panneaux d’azur et une phrase était inscrite au bas de ceux-ci.

Je me posai des questions, à savoir ma présence dans ce lieu magique. Un des convives m’invita, à m’asseoir sur le banc qui se situait à l’intérieur de la cheminée monumentale.

Sur le chapiteau de celle-ci, se trouvait une multitude d’inscriptions en tout genre, de toutes les couleurs. Deux grandes lettres y en ressortaient, peintes en or, je pouvais lire : L et A, initiales de Louis d’Orléans, douzième du nom des Rois de France et de la duchesse de Montfort, Anne de Bretagne !

Chaque personne se présentait, tour à tour, en passant par devant moi, en me remerciant. Il n’y avait que des nobles gens de ce Pays de Bretagne :

La famille du Bot du Grego, venant du manoir de Trévaré, en la paroisse de Saint-Goazec :

Louise-Exupère-Françoise-Charlotte, marquise de La Roche, vicomtesse de Pontbellanger et du Curru, baronne de Laz et de Bonté. Le comte de Pontbellanger, Antoine d’Amphernet, son époux. Le comte, Thomas Scholastique, son père. Le marquis, Charles François Jules, le baron de Bonté Michel Louis et son épouse, la baronne, Elisa de Carlotti.

La famille du Val et de Kerret, ma famille, venant du Château de Lanniron, en la paroisse d’Ergue-Armel :

Le vicomte, Charles Fidèle, mon père et la comtesse de La Faluère, Marie Marguerite Félicie Lefebvre, ma mère, ma promise Marie-Léonie Gautier, le comte Alexandre Jean René Marie, mon grand-père, Marie Françoise Fidèle Anne Le Borgne de Kermorvan, ma grand-mère et dame de Quilien, Catherine Barbe de La Haye, mon arrière grand-mère.


Charles Fidèle (1803-1878)

1684 - Catherine-Barbe de La Haye

La famille de Penandreff, venant du manoir de la Boissière, en la paroisse de Briziac-Edern :

Les comtes, Jean-Baptiste et Vincent-Thomas

La famille de Tregain, venant de leur manoir, en la paroisse de Lan-tre-varzec :

La comtesse Marie accompagnée de Philippe du Quellenec et de Françoise Le Thominec.

Je pensais en voir la fin mais je m’y trompais. S’en suivaient alors :

L’aristocrate, James Montjarret de Kerjegu, de Moncontour, Mme la marquise de Vieuville, d’Ergué-Armel, Mme la marquise de Pompéry, de Pen-harz, accompagnée de son amie et belle-sœur, Mme la marquise de Sévigné, de Bodivit, les seigneurs Jean de Quelen de Conq, Jacques Le Nepvou de Berrien, Jacques de Kersaintgilly de La Marche et de Bodriec.

Je voyais peu après, des amis de mon père !

Monseigneur Jean-François de La Marche, évêque de Léon, Monseigneur Adolphe Duparc et Monseigneur Bertrand de Rosmadec, tous évêques de Cornouailles. 

La file se terminait par des nobles portant les titres royaux de Bretagne :

Le vicomte Jean II de Rohan et son épouse, la princesse Marie de Bretagne, le comte de Montfort et duc de Bretagne, Jean V et son épouse, la duchesse Jeanne de France, le duc François 1er de Bretagne et son épouse, la duchesse Isabelle Stuart d’Écosse.

Je vis toutes ces belles personnes, souriantes, d’une gentillesse et d’une simplicité extraordinaire ! Je ne comprenais aucunement ma présence dans cet endroit rempli de féerie et de magie. Je n’étais plus la personne que j’étais. La vie me faisait un cadeau.

Je demandais alors au valet du comte :

« Que fait-je ici, Monsieur ? »

Il me répondit avec la plus grande stupeur, devant toute l’assemblée :

« Mais mon garçon, cela en est votre vie ! Vous l’avez passé, à nous faire revivre à chaque instant et ce, dans les moindres détails. Vous l’avez fait, en aimant, en partageant aux autres individus, votre passion qui pour vous n’en est pas une !

Vous avez réussi à comprendre que cela vous est devenu, un art. Celui de faire défiler nos vies respectives avec le plus grand respect, la plus grande sagesse ainsi qu’avec la plus humble dignité.

Parfois, vous vous êtes trompé mais vous avez réussi à gagner notre confiance. Vous nous avez pensé, aimé, imaginé, pleuré. Vous avez réussi ce que vous vouliez depuis longtemps, nous vous en remercions gracieusement ! »

Mes larmes coulaient le long de ma joue et mes jambes en tremblaient de bonheur.

Un petit garçon ayant le même âge que moi, caché, dans un petit coin de la maison s’est alors approché de moi, en laissant toute la foule autour de lui.

Il me dit ceci :

« Mon ami, je n’ai pu vivre ma vie, à cause de la barbarie des hommes. Ils ont fait assassiner ma famille dans d’horribles conditions alors que, vous, sans me connaître, avez su me faire revivre et cela n’a pas de prix.

Vous avez grandi, pris confiance en vous. Nous avons échangé maintes et maintes fois dans des circonstances troublantes. J’ai essayé de répondre à vos questions. Votre promise a raison, faites des recherches et vous découvrirez ce qui se cache dans votre vie ! »

Je m’étonnai des dires de ce petit garçon, habillé de vêtements royaux.

Je lui posai alors la question, pour connaître son nom.

« Comment vous nommez-vous ? »

Il me répond spontanément :

« Mr L, pardi ! Vous ne me reconnaissez pas, mon ami !! Je n’ai pas changé depuis tout ce temps !! Jurez-moi et promettez-moi de ne jamais prononcer mon vrai prénom auquel cas, malheurs vous arrivera ! »

Mr L ( (1785-1795)

Je lui réponds ainsi :

« Votre Altesse, je vous jure devant Dieu, que je resterai dans le secret »

Je me levai de cette chaise aussi brûlante que mon sang et me fondais dans toute cette foule, tandis qu’une comtesse me glissa discrètement au creux de l’oreille :

« Mon garçon, lisez la phrase sur les murs et vous découvrirez votre dulcinée ! »

Ce fût chose faite, je pouvais alors déchiffrer ce qui était écrit, tant bien que mal :

Qu’aucun querelleur n’y entre, car celui qui s’y frotte s’y pique, dans cette maison, où ce qui me plaît m’ennuies, je ne changerai jamais ! "

Car le titre du livre tant rêvé et continuellement ouvert à jamais sera intitulé :



« A Ma vie ou bien encore A PLUS !
»

Sous les applaudissements, je regagnais mon cheval et pouvait repartir en mon Château, la tête remplie d’étoiles et de joie. »

« Cela en est la finalité de ce beau conte, me disait-il ! »  

Il me demanda, en souriant :

« Alors, mon garçon ? Mon histoire vous a plu ? »

Je lui répondais avec émerveillement que j’en étais ravi et que c’était une histoire très joliment racontée et que j’aimerais en écouter d’autres.

Il me dit alors :

« Je vais faire mieux que cela, vous allez faire la connaissance d’un de mes amis. Il est voyageur du temps, il va vous apprendre des choses comme je viens de le faire. Je vous laisse le rejoindre, il vous attend sur le perron ! »

Je rejoignais, cet homme, nommé Loeiz, un petit homme d’un mètre soixante, à peine, tout courbé, l’air bourru, le regard avide, les cheveux longs et une barbe de huit jours. Il me faisait presque peur !

Il tenait la lanière de son cheval, d’une main ; un postier Breton, d’une belle robe et d’une crinière si blanche que l’on se voyait dedans avec le reflet de la lune et de l’autre, une espèce de cigare mouillé. 

Sa voiture, appelée « char à bancs », était remplie de vaisselle, linges et bibelots en tout genre, recouverts d’un grand drap noir. Il me disait être un de ces grands voyageurs de commerce venant de la mer et traversant ces terres pauvres et arides.

Il me dit ceci :

« Alors mon garçon ! Tu es prêt à venir voyager avec moi, dans les contrées lointaines ? Tu n’as pas peur de la nuit sombre ? Car nous allons traverser les ténèbres et des endroits lunaires ! »

Je lui répondais, alors :

« Je ne suis pas tranquille quand je suis seul mais en votre compagnie, cela me rassure ! »

Avant de partir, j’entreprenais de faire le bouche-à-main* à l’homme qui m’avait sauvé de la mort.

Je lui dit ceci :

« Monseigneur, je vous remercie de pleine grâce de m’avoir accueilli et de m’avoir promulgué les bonnes paroles. Sans vous, je ne sais où je serais ! Permettez-moi de vous honorer avec la plus grande délicatesse ! »

Le vicomte, me répondait d’une manière sobre et élégante : « Mon garçon, sachez que vous serez le bienvenu, ici. Vous êtes désormais chez vous. Vous revenez au moment où vous le souhaitez ! Mais promettez-moi de vous confesser devant un Homme de Dieu ! Au Revoir mon garçon ! »

 Ma réponse était sans attente :

« Je vous le promets Monseigneur ! Vous êtes à jamais rentré dans mon cœur ! Au Revoir ! »

Et hop ! Nous voilà parti, pour l’inconnu, sur l’allée cavalière, éclairée par la pleine lune menant au centre de la « Grande Paroisse ». De nombreux marchands y séjournaient, pour la nuit, dans les nombreuses auberges. Nous ne nous arrêtons que pour acheter un bout de pain noir et une chopine de vin.

Le cheval n’avançait pas très vite car les chemins empruntés étaient très difficiles d’accès. Loeiz me dit alors m’envoyer dans un endroit unique au monde, si beau et si gracieux autrement appelé : « La Motte Cronon ». Nous traversons des vasières, des pâtures, des rivières et au bout de quelques heures, nous arrivons au lieu tant attendu.

Loeiz me demanda alors :

« Mon garçon ! As-tu déjà fait la connaissance de Dieu ? »

Je lui répondais, en hochant de la tête, que non.

Il me racontait alors ceci :

« Tu as moyen de le voir !  Il est représenté en sculpture de Kersantite, tenant le globe terrestre de sa main gauche et saluant le monde de son autre main, sur la façade de l’église de Saint-Herbot, non loin de la « Nouvelle Paroisse », située dans le Pays Dardoup au pied des Montagnes Noires. Il est souvent accompagné, en représentation d’anges ailés autrement appelés archanges. Tu en connais des archanges ? » me demandait-il

Je lui répondais alors :

« Oui Monsieur, j’en connais un, nommé Michel, je l’ai déjà rencontré dans mon village, il y a quelques temps »

Il me disait alors :

« Tu dois être un brave garçon, dans ce cas !  Nous allons le rencontrer, ce soir ! Par les nuits de pleine lune il vient nous voir et nous prêche la bonne parole. En serais-tu ravi de le voir, aujourd’hui ? »  Je lui répondis, oui avec un hochement de la tête.

Le cheval monta alors la pente raide, très raide d’un rocher, situé haut, très haut dans les cieux.

Je marchais, en faisant de grands pas. La vitesse de mon cœur, s’accélérait de plus en plus et j’avais du mal à respirer tant le chemin était long. 

Une bonne heure, plus tard, nous voilà arrivés au sommet de cet énorme monticule de terre sur lequel se trouvait, un Vaisseau de pierres de schiste, appelé également, pierre bleue.

Tout d’un coup, je voyais Saint-Michel, qui attendait les pèlerins.

Il me dit ceci :

« Approches-toi mon enfant ! Tu ne risques rien ! Je suis ici pour te protéger du mal que le reste du monde puisse te faire ! Acceptes-tu de pénétrer en ma demeure ? »

Je lui répondais que oui. J’en avais envie et peur. J’étais quand même sur le toit du monde, dans des ténèbres noires et sombres.

Avant de passer le pas de cette porte, il me dit :

« Ne te presse pas de trop, ici les âmes sensibles ne repartent pas dans le malheur en tête mais bien au contraire !  Regarde autour de toi, dans cette lumière qui t’ai offerte ! »

La pièce est éclairée seulement par des hauts cierges où le sceau de l’Ordre des Templiers de Jérusalem est apposé. C’est étrange !

Par devant moi, se trouve un ex-voto* sur lequel sont représentés de nombreux personnages.

Je reconnais Saint-Roch et son chien, Saint-Edern et son cerf.

En-dessous, une inscription est écrite :

« Praesentes, sumus in vita tua, ut sponsam tuam protegas archangelo tuo auxilio. In vita aliqua malam fortunam habuit. Optimum evenire illi voolumus ! »

Cette écriture étrange m’en était inconnue. Je posai alors la question, à l’archange :

« Quelle en est cette langue ? »

Il me répondait simplement :

« Mon petit, c’est la langue des hommes, le Latin !! Je vais de ce pas te traduire cette phrase :

" Nous sommes présents, dans ta vie, pour protéger ta promise, avec l’aide de ton archange. Elle a eu des malheurs dans sa vie. Nous voulons que le meilleur lui arrive ! »

Je me demandais ce qu’était une promise et lui posai alors la question.

Il me répondait :

« La promise est une amie, mon garçon, tu n’en as jamais eu ? »

Je lui répondais que j’en avais une, dans mon village d’antan.

Il me répondait, en souriant :

« Si tu es sage et à l’écoute de l’autre, tu pourras la revoir, je te le promets ! »

A la fin de cette conversation, j’étais stupéfait, d’avoir devant moi, ce magnifique tableau, représentant des hommes et des femmes qui s’échangeaient des présents, au milieu d’évêques et de nobles gens.

Je prenais mon temps, pour dévorer des yeux le retable en or massif, représentant, un mariage. Celui du royaume de France et du duché de Bretagne. Signé Charles de Valois, huitième du nom des Rois de France et de la duchesse de Montfort, Anne de Bretagne. Annoté de la date du six décembre 1491.

XIXe siècle - Croquis des épousailles
Avant de sortir de ce beau bâtiment, Loeiz demanda à l’archange s’il pouvait me baptiser. Il lui répondait qu’il s’agirait d’un baptême secret car pour le faire légalement, il fallait avoir la présence d’un Homme de Dieu !

Loeiz me demanda alors :

« Mon garçon, quel prénom te ferait plaisir d’avoir ? »

Je lui répondais en regardant l’archange, que celui de Michel, me correspondait bien.

Ce fut chose faite, je recevais de l’eau bénite, provenant d’une source à proximité du lieu et par les doigts de mon Saint protecteur, je recevais la bénédiction de Dieu.

Je le saluais et le remerciais d’un signe de la main, avant de redescendre cette pente si abrupte que j’en avais peur. J’avais la tête vide, avec du bonheur, dans l’espérance d’une vie bien meilleure.  

Loeiz me proposa de nous rendre en un lieu étrange, une centaine de mètres plus loin, pour nous reposer de cette nuit bien fatigante. Nous nous rendons sur une esplanade de bruyères et d’ajoncs, entremêlé de pierres debout.

Tout en mâchouillant son espèce de cigare mouillé, qui n’en était pas un. C’était juste un morceau de tabac qui avait l’aspect gluant et tout déconfit, qu’il avait préalablement sortit du dessous de sa casquette, toute humide !

Il me dit ceci, avec son accent développé :  

« Ça c’est une chique ! Cela ne dure pas mais c’est bon ! Tu en veux goûter ? »

Je répondais, non, de la tête. Cela ne donnait pas envie car à chaque fois qu’il tirait dessus, il crachait par terre le reste de sa salive de couleur marron, en faisant le bruit de « pschitt » !

Il me raconta alors la légende de ce lieu, avec grâce et élégance : 

« Ici, pschitt, c’est le lieu étrange "d’Eured-Veign, la Noce de Pierre". La légende, pschitt, raconte, pschitt, que le Roi avait changé, pschitt, en pierres, toute une noce, par vengeance de quelque chose, pschitt ! »

Je lui demandais alors :

« Quelle en est cette langue si étonnante ! du Latin ? »

Il me répondait, en ricanant :

« Non, Michel, c’est la langue des hommes, le Breton ! »

XIXe - Editions Hamonic

Nous passions la nuit, sous ce ciel étoilé et éclairé par cette grosse lune. La paillasse n’était pas très confortable mais il fallait faire avec ou sans, cela dépend dans quel sens, nous voulons parler.

Loeiz me confia alors que son cheval, se prénommait Esperanza. Mais pour faire plus court, il lui avait donné le diminutif : Espé. Tout était beau autour de nous, il n’y avait que les bruits des animaux de nuits de ce Pays de l’Arrée : chouette effraie, buses cendrées, chevreuils, renards et même des sonorités d’un loup tout au loin, qui ne me rendait pas gaillard.

Il me demanda alors si je connaissais une autre légende. Je lui répondais que bien évidemment, je connaissais celle de l’Ankou. Il me propose alors de la lui la raconter.

Ce fût chose faite ! Avec fierté et assurance, je me lançais :  

« L’Ankou est représenté comme la figure de la mort, il a la forme d’un squelette ricanant et est enveloppé d’une cape noire. Il est coiffé d’un large chapeau plat, tout noir. Noir comme la mort. Il tient de sa main, une faux à l’envers. Il est accompagné de son maigre cheval tirant une charrette ayant les roues grinçantes.

Il séjourne dans un endroit sombre et noir, surnommé, le marais du « Yeun-Elez », en la paroisse toute proche, de « La Colline de L’Église », qui sert de trépas aux âmes fauchées par ce clown de ce Pays. Il ne fait pas bon de le rencontrer ! Parfois, je me cache sous des rochers ou dans des grottes pour ne pas le croiser ! »

Loeiz m’applaudit et me conseille de dormir car la journée du lendemain va être longue.

Je m’endormais sur ces belles paroles en imaginant déjà, ce que cela pouvait être !

Au lever du jour, la brume s’élevait peu à peu de cette vallée humide. Les lueurs des rayons de soleil de couleur orange se dévoilaient lentement, à travers les arbres du bois du comte.

Vers dix heures, une fois prêt, Loeiz me dit m’envoyer faire un long voyage de cinq jours à destination d’une grande ville marchande. Il me confiait que je pourrais découvrir des trésors que peu de personnes ne connaissent.

Nous voilà partis, à travers les champs de landes, en traversant de multiples forêts, pour nous évader de cette Arrée, lugubre et sombre.

Arrivés au cœur de « La Grande Paroisse », nous nous arrêtons une petite heure, pour pouvoir nous restaurer et profiter pour nous réchauffer. 

Onze heures, sonnai au tocsin de l’église, dédiée à Saint-Tujenn. Nous reprenions la route escarpée, montant et descendant des cols. Espé avançait à douce allure pour ne pas abîmer la marchandise.

Loeiz me dit alors, avoir oublié de s’acheter une chopine de vin. Nous nous arrêtons, au hameau appelé « Keryau ». Il y avait là un tenancier d’un bazar qui faisait également débit de boissons.

Vers quinze heures, nous arrivons à « La Paroisse de Saint-Iben », nous passons devant la grande église dont le clocher principal mesure 47 mètres de hauteur.

Loeiz m’annonce vouloir aller y faire une prière. Nous laissons la voiture au bord du chemin et par-devant nous se trouve un enclos paroissial. L’accès se fait par une porte appelé Arc de Triomphe. Sur la gauche, se trouve le Calvaire Monumental, servant de bande dessinée, racontant la vie de Jésus-Christ au peuple, malheureusement illettré. Plus loin un bâtiment servant de dépôts de squelettes, nommé Ossuaire, nous apparaissait.

Il y a quelques siècles, me dit Loeiz, se trouvait sur ce très grand parvis, le cimetière paroissial. C’est pour cette raison qu’une croix se trouve au milieu de l’allée principale.

Nous rentrons alors dans cette église dédiée à Saint-Germain. L’intérieur était meublé de plusieurs retables, décorés de feuilles d’or, racontant différentes scènes de la vie de Jésus-Christ.

A la statue du Saint protecteur, Loeiz faisait une prière sur le prie-Dieu, mis à disposition pour ce devoir. Il en va de la sorte qu’il lui suffisait pour être en paix avec lui-même, avant de reprendre la route  : 

                            « deux pater et trois Ave, In nomine Patris, e Filii e Spiritus Sancti ! »  

Nous traversons le cœur de la paroisse et prenons la direction d’un joli hameau nommé, pour je ne sais quelle raison, « Koblant », situé sur les terres appartenant au comte Michel d’Amphernet et à son épouse, demoiselle du Bizien du Lézart, propriétaires du château de la Bouexière, datant du 18e siècle, en « La Paroisse de Saint-Iben ».

Nous prenions le temps de nous arrêter pour la nuit, dans l’auberge nommée avec la langue des hommes, le Breton, « Pesked-Gwenn », jouxtant le canal de Nantes à Brest, dont les travaux commencent en 1810, sur ordre de l’Empereur, Napoléon. Les ouvriers travaillant sur ce canal, long de 364 km, étaient les bagnards de Brest.

Vers dix heures du matin, le lendemain, nous reprenions la route embrumée, ne voyant pas trop où l’on mettait les pieds. Il nous fallait prendre notre souffle car nous avions encore une montagne à franchir, située sur la crête des Montagnes Noires, au lieu-dit « Roc’h an Tan » en la paroisse de « Goueznou ». De cette hauteur, nous pouvons apercevoir, de nombreux clochers, sur presque 360°.

Dans la descente, nous avons la chance de voir une buse et un épervier en chasse. Nous continuons notre route en longeant les forêts très boisées et regorgeant de mystères, situé en la paroisse du « Lieu consacré à Saint-They ».

La route était sinueuse et semée d’embûches. En passant sur une multitude de rocs, la roue de la voiture cassa. Il fallait bien trouver à la réparer. Loeiz me dit alors, qu’il y avait un charron qui habitait, non loin de là, à proximité du hameau « Teir Feunteun ».

Loeiz profita de cette occasion, pour y faire une prière, à une des trois fontaines, se trouvant sur ce lieu.

Vers quinze heures, il était temps de repartir car la nuit n’allait pas tarder à tomber. Le hameau, nommé « Teir-Croaz », s’approchait. Nous passions la nuit dans cette auberge, dans laquelle, le tenancier n’avait pas l’air commode. Loeiz me dit alors de me méfier.

Ni une, ni deux, sans réveiller personne, nous repartons avant le lever du jour, en direction de la grande paroisse de « Briziac », où se déroulait une immense foire. Ici, nous allons rester deux jours me signale, Loeiz. C’est ici que je vais faire des affaires. Effectivement, de nombreuses femmes viennent lui acheter divers objets et prendre effet des nouvelles modes en tout genre : habillement, constructions, commerciales….

Deux jours plus tard, nous repartions avec le chargement presque vidé car Loeiz avait fait de bonnes affaires. Le soir venu, nous faisons halte dans une très grande auberge au hameau nommé, « la maison de Sanquer ». Les tenanciers étaient très fortunés.

Des meubles Bretons, cloutés et sculptés dont les dates de 1758 et 1785 sont peintes avec des feuilles d’or. Les vaisseliers étaient fournis d’assiettes en tout genre. Elles portaient la signature de la lettre B : Bousquet, en souvenir du manufacturier, originaire de Provence.

La nuit fut courte, car nous devions traverser une dernière paroisse. Nous étions sur la fin de notre voyage. Avant le lever du jour, vers sept heures du matin nous voilà partis pour rejoindre la paroisse du « Village de la Fontaine ».

De nombreuses « voitures », se trouvaient sur ce chemin. Je trouvais cela assez étonnant. Mais je contemplais, en attendant, les quelques échoppes se trouvant au cœur de cette route commerciale. Nous arrivons alors au pied d’une des huit tours de la ville. Celle-ci était très grande. Elle était nommée « Petite-Tour », large de plus de huit mètres et haute d’une dizaine de mètres. A cet endroit se trouvait l’octroi* tenu par un élégant homme. Loeiz lui donna alors la somme de cinq livres pour pouvoir entrer dans ce lieu.

Une grande rue, appelée rue des Royalistes, se dévoilait sous nos yeux. Nous voilà arrivés au centre de deux paroisses. D’un côté, celle nommée « La Chandeleur » et de l’autre, celle de « Saint-Sauveur ».

Loeiz me fit signe, que nous allions vendre les derniers objets, pendant la Grande Foire qui dure une semaine, sur cette place nommée « Place du Chastel » où se trouvait, non loin de là, l’ancienne potence où fut pendue Marion du Faouët, cheffe d’une troupe de brigands au 18e siècle.

Il y avait une telle activité sur cette place marchande ! De nombreuses personnes y vendaient toutes sortes de choses diverses et varié : linge, vaisselles, bibelots, légumes, fruits, viande, poissons, vaches, chevaux, cochons….

Les femmes et leurs enfants se promenaient. Les hommes, quant à eux, travaillaient dans les échoppes multiples : charrons, forgerons, tailleurs, bourreliers, débits de boissons, auberges…

Beaucoup de places et de rues, avaient pour utilité les foires et marchés.

J’étais émerveillé de voir toute cette activité, occupant cette immense place.

Cela m’était complètement inconnu !

Le char à banc de Loeiz étant placé dans le haut de la Place, je pouvais regarder de mes yeux, un immense Vaisseau de pierres, se trouvant par-devant moi. 

Je demande alors, à Loeiz :

« Quelle en est cette belle église ? »

Il me répondait :

« Cela n’en est pas une ! Il s’agit d’une cathédrale ! Les habitants y vénèrent Saint-Corentin, évêque de Cornouailles ! »

Je vais te raconter son histoire :

« Le commanditaire n’est autre que Monseigneur l’évêque Paul-Henri Raynaud. Il fait construire une église au 13e siècle, puis elle sera nommée ensuite basilique au fil du temps de l’avancement des travaux. Elle se termine en 1855, sous le règne de Monseigneur René-Nicolas Sergent. Puis l’architecte Alexandre Bigot lui fait élever deux flèches d’une hauteur de 36 mètres, en 1856.

D’ailleurs, c’est lui qui fait construire le château de René-Maurice.

Les dessins et sculptures sur la porte d’entrée Monumentale sont les armes de la famille des ducs de Montfort de Bretagne, Jean IV et Jean V.

Au tympan*, leur devise se lisent sur un phylactère* : « A ma Vie »

A l’intérieur du Vaisseau, se trouvent les armes des grands nobles de Cornouailles, situées en prééminence* , au niveau des clés de voûtes*, au- dessus du chœur. La Cathédrale est dotée de dix-sept chapelles, où se trouvent les enfeus* creusés dans la pierre, du même nombre d’évêques de Cornouailles, depuis la création de celle-ci. Depuis quinze siècles, ils ont été soixante-sept évêques à régner en ce lieu »

Je répondais alors, à Loeiz :

« Vous en avez une bonne culture !! Avez-vous d’autres histoires à me conter ? »

Il me répondait alors :

« Michel, tu veux aller trop vite, tu as toute ta vie pour toutes tes découvertes, soit patient et tu pourras ensuite apprendre et écouter. Pour ainsi transmettre aux enfants du Monde entier, à ton niveau, tout ton savoir comme je viens de le faire ! »

Loeiz me dit alors :

« Michel, regarde bien entre les flèches, il y a une statue équestre qui y est représentée ! »

Je lui demande alors ce qu’il en est.

Il me répond spontanément :

« Pardi ! C’est la statue du Roi de Cornouailles ! Gradlon ! » 

Je regardais avec émerveillement cet édifice. Immense et d’une beauté incroyable !!

De hautes et grandes fenêtres sont remplies de décorations multiples, représentant les scènes de la vie de Jésus-Christ.

Un homme élégant, d’une imposante grandeur et d’une voix rauque, qui était vêtu d’un long par-dessus de sable agrémenté de boutons d’or et coiffé d’un bicorne, couvre-chef de la garde-républicaine, dont il faisait sans doute partit, se présentait à nous, pour connaître notre profession. 

Loeiz répondait avec sa voix grave :

« Pardi ! Chiffonnier, que c’est !! »

Je demande alors à cet élégant homme, comment se nommait-il ?

Il me répondait avec la plus grande délicatesse :

« Je me nomme Augustin Le Goazre, Seigneur de Kervelegan. Je suis le maire de cette ville et homme politique, issu d’une famille noble de robe de Cornouailles. J’habite en mon manoir, en la paroisse de Saint-Sauveur, à deux pas d’ici. Quand vous aurez fini votre journée, merci de m’y rejoindre. Je vous offre le gîte et le couvert, pour pouvoir vous débarbouiller et manger à votre faim »

(1748-1825)

Je le regardais du haut de ma petite taille et lui posais cette question :

« Quelle est le nom de cette belle ville, Monseigneur ? »

Il me répondait avec étonnement :

« Pardi ! Vous n’êtes jamais venu ? »

Je lui faisais comprendre que non, en hochant de la tête et me répondait avec gentillesse et dans la plus grande dignité :

« Mon garçon, vous vous trouvez dans la ville de "Kemper-Corentin" ! Vous n’avez pas lu la pancarte à l’entrée de la ville ? Et d’où venez-vous, mon garçon ? »

Je lui répondais :

« Monseigneur, je ne sais ni lire ni écrire ! »

Et Loeiz de répondre avec un accent prononcé :

« Nous sommes d’un pays, situé à dix lieues de là, dans un endroit que l’on nomme l’Arrée ! »

Avant de nous quitter, il nous dit ceci :

« Je vous attends dès ce soir ! A tout à l’heure, mes amis ! »

Loeiz me propose alors, de nous laisser rêver à travers la ville, comme nous n’avions plus de quoi proposer à vendre.

Nous remontions la rue des Royalistes, pour nous rendre Place-au-Beurre-au-Pot qui était animée par les laitières, habillées sobrement, venant de toute la campagne. Quelques mendiants erraient au milieu de tout ce monde.

L’histoire a laissé ses traces, puisque nous pouvons contempler les belles maisons à prébendes et à colombages, qui décorent cette place.

Nous traversons, la rue de la Chair Salée, avant de remonter, rue des Étaux, où s’écoulaient des ruisseaux de sang, dus aux activités des boucheries, tout au long de la rue.

Nous remontons un peu plus haut, sur la place du champ d’un dénommé Gloaguen, sur lequel se trouvait un des abattoirs situé près de la porte Saint-Antoine.

Une jeune femme s’approchait de nous, en nous indiquant le chemin. C’était Soizic, la gouvernante de Monseigneur Le Goazre de Kervelegan. Elle nous ouvrait la très haute et lourde porte charretière, elle disait alors à Loeiz de dételer Espé, afin de le loger dans une des dix écuries, se trouvant à l’intérieur de la cour close.   

Elle nous dit ceci :

« Monsieur ne va pas tarder ! Il m’a annoncer de votre venue ! »

 Je regardais la beauté de ce manoir, construit avec de belles pierres de taille en granit. Les linteaux des ouvertures étaient ornés d’une décoration, nommée, archivolte*. Autour de la porte d’entrée Monumentale était apposée, une œuvre en granit, nommée pilastre* se finissant par un pinacle*en forme de V. Elle était agrémentée d’une multitude de décorations.

Il y avait une dizaine d’ouvertures sur l’ensemble du bâtiment, haut de trois étages. Elles étaient appelées fenêtres dites à meneaux*.

Monseigneur, nous arrivait par la porte piétonne en criant :

« Alors mes amis ! Vous voilà arrivés ! Vous n’avez jamais vu de pareil endroit, je suppose ! Suivez-moi, je vais vous faire visiter ! »

Nous le suivons, sans hésitation.

Le manoir possède trente-six pièces à vivre, chacune est ornée d’une cheminée monumentale. Il y avait une dizaine de chambres à coucher, deux bureaux, trois cabinets privés, une salle de bain, une salle de confort, un grand vestibule agrémenté de meubles Bretons, sculptés et cloutés, une pièce-armoire, une grande cuisine équipée de deux pianos composés de huit feux, une vaste salle à manger et une salle de réception. Il nous accueillait dans celle-ci, meublée de fauteuils de style Louis XVIII, une longue table de dix mètres de long, pouvant recevoir une trentaine de personnes. Les murs habillés de boiseries étaient décorés de tableaux de Paul Gauguin : Le Christ Jaune, Femmes de Tahiti, Vision après le Sermon….Une haute cheminée, habillée d’un haut chapiteau ornait cette très belle salle. Les armoiries d’une quelconque famille était gravées dans un bloc de granit.

Dix écuries, un garage, un bûcher, une chapelle faisaient parties des dépendances. Tout en haut de la tour dont nous accédons par un escalier à vis, se trouvait une tour de ronde, sur laquelle nous pouvions admirer toute la ville et être à hauteur des flèches du Vaisseau.

Une trentaine de personnes y travaillaient.

Le maître des lieux, nous dit alors :

« Installez-vous convenablement ! Soizic va nous servir les plats ! Je vous ai gardé deux chambres pour ce soir ! »

En effet, Soizic nous arriva avec une servante à roulettes, ornée de faïences de la paroisse du « Lieu consacré à Marie ». Il y avait de nombreux plats : gibiers, volailles, cochonnailles, poissons farcis et desserts. Ce fut un vrai festin, que jamais je n’avais dégusté. Dix heures, sonnai au carillon, lorsque Loeiz dit à Monseigneur qu’il fallait que nous allions nous coucher, car la journée du lendemain allait être longue.

Soizic nous devançait, tenant dans sa main gauche un beau bougeoir dessiné en forme de cygne, dans cet escalier à vis, montant dans les étages.

« Voilà nous dit-elle, je vous ai préparé deux lits avec les plus beaux draps de satin du manoir, je vous en souhaite de passer une nuit très agréable »

Je me couchais, en repensant, à cette journée mémorable qui me faisait rêver d’y habiter, un jour. 

La nuit passée fut mémorable, inoubliable, féerique et magique !

Avant le lever du jour, vers six heures du matin, nous quittions le manoir, après avoir remercié nos hôtes.

Monseigneur, nous dit alors :

« Empruntez le chemin des écrivains, pour repartir ! Vous passerez devant le cimetière où ma promise est enterrée ! Vous pourrez admirer la stèle que je lui ai fait construire, près de la chapelle de Saint-Nicolas ! Revenez quand vous voulez, vous êtes ici, chez vous ! »

Nous suivons alors ses indications. Nous marchions sur ce chemin pavé, en regardant la belle sépulture.

Un panneau nous indique :

« Ici est venu se ressourcer, par manque d’inspiration, le grand écrivain et collecteur de nouvelles : Anatole Le Braz, auteur de la Légende de la Mort », signé YK

Nous descendions de ce passage privé, qui débouchait sur une place nommée Douar-an-Duc, en souvenir de la souveraineté de l’ancienne ville ducale.

En longeant le quai du Sel, au bord de la rivière appelée le Steir, nous apercevions un navire se trouvant sur le fleuve nommée Odet. Nous allions le retrouver à sa hauteur et nous pouvions remarquer au loin les grands-voiles des bateaux marchands du port de la ville, nommé « Cap-Horn ». En longeant les maisons cossues des armateurs et les hôtels particuliers des notables de la ville, nous arrivions à destination. 

De nombreux navires étaient amarrés au quai, portant des surnoms joliment écrits, que Loeiz me lisait à haute-voix. Ils s’appelaient : 

« La Gabinière, Le Sicilien, L’Aventure, La Morgane, La Jouvetière, Michael-Angelo, La Flingue, La Roudautière, Gilberto ou bien encore Linette, Mc Gregor….»

Un des marchands nous demande qu’elle était notre destination. Loeiz lui répondait alors qu’il devait se rendre dans un port sardinier, situé plus au nord du département. Le marin en était déçu, car ce n’était pas sa route. Il nous aurait bien pris sous ses voiles pour nous mener au « Cap-Caval », devant la paroisse de « La Maison du Village ».

Il se faisait déjà tard, dix-sept heures, au plus, sonnai au tocsin de l’église du « Lieu consacré à Marie ». Nous marchions jusqu’à la paroisse de Pen-Harz. Une belle auberge nous ouvrait ses portes. Elle se trouvait dans un lieu, nommé « Vieux Manoir », propriété de la marquise de Pompéry. Elle nous y recevait avec la plus grande empathie. Nous pouvions ainsi profiter d’un bon repas et d’un bon coucher.

Le lendemain, avant le lever du jour, vers huit heures, nous voilà en marche pour la prochaine étape. Nous passions les hameaux de « Meilh-Glaz, Kermabeuzen, Dour-Du, Prat ar Raz, Toulgoat, Quistinic » avant de nous arrêter dans « La Paroisse de Saint-Conec », où un aubergiste nous accueillait dans la bonne humeur. Il nous indiquait que nous arrivions au bon jour, car le lendemain était le Grand jour.

Je demandais alors à Loeiz ce que cela signifiait.

Il me répondait :

« Nous arrivons le jour où se déroule toutes les six années, la Grande « Tro-Minihy », qui a lieu en la paroisse du « Lieu consacré à Ronan ». C’est une procession qui part de l’église de cette paroisse et s’en va dans la campagne, faisant le tour des terres du Saint et ce pendant quinze kilomètres. Chaque pèlerin doit s’arrêter aux « Stations» dédiées à un Saint. Ils portent les reliques du Saint, de la Vierge-Marie ou de Sainte-Anne, sur des brancards pour que leurs vœux soit exaucés. Cela peut durer une semaine ! »

Après cette belle explication, nous allions nous coucher, pour profiter pleinement de la longue et belle journée qui nous attendait. 

Avant le lever du jour, nous montions par un petit chemin creux le col très raide de la Montagne se trouvant devant nous. Une foule immense faisait de même. Loeiz laissait, sa voiture au bois de Saint-Gildas et nous descendions à pied cette longue et impressionnante rue. Nous arrivions sur le parvis de cette majestueuse église, remplie de pèlerins.

XIXe - Editions Neurdrein et Frères

Je pouvais ainsi déguster des yeux les beaux costumes brodés des femmes :

Elles portaient une très belle longue jupe noire. Par-dessus, il y avait, un tablier perlé et brodé d’or ou d’argent*. Au haut du corps, un chemisier blanc où se dissimulait un tour du cou, orné d’un cœur ou d’une croix qui permettait la fermeture. Leurs bonnets noirs était recouvert d’une coiffe amidonnée, appelée « Borledenn ». Par-dessus leurs costumes, une pèlerine en fourrure de poils d’opossum était portée sur leurs épaules.

Le costume des hommes était un peu plus sobre :

Ils portaient un pantalon noir rayé de gris, une lanière de cuir, servant de ceinturon. Une chemise blanche à pied de col, un « jilettenn » de couleur d’azur, bordé d’une broderie en fil de soie jaune cousue par-dessus, agrémenté de deux rangées de six boutons ainsi qu’un riche « chupenn » d’azur.

Ils portaient le costume nommé « Petit Bleu », drap de laine servant de tissu pour les militaires du port de Brest, après les guerres de 1870.

Loeiz me proposa de rester quatre jours, avant de repartir vers la destination voulue.

Jour après jour, je me régalais de ce beau théâtre que la vie m’offrait.

Quatre jours plus tard, nous repartions à destination de la mer. Nous traversions les paroisses du Porzay avant de nous poser quelques instants en la paroisse du « Village Bleu », sur l’étendue de sable qui nous offrait une vue magnifique.

Non loin de là, se trouve une falaise, sur laquelle un des pionniers de l’aviation se lança la première fois, en compagnie de son invention, « L’Albatros ». Il s’agit d’un grand homme natif de "Conq", Jean-Marie Le Bris.

Après cette halte reposante, nous grimpions la longue côte abrupte que notre cheval Espé,  avait du mal à monter, s’élevant vers « La Paroisse de Saint-Erle ».

Au bout de sept jours de voyage, nous arrivions à destination.

Loeiz me dit alors :

« Allez, Michel, courage ! Nous arrivons dans quelques instants ! Nous allons pouvoir nous reposer, il est tard ! Tu dois être bien fatigué après cette longue étape ! »

Sept heures, sonnai au tocsin de l’église paroissiale.  

Nous continuons de marcher vers la ville, où un aubergiste de « L’Hostellerie de France » nous proposa de nous arrêter.

Il nous dit ceci : 

« Hé l’ami, pose ton cheval afin de l’alimenter d’avoine et d’eau. Je vous en offre la même chose pour vous, voyageurs. Ce soir, vous pouvez y rester, il me reste une paillasse de libre »

Je demandais à Loeiz, où nous étions.

 Il me répondait :

« Nous sommes chez moi, dans la paroisse de « L’île de la Terre »

Le maître de maison nous proposa de manger à sa table. Elle était remplie de cette espèce que l’on nomme : « L’Or bleu de la mer », autrement appelée, la sardine.

Je pouvais dès à présent me reposer dans ce calme absolu. La pleine lune éclairait de part en part la pièce toute entière. 

Au lever du jour, le soleil se levait sur ces étendues de sable blanc, du Ris et de la Palud. C’est un paysage extraordinaire que nous offre, la nature.

Nous descendons, vers ce port appelé « Le Grand Coteau », où sont amarrés thoniers, langoustiers, harenguiers, sardiniers et autres bateaux de commerce.

Le soleil, brille dans la grand-voile du Dundee, « La Belle-Etoile », servant à la pêche des langoustes. 

Loeiz me dévoile que c’est ici la beauté de la mer. Je l’honore et la dévore des yeux. Nous marchions sur les quais de ce port, en adoration.

En contemplant cette immensité d’eau étendue, Loeiz me dit :

« C’est l’ouverture vers le monde inconnu !! » « Le repos éternel !! »

Il continua sa phrase en terminant par ceci : 

« Mon garçon, il y a quelques années, se trouvait une ville aujourd’hui engloutie, nommée "Ville d’Ys". A la pleine lune, les pêcheurs entendent encore les cloches qui sonnent à tout va, sous cette quantité d’eau. Cela est, parait-il, un signe de pêche miraculeuse » 

L’homme me fit un signe avec le doigt, fixé sur le large et me dit : 

« Regarde mon garçon, ce petit bout de terre se nomme « Enez-Sant-Turtuan », ce fut la cachette du chef de guerre, Guy-Eder de Beaumanoir de La Haye dit La Fontenelle pendant les guerres de la Ligue en 1595 »

Nous nous arrêtions quelques instants et repris notre quête, sur cette route pavée, très longue et très étroite. Nous entendons, au loin, des bruits de claquement au sol.

Je demandais alors à Loeiz :

« Sais-tu de quoi il s’agit ? »

Il me répondit qu’il s’agissait de la sonorité des sabots des sardinières allant embaucher aux usines rouges.

Il y avait des centaines de jeunes filles, mères et grand-mères.

Elles étaient vêtues d’une longue jupe, d’un tablier noir, d’un chemisier blanc. Ainsi qu’une paire de sabots. Elles portaient une coiffe amidonnée réalisée en tissu, tulle ou gaze appelée « Tête de Sardines »

Loeiz m’expliqua ceci :

« Ici, mon garçon, se trouvent vingt-et-une friteries : "Béziers, Jacq, Cassegrain, Chancerelle, Gueguen, Paulet, Grivart"……Les femmes y font leur vie tandis que leurs époux travaillent en mer sur les différents navires. Ils portent souvent des surnoms étonnants : "Martolod, Pesked-Mor, Rouaned, Illiz-Glaz, Bara-Pemdez ou bien encore, Mor-Gwenn" »

Années 1900 - Editions Neurdrein et Frères

Il se tourne vers moi et me pose la question :

« As-tu aimé ce voyage en ma compagnie ? »

Je lui répondais, humblement et respectueusement :

« Oh oui ! Avec toi, j’ai appris des tas de choses que je ne connaissais. Je t’en remercie gracieusement!"

Il me répond :

« Ce soir, je vais devoir partir sur le bâtiment de commerce, nommé « Spered », il est destiné au commerce d’objets divers pouvant servir aux contrées lointaines et pauvres. Il s’en va pour de longs mois à travers les mers, comme celle de l’Outre-Manche, autrement dit l’autre Bretagne, pour apporter de la nouveauté, sur la mode des prochains mois. Je ne peux t’envoyer avec moi mais je te confie à un ami. Il est marin sur la Frégate « La Forte », navire de la Marine Impériale, revenant des mers lointaines ! »

« Fais comme moi, apprends et écoute les autres et tu pourras ainsi transmettre ta passion au monde entier !

J’ai aimé transmettre mes connaissances avec toi, mon garçon. Je n’aurais jamais imaginé cette rencontre, tu resteras dans mon cœur à jamais. Je ne t’oublierai pas. Je vais te donner ce morceau de parchemin que tu devras garder dans la poche-poitrine de ton gilet, tout au long de ta vie »

Le papier avait comme titre :  « Le vieil homme et l’enfant », signé Michel, c’était son deuxième prénom.

Nous nous séparions, chacun de notre côté, en pleurant de joie de s’être rencontrés. Je le saluais avec la plus grande empathie.

Je me retourne vers le jeune marin qui m’attendait dans son carrosse orné de feuilles d’or, qu’il appelait, « voiture », attelé par quatre chevaux, tous aussi beaux les uns que les autres.

Il me posa la question

« Quel est votre prénom, mon garçon ? »

Je lui répondais :

« L’ archange Saint-Michel, m’a baptisé de son nom ! »

Je lui demande à mon tour, dans la plus grande dignité :

« Monseigneur, quel en est votre prénom ? »

Il me répond dans la plus grande simplicité :

« Je suis le frère de René Maurice et je me prénomme Charles Olivier Marie, vicomte de Kerret et de Quilien. Mais appelez-moi Karl »

Il dit à son cocher : « Allez ! Au Château ! »

Nous quittions ce beau pays de l’Atlantique, mêlé de routes sinueuses et complexes à travers les différentes paroisses se trouvant sur notre chemin. En une journée, nous avions rejoins toute proche de la paroisse des « Abbés Du Pont ». Cela était bien plus rapide qu’avec Espé qui allait à son aise.

Ici, nous étions attendus, au château du baron François-Joseph 1er d’Ernothon, conseiller au Parlement de Paris. 

C’était un très grand château fort, muni de tourelles et donjons, il avait été construit en 1380, par les Abbés du « Lieu consacré à Tudy ». Je pouvais l’admirer sous ses vingt mètres de  hauteur.

Un des laquais du baron, se présentait à nous en ouvrant la porte du carrosse en nous disant d’une élégante voix :

« Bonjour Monseigneur, vous êtes accompagné d’un ami ? Il va falloir lui trouver une chambre à loger ! »

Il nous dit alors, que nous logerons dans la Tour nord.

Au deuxième étage de celle-ci, se trouvent deux pièces à loger, meublées de lits à baldaquins, de couleurs d’azur et de gueules, rappelant l’histoire de la République et de la Royauté à l’époque de la Révolte des Chouans ayant eue lieu à partir du mois de Mars 1793, au lendemain de l’exécution de Louis XVI.

Ce sont principalement les révolutionnaires de l’Ouest de la France, (paysans, noblesse et clergé) qui sont à l’origine de ce combat ayant fait pas moins de deux cent mille morts dont un quart de la population Vendéenne. Les premiers départements ayant commencés à entrer en guerre contre les armées Républicaines sont la Vendée, la Bretagne, le Maine, l’Anjou et le Poitou.

Cette Révolte se tenant entre les Royalistes et les Révolutionnaires, a été oubliée de l’histoire par trop d’individus quelques siècles suivants.

Les Chouans avaient pour emblème : le Sacré-cœur, cousu sur une pièce de tissu blanc.

Un tableau représentant le portrait d’un homme portant un costume Breton m’interpella, car il était d’une beauté incroyable !

Huile sur Toile par Charles Loyeux (1823-1899)

Karl me dit alors : 

« Mon garçon, il faut que vous appreniez toute cette histoire sur le bout des doigts car elle en est très importante » :

« En ce château, de nombreuses familles nobles et notoires de la région y ont résidées. Il y avait les barons du Pont et de Rostrenen, du Chastel, du Quélennec, de Beaumanoir de Besso, du Guémadeuc, du Vignerot du Plessis-Richelieu, d’Ernothon et ceux de Baude de Saint-Père.

Ils ont joué un rôle important dans le devenir du duché de Bretagne, aux Édits de Nantes.

Le treize août 1532, le Roi François 1er avait promulgué aux Édits que la Bretagne ne serait plus un duché mais une province, suite à son mariage avec Claude de France, fille d’Anne de Bretagne »

Un laquais frappa à la porte de la chambre pour nous servir à manger dans un service en porcelaine, provenant de la Cour Royale.

Peu après, je fermais les yeux en imaginant toute cette belle histoire dans ma tête.

Le lendemain, le valet avait attelé les quatre beaux chevaux, en attendant notre présence.

Karl me dit alors ceci :

« Nous allons voyager, non loin de ce lieu, jusqu’au château de mes sœurs, Jeanne et Hermine, se trouvant en la paroisse du « Lieu consacré à Tudy », appelé « Le Village du Feu »

Quelques pas de sabots plus loin, nous arrivions devant une très haute et majestueuse grille,  faite de fer forgé en pointe dorée. Elle mesurait une vingtaine de mètres. Un des valets ouvrait la porte avec délicatesse. Le carrosse empruntait l’allée cavalière et par-devant moi se découvrait ce beau château.

Karl me dit avec dignité, ceci :

 « Cette ancienne demeure seigneuriale a été construite en 1766 ! »

Je la trouvais grandiose, féerique ! Je me voyais dans un décor d’un conte des frères Grimm.

Karl sortait du carrosse en emportant dans ses mains  de nombreux sacs de végétaux, de feuilles, de racines qu’il avait récoltés aux quatre coins du monde, que seul lui connaissait.

Je l’accompagnais discrètement au dédale des nombreux bâtiments qui ornent les vastes jardins de sa propriété.

Il me dit alors en élevant la voix au ciel :

« Ici c’est Versailles ! »

« Suivez-moi, mon garçon, vous allez entrer dans un endroit unique ! »

 Un des laquais nous ouvrait la grande porte monumentale du château, par laquelle je découvrais un vestibule orné de tableaux de chaque membre de sa famille. Chacun était recouvert de feuilles d’or. Un grand escalier orné de boiseries se trouvait par-devant moi.

Le valet de l’intérieur nous ouvrait la haute porte du salon de réception se trouvant sur la partie gauche. Je pouvais admirer ces très beaux décors qui meublaient cette grande pièce. Je pouvais y voir de beaux fauteuils tapissés de motifs royaux et des meubles de style Louis XIII.

Les murs étaient décorés de tableaux de maître à n’en plus finir. Aux plafonds, descendaient trois beaux lustres, ornés d’argent et d’or. De ma petite taille, je pouvais imaginer y voir des diamants.

Au centre se dressait une longue table en chêne massif de plusieurs mètres de long.

Karl me proposa  de m’installer dans un fauteuil de style Louis Philippe, situé dans le boudoir, près du petit salon qui était très grand.

Quelques minutes plus tard, une femme m’apportait une tasse de chocolat chaud et une brioche beurrée, posée sur un plateau argenté fourni de décors de la Cour Royale du Palais des Tuileries. La tasse était amusante car elle était ornée de deux oreilles et de personnages dansant tout autour, décorés de couleurs éclatantes.

En-dessous, était peinte la signature PB : Porquier et Beau, en souvenir de deux manufacturiers de la paroisse du « Lieu consacré à Marie »,

Cette femme était la gouvernante du château, elle était vêtue d’une longue robe blanche et coiffée d’un bonnet blanc en dentelle. Le tout était brodé et perlé d’argent en plusieurs motifs. C’était d’une beauté extraordinaire !

Elle me demandait ceci :

« Mon garçon, comment vous nommez-vous et d’où venez-vous ? »

Je lui en donnai ma réponse :

« J’ai été baptisé par l’archange Saint-Michel et je porte son nom. Je viens d’un pays lointain, nommé l’Arrée ! » 

Elle me transmettait sa pensée : 

« Ah oui !! Il s’agit bien de vous dont Monsieur m’a tant parlé ! »

Je lui demande, aisément, à mon tour :

« Quelle est votre prénom, Madame ? »

« Ici, tout le monde me nomme Madame la comtesse mais je m’appelle Marie Louise Hélène L’Abbé, pour vous servir mon garçon ! »

Je lui répondais que c’était étrange car ma promise se nommait de la même façon.

Elle me regardait en souriant, gentiment et me dit ceci : 

« Vous êtes ici dans le lieu familial des parents de René Maurice. Monsieur m’a prévenu par voie aérienne, que j’aurais votre visite dans quelques semaines »

Karl, me dit alors ceci :

« Cela serait convenable, si vous pouviez assister au mariage de mon frère. Vous en serez son témoin ! Qu’en pensez-vous Mme l’Abbé et vous mon garçon ? »

Je leur répondais respectueusement :

« J’en suis gêné mais si cela vous en fait plaisir, je vous en accorde cette invitation ! » 

 Mme l’Abbé de répondre :

« Bien évidement, mon garçon, il vous faut vous y présenter ! Je vais me faire un plaisir de vous habiller d’un costume royal pour cette occasion ! »

Le destin me les avait envoyé à leur côté sans savoir vers quelle destination je devais me rendre. Ce fut un cadeau de Dieu, magnifique ! 

Karl me dit cette phrase : 

« Croyez en vous ! Vivez la vie comme bon vous semble mais ne mangez pas tout cru ce que le monde vous donne! »

 Il me dit alors :

« Les épousailles ont lieu au jour de demain, au jour Pascal. Il nous est bien temps de vous trouver un habit royal ! Madame l’Abbé, courez jusqu’à la pièce-armoire et prenez mes habits de lorsque j’étais enfant ! »

Madame la comtesse alla choisir mes beaux vêtements et revenait avec un beau sourire et me dit ceci :

« Tenez mon garçon ! Allez, au petit salon ! Je vais vous habiller et vous en serez ravi ! Vous allez ressembler à votre ami, Mr. L ! »

Je prenais alors, le soin, d’enfiler une culotte et des bas colorés d’argent en soie. La paire de chaussures plates noires et brillantes me donnait, un genre qu’aucun n’aurait cru me voir les porter. Je passais la chemise blanche, ornée d’un jabot en mousseline*, un beau gilet d’azur ainsi qu’un beau par-dessus de couleur sable. Une veste de gueule d’une rangée de huit boutons d’or. Le tout couronné d’une perruque avec ailes de pigeon.

La gouvernante me couvrait la tête d’un chapeau de feutre noir. Elle m’offrait la canne fabriquée en ivoire, surmontée d’un pommeau orné d’or, offert à son mariage par son feu*époux. Karl en revient du parvis, sur lequel les trois carrosses avaient été attelés par les nombreux valets et me dit ceci :

« Mon garçon, que vous êtes beau ! Vous ressemblez à mon ami, nommé Monsieur ! »

Nous sortions tous du château. Toute la famille portait élégamment son costume d’apparat.

Karl, me dit alors :

« Allez ! Au Château ! »

Je lui demande :

« Quelle est la destination que nous prenons ? »

Il me répond avec étonnement, croyant m’en avoir parlé :

« Pardi ! Nous allons en la « Paroisse du Château » dans laquelle se trouve la demeure seigneuriale de Marie-Léonie Gautier, promise de mon frère ! »

Nous descendions alors l’allée cavalière et nous prenions la route menant à destination. Les hommes à pieds guidaient les carrosses, tant bien que mal, dans les chemins escarpés mêlés de bois et forêts.

Trois heures plus tard, la foule nous accueillait. De nombreux carrosses étaient en grand nombre, sur le parvis de l’église Saint-Germain. Toute la noblesse du pays de Bretagne était présente ainsi que les cousins de leur famille : Les Alléno de Saint-Alouarn, ceux de Lestriagat du Haffont, ceux de Jacquelot du Boisrouvray et bien d’autres encore.

Le vicomte René-Maurice arrivait en son carrosse Royal, orné de décors multiples et décoré de feuilles d’or. Six chevaux étaient attelés portant de belles capes rouge sur lesquelles étaient apposées les armes de la famille. Il était habillé de la même sorte que moi.

Quant à sa promise, Marie Léonie Gautier arrivait de son château d’allure royale.


(1843-1878)

Chacun d’eux se présentait au-devant de la porte d’entrée Monumentale, richement décorée.

Ils étaient précédés de Toussaint-Conen de Saint-Luc, évêque de Cornouailles et de Jean-François de La Marche, évêque de Léon, accompagnés des chanoines, recteurs et prêtres de toute la région.

Toute cette foule entrait dans l’église, chacun se mettant à sa place respective. Le peuple, quant à lui se trouvait à l’extérieur. Des milliers de personnes assistaient à cet événement. 

Au moment d’échanger leur consentement, René Maurice, discrètement, se tourne vers moi et me dit :  

« Mon garçon, l’heure est venue de célébrer votre baptême ! Venez au près de nous ! Je vous prie ! »

Je m’avançais alors, devant l’autel. Un des évêques faisait son homélie devant moi et me dit :

« Je vous bénis en vous donnant l’absolution pour tous vos péchés commis. Devant toute cette assemblée, je vous baptise au nom de Michel, en hommage à l’archange, votre protecteur. Soyez-en fier et jurez-nous de votre adoration envers Dieu, pour toute votre vie. Portez-vous garant de votre marraine, Marie-Léonie et de votre parrain, René-Maurice, à jamais ! »

Je lui répondais, que je le jurais devant Dieu, avec respect et dignité.

Il poursuivait par les derniers consentements, concernant les épousailles des futurs où chacun affirme vouloir épouser l’un et l’autre pour l’éternité.

Ils reçoivent alors la bénédiction de Dieu !

Sous les applaudissements de toute l’assemblée, René Maurice et Marie Léonie Gautier, crient à la foule :

« Tous au Château ! Ici, ce soir, c’est Versailles ! »  

Chacun regagnait son carrosse et poursuivait le chemin, à travers la longue allée cavalière, rejoignant ce splendide Vaisseau de pierre de taille, dont l’arc de triomphe porte sur le tympan une sculpture en forme de visage de notre Bon Roi Soleil : Louis XIV.

Les dizaines de laquais, valets, servantes, domestiques du lieu avaient préparé un festin.

Que dis-je ! Un banquet ! digne de ceux organisés au Palais des Tuileries, sous l’ordre du Roi Louis XVI !

Les prés alentours servaient de parvis aux nombreux carrosses.

Les époux me demandent alors :

« Michel, en êtes-vous heureux de tout cela ? Quelles leçons retenez-vous ? »

Je leur réponds, humblement :

« Mon parrain, vous m’en rendez en paix avec moi-même, je retiens que chaque individu peut être mélangé à tout autre, sans se poser de questions. Il n’y a aucune différence !

J’ai appris à vivre de votre façon n’étant pas du même milieu social et j’ai pu apprendre toutes ces choses grâce à votre passion, qui à l’heure de ce jour est devenu un art ! »

L’archevêque de Rennes, écoutant ces belles paroles, me dit pressement que j’avais omis de signer les registres du baptême. Je luis dis alors que je ne savais écrire mais je faisais une croix à main levée.

Ma marraine, la vicomtesse Marie-Léonie se tournait vers moi en me disant :

« Michel, je vais vous confier un secret. Je vais en faire de la sorte de vous acheter un titre de noblesse, celui de baron. Acceptez-vous d’être de notre cercle familial ? » me demanda-t-elle

Je lui répondais que je n’en savais rien mais que j’acceptais hâtivement.

Elle me dit alors :

« Cela vous irait bien, je le trouve, Michel, baron de l’Arrée ! Cela vous plaît-il ? »

Je lui répondais avec la plus grande émotion et dans le plus grand respect :

« Oh oui. Madame la vicomtesse, je vous en remercie pleinement et gracieusement, permettez-moi de vous annoncer mon amour pour vous et votre époux ! »

Je procédais au respectueux bouche-à-main envers Mme de Kerret, avant de me joindre à sa table afin de goûter aux joies de ce jour féerique et magique rempli d’émotions !  


Le Voyage Enchanté -  N°1

1 - Brasparts, 2 - Carhaix, 3 - Pleyben, 4 - Quimper, 5 - Locronan, 6 - Douarnenez, 7 - Pont-L'Abbé, 8 - Loctudy, 9 - Plogastel Saint-Germain


Le Rêve Accompli

Nous voilà, au lendemain de ces merveilleuses épousailles si chères à mon cœur auxquelles je venais d’assister. Dans l’existence d’un garçon de mon âge, ce genre d’événement ne se vit qu’une fois. Je n’avais que deux mots à la bouche : extraordinaire et fabuleux.

Le lendemain, je me réveillais avec la lueur du jour et au son d’une grande cloche se trouvant dans la chapelle domestique du château. Je pouvais voir le chapelain tirant de toutes ses forces sur la longue corde reliant celle-ci. Je connaissais l’heure exacte ! Il était précisément sept heures et cinq minutes. Je vous dis cela car c’est le moment de la première prière journalière, celle de l’Angélus ou prière de l’Ange qui doit être sonnée trois fois par jour dans les églises catholiques.

Comme il en était coutume, je me mettais à genoux sur le magnifique prie-Dieu, orné de décorations multiples, tapissé d’un bleu majestueux, mis à cet effet au bord du couchage.

De cette prière je pouvais réciter sans aucun problème ses paroles :

« Je vous salue Marie, pleine de grâce. Le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus le fruit de vos entrailles est béni. Sainte-Marie, mère de Dieu. Priez pour nous, pauvres pêcheurs. Maintenant et à l’heure de notre mort »

Je ne connaissais guère de prières mais ma mère m’avait obligé à l’apprendre par cœur, sous peine de punitions que Dieu pouvait m’ordonner. Je vous rassure que je n’aie pas mis longtemps à l’apprendre car je n’avais guère envie de connaître les supplices que Monseigneur l’Abbé, pouvait m’infliger.

Mais revenons à notre belle histoire par laquelle je vais vous en faire découvrir et ce dans les moindres détails.

Je me réveillais seul dans cette chambre louée pour l’occasion qui était ornée de belles tentures rouge carmin aux murs, entremêlées de tableaux représentant des hommes et des femmes richement vêtus dans divers dessins, peintures et aquarelles. Ils étaient sans doute connus des propriétaires du domaine mais pour ma part ne me disaient aucunement. A part peut-être, une représentation d’un ange aux formes caricaturales de notre bon roi Louis. De chaque côté du mur occidental, deux grandes ouvertures qui chacune portait quatre carreaux sur lesquels étaient peints des scènes de vies du château et signés du patronyme du Maître-Verrier de la célèbre manufacture « Le Bihan ».

Vitrail de Notre-Dame du Folgoët (1888)

Dans la pièce se trouvaient plusieurs meubles de différentes époques dont voici une liste réelle non-exhaustive : Un secrétaire, une bibliothèque en marqueterie florale, une coiffeuse et un cabinet, tous de style Rococo, de la période de la Régence (1730), une méridienne de style Directoire, de la période du Néoclassicisme (1790), un fauteuil orné de pattes de lion du style Empire, de la même période (1804), un guéridon de style Restauration, de la période du Romantisme (1821) ainsi qu’un fauteuil crapaud de style Louis-Philippe, de la même période (1830).

XIXe - Editions Villard

Je reviens sur la présence de ce fameux Lion qui est la représentation du courage, de la force et de la supériorité. Il est utilisé en particularité dans l’art héraldique qu’il soit de face, de côté, rampant ou cambré et principalement de couleur rouge. Dans les légendes racontées, c’est aussi le roi des animaux pour nos enfants.

Sur le secrétaire décoré de marqueterie florale se trouvaient divers papiers ainsi qu’un bout de bois assez court mesurant peut-être vingt centimètres de longueur se terminant par une plume appelée « Sergent-Major », inventée par « Johannes Jasen » en 1748, accolé à un petit porte-plume de verre où était stockée l’encre de chine qui servait à l’écriture. Je n’en avais jamais vu auparavant car notre cher aimé, Monseigneur l’Abbé, utilisait une plume d’oie dite « Beaumarchais » en hommage à son inventeur « Pierre Augustin Carron (1732-1799) ».

Pour ce qui était de mon couchage, il s’agissait d’un lit à trois dossiers de style Louis Auguste de France, seizième du nom, de la période du Néoclassicisme (1774), surmonté d’un baldaquin de la période Renaissance (XIV-XVIIe). De celui-ci descendait un drapé de couleur ocre protégeant du froid et de l’intimité. Sur la partie du ciel, se trouvaient les armoiries familiales et sur le dossier sur lequel j’apposais ma tête se trouvait une couronne de comte sculptée dans du bois d’orme. Elle était décorée de petites perles d’or et de rubis.

Majestueux !

Entre ce dossier et le mur avait été dissimulée une sorte de corde servant d’avertisseur aux valets et servantes, se trouvant un étage plus bas. L’occupant pouvait s’en servir pour prévenir d’une urgence absolue ou vitale.

J’aurai pu l’utiliser car j’étais quand même dans un château et peut-être était-il hanté ! Qu’en sais-je ? Ma plus grande peur aurait été d’entendre hurler à la mort mes pires ennemis : les loups.

J’observais la texture des couvertures recouvrant ce couchage. Un dessous en drap très épais, un médian en lin ainsi qu’un dessus en soie décoré de dentelles blanches, de couleur bleu étincelant assorties de perles et de diamants ainsi que deux oreillers en drap, perlés et décorés de feuillages.

Une armoirie ornait le grand tapis se trouvant au milieu de la pièce. Sans l’éducation que j’avais reçu de mon parrain, je n’aurais pu déchiffrer ces écritures.

" de gueules à sept macles d’or posées 3, 3 et 1 »
Devises : « Roi ne puis, prince ne daigne, Rohan suis » ou 
« A PLUS »

Sur le parchemin de 1645, retranscrit par le propriétaire actuel, je pouvais lire :

« Rohan : famille issue du ramage des comtes de Porhoët de l’évêché de Rennes dont la filiation remonte à l’an de grâce 1028, elle est l’une des plus importantes de Bretagne regroupant les titres de vicomtes, comtes, marquis, ducs, évêques et archevêques. Elle détenait de nombreux manoirs, châteaux, fiefs et domaines »

Aparté sur la dynastie des Rohan :

La famille de Rohan détenait de grands domaines comme le magnifique château de « Josselin » qui a la particularité d’avoir deux styles architecturaux : Moyen Age et Renaissance, celui des ducs de Rohan situé à « Pondi », construit au XVe siècle puis celui de « Roc’h Morvan » situé près de « l’Ermitage de Saint-Ternoc » et enfin la nécropole de « l’Abbaye de Bon-Repos » à l’orée de la forêt de Quénécan située à « Saint-Gelven (56) », construite au 11e siècle.

Je vous y conseille d’aller découvrir ce dernier car c’est un endroit majestueux et magnifique ! Vous aurez l’occasion d’y mettre un pied dans les deux départements !

Au fil des siècles, la famille de Rohan s’allie par mariages à huit ramages consécutifs venus d’horizons du Royaume de France dont : 

1 – Rohan-Montauban : (12e siècle)

« écartelé, au 1 et 4, de gueules à neuf macles d’or, posées 3, 3 et 3 au lambel d’argent qui est de Montauban (Bretagne), au 2 et 3, d’argent à une couleuvre ondoyante en pal d’azur couronnée d’or engloutissant un enfant de carnation, posé en fasce, les bras étendus qui est de Visconti (Lombardie)"

2 – Rohan-Gué-de-L’Isle : (13e siècle)

« de gueules à neuf macles d’or, posées 3,3 et 3 à la bande d’argent » 

3 – Rohan-Guéméné : (14e siècle)

A noter que la motion de « mi-parti » correspond à une alliance, représenté par celui de l’homme à gauche et celui de l’épouse, à droite

« écartelé » au 1 et 4, de gueules aux chaînes d'or posées en orle,en croix et en sautoir, chargées en coeur d'une émeraude au naturel,qui est de Navarre (Espagne), au 2 et 3 d'azur semé de fleurs de lys d'or à la cotice componée d'argent et de gueules qui est d’Évreux ( Normandie), sur le tout, Mi parti de gueules à neuf macles d'or posées 3, 3 et 3 qui est de Rohan , au 2 d'hermines plain qui est de Bretagne »

4 – Rohan-Polduc : (16e siècle)

« écartelé, au 1 et 4, de gueules à la croix grecque d’argent, aux 2 et 3, de gueules à neuf macles d’or posées 3,3 et 3 » 

5 – Rohan-Gié : (16e siècle)

« écartelé au 1 et 4 contre écartelé, en 1 et 4 de gueules aux chaînes d'or posées en orle, en croix et en sautoir, chargées en coeur d'une émeraude au naturel qui est de Navarre (Espagne) en 2 et 3 d'azur semé de fleurs de lys d'or à la cotice componée d'argent et de gueules qui est d’Évreux (Normandie), au 2 et 3 de gueules à neuf macles d'or, posées 3, 3 et 3 qui est de Rohan, sur le tout d'argent, à une couleuvre ondoyante en pal d'azur, couronnée d'or,e ngloutissant un enfant de carnation, posé en fasce, les bras étendus qui est de Visconti (Lombardie) »

6 – Rohan-Rochefort : (17e siècle)

“ Mi-parti, au 1, de gueules à neuf macles d’or, posées 3, 3 et 3 qui est de Rohan, au 2, d’hermines plain qui est de Bretagne »

7 – Rohan-Soubise : (17e siècle) – Branche Protestante

« coupé d'un trait, parti de trois autres qui font huit quartiers : au 1, d'azur semé de fleurs de lys d'or à la cotice componée d'argent et de gueules qui est d'Évreux (Normandie), au 2, de gueules aux chaînes d'or posées en orle, en croix et en sautoir, chargées en cœur d'une émeraude au naturel qui est de Navarre (Espagne), au 3, d'or aux quatre pals de gueules qui est d’Aragon (Espagne), au 4, d'or, au lion de gueules, au double trescheur fleuronné et contre-fleuronné du même qui est d'Écosse, au 5, d'hermines plain qui est de Bretagne, au 6, d'argent, à une couleuvre ondoyante en pal d'azur, couronnée d'or, engloutissant un enfant de carnation, posé en fasce, les bras étendus qui est de Visconti (Lombardie), au 7, d'argent à la fasce de gueules et à la bordure d'azur qui est de San-Séverino (Napoli), au 8, d'or à la bande de gueules chargée de trois alérions d'argent qui est de Lorraine (Saint-Empire Germanique), sur le tout, mi-parti, en 1, de gueules aux neuf macles d'or posées 3, 3 et 3 qui est de Rohan et en 2, d'hermines plain qui est de Bretagne »

8 – Rohan-Chabot : (17e siècle)

« écartelé » au 1 et 4, de gueules à neuf macles d'or posées 3, 3 et 3, aux 2 et 3, d'or à trois chabots de gueules »

« La famille manquera son rêve d’accéder au trône royal malgré ses nombreuses tentatives. Malgré tout, les de Rohan étaient puissants et possédaient des charges prestigieuses ainsi qu’un patrimoine vaste et embelli. Ils resteront à jamais soudés et égal à eux-mêmes pendant toute leur existence »

Revenons à notre histoire aussi intéressante que celle-ci :

J’entendais une personne frapper à la porte et une voix masculine en sortait :

« Bonjour Monsieur, puis-je entrer ? s’il vous plaît »

Je m’approchais de celle-ci et ouvrait avec difficulté les deux pans immenses se trouvant devant moi et dit à l’homme :

« Entrez donc ! je vous prie »

C’était un jeune homme, grand, svelte ayant de beaux yeux bleus étincelants et un visage digne d’un dieu d’origine grecque. Il se prénommait Louis Bourbon, sans doute un parent de la Grande dynastie n’ayant pas eu l’hérédité attendue. Il était vêtu, d’une redingote de couleur grenat, d’une chemise en dentelle avec le jabot ressortant au cou, d’une culotte blanche, d’une paire de chaussures noires vernies, orné d’une boucle en or fermant le dessus et d’un couvre-chef en velours noir.

Il avait la qualité de valet de pied, homme à tout faire auprès d’un noble : bagagiste, porteur de repas, coursier, ouvreur de portes, garde du corps….

Louis marchait à petit pas, en poussant une desserte à quatre roues décorées de faïences représentant des scènes de chasse, provenant de la manufacture « Porquier-Beau », située sur les rives de l’Odet en la paroisse du « Lieu Consacré à Marie ».

Étaient présents sur celle-ci, un amas de mets servant pour le petit-déjeuner :

Un bol de lait chaud, recouvert d’une épaisse couche de crème, des tranches de pain noir encore chaudes, une brioche dorée, nommée Pain Doux provenant du Pays Bigouden, ainsi que de nombreuses crêpes ayant des aspects différents : dousig et craz, claires et foncées.

Elles avaient été tournées sur les plaques de fonte se trouvant dans les âtres de cheminées des fidèles femmes de l’église paroissiale. Succulentes qu’elles étaient !

Dans plusieurs petites écuelles, se trouvaient des gelées et confitures, toutes de couleurs différentes, provenant d’un autre monde dont je ne connaissais l’existence.

Sur un plateau d’étain, recouvert d’une cloche, était exposé un gâteau de beurre nommé kouign-amann dont la prononciation se dit « amant » et non « amanne » comme pourrait croire la moitié des individus de ce monde. Ce met est fabriqué à partir de farine de froment, d’œufs, de sucre et d’Or breton. Rien qu’à le regarder, je prenais un kilogramme de graisse animale en une seconde.

Cet Or, que nous détenons ne franchira jamais les « Marches de Bretagne », se situant entre Nantes et Dol-de-Bretagne. Au-delà de cette limite, les habitants utilisent un beurre sans sel.

Cela existe ? Ce que Louis me répond est positif, mais alors, je vous pose la question : 

Comment font-ils pour avoir ce goût et cette texture unique qu’à le nôtre ? En rajoutant du sel à l’aide d’une cuillère ? Allez savoir ! Capable encore ! Pirates, vous n’aurez jamais notre secret !

A ce sujet, une anecdote me revient :

« Un jour, mon parrain s’étant éloigné de sa résidence bretonne pour se rendre en son hôtel particulier situé sur l’Avenue Franklin Roosevelt, en la commune de Paris, demanda par lettre, à l’un de ses métayers de lui envoyer par la route, cet Or dans un linge blanc. A force de lui envoyer, toutes les semaines, ce paquet si précieux, le domestique se retrouvait en manque de dentelles. Étant triste de ne plus rien recevoir, il se hâta et se décida de rentrer en son château de « La Paroisse Saint-Iben », chargé de malles de linges pour subvenir à ses besoins, en Or ».

Ce petit-déjeuner digne d’un festin du palais de Buckingham, résidence de la dynastie des Windsor, allait devenir un moment mémorable à jamais. 

Ding ! Zing ! Zong ! Ces sonorités me parvenant jusqu’aux oreilles, je regardais par l’une des ouvertures se dressant par devant moi et je pouvais apercevoir, sur le parvis de la cour close, l’ensemble musical baroque de « Son Altesse Royale » nommée « Musiques de L’Écurie » jouant de divers instruments : clavecins, violoncelles, tambours, hautbois, tubas, trompettes et beaucoup d’autres instruments comme ceux utilisés à la cour de « Monsieur, Philippe d’Orléans (1674-1723) » lors des bals royaux. Un régal !

Louis me pressa de me passer mes vêtements car j’étais attendu au grand salon par Mme la vicomtesse, ma marraine.

Je quittais cette magnifique pièce en projetant mon regard sur le grand escalier central comportant deux garde-corps en noyer, sculptés et ornés de personnages de la mythologie grecque et composé de vingt marches en granit dont certaines avaient été creusées par les pas des aïeuls des propriétaires.

Arrivant sur le palier, ma marraine me confia ceci :

« Michel, avez-vous bien couché en cette belle suite ? »

Je lui répondais :

« Oh, ma marraine, j’ai passé une excellente nuit dans les bras de Morphée, étant le Dieu du sommeil et des songes ! »

Surprise, elle me posait la question :

« De quelle manière savez-vous tout cela, Michel ? Qui a donc bien pu vous éduquer de cette façon ? »

En lui répondant, je me mettais timidement dans un coin par peur d’avoir commis une faute :

« Ma marraine, je ne veux vous offusquer mais ce sont M le vicomte, votre époux et Mme la vicomtesse, sa sœur Hermine, qui m’ont appris toutes ces choses durant le voyage d’avant les épousailles »

 Ma marraine :

« Pardi ! Je comprends mieux ! Cela en est une très bonne chose ! »

Je sortais alors de ce recoin se trouvant entre la cheminée de marbre blanc composée d’un foyer à deux âtres séparés par une grande dalle en granit et la grande bibliothèque à plusieurs étages remplie de centaines de livres.

De sa douce voix, elle me suggérait :

« Votre parrain vous attend dans le carrosse, je me hâte de vous y rejoindre ! »

Je passais alors la grande porte ornée de carreaux peints et je descendais les quelques marches du perron construit en sable d’argile que le propriétaire nommait « kaolin ».

Je prenais place à bord de la voiture aux côtés de mon parrain et lui posait la question pour en connaître la destination.

Il me répondait avec grand étonnement car il pensait que sa mie m’en avait conté :

« Michel, mon filleul, nous allons rejoindre notre fille, Isabelle Marie Félicie, au grand château de « L’Ermitage de Saint-Iudon » situé en la paroisse de « La Fortification de Saint-Arzel » se trouvant au bord du fleuve Odet près de la paroisse de « Corentin » que vous connaissez déjà, il me semble ! Nous serons rejoints par mes amis de la plus haute et grande importance auxquels je tiens au plus profond de moi-même. Dans quelques années, ils deviendront peut-être les vôtres et c’est pour cette raison qu’il est important que je vous les présente ! Mais avant de découvrir toutes ces choses, un grand voyage nous attend ! »

Au milieu de l’échange, ma marraine avait pris place en face de nous, les nombreux bagages étaient entassés sur le toit et à l’arrière du carrosse, décoré de scènes de vies de château et orné de feuilles d’or et d’argent. Six chevaux avaient été attelés, revêtus de grandes capes aux couleurs des armoiries de la famille avec l’inscription sur chacune : « Se taire et Agir ». Deux valets conduisaient la voiture, deux autres s’y trouvaient à l’arrière et enfin huit hommes à pied, quatre devant et quatre derrière tenant une lanterne qui avaient pour mission d’éclaireur lors des voyages de nuit.

Nous passions la porte monumentale où je pouvais voir la sculpture de l’enfant roi me regarder avec ses yeux malicieux. Nous nous faisions applaudir par les hôtes, leurs servantes et valets ainsi que par tous les invités présents aux bords du chemin.

Nous prenions la direction de l’église paroissiale « Saint-Germain » à deux pas d’ici après avoir grimper la longue côte du chemin que les chevaux avaient du mal à gravir.

Arrivés sur le plateau, nous étions accueillis par les nombreux fidèles nous offrant des présents et des victuailles de la campagne qu’ils avaient pris le temps de cuisiner : de la bouillie d’avoine, du miel, des gelées de mûres, des purées de châtaignes, une écuelle de lard et de pommes de terre, un pot de lait fraîchement tiré de la traite du matin, un pot de crème et une très belle motte d’Or sur laquelle étaient ciselés des dessins ressemblant à ceux qui se trouvent brodés sur les beaux tabliers Bigoudens.

En se retournant vers la gauche, nous apercevions, le boulanger du village, sortir des pains de deux livres de son important four se situant sur le courtil près de l’immense édifice dont le clocher mesurait une vingtaine de mètres. C’était incroyable !

Le soleil au zénith, je pouvais voir un de ses rayons transpercé les carreaux décorés et peints à la main, sur la Maîtresse-Vitre, à l’Orient du monument. Somptueux !

Monseigneur l’abbé, ecclésiastique de la paroisse m’expliquait que ces ensembles de verres étaient appelés des vitraux. Les dessins étaient une sorte d’histoire expliquant la vie des saints et de Jésus, à la population ne sachant ni lire ni écrire. Sur l’un d’eux, me dit-il, vous pouvez observer la signature du Maître-Verrier de la manufacture « Le Porz », située sur les rives du fleuve Odet près de la paroisse de « Corentin »

Mon parrain dit au valet de se diriger vers le Nord-Est du pays.

« En avant ! » nous disait-il, en desserrant le frein.

Et nous voilà parti sur la longue route sinueuse que nous arpentons à travers la forêt domaniale du pays Bigouden intérieur, plantée de grandes et hautes futaies de plusieurs centaines d’hectares appartenant à un noble des environs, méconnu de tous.

Nous arrivions au centre de la paroisse du « Village de Saint-Boscat », petite bourgade de trois cent âmes et nous continuons notre route afin de nous rendre au lieu-dit « Village d’en Haut » situé en la paroisse du « Marais de l’Ermitage ».

 Nous nous arrêtions en cet endroit calme et silencieux perdu au milieu de cette campagne arborescente. En contrebas, étaient présent un étang et un ruisseau débouchant sur un moulin à eau. Je pouvais apercevoir également un étrange moulin qui était alimenté par la force du vent sur lequel étaient accrochées cinq « Ailes Berton » inventées par « Pierre-Théophile Berton » en 1842. Etonnant !

De nombreux bâtiments de ferme étaient construits autour d’une immense cour close : deux écuries, une crèche, un poulailler, trois loges à cochons, un vivier, trois chenils ainsi qu’une métairie. 

Au centre de cette cour, se trouvait un immense manoir d’une dizaine de mètres de hauteur, comportant un logis principal ainsi que deux ailes identiques, l’une et l’autre.

Mon parrain donna l’ordre à son valet de stationner devant l’entrée et d’aller avertir le propriétaire de notre arrivée et profitera de cette occasion pour lui demander s’il était possible de nous offrir le gîte et le couvert.

Le maître de maison sortait de son habitation et nous disait qu’il n’y avait aucun problème de nous accueillir comme il le fallait.

Il nous disait :

« Bonsoir étrangers, mettez vos chevaux au repos et votre voiture à l’abri. Les fermiers vont se donner la peine de préparer une paillasse pour vos valets. Georges, mon conseiller de chambre, va se charger de vous trouver, deux couchages au deuxième étage de la maison. Suivez-moi, je vais vous préparer un petit repas ! Installez-vous et attendez ici ! »

Il n’avait pas l’air très aimable vu le ton qu’il utilisait mais en même temps je ne comprenais pas très bien sa langue car je n’entendais qu’un mot sur deux. Comme s’il avait du pain dans la bouche, accompagné d’un accent très prononcé.

Nous nous installions sur un banc sommaire de quatre places et sur la table se trouvaient deux écuelles de fruits, un peu détruits par le temps.

Il arriva avec trois bolées de cidre, deux assiettes de lard, une assiette de pommes de terre qu’il posa de travers sur la table.

(Passage à lire avec l’accent Breton de votre choix), il disait ceci :

« Gast, ichi, y a eu personne depuis longtemps ! Donc, hein, la nourriture n’est peut-être pas fraîche mais cela ira quand même. Vous n’avez qu’à écarter les bouts tout moisis depuis quelques mois et tout ira bien avec vous ! Vous n’allez pas faire les difficiles, quand même ! Un cigare te plairait mon enfant ? Cela ne se refuse pas, ma ! »

Mon parrain :

« Par le plus grand respect que je vous dois, notre filleul est bien trop jeune pour fumer. Par contre, je me permets de vous poser la question, pour quelles raisons n’avez-vous pas de gens à vous servir dans cette grande maison ? »

Il nous répondait par cette explication :

« Oh mon pauvre ami ! Ichi ? Vous n’y pensez donc pas ! Il n’y a plus de gens depuis des générations ! Je ne suis qu’un lointain descendant du premier propriétaire de ce lieu, que c’est ! Le dernier occupant avait détruit ce tas de pierres du château fort et avait reconstruit par-dessus, cette soi-disant majestueuse maison, il y a quelques années seulement. Je l’ai acheté avec mon épouse qui est décédée, paix à son âme, que c’est, quoi ! l’année dernière. Elle avait pris le premier venu comme confident, Georges que c’est ! Mais du coup il est devenu le mien et me raconte tout ce qu’elle lui avait dit. Ha, j’en découvre de bonnes, ici, quoi ! Cuici habite le premier étage et moi le deuxième soit vingt-deux pièces qui nous sont consacrées. Oh ma ! Ouai, Ouai, que c’est ! Nous avons donc assez de place pour vivre et nullement besoin de gens car financièrement, c’est neull !

Ah oui ! Tenez ! Sur que c’est, que vous ne connaissez pas l’histoire de mon aïeul ! »

Mon parrain :

« Non, nous ne connaissons point cette histoire mais nous voudrions bien l’entendre, si cela vous fait plaisir de nous la conter »

Notre hôte de nous répondre d’une voix criarde :

 « Oh que vous parlez bien avec les bons mots, dis donc ! Tu entends cela Georges ? »

Le confident de répondre :

« Oui Monsieur, nos invités parlent d’une belle manière mais il n’y a nullement besoin de me crier dans les oreilles, je suis derrière vous ! » 

Notre hôte :

« Dam ! Alors que c’est, je vais vous la raconter, cette histoire :

Un jour, que c’est, quoi, au XVe ou au XVIe siècle, je me trompe des fois dans les dates ! lors d’une guerre pour l’indépendance du duché de Bretagne, étant armateur au « Cap-Caval » près de la paroisse de la « Tête de cheval », là-bas, chez les pingres ! Il avait amarré des dizaines de navires, que c’est ! dans le port de « Conq », là-bas, à l’Océan, rassemblant des centaines d’hommes. Ils s’étaient rendus à « Nann » (comprenez Nantes) chez les Royaux pour libérer le duc « François II de Bretagne (1435-1488). C’était not’ bon duc ! Sur que c’est ! Dam ! qui avait été fait prisonnier par l’armée du Roi « Charles de Valois (1470-1498), huitième du nom », lequel n’était pas très beau, qu’on disait, enfin, je n’étais pas là donc je ne sais pas mais c’est ce qu’on dit ! Le duc avait eu la vie sauve grâce à mon aïeul, qui allait mourir au combat, en 1487. Ah oui ! donc c’était au XVe siècle ! 

                          1487 - Aquarelle - Départ du port de « Conq »

« N'est-ce pas une belle histoire ? s’exclamât, notre hôte »

Mon parrain et ma marraine se regardaient gênés et lui posèrent une question :

« Monsieur, excusez-nous mais nous ne savons de qui vous parlez ! »

Et là de nous répondre :

« Dam ! Je ne vous l’ai pas dit ? Drôle que je sois ! Toutes mes excuses ! Une fois que je suis parti à conter, je ne puis plus m’arrêter ! Comme je ne vois jamais personne ichi, je ne raconte jamais rien à quiconque, que c’est !! Tu aurais pu me le dire, Georges, quand même ! Par contre je vous préviens que personne ne sait quel est son vrai prénom, que c’est ! C’est à se renverser par terre, quand vous aurez eu du goût à l’entendre !!

Il ch’apelle : « Michel Marion !! Dam ! Je vous l’avais dit que c’était plus drôle que drôle ! Vous ne trouvez pas ? »

Il éclatait de rire à n’en plus finir.

Je me penchais vers ma marraine à mes côtés qui s’était mise à soupirer et lui disait discrètement à l’oreille :

« Ma marraine, vous ne croyez pas que le cidre lui est monté à la tête ? A moins qu’il ne soit fou ? »

Et elle de me répondre en ricanant du coin des lèvres :

« Oui Michel, je crois que vous n’avez pas tort ! Il a dû la perdre d’ailleurs cette…raison ! »

 Mon parrain se levait de table et lui dit :

« Si vous le permettez, nous allons nous coucher car demain, une grande journée nous attend ! »

Georges prend alors la parole et répond :

« Bien évidemment, suivez-moi, je vais vous montrer votre chambrée ainsi que celle de votre enfant. Ne faites pas attention à mon maître, l’alcool l’a rendu fou depuis quelques mois ! »

Nous partions tous trois derrière le conseiller et entrons chacun dans notre chambre. Pour ce qui était de la mienne, c’était un capharnaüm ! Le lit branle ballant ne tenait que grâce à des cales, les meubles étaient jonchés de papiers divers, les doubles carreaux étaient brisés. Rien à voir à ce que l’on voyait de l’extérieur.

J’avais très peur que des araignées me courent sur les jambes en dormant car le ménage n’avait dû être réalisé depuis quelques jours voir des mois ! Je m’endormais tant bien que mal dans ce décor autant rocambolesque que mythique.

Au jour suivant, je me réveillais après avoir peu dormi et je rejoignais avec hâte, mon parrain que j’entendais chantonner dans le jardin dessiné à la Française entremêlées de petits jardins potagers.

Ma marraine se prélassait sur le corridor situé à l’extérieur en observant le laisser-aller du propriétaire sur la surface forestière se trouvant devant elle.

Les voituriers s’efforçaient d’atteler les chevaux tant bien que mal car les fermiers n’avaient sans doute jamais su le faire. Mais, chose est sûre, ils nous avaient quand même tourné des crêpes pour éviter que l’on meure de faim pendant le voyage.

En attendant que tout soit prêt pour continuer dans de bonnes conditions, nous nous efforçons de nous balader dans les agréables jardins, entretenus tant bien que mal.

Ding ! Ding ! Ding ! La cloche sonnant le départ, ma marraine s’était approchée du haut portail fermant la cour close et avait actionné la poignée quand elle s’apercevait que celui-ci était bien clos.

C’est le cas de le dire ! Je courais vers les autres portails. En vain ! Tous pareil ! Nous étions enfermés dehors !

De quelles façons, allions nous faire pour sortir de cette cour ? Les murs étaient si hauts que personne ne pouvait les franchir !

Mon parrain :

« Regardons si une brèche existe dans un muretin et escaladons-le ! Nous allons bien finir par trouver une sortie dans ce dédale de clôtures ! Ma mie, venez me rejoindre car je ne voudrais pas que vous abîmiez vos jupons ! »

Nous longions ce mur, long d’une centaine de mètres quand tout à coup, ma marraine trouva un petit passage de renard, très étroit, en nous indiquant l’endroit avec le doigt et de nous dire :

 « Nous pouvons franchir ici, pour nous rendre de l’autre côté ! Michel, venez m’aidez à soulever mes habits car je n’ai aucunement envie que les perles posées sur ma robe de soie blanche, s’en aillent ! »

Je lui venais à sa rescousse, suivi de mon parrain et l’aidais à passer ce petit monticule de terre en faisant attention à ses vêtements. En arrivant de l’autre côté nous nous approchions du carrosse, un petit peu énervé car nous avions perdu du temps dans notre départ. Mon parrain et ma marraine entrèrent dans une colère noire vis-à-vis du propriétaire :

« Quelle idée avez-vous eu de fermer tout à clé alors que nous étions toujours à l’intérieur ? Vous n’êtes qu’un manche, mon pauvre ! Ce n’est pas possible de voir un individu de votre genre ! Cela ne m’étonne guère que vous soyez seul dans votre vie ! Ce n’est pas un château ni une maison que vous avez mais un amas de pierre remplis d’escargots, d’araignées et de chauves-souris ! Nous en avons vu des endroits dans notre vie mais un comme celui-là, jamais ! Nous vous souhaitons une bonne journée, Monsieur ! Je ne vous remercie juste que pour votre hospitalité »

Le propriétaire ne savait que dire :

« Humm, Heu, Mouais, d’accord, Merci à vous. Quelle histoire !! Tout ce vacarme pour une porte fermée ! Dam ! »

Le carrosse s’en alla vers la grande allée cavalière plantée d’une centaine de châtaigniers où se trouvaient à chaque angle des statues de divers personnages religieux.

Au carrefour de la Grand ’route, le voiturier prenait le chemin de droite en se dirigeant vers un endroit connu de tous, celui de « La Paroisse de Saint-Merin » autrement dit « La Paroisse du Moulin ». C’était une petite bourgade de cinq cent âmes dont la moitié étaient de nobles gens.

Mon parrain nous disait devoir être présent au château « Des Poiriers », pour la cérémonie de son défunt cousin.

A peine avoir fini sa phrase, nous entrions dans la longue allée cavalière mesurant deux kilomètres qui était ornementée d’un millier de châtaigniers. La faune sauvage devait en être abondante car les bois jouxtaient « La Paroisse de Saint-Cuffan » d’un bord et celle de la côtière « Combre » de l’autre.

Nous pouvions voir juste devant nous, un chevreuil sautant d’herbes en herbes ainsi qu’une horde de marcassins suivie de leur mère traversant l’allée, dans le sens de la largeur. Je connaissais déjà cette scène car dans mes Montagnes de l’Arrée, c’était un quotidien permanent.

Nous arrivions à hauteur de la première maison à l’endroit auquel le garde nous attendait après nous avoir vu au loin et nous dit ceci :

« Bonjour Monsieur, qui dois-je annoncer ? »

Mon parrain :

« Bonjour à vous, je me prénomme René Maurice de Kerret, vicomte de Quilien et voici mon épouse Marie-Léonie, vicomtesse. Nous sommes accompagnés de notre filleul, Michel »

De nous accepter, il nous ouvrait le haut portail de fonte à deux pans sur lequel étaient sculptés les armes de la famille :

« d’or à trois pots de gueules »
Devise : USQUE AD ARAS

Nous passions cette entrée en continuant notre route jusqu’au deuxième portail en fonte de couleur bleu nuit, aussi grand que le premier. Là, un autre garde attendait que le messager à pied, vienne lui servir l’accord de l’écrit de venue. Après avoir lu le papier, il ouvrait le portail majestueux et nous descendions cette grande allée, en me demandant si elle allait finir à un moment donné.

Arrivés sur le parvis, une dizaine de carrosses étaient stationnés, chacun attendant son tour pour être mis à l’abri dans les nombreux garages. Les palefreniers avaient du travail à loger ces dizaines de chevaux dans les cinq grandes écuries. Une soixantaine de personnes se mettaient à pied d’œuvre et un véritable petit village s’exposait à nous : domestiques, servantes, valets de chambre et de pied, cuisinières, fermiers, palefreniers, métayers.

Je descendais de la voiture sur ordre de ma marraine qui me demanda d’aller jouer avec les autres enfants présents. Je ne savais ce que voulait dire ce mot : jouer !

Dans mon pays, nous travaillons tout le temps ainsi les moments de repos étaient très rares ! Les autres enfants avaient comme divertissements : osselets, toupies, billes, hochets ainsi qu’un cerceau roulant à l’aide d’un bâton.

Ces enfants princiers, garçons et filles, étaient habillés d’une robe cintrée perlée et brodée, d’un boléro, d’un couvre-chef de matelot, le tout orné de noir et d’une paire de chaussures plates de couleur ivoire fermée par une boucle d’argent étincelant.

En ce qui me concernait, j’étais toujours dans le même apparat car nous n’avions pas eu de temps pour m’en fabriquer, en l’absence de notre couturière.

Il y a quelques temps, j’avais assisté à mon baptême et à des épousailles, aujourd’hui j’allais assister à des funérailles. Ma marraine me disait que c’était les trois choses que Dieu nous offrait dans une vie. Elle m’ordonnait de rester à l’extérieur car l’endroit où elle se dirigeait comme tous les autres adultes, n’était pas autorisé aux enfants.

Ils prenaient le chemin de l’oratoire, endroit de prières, dans lequel était exposé le corps du défunt installé dans sa bière, recouvert d’un linceul noir brodé des armoiries de la famille. Il était vêtu d’une chasuble blanche, d’une casaque noire et à ses côtés se tenaient une crosse et une mitre.

Les vitraux étant recouverts de draps noirs, la seule lumière qui apparaissait était celle des nombreux cierges allumés en masse tout autour du défunt.

La grande famille de la noblesse, les notables des paroisses des évêchés de Cornouaille et de Vannes, des dizaines de diacres, recteurs, abbés étaient présents dans cet immense hémicycle ! Monseigneur l’évêque et Monseigneur l’archevêque de Rennes présidaient cette assemblée.

Pendant ce temps présent, j’admirais ce château d’une hauteur inimaginable, mêlé de contreforts, pinacles et pilastres, orné de quatre tours dont une était nommée « Major ». Des frises de décorations florales coulaient sur l’arcature de la porte d’entrée. Des chiens et loups sculptés dans du granit se posaient aux quatre angles de la cour close. A chaque coin de la couverture, se dressaient des animaux mythiques servant de gargouilles. Les armoiries de la famille étaient représentées ici et là.

A l’intérieur, je pouvais observer le vestibule, décoré de trois têtes de sanglier à hauteur d’un mètre de plus qu’un homme. Au fond se trouvait un escalier monumental en tournant à dextre, de la droite vers la gauche.

Je tournais la tête vers le salon dans lequel se trouvait une longue table en chêne massif entourée d’une dizaine de fauteuils. De nombreux cierges y étaient allumées, se comptant par dizaines aux quatre coins de la pièce. Les murs étaient ornés de tentures de couleur bleu de Chine mêlées de feuilles d’or et perlées.

Certaines parties de la pièce étaient décorées de mosaïques, de fresques rehaussant les parements et de tableaux des ancêtres de la famille. Dans un meuble-vitrine, je pouvais apercevoir une suite de médailles à l’effigie des Empereurs de Rome : « Tibère, Faustine, Marc-Aurèle » ainsi que celles des consuls du groupement de Nîmes : « Lucius et Caius ».

Un des valets de pied me dit alors que mon parrain me cherchait. Je sortais de la pièce et allais le rejoindre sur le parvis.

Il me dit :

« Alors Michel, vous ne jouez pas avec vos amis ? »

Je lui répondais :

« Mon parrain, j’ai trouvé une autre façon de m’amuser, je préfère les pierres aux jeux d’enfants, cela vous étonne peut-être ? »

Et lui de me répondre :

« Mon enfant, vous vous méprenez ! Je suis ravi que votre intérêt en soit celui-là et sachez que vous me faites le plus grand plaisir de vous y intéresser à ce genre de choses. J’avais prié qu’un événement important comme celui-là, allait se dérouler dans votre vie ! J’en remercie Dieu ! Je vais continuer à vous transmettre mon savoir encore et encore. Je suis persuadé que vous allez apprendre vite ! Mon garçon, je vous aime de tout mon cœur et de toute mon âme ! Je vous en remercie. Je vais en faire part de cette nouvelle à ma mie, qui sera contente de l’apprendre ! »

Je ne comprenais pas de trop ce qu’il me disait mais je l’écoutais.

Un des membres de la famille nous proposait de nous réunir autour du défunt placé dans son lit de la dernière heure. Par manque de place dans la petite chapelle privée de la famille, l’homélie funéraire aurait lieu au centre du parvis gravillonné de blanc dont voici le texte lu par Monseigneur l’évêque :

« Auguste François Félix du Mac’hallac’h, fils de Félix et de Gertrude Roger de Carcaradec, né rue du Quay en l’hôtel particulier de ses parents situé en la paroisse de « Corentin », le huitième jour du neuvième mois de l’an 1808. Il épousera le dixième jour du sixième mois de l’an 1839, en son château situé en « La Paroisse de Saint-Neiz », Mélanie Harrington. De cette union vont naître deux filles : Marie-Caroline qui épousera Louis Marie Joseph, comte de Carné-Marcein et Marie Augustine qui s’alliera à la famille de Pierre Paul Marie de La Grandière.

Il fera ses études à l’ancien collège des Jésuites de la paroisse de « Corentin », à celui de « Santez-Anna Alre » puis au lycée « Sainte-Barbe de Paris » et vers l’an 1837, il fait un long séjour en Italie où il découvrira Rome. Au Vatican, il bénéficiera d’une audience auprès de :  « Son Éminence, le Pape Grégoire XVI (1765-1846) »

Un an plus tard, Il fait un voyage au Pays en Galles en compagnie du célèbre Théodore Hersart de La Villemarqué qui dira de lui :

« J’ai fait la connaissance de M du Mac’halla, c’est un homme du plus grand mérite et mieux que cela, un cœur parfait et un profond chrétien ».

En l’an 1851, il entre au petit séminaire de « La Croix du Pont » et le 30e jour du septième mois de l’année, il reçoit la prêtrise de Monseigneur l’Évêque, Joseph Marie Graveran (1793-1855).

Le lendemain, il célèbre sa première messe devant son père en la chapelle domestique du château située en ce lieu et lira cette prière :

« Mon fils, monte à l’autel où le Sauveur t’appelle. Va chercher dans son sein l’oubli et tes douleurs de ceux que tu pleurais. La phalange immortelle t’entoure de ses vœux et fait sécher tes pleurs. Près de chez toi, cher enfant, ton père octogénaire au pied de cet autel, tristement prosterné, offre au Dieu que tu sers, dans une humble prière. Et son fils qui consacre est le pain consacré »

Son père ne supportera jamais de le voir rentrer dans les ordres par peur de perdre sa race.

En l’an 1858, il est nommé chanoine honoraire puis vicaire général de la cathédrale de « Corentin » et en l’an 1870 il est promu aumônier volontaire des mobilisés du Finistère et obtient le ruban de la Légion d’Honneur.

Un an plus tard, il est élu député mais démissionnera en l’an 1872.

En l’an 1887, Monseigneur l’Évêque Anselme Nouvel de La Flèche (1814-1887), décède prématurément. Auguste est alors nommé vicaire capitulaire remplaçant l’évêque en attendant une nouvelle nomination, par le chapitre. Monseigneur l’Évêque Jacques Théodore de La Marche (1827-1892) est nouvellement nommé et autorisera Auguste à garder son titre de vicaire général. Il pourra ainsi assister au sacre du prélat à la cathédrale Notre-Dame de Paris, en l’an 1888.

Auguste Félix François est rappelé à Dieu, le seizième jour du huitième mois de l’an de grâce 1891, hier, à quatre heures du soir.

Selon sa volonté, il sera inhumé au cimetière de la paroisse en la chapelle funéraire de la famille, auprès de ses parents. Le convoi partira au lever du jour de demain à l’heure de la première prière. Ceux qui le veulent sont conviés et je prie toutes les personnes présentes de bien vouloir prendre part à sa peine »

"In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti AMEN "

Peinture sur huile - Monseigneur Auguste Félix du Mac’hallac’h 

 A la fin de la belle narration de ce texte, j’écoutais certaines conversations de quelques nobles disant que des personnalités importantes du royaume avaient séjourné ici : « Anne Marie Audouyn du Cosquer, Edouard de Pompéry, Marie de Rabutin-Chantal et Jean Joseph Euzennou de Kersalaun »

Etonnant !

Mon parrain décidait de ne pas rester car nous devions reprendre la route avant la nuit auquel cas, nous serions dans l’obligation de coucher à même le sol. Et pour eux, il n’en était aucunement possible. Il demandait au palefrenier d’équiper la voiture de nouvelles roues et de changer de chevaux car leurs états de fatigue était trop avancé.

Ce fut chose faite et au moment de les atteler, une des servantes nous apportait un linge de drap dans lequel se trouvait un gâteau de beurre et trois tranches de pain, en nous disant qu’elle était désolée de nous offrir si peu.

 Mon parrain :

« Madame, vous l’avez fait et pour nous c’est déjà beaucoup, soyez-en rassurer ! Bonne soirée à vous et au plaisir ! »

Nous prenions place à bord du carrosse nettoyé au plus près quand tout à coup, nous voyons une femme s’approcher de la voiture, à vive allure. Il s’agissait de Marie Caroline, une des filles du défunt qui nous suggérais ceci :

« Mon cousin, n’allez pas prendre la route à cette heure-ci ! Vous allez mettre trois fois plus de temps pour atteindre votre destination ! Permettez-moi de vous proposer de prendre le bac situé en contre-bas des jardins, à la cale ! »

Je posais alors une question à ma Marraine :

« Si je puis me permettre, quel est donc ce mot bac, une caisse ? »

Elle me répondait en ricanant mais non pour se moquer :

« Non Michel, ce n’est pas une caisse mais une embarcation qui permet de passer le fleuve car nous allons au château de ma belle-sœur, Hermine, se trouvant de l’autre côté de la rive. Avez-vous peur de l’eau, mon garçon ? »

Je lui répondais en haussant les épaules :

« Ma marraine, je ne puis vous répondre car je n’ai pas la réponse que vous attendez de ma part ! C’est inconnu pour moi ! Mais je veux bien découvrir ce genre de situation »

Le carrosse descendait la grande pente le long de la belle allée cavalière se trouvant par devant nous, traversait un petit pont qui desservait une cale prise en étaux entre une vaste étendue de sable et le fleuve nommé « Odet ».

Un des valets me dit :

« Allez, mon garçon, descendez de la voiture et mettez-vous de côté. Tout ce dérangement est très dangereux pour vous, il ne faudrait pas que vous tombiez à l’eau par une faute d’inattention ! Nous allons devoir défaire une partie du carrosse pour pouvoir l’installer entièrement dans deux bacs »

Je l’écoutais pieusement en observant cette eau en grande quantité qui bougeait dans tous les sens à cause du grand vent qui se levait. Je pensais à moi-même en me disant que cela devait être terrifiant de traverser toute cette eau pour rejoindre l’autre versant ! Nous aurions mieux fait de continuer sur la terre ferme ainsi je n’aurai pas eu cette angoisse qui me faisait perdre pieds.

A la nuit venue, le premier bac servant d’éclaireur sur lequel étaient allumées une dizaine de torches nous attendait. Les voituriers commencèrent à embarquer les roues et les bras servant à atteler les chevaux, à bord de la deuxième embarcation.

Les assises et bagages étaient transportées dans la troisième. Les passeurs commencèrent à traverser le fleuve sans encombre car le doux clapot qui commençait à nous parvenir ne faisait presque pas de vagues. Une fois arrivé de l’autre côté, deux autres embarcations les attendaient, vides, pour permettre de venir nous chercher.

Arrivés du côté de notre rive, la première nous était destiné et la deuxième beaucoup plus importante et plus large, servait pour les chevaux. Ma marraine avait quitté ses jupons et avait opté pour un panty blanc lui arrivant au niveau du mollet. Je m’accrochais à sa main d’un côté et à l’embarcation de l’autre car l’imagination de tomber à la renverse me hantait l’esprit.

Nous arrivions sans heurts à cette cale qui avait une grande capacité d’accueil. Tout autour de nous se trouvait une immense forêt.

Un grand édifice construit de briques rouges se trouvait contre un talus ressemblant à une sorte d’abri à barques ayant l’inscription « BS » au sommet de la porte d’entrée.

A l’intérieur se dressaient une table et quelques chaises, nous nous y installions en attendant que les valets remontent le carrosse et attellent les chevaux.

Le vent commençait à se lever laissant un air très frais nous arriver. Le claquement de l’eau et les cris de chouettes effraies, étaient les seuls bruits à cet endroit.

Une heure ou deux plus tard, un homme descendait du bois, à cheval et à vive allure, armé d’un fusil. Il hurlait en nous disant ceci :

« Halte là ! Qui êtes-vous et que faites-vous ici ? C’est un endroit privé. Vous n’avez aucun droit de débarquer ici sans autorisation préalable ! »

 Mon parrain :

« Allons mon garçon, calmez-vous ! Et rangez-moi ce fusil ! Je me prénomme René Maurice de Kerret, vicomte de Quilien et voici mon épouse Marie Léonie vicomtesse, nous sommes accompagnés de notre filleul Michel »

Tout penaud, il nous répondait :

« Oh M le vicomte ! Je ne vous avais reconnu avec toute cette armada. Je m’en excuse de n’avoir pas regardé les écus sur votre carrosse ! »

Mon parrain :

« Pour cette fois, mon garçon, je ne vous en tiendrai pas rigueur. Allez plutôt au galop, prévenir ma sœur, de ma venue »

Lui de répondre :

« Entendu Sir, j’y vais pressement ! »

Le carrosse étant prêt et les chevaux attelés, nous prenions place à bord. Les éclaireurs de chaque côté, devant et derrière, nous offraient presque la lumière du jour sur cette longue pente qui montait sur un chemin escarpé à travers l’immense forêt.

Le voiturier nous disait qu’il était peut-être préférable de trouver de l’aide car il n’était pas évident que les chevaux arrivent à monter la pente. Mon parrain descendait et regardait la distance qu’il nous restait à monter et de nous dire :

« Effectivement, trouvons quelqu’un de charitable ! »

A quelques pas de là se trouvait une maison, il y alla et frappa à la porte. Une vieille femme lui ouvrait, suivie d’un brave homme et de son fils. Le valet leur demandait s’il serait possible d’emprunter un autre chemin mais l’homme faisait un signe négatif de la tête.

Après réflexion, mon parrain lui demandait ceci :

« Pour la somme de cinq cent livres, acceptez-vous de nous aider à pousser sur notre voiture jusqu’au haut ? »

 La vieille femme de lui répondre :

« Oh Gast ! Encore un fou qui nous propose de l’argent et dont nous ne verrons pas la couleur ! Paour kezh que je suis, vous n’allez pas me rendre riche en cinq minutes quand même ? A moins que vous me disiez que vous êtes de la famille de la vicomtesse ! »

Je pris de cours mon parrain et répondait à la vieille dame :

« Oh ! Pour sûr, que vous pouvez le croire, cet homme-là n’est pas fou comme vous le dites, il est vicomte et frère d’Hermine ! Cela vous convient-il pour nous aider ? »

Ni une ni deux, le brave homme et son fils sortaient de la maison et allaient pousser sur le carrosse aidé par les huit valets. Arrivés sur le plateau, mon parrain leur donnait l’argent promis et nous pouvions repartir. Nous arrivions devant le vaste portail qui était ouvert. Le manoir était éclairé de toute part et Hermine accourait pour nous voir. Elle m’enlaçait de toute sa force et me dit être ravie de me revoir.

Nous descendions tous les trois du carrosse pour nous rendre dans la pièce principale où nous attendait encore un très bon dîner au vu des mets proposés sur la table. Je m’en léchais les lèvres !

Un homme d’une cinquantaine d’années, grand et svelte ayant une prestance exemplaire arrivait dans la grande salle par une porte de service. Il était vêtu d’une chemise blanche à jabot, d’une veste en queue-de-pie, d’un pantalon droit à rayures noires et blanches ainsi que d’un chapeau haut de forme.

Il tenait dans sa main droite une canne avec un pommeau recouvert d’argent ornementé d’une tête d’oiseau, sculptée dans du bois de buis et avait en bouche un long cigare qui enfumait toute la pièce.

Il nous embrassait à tour de rôle et se mettait à mon niveau en me posant une question :

« Alors mon garçon, qui êtes-vous ? Je ne vous connais pas ! »

Et moi de lui répondre timidement : 

« Monsieur, je m’appelle Michel, je viens du pays lointain des Montagnes de l’Arrée. Je suis orphelin depuis que mes parents ont été dévorés par des loups, il y a quelques années. J’ai été adopté par René Maurice et Marie Léonie qui m’ont baptisé et sont devenus mes parrains et marraines. Et vous Monsieur, à moi de vous poser la même question ! »

Il me regarda d’un air soucieux et triste :

« Oh mon garçon ! J’en suis très retourné pour vous ! Permettez-moi de me présenter, je me prénomme « Marie Georges Blanchet de La Sablière », fils « d’André Augustin et d’Hermine Félicité de Malartic de Fonda », époux d’Hermine »

Alors je lui demandais quelques détails car je n’en savais pas assez :

« Monsieur, je ne vois vos armoiries à aucun endroit, où sont-elles cachées ? Quelle est la signification de « BS » sur le baraquement de la cale ? »

Avec un grand étonnement et une stupéfaction inégale, il me répondait :

« Premièrement, j’ai placé mes armes sur le fronton de la porte de mon nouveau château que vous découvrirez demain. Et deuxièmement ce sont les initiales de mon patronyme ! Cela vous convient-il comme réponse mon garçon ? »

Je lui répondais que j’en étais content de le savoir. Il se retournait vers mon parrain en lui demandant :

« René, permettez-moi de vous poser la question à laquelle je songe. Qui est ce garçon ? Il n’est pas comme les autres ! Je me trompe ? »

Mon parrain ravi :

« Vous aussi, cela vous étonne ? Figurez-vous qu’il m’a confié, cet après-midi, aux funérailles d’Augustes Félix qu’il préférait les pierres aux divertissements enfantins !

Jamais de ma vie d’homme, je n’ai entendu ce genre de paroles, surtout venant de la bouche d’un jeune garçon âgé de douze années. Il a beaucoup de ressources, je vous assure ! Je pensais organiser une rencontre en présence de Théodore, qu’en pensez-vous, Georges ? »

La réponse de celui-ci était celle attendue par mon parrain : C’est une évidence !

Pour une fois dans ce long voyage, nous avions du temps car nous pouvions rester pendant quelques semaines. Personne n’avait de rendez-vous urgent ni de cérémonies et je pouvais dès à présent profiter de l’endroit, accompagné du chien de la propriété, un berger belge affectueux nommé « Ki Du ».

En entendant la conversation entre les deux hommes :

« …Comprenez qu’il est bon de rêver, d’oublier, de prendre le temps présent comme un cadeau de Dieu. Vivre au jour le jour en ayant l’espérance que le lendemain soit le même qu’aujourd‘hui ! »

Ils avaient raison, c’était quand même un luxe absolu de pouvoir vivre de cette manière, du moins à l’âge que j’avais. Enfants, nous ne sommes que des innocents et ne savons pas la chance que nous avons pour profiter de chaque instant que nos pères et mères nous ont donner.

Je me mettais sur la méridienne et m’endormait en rêvant de ma vie de châtelain qui allait devenir réalité. Peut-être !

Au lever du jour, un grand soleil régnait sur le domaine et à peine levé, je courrais dans l’herbe en regardant les sublimes jardins où poussaient des essences particulières venus de pays lointains, non pas de mes Montagnes de l’Arrée ! Encore plus loin !

Georges m’expliquait que certaines contrées lointaines avaient été découvertes par des explorateurs dont il me donnait une liste non-exhaustive :  

Le Cap de Bonne-Espérance par « Bartolomeu Dias (1450-1500) », les Amériques par « Christophe Colomb (1451-1506) »,  l’Inde par « Vasco de Gama (1469-1524) »,  le détroit entre l’Atlantique et le Pacifique par « Fernand Magellan (1480-1521) »,  le Canada et l’île Saint-Laurent par « Jacques Cartier (1491-1557) », les îles Kerguelen, par « Yves de Kerguelen de Tremarec (1734-1797) », les terres Australes par « Louis Alleno de Saint-Alouarn (1738-1772) » et enfin le détroit ente Yeso au Japon et Sakhaline en Russie par « Jean-François de La Pérouse (1741-1788) »

1700 - Guillaume Delisle pour Louis d’Orléans (1703-1752)

Grâce à eux, marins, nobles et historiens, mon parrain en était de ceux-là, partiront à la découverte de ces peuples étrangers et ramèneront dans leurs valises de nombreux présents et de souvenirs. Souvent, les bateaux revenants étaient remplis de graines de ces fameuses essences méconnues en Europe et encore moins en Bretagne.

Les châtelains feront construire des orangeries sur leurs domaines et testeront si les plantes peuvent pousser comme dans leur pays d’origine dont beaucoup viendront du même endroit :

Amérique : séquoias. Asie : citronniers, orangers, azalées, andromèdes, rhododendrons, camélias, roses, hortensias, ginkgos, pins. Australie : eucalyptus. Europe centrale : bruyères. Europe du Sud : lilas.

Toutes ces couleurs resplendissantes, formaient un arc-en-ciel au beau milieu de cette verdure étincelante, d’une beauté où le silence règne !

Tout près, j’apercevais Georges examinant les plans de son nouveau château en compagnie d’un architecte. La façade était construite et il me faisait observer ce que j’attendais depuis la veille, les fameuses armoiries familiales d’une splendeur très élégamment posée et d’un bleu étincelant, surmontées d’une couronne de comte :

        

« d’azur à une bande d’or accompagnée de deux lys d’argent »

Je regardais les deux hommes et une question me torturait l’esprit :

« Monsieur, je ne connais pas le nom du lieu où nous sommes car mon parrain ne me l’a pas avoué, pouvez-vous me l’indiquer ? »

Georges de me répondre, en souriant :

« Bien évidemment, mon garçon ! » me dit-il en me balayant mes cheveux blonds, de sa main droite. Vous êtes, sur les terres du Bot situées en la paroisse « Des Moines Blancs » à quelques kilomètres de l’Océan. Suivez-moi, je vais vous faire découvrir une chose inédite, encore non connue dans ce pays ! »

Nous marchions quelques dizaines de pas afin d’arriver devant un monstre de pierres blanches de six mètres de hauteur construit par les Romains. Il s’agissait d’une « Tour à feu » entourée de fossés profonds. Le promontoire ou gué servait à observer les bateaux ennemis, arrivant de loin et pouvaient être ainsi détruits par les hommes de la Légion.

Georges me disait que l’on était à cent mètres au-dessus de la mer. C’était très haut ! En regardant au loin, j’apercevais de nombreux châteaux et manoirs se trouvant tout le long du fleuve, au nombre de huit : « Le Village du Loup » et « Les Poiriers » en étaient les plus impressionnants. Et tout au loin, un point gris se voyait plus ou moins, la chapelle Saint-Michel de mes Montagnes de l’Arrée située en « La Grande Paroisse ». Je n’en revenais pas, même ici, j’étais protégé par mon archange !

Je me retournais vers Georges et lui dit :

« Monsieur, pour quelles raisons, me faites-vous découvrir tout cela ? »

Et lui de me répondre :

« Parce que vous le méritez, vous avez un don ! mon garçon »

Nous redescendions au niveau du château et Georges me proposait d’aller observer ce qu’il se passait dans une parcelle de froment qui devait faire cinq ares, soit cinq cent mètres carrés, située en aval du domaine.

Comme nous étions au mois d’Aout et que le climat n’avait pas été favorable les semaines précédentes, les fermiers devaient commencer les moissons. Dans leurs pénibles travaux, une dizaine de femmes fauchaient le blé à l’aide d’une faux, regroupaient les tiges et les liaient pour en faire des gerbes pesant jusqu’à dix kilogrammes. Deux ou trois charrettes attelées de bœufs attendaient que les hommes les remplissent à la main.

Une fois ce travail terminé, le convoi partait pour la ferme dans laquelle, une dizaine de personnes préparaient l’aire à battre sur laquelle était posé un grand drap tendu aux extrémités. Les gerbes étaient posées à cet emplacement lorsqu’une dizaine d’hommes se préparaient à l’aide de leur fléau servant à séparer les graines des épis. Étant donné que le travail était très physique, ils se relayaient à tour de rôle.

XXe -Editions Le Doaré

Une fois le battage terminé, les femmes, appelées glaneuses, ramassaient les tiges complètes, restées sur l’aire pour nourrir leurs propres animaux. Pour les autres, elles pouvaient pliées leurs récoltes pour les transporter dans leur grenier à céréales.

La journée se finissait généralement par un grand repas préparé par les femmes et leurs enfants, car tout ce monde venait généralement des fermes voisines. Les fermiers s’attablaient et après cette longue et difficile journée, ils se joignaient tous entre eux pour entamer un divertissement très utilisé dans toutes les fermes de Bretagne : la danse.

En ce pays dans lequel nous étions, se pratiquait celle de la gavotte de l’Aven, qui se dansait à quatre personnes en huit temps de pas.

L’Aven est situé au sud, entre la paroisse du « Bout de l’Odet » et celle « Du Tas de Pierre », au nord sur la ligne de la paroisse de « Saint-Tefridoc » allant jusqu’à celle de « Scathr » toutes situées en limite du département de « La Petite Mer ».

La danse était orchestrée par un couple de chanteurs qui donnait le rythme d’un air traditionnel, souvent appris par leurs mères et qui porte le nom de chant et déchant utilisant un tuilage d’une même phrase répétées deux ou trois fois mais cela pouvait être également un couple de sonneurs s’exerçant à jouer de deux instruments de musique :

·         D’un biniou composé d’une poche de cuir, d’un « sutel » servant à l’alimenter en air accompagné d’une anche sur laquelle se trouvent deux lamelles, fabriquée à partir de tiges de roseau, d’un bourdon mélodique produisant une note continue et d’un « levriad » sur lequel était jouée la mélodie

 ·         D’une bombarde composé d’un fut légèrement conique percé de six trous accompagnés d’une ou plusieurs clefs en façades fabriqué à partir de bois de buis ou d’ébène, d’un pavillon de forme évasée d’où sort le son, d’une embouchure dans lequel le sonneur souffle accompagnée d’une anche fabriquée à partir de bois de buis ou de tige de ronce.

Ce divertissement se terminait souvent par des danses jeux. Cela durait jusqu’à la tombée de la nuit jusqu’au moment où les litres de cidre avaient fait leurs effets. Pendant plusieurs jours, les mêmes scènes se répétaient dans bon nombre de fermes avoisinantes.

Faïenceries Henriot : Oeuvre « Porquier-Beau (1875-1905)

Mon parrain me racontait que la Bretagne était une région très pauvre. Chaque fermier n’avait qu’un cochon, deux vaches et quelques volailles et n’était que locataire des bâtiments et des terres. Ils étaient le plus souvent journaliers ou cultivateurs, allant proposer leurs services de fermes en fermes.

Pour ce qui est de la paroisse de « Corentin », ils se réunissaient les jours de marchés, en la « Plasenn douar an duc » pour se référencer auprès des plus riches et métayers des châteaux qui eux détenaient un cheval ou un bœuf. Les propriétaires étaient peu nombreux et par cette occasion détenaient beaucoup de fermes.

Après avoir assister à ce bel événement, je retournais au manoir en compagnie de Georges et lui dit que j’étais ravi d’avoir vécu cette scène de la vie paysanne.

J’allais à vive allure raconter toutes mes découvertes à mon parrain. Hermine écoutait tout cela en me disant qu’il y avait tant de choses à découvrir en cet endroit.

Je regardais affectueusement ma marraine en lui demandant ceci :

« Acceptez-vous que nous restions quelques temps, en compagnie d’Hermine et de Georges ? s’il vous plaît »

Elle de me répondre :

« Bien évidement, mon garçon mais il se peut que nous partions au dixième mois »

Je me hâtais de la serrer contre moi, étant heureux de sa réponse.

Pendant trois semaines, chacun d’entre nous vaquait à ses occupations et les deux hommes m’envoyaient en balade sur le char à banc que Georges avait acheté à un fermier, quelques temps auparavant. Il était tiré par un postier breton qui servait de cheval de trait dans les fermes. Comme il avait une importante carrure et une longue crinière blanche, Georges l’avait nommé affectueusement « Hélios ».

Nous menions une belle vie en ce beau pays de l’Aven dans lequel nous faisions de belles découvertes de châteaux et manoirs. De cette occasion, j’avais pu voir l’océan situé en la paroisse de « La Tête de l’Odet ». Absolument magnifique !

Mon parrain de m’expliquer qu’il ne fallait pas trop que je m’approche du bord de la falaise car par faute d’inattention, je pouvais tomber à tout moment et me faire gravement mal. La mer était un danger, elle pouvait tuer un homme.

Nous prenions le chemin côtier jusqu’à atteindre le bout où se trouvait une belle villa de cette époque, construite par un architecte de ce monde nouveau se prénommant Gustave Bonduelle (1850-1922). Il avait édifié les plans du château de « La Vallée du Lin » situé sur les terres du « Village de Louis » en la paroisse de « Conq »

La maison était ornée de pans de bois de la période du 13e siècle. Cet art se nomme l’historicisme et s’explique de se servir d’une époque pour la refaire à une autre et cela ira à l’encontre des nombreux chercheurs et historiens qui termineront leurs recherches et leurs rapports par une fausse interprétation. 

Les murs étaient recouverts de pierres debout, style architectural du pays de la paroisse limitrophe de « Conq », celle de « Nouveau ». La couverture était revêtue de tuiles rouges de « Normandie », les quatre grandes ouvertures étaient ornées de décorations provenant des typiques maisons alsaciennes et une très grande porte avec arc en plein cintre surmontée de l’armoirie, celle de la Dynastie des comtes de « Richemond » (Cf aparté) se dressait par devant-nous.

Un grand jardin était dressé tout autour de cette bâtisse, égayé d’une pelouse taillée au ciseau. Un étang se trouvait en contrebas sur lequel s’amusaient les canards à col vert et les oies bernaches du Canada venues s’hydrater dans cet écrin de verdure.

De cet endroit se trouvait un accès à l’océan ouvert par une brèche par laquelle descendait un escalier de quelques marches entouré de deux piliers et d’un corps mort auquel était amarré une barque. Était aussi présent, un petit bâtiment construit de pierres debout et d’une couverture en chaume. Le garde nous indiquait qu’il s’agissait d’un lieu de lecture et de repos. Étonnant ! 

Après avoir vécu tout ce charme, nous rentrions par le même chemin, en gardant ses beaux souvenirs dans la tête et deux heures plus tard nous arrivions au manoir où nous attendaient Hermine et ma marraine qui lisaient un roman que je ne connaissais pas, écrit par Jules Verne (1828-1905) : « Le tour du monde en quatre-vingt jours ».

Passionnant qu’elles disaient !

Je m’étais effondré sur l’un des fauteuils crapaud et m’endormais tout en pensant à la journée que je venais de vivre. Je rêvais de songes et de réalités qui me faisait prendre conscience que je pouvais compter sur leur présence pour me faire découvrir tout cela.

Aparté sur la Dynastie des Richemond :

« Vers l’an de grâce 1071, Guillaume le Conquérant (1028-1087) issu de la Maison de Normandie donna à Alain Le Roux (1040-1093), fils du comte de Penthièvre, issu d’une branche cadette des ducs de Bretagne, de nombreuses terres formant l’un des trois ensembles féodaux regroupant près de deux cents seigneuries dont le vaste comté du Yorkshire au Nord de l’Angleterre et ceux de Suffolk, Norfollk et Cambridge à l’Est du pays.

Vers l’an de grâce 1077, il fait construire son château de « Richemond », à l’architecture Normande, autour duquel, la ville du même nom s’établira. Il est prétendu qu’il était le premier noble à détenir ce titre alors qu’il ne l’a jamais obtenu et meurt en 1093, sans descendance. Son frère, le comte Étienne de Penthièvre (1060-1135), hérite de cet honneur et réunit les possessions anglaises et bretonnes de la famille. Son fils, le comte de Cornouailles, Alain Le Noir (1107-1146) issu de la Maion de Penthièvre, est le premier à utiliser le nom de comte de « Richemond » en épousant Berthe de Bretagne (1114-1156) issue de la Maison de Cornouailles, fille du duc de Bretagne Conan III (1095-1148), issu de la dynastie de Cornouailles. Elle s’allie en secondes noces à Eudon de Bretagne (?-1180), issu de la Dynastie de Porhoët. 

Son frère, Conan IV de Bretagne (1135-1171), issu de la dynastie de Penthièvre doit affronter son beau-père, le roi d’Ecosse, Henri Huntington (116-1152) venant de la Maison de Dunkeld, pour récupérer le titre car les barons de Bretagne se rallieront à Eudon de Porhoët. Il se réfugie alors en Angleterre et reçoit l’honneur de « Richemond », des mains du comte d’Anjou et du Maine, duc de Normandie et d’Aquitaine, le Roi d’Angleterre, Henri II de Plantagenêt (1133-1189). Conan IV, renoncera au titre de duc de Bretagne et abdiquera en faveur de sa fille, la future duchesse, Constance de Bretagne (1061-1121), issue de la dynastie de Penthièvre. Le Roi d’Angleterre profitera de la mort de celui-ci pour s’emparer du titre et le remettra à son fils, le duc de Bretagne, Geoffroy de Plantagenêt (1158-1186), venant de la dynastie de Bretagne "

..

Henri II de Plantagenêt (1150-1189)
« de gueules à deux léopards d’or, posés en pal »
Devise : Dieu et mon droit

 En 1341, le Roi d’Angleterre, Edouard III de Plantagenêt (1312-1377), donnera le titre à son fils, Jean de Gand de Plantagenet (1340-1399), venant de la Maison de Lancastre. Lors de la guerre de cent ans (1337-1453), le titre échappe à la famille des ducs.

Il est ensuite donné au duc de Bretagne, Jean IV (1339-1399) issu de la Maison de Monfort, successeur des ducs de Bretagne qui en dote son fils cadet, Arthur de Bretagne (1393-1458) issu de la Dynastie de Montfort.

En 1399, à la suite du renversement du duché de Bretagne face au Royaume de France Henri de Bourbon (1553-1610), quatrième du nom, lui retire son titre.

L’honneur et le titre sont définitivement séparés du duché de Bretagne avec qui ils avaient été liés à la conquête de la Normandie.

Mais la dynastie de Bretagne revendiquera l’héritage des « Richemond » jusqu’au décès d’Arthur en 1458 qui se fera nommer toute sa vie : « Arthur III de Bretagne comte de Montfort et de Richemond, connétable et duc de Bretagne ».

Les Lords de « Richemond » seront au nombre de trente durant huit siècles dont : en 1073, Alain Le Roux, en 1473, la dynastie des Tudor, en 1623, celle des Stuarts et en 1675, celle de Charles Lenox.

Ce dernier est le fils illégitime du Roi d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande, Charles II (1630-1685) issu de la Maison Stuarts et de sa maitresse, Louise de Penancoët de Keroualles (1649-1734), duchesse de Porsmouth (Cornouaille) et d’Aubigny (Centre Val-de-Loire), originaire de Guilers »

Le critique libertin « Charles Le Marquetel de Saint-Denis » dira d’elle :

« Le ruban de soie qui serrait la taille de Melle de Keroual unit le Royaume de France et celui de l’Angleterre »

Armes de Penancoët de Keroualles :
« Fascé d’argent et d’azur de six pièces, l’écu en losange supporté par deux lévriers d’argent colletés de gueules aux têtes contournées, brochant sur un cuir à enroulements au naturel, posé sur un manteau de gueules frangé d’or et retroussé d’hermines, timbrée d’une couronne ducale anglaise à coronet »

Après avoir écouté cette histoire riche en émotions, je n’ai pu que constater que j’avais du sang anglais qui coulait dans mes veines, ce qui me réconfortait car ce que j’avais imaginé dans mon cerveau de jeune enfant en pensant que les deux Cornouailles s’étaient retrouvées collés à un moment donné de l’histoire du Monde, était largement possible. 

J’étais là, sur la méridienne à rêver, à m’imaginer en duc de « Richemond » et avais du mal à revenir à la réalité lorsque mon parrain me disait qu’il était temps de me préparer car nous devions reprendre la route. Les valets attelaient les beaux chevaux et chargeaient le carrosse de victuailles qu’Hermine nous avait préparer avec amour et je montais dans la voiture suivie de mon parrain et de ma marraine.

Georges me dit alors :

« Mon garçon, je suis ravi de vous avoir rencontrer, faites attention à vous ! Au plaisir de vous revoir ! »

Il soulevait son couvre-chef tout en me saluant de sa main droite et de l’autre tenant le cigare.

C’était vraiment un bon moment qui m‘avait été offert dans ce cadre idyllique. Nous passions le portail et prenions le chemin de droite qui nous menait au centre de la paroisse. Là, un plus grand espace nous conduisait à la Grand ’route reliant la paroisse de la « Tête de l’Odet » à celle « Des Fortifications de Saint-Arzel » qui nous était toute proche.

Nous passions près du château « Des Trente Fils » que la duchesse « Anne de Bretagne » aurait visiter lors d’un voyage. Selon la légende il est dit qu’elle en aurait eu autant, avec ses trois époux : « L’Empereur du Saint-Empire, Maximilien von Habsbourg (1459-1519), le roi, Charles de Valois (1470-1498) huitième du nom et son cousin, le roi, Louis d’Orléans (1462-1515), douzième du nom ». Puis nous passions près des châteaux de « La Colline Blanche » et du « Globe de Guenan », propriété de la famille de Blois.

Ding ! Dong ! Ding ! Le valet sonnait la cloche en apercevant la longue allée cavalière d’un château, il ne s’agissait pas de n’importe lequel mais bien celui d’Isabelle, fille de mon parrain, portant le nom de « l’Ermitage de Saint-Iudon ».

Sur cette grande allée, avaient été plantées une centaine de châtaigniers par l’un des propriétaires.

Nous arrivions à hauteur du grand portail en fonte, haut de deux mètres, ornementé des initiales de la famille : « K ». C’est à ce moment que le garde nous ouvrait cette lourde porte qu’il avait bien du mal à tirer.

Nous continuons de descendre l’allée et arrivions sur le parvis de devant du château, Isabelle et son époux nous attendaient sur les quelques marches du perron. Dans ma petite tête d’enfant, je m’attendais à être reçu par un nombre important d’individus mais ils étaient juste accompagnés de leur dame et homme de compagnie.

Nous sortions de la voiture et nous nous embrassions tour à tour. Isabelle me serrait fort dans ses bras et me dit alors :

« Allez, venez mon garçon ! Ah oui c’est vrai, vous êtes baptisé au prénom de Michel mais j’aime vous appeler par ce petit sobriquet, cela vous complaît-il ? » me demanda-t-elle

Je lui répondais en haussant les épaules :

« Je ne saurais répondre à la question que vous me posez mais si cela peut vous faire plaisir, alors je vous en prie ! »

Elle m’envoyait visiter le château en passant l’entrée surmontée d’un chapiteau de couleur bleu et j’arrivais dans un vestibule qui avait une odeur particulière, celle de l’ancien. Il était ouvert sur un grand salon, ornementé de beaux meubles de style Louis Philippe de la période du Romantisme. A gauche se trouvait une pièce dans laquelle il y avait un drôle de divertissement d’adresse, d’origine anglaise, nommé billard. Aux murs étaient accrochés des tableaux de « Charles Fidèle de Kerret et de Marie Marguerite Félicie Lefebvre de La Faluère », parents de mon parrain et anciens propriétaires.

Le sol était surmonté d’un parquet ciré et glissant qui craquait à chaque pas.

En continuant cette visite, je pouvais remarquer à travers les ouvertures, appelées « portes à oculus », le parvis de derrière du château. J’étais ébahi de voir cette splendeur !

Plus loin se trouvait la cuisine d’étage qui ne servait que de repose-plats car la vraie en était au sous-sol. Sur le mur de l’Est, se trouvait une très grande et haute bibliothèque où se logeait une porte dérobée que l’on ouvrait en déplaçant une rangée de livres. Ce n’était qu’un trompe-l’œil et non un meuble ! Je n’en revenais pas, j’étais ébahi !

Nous empruntions la dizaine de marches se trouvant devant nous et arrivions dans la fameuse cuisine qui était la pièce la plus ancienne et la seule restante du premier château, peu décorée mais qui avait un grand foyer de cheminée et un four à pain dont la construction remontait au XVe siècle.

Après avoir vu cette ambiance, nous remontions à l’étage et par un corridor nous entrions dans un autre salon dans lequel étaient accrochés aux murs des trophées de chasse entre autres des têtes de sangliers et chevreuils.

Nous montions à l’étage supérieur, sur lequel se trouvaient de grandes chambrées : la sienne, anciennement celle du patriarche et de son épouse, une deuxième destinée pour mon parrain et ma marraine, une troisième pour les invités et une quatrième réaménagée en bureau.

En parallèle existait un autre étage situé dans une des ailes du château, ne communiquant à aucun moment et pour y accéder il fallait redescendre à l’étage du départ et remonté par un autre escalier très étroit où se logeait sur le palier, une pièce minuscule dans laquelle se trouvait l’oratoire du château dans lequel les propriétaires et leurs enfants venaient y faire leurs prières journalières. La pièce était aménagée d’objets de culte tel qu’un prie-Dieu, de quelques bannières, de crucifix, d’un calice ainsi que de plusieurs cierges Pascal.

La seule ouverture était dotée d’un vitrail avec la signature du manufacturier « Le Bihan ».

La pièce était ornée de tentures de couleur rubis et possédait un tapis au sol peint des armoiries de la famille :

                     

« d’or au lion morné de sable à la cotice de gueules brochante sur le tout »
Devise : Tevel hag Ober

Nous redescendions à l’étage initial et Isabelle me devançait en m’ouvrant une des portes qui donnait sur un palier, construit en granit duquel s’échappait une dizaine de marches de marbre noir pour atteindre le magnifique parvis de gravillons blancs.

Le panorama idéal se présentait : un château au bord d’une rivière !

Devant moi se trouvait un bassin orné de quatre statues de sirènes, alimenté par deux jets d’eau puissants. Au bout du chemin allant sur la droite se présentait à nous le bassin de Neptune au milieu duquel se trouvait une statue de dauphin d’où un jet d’eau en sortait. Il avait dû servir de vivier à eau de mer en voyant la trappe au niveau du fronton jouxtant la rivière. En empruntant le chemin partant vers la gauche se trouvait la maison du pécheur située à proximité d’une pâture sur laquelle s’y trouvait la chèvre « Heidi », la vache Ecossaise « Scotty » et la Normande « Abigaëlle ». A la nuit tombée nichaient à cet endroit, la chouette « Big-Mama » et le hibou « Archimède ». La vie de châtelain n’étant pas réservé qu’aux humains !

Nous revenions vers le château en empruntant un autre chemin qui menait à un grand bâtiment construit en granit qui avait dû être rallongé de quelques mètres à une certaine époque qui se nommait « Orangerie ».

Tout autour se dressaient ici et là, les bâtiments de la ferme : crèches, écuries, poulaillers, chenil et la maison du métayer.

Autour de l’édifice, se dressaient des jardins en terrasse mêlant les essences vues au château « Du Bot », les nombreux buis plantés le long de la rivière, les grands arbres contournant le domaine et les beaux potagers. Nous n’étions pas en la demeure du Roi Soleil mais l’esprit en était de même.

De nombreuses parcelles en jachère jouxtaient ce parc laissant la nature reprendre ses droits sur lesquelles poussaient, des variétés plus ordinaires de Bretagne.

C’était majestueux et magnifique !

En finissant cette joyeuse promenade, je contemplais ce beau paysage de carte postale et voyait les domestiques faire des allers-retours avec des meubles entre le château et le parvis.

Je ne comprenais de trop ce qu’il se passait mais je regardais Isabelle qui venait à mon niveau et me disait :

« Mon garçon, en attendant, installez-vous confortablement dans un des fauteuils crapaud que nous avons installé en arrondi ! J’ai demandé à Marguerite, la cuisinière, de nous préparer le tee que nous allons pouvoir déguster grâce au nouveau service en faïence de la manufacture « Porquier-Beau » que je me suis fait offrir la semaine dernière par mon cher époux »

Étonné, je lui posais la question :

« Excusez-moi, Mme la vicomtesse mais en attendant quoi ? »

Mon parrain de répondre :

« Pardi ! L’histoire de ce lieu, mon garçon ! »

J’attendais et je rêvais paisiblement sur ce fauteuil lorsque mon parrain, ma marraine, Isabelle et son époux venaient s’asseoir à mes côtés et c’est alors qu’ils se mettaient à discuter de toutes sortes de choses. Marguerite arrivait avec le service tant attendu dressé sur un plateau et le Major d’homme prénommé Henri quant à lui avait porté des entremets réalisés pour l’occasion.

Ding ! Ding ! Ding ! La cloche d’arrivée sonnait et Henri s’en allait à la rencontre des visiteurs et revenait en leur compagnie. Aucun d’entre nous ne voyait qui étaient ces personnes car nous étions trop loin de l’entrée.

Henri, s’approchait de la tablée et dit ceci :

« Pardonnez-moi de vous importuner mais se sont présentées à moi sept personnes qui disent être invitées par M le baron »

Et lui de répondre :

« De qui s’agit-il ? »

Henri :

« M le baron, voici les personnes se trouvant au-devant ma personne : 

1 - M Aymar Joseph de Blois de La Calande (1760-1852), né en la paroisse du « Relais du Mont ». Il sera élu conseiller général du Finistère et se passionnera pour l’archéologie. Fils de François et Thérèse Le Prevost de la Bouexière de Boisbilly. Cette dernière est la sœur de Monseigneur l’Abbé, Jean Jacques Archibald qui transmettra un des plans « d’Illiz-Veur Corentin », dessiné par son oncle, soixante années auparavant. 

2 - M Joseph Bigot (1807-1894), né en la paroisse de « Corentin », il sera élu conseiller municipal du même lieu et deviendra le référent de l’architecture départementale, pénitentiaire et diocésain de Cornouailles et de Léon, transmis depuis trois générations. Il sera le dernier acteur de la construction « d’Illiz-Veur Corentin » pour en avoir élevé les flèches le 10 Août 1856. Il dessinera plus de 1 500 plans d’églises, chapelles, châteaux, manoirs, hôtels particuliers et villas de Bretagne.
3 - M Théodore Hersart, vicomte de La Villemarqué (1815-1895), né en la paroisse du « Confluent de l’Ellé ». L’histoire lui donnera le nom de Barde breton car il passera des années à collecter, auprès des anciens, des centaines de légendes, chants, airs à danser et mélodies traditionnelles qu’il a retranscrit dans cette Bible qu’est le « Barzaz Breizh ».
4 - M François-Marie Luzel (1821-1895), né en « La Paroisse de Saint-Barvet », en notre département des « Côtes du Nord ». Il deviendra l’un des poètes bretonnants, parlant en sa langue maternelle puis linguiste, anthropologue, collecteur de textes traditionnels chantés et mélodieux, journaliste et Conservateur des Archives du Finistère. Il sera l’un des plus érudits de l’assemblée. Il connaît tout et fera de son savoir cette Bible qui a pour titre : « Chants populaires de Basse-Bretagne »

5 - M Julien Trevedy (1830-1908), né en la paroisse du « Château d’Audren » dans le département des « Côtes du Nord ». Ayant fait des études de Droit, il sera nommé, Président du Tribunal de « Corentin ». A ses heures perdues, il se passionnera d’histoire, de châteaux, de manoirs et de généalogie. Il est l’auteur de cet ouvrage : 
6 - M Frédéric Le Guyader (1847-1926), né en « La Grande Paroisse ». Il exercera la profession de fonctionnaire aux contributions indirectes en la paroisse de « La Terre de l’île ». Il fera la connaissance de « José Maria de Heredia » et deviendra l’ami de notre confrère « Anatole Le Braz ». Il se passionnera grâce à ce dernier à la littérature et deviendra dramaturge, poète, écrivain et Conservateur des Archives Municipales de « Corentin ». Il publiera de nombreux poèmes, notamment celui de « An anduilh an Aotrou-Person » dans l’ouvrage de « La Chanson du Cidre »
7 - M Louis Le Guennec (1878-1935), né en la paroisse du « Relais du Mont ». Au fil des temps, il sera un archéologue averti passionné du patrimoine Breton, illustrateur, lithographe. Il écrira de nombreux livres sur ces sujets dont « Manoirs en Bretagne ».
Mon parrain de se retourner stupéfait et ravi de les revoir après tout ce temps passé sur les routes dit ceci :

« Mes amis, vous êtes présents ? Quelle joie de vous voir ! Mon beau-frère et Isabelle ont bien gardés cette surprise pour eux seuls ! Henri, auriez-vous l’amabilité de nous envoyer sept autres fauteuils pour permettre d’installer mes amis ? »

Je demandais alors à mon parrain ceci :

« Pour quelles raisons sont-ils d’une si haute importance pour vous ? »

Il me répondait ceci :

« Un jour, il y a de nombreuses années, je me trouvais sur mes terres situées en la paroisse du « Lieu consacré à Saint-Gwevret » non loin de chez vous. Je réalisais que je venais de découvrir un trésor, des objets de l’époque gallo-romaine. Ne sachant qu’en faire, je retournais à « Corentin » et en conversant avec mon ami, le Préfet, il me glissa à l’oreille qu’une association regroupant des passionnés d’art et d’histoire tenait son siège en haut lieu, au Palais épiscopal. C’est alors que je me mettais en contact avec l’un d’eux et je lui fis don de ma trouvaille.

Au fil des mois et années, j’œuvrais pour faire d’autres fouilles et recherches car cela me passionnait. De découvertes en découvertes, nous remplissons les sous-sols du Palais, avec tous ses trésors.

Nous choisirons de donner un nom à cette association, regroupant de nombreux individus : La « SAF », Société Archéologique du Finistère. Nous y traiterons de tous sujets sur l’histoire, la généalogie, les arts, l’architecture, l’archéologie, les collectes de chants, les costumes traditionnels, la toponymie et j’en passe.

Henri :

« M le vicomte, je me hâte d’exécuter votre souhait. Avez-vous besoin d’autre chose, peut-être ? »

M le baron allait répondre à la place de mon parrain :

« Oui, Henri, maintenant que vous le proposez, apportez-nous une bouteille de scotch de la meilleure maison d’Écosse que nous ayons »

Ma marraine de m’expliquer que le scotch était du whisky, un alcool de houblon fabriqué en « Bro-Skos et en Bro-Iwerzhon », pays appartenant au Royaume d’Angleterre, au nord de la France. Je faisais signe de la tête ayant l’air d’avoir compris mais il n’en était aucunement.

Mon parrain disait à ses invités qu’il était sur le point de raconter l’histoire de ce lieu.

Et un d’eux de dire :

« Je vous en prie, mon ami, on vous écoute ! »

Mon parrain :

« Au XIIe siècle, le village déjà existant était composé d’une église, d’un cimetière, de maisons, de moulins et d’un fournil.

En 1300, le gérant de l’administration diocésaine du lieu se nommait « Alain Rivelen (1290-1320) », évêque de Cornouailles puis en l’an 1344, date à laquelle, « Charles de Blois », lors des guerres de Succession de Bretagne (1341-1364), assiégeait Quimper, les évêques se retirèrent dans leur village. Le rachat de plusieurs terres se fera par un autre évêque, « Gatien de Monceaux (1408-1416) ».

Au XVe siècle, Monseigneur l’Évêque « Bertrand de Rosmadec (1445) » y fera construire un corps de logis de composition carré, comprenant quatre tourelles.

Entre la fin ce siècle et le début du XVIe siècle, les évêques agrandissaient leur domaine par l’achat de différentes parcelles de terre et feront peu à peu disparaître l’ancienne paroisse.

Dans la seconde moitié du XVIe siècle, après les Guerres de La Ligue de Bretagne (1588-1598), la résidence des évêques située au palais épiscopal de Corentin, avait été dévastée par un incendie en 1595. Leur résidence principale était devenue ce lieu en attendant la reconstruction.

Toujours en ce siècle, « Nicolas Caussin (1583-1651) » prêtre Jésuite, confesseur du Roi « Louis de France (1601-1643), treizième du nom » sera envoyé en ce lieu sur demande du « Cardinal de Richelieu (1585-1642) » à cause d’un bruit courant qu’il aurait une relation trop proche de « Son Altesse, la Reine, Catherine de Médicis (1519-1589) ».

Monseigneur l’Évêque « François de Coëtlogon (1668-1706) » est un homme de fort caractère et de goût, ce qui va lui permettre d’accéder simplement à la cour de « Louis de Bourbon », quatorzième du nom » et de ce fait, rencontrer « André Le Nôtre (1613-1700) », jardinier du château de Versailles.

 Il reviendra au domaine et décidera de faire construire des jardins à la Française du goût de cette époque, c’est à dire, le cloisonnement des fleurs par des allées de buis et l’organisation régulière géométrique.

Ces exemples sont visibles aux châteaux de « Villandry et de Vaux-le-Vicomte ». Les jardins baroques Italiens garderont la composition en terrasse s’organisant autour du palais qui en est le centre et le point de jonction de toutes les lignes de construction des jardins.

Le Vannetais, « Nicolas de Bonnecamp (1630-1704) », Docteur en médecine, conseiller et médecin du Roi « Louis de Bourbon (1638-1715) », quatorzième du nom, écrira un poème en 432 vers François, sur ce lieu :

« …Que ce domaine* me plaît ! Et que ses avenues, Pour leur rare beauté, méritent d'être vues : c'est l'ouvrage achevé d'un illustre Prélat, De qui ce lieu charmant emprunte son éclat : Tout y brille par lui, puisque par sa présence, Qui sert à ses jardins d'une douce influence, On voit naître les fleurs, on voit mûrir les fruits... »

1921 – Dessin de Louis Le Guennec : le château et les jardins 

En 1790, deux statues de Lions en granit se trouvaient à l’Orient près du fleuve ainsi qu’un bassin ayant été construit avec au milieu, une pyramide en pierres de taille sur laquelle quatre crapauds servaient de jets d’eau.

L’évêque « Auguste François Annibal de Farcy de Cuillé (1740-1772) » fera construire la partie occidentale et le dernier à avoir séjourné en ce lieu sera « Monseigneur Toussaint Conen de Saint-Luc (1772-1790) »

En 1789, le domaine sera saisi comme bien national et revendu à plusieurs notables.

Le 15 Juin 1822, « Emmanuel Calixte Harrington », un riche gentilhomme anglais le rachètera et en 1825, il fera élever la façade style néo-classique avec son péristyle à six colonnes ioniques ressemblant aux villas Palladiennes en Italie, conçus par l’architecte « Andrea Palladio (1508-1580) ». Cela se réalisera grâce aux plans d’un autre architecte, « Jean-Baptiste Bigot » mais le propriétaire décédera subitement et ne verra jamais son rêve réalisé.

Le manoir du XVe siècle, disparaîtra à jamais en y laissant juste quelques murs visibles aujourd’hui.

L’épouse d’Emmanuel vendra le manoir en 1833, année de ma naissance, à mon père « Charles Fidèle de Kerret de Quilien » qui en fera une de ses résidences principales et Hermine en héritera »

2024 – Croquis du château à l’encre de Chine

L’assemblée applaudira cette belle narration et entamait des conversations en tous genres, sur l’histoire et l’architecture de ce lieu.

Je me levais du fauteuil crapaud pour me poser sur le rebord du grand bassin se trouvant à proximité du salon extérieur. Je songeais à ce qu’avait pu être ce château du XVe siècle, au milieu de tous ces évêques. Cela devait être somptueux !

M le baron se leva également à son tour pour m’y rejoindre, il avait une trentaine d’années environ, svelte, d’une prestance exemplaire mais un peu rustre. Je contemplais son mode vestimentaire dans les moindres détails, étant vêtu d’une chemise à col cassé blanche, d’un gilet en satin de couleur rubis ayant une montre à gousset relié à une chaîne qui s’accrochait à un des boutons et y trouvais refuge dans la poche prévu à cet effet, d’une queue-de-pie à col haut en velours de soie brodé de feuillages et palmes, orné de fils d’or appelés cannetilles à une rangée de bouton sur le côté droit dont les manches se rabattaient au niveau du poignet.

Ce vêtement détenait une ouverture sur l’arrière pour pouvoir y passer l’épée autrement dit « ravière » lors des réunions prestigieuses. Il portait un chapeau haut de forme en feutre de laine, une sorte de cravate nommée « lavallière » fermée par une broche, un pantalon de drap de laine noir et une paire de chaussures en cuir noires ornées d’une boucle en argent. Il tenait à sa main une canne en laiton.

Il se mis à mes côtés et me regardait intriguer de ma présence en ce lieu.

Il me posa une question :

« Mon enfant, je ne vous connais guère et je me posais la question de savoir ce que vous faisiez en cet endroit ! » 

Je lui répondais :

« Monsieur, je m’appelle Michel, je viens du pays lointain des Montagnes de l’Arrée et je suis orphelin. J’ai suivi des cours particuliers d’histoire avec des personnes qui en savait bien plus que moi car je n’en savais aucunement n’ayant jamais été à l’école. J’ai été adopté par René Maurice et Marie Léonie qui m’ont baptisé et sont devenus mes parrains et marraines. Et vous Monsieur, à moi de vous poser la même question ! »

Lui de me répondre :

« Alors mon garçon, j’en suis très attristé de votre nouvelle, j’en suis navré ! Je me prénomme Pierre Séguier, portant le titre de baron, fils « d’Antoine et de Marie Philippine Antoinette Charlotte de Goyon » et petits-fils « d’Armand Pierre Séguier (1803-1876) », inventeur de la chaudière tubulaire à circulation d’eau, du bateau à vapeur perfectionné, de la balance automatique pour peser et distribuer la monnaie et de l’appareil photographique pliant à soufflet. Je viens d’épouser Isabelle Marie Félicie, voici quelques mois en l’église paroissiale de « Saint-Philippe du Roule » située dans le VIIIe arrondissement de la Commune de Paris »

Ma réponse en était :

« Vous devez être un homme important à ce que j’entends et devez en connaître des choses si je comprends bien. Un jour, peut-être quand j’irai à Paris, je viendrai vous voir »

Pierre : « C’est avec grande joie que je vous recevrai ! avec grand plaisir, mon garçon »

Je disais alors à mon parrain après avoir écouté studieusement et longuement cette description de chacun de ses amis :

« Ils m’ont l’air d’être des personnes très intéressantes connaissant énormément de choses sur tout. Cela pourra permettre aux générations futures de consulter leurs travaux pour connaître une certaine vérité, sur les leur. Il existe un mot pour représenter ce genre de choses mais je ne connais pas lequel est-ce, en la langue de Molière mais dans la mienne, c’est ce mot :  Treuzkaz ! »

Mon parrain :

« Mon garçon, vous avez tout à fait raison ! Parfois, en plus des études que vous ferez à l’école, vous pourrez, lors de votre temps libre, participer à ce genre de recherches. Le mot que vous ne connaissez pas est : La Transmission que vous avez su prendre comme un trésor pendant toutes ces années. Je vais vous donner un conseil : Transmettez votre savoir toute votre vie et vous verrez que vous serez reconnu comme un homme ayant eu de la réflexion et vous m’en remercierez.

J’ai retrouvé une lettre dans laquelle deux hommes nous disaient ceci :

« Ceux qui auront plus de temps de loisirs que je n’ai pu avoir, pourront en connaître, une des vérités »  Julien Trevedy

« Cependant, comme il serait ridicule de se flatter d’avoir découvert La vérité »  Guy Alexis Dom Lobineau (1666-1727)

Les jours et semaines passaient et nous nous adonnions à diverses occupations qui étaient : la lecture, la pêche, la chasse aux papillons ou bien encore les divertissements tels que le croquet, jeu qui consistait à faire passer une boule en bois à travers un arceau en la frappant avec un maillet.

Tout d’abord appelé jeu de mail au Moyen-Age, il sera emprunté en l’an 1300 par les Anglais et aurait donné son nom au mot billard à la cour de « Louis de Bourbon (1638-1715), quatorzième du nom ».

Le jeu sera transformé à maintes reprises et deviendra en « Bro-Skos » : le golf et en « Bro-Iwerzhon » : le croquet.

J’étais également l’acteur de différents autres loisirs comme les cartes ou bien encore « Colin-Maillard ».

1717 - Gravure par Joseph Lauthier

Au déroulement d’une conversation collégiale, qu’ils se disaient entre eux, je voyais Julien Trevedy se lever et dire ceci à son auditoire :

« Mes amis, savez-vous quel jour nous sommes ? Le quatorzième jour du septième mois de l’an 1893, soit un siècle après la mort de « Louis Auguste de France », seizième du nom, roi du pays et de Navarre, assassiné par le peuple.

Cela n’était jamais arrivé dans l’histoire du monde !

Lors de la période de la Terreur (1793-1794), que je n’aurais voulu vivre pour rien au monde recouvert de crimes et de sang, le pays entier perdra près de cinq cent mille personnes qui seront exécutés par guillotines, fusillades ou noyades. Au même temps dans l’hexagone, l’exagération de certains iront jusqu’à détruire nos châteaux, manoirs, chapelles, couvents et églises ! Les commanditaires de cette barbarie diront : « Nous sommes tous des frères de même sang » et de nombreux d’entre eux : « Jean-Paul Marat, Georges Jacques Danton, Maximilien de Robespierre, Louis Antoine de Saint-Just et j’en passe », recevront le même supplice qu’ils auront infligés à leurs camarades : la potence.

Tout cela n’aura servi à rien ! Ha mais si, je vous raconte des sottises ! Juste détruire à jamais notre patrimoine que nos aînés avaient construit pendant des siècles. Toute cette horreur, pour une soi-disant égalité ! 

J’ai entendu un ami qui a voulu rester anonyme en ce qui concerne la phrase suivante car il ne voulait pas d’ennuis par rapport à sa façon de penser.

 Voici ce qu’il me disait : 

*« La prise de la Bastille était dans le sens de l’histoire ! L’autre cause, elle, était désespérée. Nous n’avions aucun intérêt à continuer à nous battre et à défendre clergé et privilèges ! Leurs positions étaient juste ! Pauvre Révolution, voile ta face ! La guerre pue ! » »

En me regardant avec insistance, Julien me disait :

« Michel, ne ressemblez jamais aux autres, cela ne servira à rien. Il faut que vous ayez vos propres idées et un caractère pour vous défendre. Je vais vous citer cette phrase que j’ai eu toute ma vie dans la tête :  

Chacun de nous pensera de différentes façons mais je peux vous dire que cette Révolution n’a strictement rien changé pour notre pays, même cent ans après, c’est même pire ! »

Retenez ces deux noms, ne les oubliez pas, me suggérait Julien en nous présentant ces deux œuvres

« Louis Auguste de France (1754-1793) » 
1779 - Peinture sur huile 
par Antoine François Callet  

« Marie Joseph von Habsbourg-Lorraine » (1755-1793)
1769 – Pastel par Joseph Ducreux

Après avoir écouté cette belle élocution, nous étions rejoints par Cécile de Kerret, autre sœur de mon parrain qui avait épousé le vicomte « Albert du Bouëxic de La Driennays », fils de « Pierre Prudent et de Françoise Colombe du Quesnoy ». Ils habitaient rue Monceau, dans le VIIIe arrondissement de la Commune de Paris. 

    Vitrail de l’église de Saint-Malo de Phily (35) 
« d’argent à trois pins de sinople »
Devise : HOC TEGMINE TUTUS

Pour être au complet dans cette famille, il ne manquait que le frère de mon parrain, le vicomte « Charles de Kerret ou Karl » décédé sans postérité deux ans auparavant. Il est inhumé en la chapelle de « Vray-Secours » près du château « du Bot ».

Lors d’une journée exceptionnelle organisée au manoir, « François Marie Luzel » voulait m’expliquer l’évolution du vêtement à travers les âges et avait fait la demande à Isabelle d’inviter certaines de ses amies pendant toute une après-midi, lors d’un goûter champêtre.

Cette journée s’annonçait très enrichissante aux côtés de ces trois demoiselles de la ville de « Corentin ». Il leur demandait alors de nous décrire leurs costumes.

L’une d’elles s’approchait et de nous dire qu’elle portait ceux de la mode des années 1850-1870 :

« Une robe de crinoline correspondant à un sous-vêtement fabriqué en étoffe de crin superposant plusieurs jupons, cachés sous la robe et échancrée aux épaules ne laissant nullement apparaître la poitrine. Elle est tenue grâce à un cerceau ou à un léger carcan métallique jusque dans les années 1867, tout autour des hanches. Une chemise blanche en lin, un corset à baleines, des bas de soie, un panty en lin arrivant à mi-mollets orné d’un ruban de couleur rose ou blanc, une cape en drap de laine ornée de velours noir. Ainsi qu’un camée, technique de gravure en bas-relief utilisé en sculpture apposé autour du cou. Sur mes cheveux, je porte un postiche orné de dentelles en crêpes »

 L’autre demoiselle de nous dire qu’elle portait un costume datant de la période Renaissance, des années 1550. C’est l’époque pendant laquelle « la baronne d’Ivry, comtesse d’Albon et duchesse d’Etampes, Diane de Poitiers (1499-1566) » aurait été l’une des favorites « d’Henri de Valois (1519-1559), deuxième du nom », roi de France.

En voici sa description :

« Un chemisier en coton, un corset à carcan métallique, fabriqué à partir d’os de baleines se cachant sous les jupons de crinoline. La robe pouvait être ornée de broderies en tout genre, tissées de cannetilles d’or ou d’argent, une casaque à manches à crevées dites bouffantes, une coiffe ornée de perles et d’un voile, une paire de chaussures en cuir noir ou gris foncé à petits talons fermées par un lacet. Ce style de mode venant de celle des hommes de la cour de François d’Angoulême, premier du nom qui évoluera pour les femmes sous Henri de Valois.

Les nombreux bijoux sertis de pierres et de perles baroques venus de la mode Italienne, souvent émaillées ou d’or étaient : les « pomanders », bijoux de forme ronde incluant une senteur, les cure-oreilles, les bulles, tous ornées de diamants, rubis et autres pierres précieuses »

Cette journée était vraiment très enrichissante et nous en savions beaucoup plus sur ces deux modes de vêtements nous ayant précédés. Nous pouvions nous concentrer sur celle d’aujourd’hui pour qu’elle évolue dans les meilleures conditions.

Après cette brillante élocution sur ce sujet, les domestiques « Marguerite et Henri » nous avaient préparé un repas simple mêlant les récoltes du potager et les trophées de la pêcherie effectuées le matin-même, entre autres anguilles et bars. A la fin du diner, les hommes allaient se réfugier dans le fumoir tandis que les femmes se réunissaient dans le boudoir.

A leur retour, Pierre nous dira qu’il voulait nous conter l’histoire pendant laquelle nous vivions :

« Cette période est un tournant dans l’histoire de ce pays car le Roi, « Louis Philippe d’Orléans (1773-1850) » n’est plus. Il a été remplacé par un Empereur issu de la célèbre Dynastie des Bonaparte, « Louis-Napoléon (1808-1873) » fils de « Louis, Roi de Hollande et d’Hortense de Beauharnais ». Epoux de « Maria Eugenia Ignacia Augustina de Palafox Y Kirkpatrick (1826-1920) ».

A la mort de son époux en 1873, l’Impératrice est régente et gouverneur de ce pays mais après avoir perdu son fils unique « Louis Napoléon (1856-1879) », elle s’exile en Angleterre et en Espagne. Depuis la guerre Franco-Prussienne, rien ne va plus en cette nation ! »

1860 – Portait de l’Impératrice (1826-1920), par Olympe Aguado

 Après avoir écouté cette belle histoire narrée par M le baron, nous pouvions rejoindre nos chambrées avec plus de culture dans la tête. Je pouvais alors continuer de rêver dans mon lit en imaginant la vie en la période que nous avions vécu, il y a peu, celle du Second Empire (1852-1870).

De semaines en semaines, nous passions notre temps au château, en l’absence de mon parrain qui s’était embarqué sur la frégate « La Forte », navire de l’Amiral « Auguste Febvrier-Despointes (1796-1855) » en tant que dessinateur pour découvrir d’autres terres, découvertes bien plus tôt dans l’histoire de ce monde telles que les Iles Marquises, le Pérou, le Pacifique, Hawaï, La Nouvelle-Calédonie….

XIXe - Croquis : Les Conquistadors du Mexique

Quelques mois plus tard, à son retour, il tient domicile en son château situé en la paroisse de « Saint-Iben » en compagnie de Marie Léonie, son épouse à qui il fera découvrir tous ses dessins et de lui dire que ces moments furent inoubliables ! Stupéfaite, elle lui disait donc de réaliser un album avec toutes ses esquisses et qu’il pourrait en faire part de son travail à son ami « Joseph Bigot ». Ce qu’il alla de s’empresser de faire en se rendant en son domicile situé rue Vis en la paroisse de « Sant-Matez »

Les mois passaient, je les voyais de moins en moins car ils faisaient souvent des allers-retours entre notre domicile du château de « Corentin » et la Commune de Paris, où ils se réjouissaient de la vie mondaine fréquentant des notables et aristocrates qui leur feront découvrir cette autre vie jusque-là oubliée, depuis ce temps qu’ils n’y sont pas venus. 

Ils logeront en leur hôtel particulier construit à l’emplacement d’une ancienne villa ayant appartenu à « François d’Orléans (1818-1900) », fils du roi « Louis Philippe d’Orléans (1773-1850) et de Marie Amélie de Boubon, Princesse des Deux Siciles (1782-1866) ». Elle est la tante de « Marie Caroline de Bourbon-Siciles, duchesse de Berry (1798-1870) » et l’arrière-grand-mère de « Xavier Bourbon-Parme (1889-1977) »

XIXe – L’Hôtel particulier de la famille de Kerret

La façade de l’hôtel est ornée d’une sculpture surmontée d’une couronne comtale et agrémentée de l’initiale « K » en miroir. 

Quelques mois plus tard, au sixième mois de l’an 1895, mon parrain nous avait envoyé un télégramme qui nous annonçait que Marie Léonie n’était pas en très grande forme et souffrait de problèmes respiratoires. Il nous disait également qu’ils devaient prévoir un voyage immédiat en direction du sud du pays où était domicilié le père de ma marraine, plus précisément à « Lugdunum ». Pour plus de confort sanitaire, elle se rendait souvent en la ville de « Nicaea » au bord de la méditerranée, pour fréquenter la cure thermale qui l’aidait à surmonter ces douleurs.

Mais rien n’y faisait, les mois passaient et la maladie ne faiblissait pas, elle allait de moins en moins bien et ne venait presque plus au manoir car les voyages la fatiguaient. Elle fréquentait plutôt ses appartements du « 65, Avenue d’Antin » en la Commune de Paris ainsi que ceux de son frère Charles Henri Gautier, « rue de Grenelle ».

A ce moment précis de l’année, mon parrain nous suggérait par télégramme de prendre le premier train en la gare de « La Grande Paroisse ». Ayant reçu ce courrier cinq jours après l’envoi, nous plierons bagages accompagnés de Marguerite, d’Henri et de l’ami très intime de mon parrain, Joseph Bigot.

Le lendemain vers cinq heures du matin, nous partions en direction de la gare et après une heure de trajet, nous arrivions à destination. En descendant du carrosse, je pouvais apercevoir une machine nommée par certains : « Le Cheval Noir ». Ce long convoi était tracté par une locomotive d’où sortait de la fumée par un conduit s’élevant en hauteur, appelé cheminée. Derrière celle-ci se trouvaient des wagons, au nombre de huit, transportant des personnes, des animaux et des marchandises.

Cela me faisait presque peur de voir ce train car pour moi, le cheval était le seul moyen de transport existant dans ce monde. C’était intriguant.

 

XIXe – Editions Joncour

Trois heures plus tard, nous arrivions en la gare d’Orléans se situant en la paroisse de « C’hastell-Nin ». Ce nom avait été donné par la Compagnie des chemins de fer de Paris à Orléans.

Installé à nouveau dans un des premiers wagons, la locomotive prenait la direction de la ville de « Corentin ». En quittant la gare, nous devions passer le très haut viaduc ayant pour nom « Kerlobret », j’en avais très peur que cette structure s’effondre à notre passage. Il avait été construit sur les plans de l’ingénieur « Edouard Alexis Bricheteau de La Morandière (1839-1896) » et de l’architecte des Ponts et Chaussées, « Philippe Croizette Desnoyaux (1816-1887) », en l’an de grâce 1864.

XIXe – Editions Neurdrein et Frères

Après avoir voyagé un peu plus de trois heures, nous arrivions, en notre belle gare de « Corentin ». Nous descendions du train pour nous permettre de faire halte, lors d’une pause bien méritée et nous profitions de déjeuner à l’abri des curieux.

XIXe – Editions Villard et fils.

Après ce repos, nous reprenions le rail pour un voyage de longue haleine qui allait durer six heures. Nous devions nous arrêter dans une trentaine de gares avant notre arrivée. Au bout de tout ce temps, nous arrivions à celle d’Orléans située en la ville de « Nantes ».

 

XIXe – Editions Dugas

A la descente, Marguerite interpellait un des employés du chemin de fer pour lui demander s’il était possible de nous installer à l’intérieur du wagon-nuit se trouvant sur l’autre voie. Il accepta sa demande et nous pouvions nous installer confortablement sur les couchages mis à notre disposition.

Dix-sept heures plus tard, nous arrivions enfin à la gare du » Mont Parnasse, située en la paroisse de « Vaugirard » près de Paris.

XIXe – Edition inconnue

Nous descendions du train et marchions en direction de la salle d’embarquement, appelée salle des pas perdus. Par-devant nous, un homme d’une prestance exemplaire nous rejoignait et nous demandait de le suivre. Il nous disait être le major d’hommes de mon parrain et qu’il nous attendait avec impatience. Henri de lui demander où se trouvait la voiture et lui de nous répondre :

« Oh, je vois bien que vous êtes provinciaux ! Vous n’en avez jamais eu l’occasion d’en voir ? »

Henri de répondre :

« Par le plus grand respect que je vous dois, je répondrais que nous en avons, chez nous mais elles sont attelées ! »

Le major d’hommes :

« Ici, en 1890, a été inventée une voiture à essence fabriquée en France par les « Etablissements Panhard et Levassor » de Type A. Montez ! Installez-vous ! » »

Il y en avait tout au long de la route bordant la gare mais n’ayant que deux places assises, nous étions dans l’obligation d’en prendre quatre. Nous voilà partis en direction du domicile de mon parrain.

Les domestiques et majors d’hommes débarquaient les bagages et pendant ce temps-là j’admirais ce bel Hôtel particulier, c’était absolument fabuleux !  Vingt et une pièces s’y trouvaient, toutes aussi belles les unes que les autres !



XIXe – Coupes de l’Hôtel

Nous montions au deuxième étage et entrions dans la chambre de ma marraine qui était très souffrante. Elle me faisait signe de m’approcher et me disait ceci :

« Oh mon garçon, si vous saviez comment je vous ai aimé pendant toutes ces années ! Je n’ai pas eu le temps de réaliser mon rêve, celui de vous sacrer du titre de baron. Sachez que je vous ai toujours considéré comme mon fils car je n’ai pas eu la chance d’en enfanter un. Vous avez remplacé le manque que j’ai eu lorsque j’ai perdu ma descendance en couche, il y a quelques années. Je n’ai même pas eu le temps de la baptiser, elle porte juste le prénom de « Mademoiselle » ! Prenez soin de vous et continuez de vous passionnez comme vous me l’avez montré. Je suis fier de vous, Michel. Je vous aime, mon garçon. Que Saint-Michel vous protège ! »

Je laissais les larmes glisser sur mes joues en lui répondant :

« Ma marraine, pourquoi parlez-vous au passé ? Vous êtes présente et allez continuer à m’entourer pour de longues années ! Je vous ai toujours considérée comme ma mère même si vous ne l’étiez pas. Je vous remercie à mon tour pour m’avoir enseigné tout votre savoir. Je vous aime également. Merci à vous ! Saint-Michel vous protège, rassurez-vous ! »

Je sortais de la pièce, triste, comme un clown quittant la piste aux étoiles en laissant Isabelle, Hermine, Pierre et Georges prendre place auprès d’elle, chacun à leurs tours. Mon parrain me dira de m’installer au grand salon auprès du feu de cheminée dans lequel je me remémorais tous ces moments passés auprès d’elle. J’avais eu de la chance de pouvoir vivre tout cela en compagnie d’une femme inconnue qui avait fini par être ma mère d’adoption. Ce souvenir que j’avais de me faire baptiser en cette église de « La Paroisse du Château » en notre cher Pays Bigouden !

J’entendais mon parrain descendre les nombreuses marches de l’escalier à vis, en me disant ceci :

« Michel, comment vous portez-vous ? N’est-ce pas trop dur d’entendre cela, à votre âge ? Votre marraine vient de faire appeler « Son Eminence, Monseigneur l’archevêque François Richard de La Vergne » exerçant en la Commune de Paris. Je m’en vais de ce pas. Je reviens tout de suite, n’ayez peur ! »

Je lui répondais :

« Mon parrain, je ne prends conscience de ce qui arrive, j’espère juste arriver à surmonter tout cela à vos côtés ! Que viens faire cet homme d’église en ce lieu ? Je vous le demande, mon parrain »

René Maurice :

« Votre marraine vient de nous demander de le faire venir immédiatement ! »

Il revenait accompagné de cet homme et montait en la chambre de ma marraine qui lui faisait ordonnance de recevoir l’extrême onction.

Je regardais à travers les grandes fenêtres et pouvais voir de la grande pluie tomber sur les arbres sans penser à ce qui pouvait se passer au-dessus. La vie était mauvaise, me disais-je !

Nous étions le vingt-troisième jour du neuvième mois de l’an de grâce 1896, ma marraine venait d’être rappelée à DIEU !

Je venais de vivre un moment de douleurs que j’avais espéré ne jamais connaître, une troisième fois.

Le lendemain, mon parrain, devait se rendre à la mairie de l’arrondissement pour déclarer le décès de ma marraine, il était écrit ceci :

« Enregistrement du décès de Mme Marie Léonie Gautier, née à « Lugdunum » Rhône, décédée au jour de hier en son domicile parisien au 65 Avenue d’Antin. Epouse de « René Maurice de Kerret », fille de « Claude Marie Joseph Gautier et de Benoiste Claudia Vespre ». Témoins : Charles Henri Gautier » 

Toute la famille organisait les funérailles quand tout à coup, un couple rentrait dans le pavillon, serrant de toutes leurs forces mon parrain qui me disait :

« Mon garçon, je vous présente mon autre fille, Jeanne Thérèse et son époux Georges Marie Louis Gabriel de Bourbon-Busset comte de Lignières, fils de « Marie Louis Henri et d’Adrienne Léontine Stanislas de Mailly ». Ils habitent en leur château dans le département du Cher et se sont alliés, le trentième jour du sixième mois de l’an 1888. Georges est un parent de l’une des nombreuses ramifications liées à la Grande dynastie »

Je m’avançais en leur disant :

« Bonjour, je m’appelle Michel, filleul de René et Marie Léonie »

Ils n’avaient pas pu arriver plus tôt car ils avaient voyagé au domicile de leur fille Madeleine, habitant loin de Paris. Mais ils étaient présents et cela en était le plus important.

Et mon parrain de répéter sans cesse :

« J’ai été fidèle à mon épouse et je l’ai aimé de tout mon cœur, à jamais »

Ils préparaient avec minutie l’avis de convoi de Marie Léonie : 

M

Vous êtes prié d’assister aux Convoi, Services et Enterrement de Madame la Vicomtesse René de Kerret née Marie Léonie Gautier, décédée, muni des Sacrements de l’Eglise, le 23 Septembre 1896 en son Hôtel, Avenue d’Antin au 65. Qui se feront le 25 du courant à midi très précis en l’Eglise Saint-Philippe du Roule, sa paroisse.

De Profundis !

De la part de Joseph Gautier, son père, de Mr le Vicomte René de Kerret, son époux, de M Charles Gautier, son frère, de M Adrien Munet, ses beaux-frères et de toute la famille.

En ce vingt-troisième jour du neuvième mois de l’an de grâce 1896, le parvis de l’église était rempli d’une foule immense mêlant familles, anonymes et curieux.

L’homélie funéraire suivie des prières, du baptême et de la bénédiction, durera trois heures, je dirais. J’étais au milieu de plus de six cent personnes, au premier rang, aux côtés de mon parrain et d’Isabelle mais j’avais l’impression d’être le seul dans toute cette assemblée. Je pleurais de toutes les larmes de mon corps car j’avais perdu la plus belle femme de ma vie, après ma mère.


XIXe - Editions P.P.C Paris 

Marie-Léonie ne sera inhumée ni à Paris ni à « Lugdunum » mais en la « Grande Paroisse » en la chapelle familiale du cimetière, aux côtés de sa fille « Mademoiselle », décédé en 1878 allant rejoindre les terres de son époux.

Le convoi funéraire partait à bord du train « Paris-Corentin » et le trajet durera trente-quatre heures.

Arrivé à la gare, le train, loué par la famille s’arrêtait sur un quai se situant loin de la vue des curieux. Le wagon dans lequel reposait Marie Léonie était recouvert d’un drap noir. Les autres au nombre de huit se vidaient de ses occupants qui n’étaient que des membres de la famille et des invités.

Une drôle de voiture nous attendait au-devant d’une entrée privée du quai. Isabelle la dénommait comme le carrosse de la mort. Mon parrain s’installait aux côtés du cocher et de nombreuses autres voitures, calèches et char à bancs suivaient ce cortège.

Ma marraine était installée dans le cercueil reposant dans un emplacement situé à l’arrière de ce fameux carrosse, tiré par six chevaux, drapés de noir. Il était construit en bois, disposant d’un toit orné d’un épais drap laissant pendre une frise sur laquelle des franges de velours noir avaient été brodées. Des clochettes y étaient attachés à différents endroits. Les côtés étaient ornés de têtes de mort et de squelettes. Ce qui faisait froid dans le dos. 




Le voyage fut très long car la vitesse des chevaux étaient justement équivalent à celle de la mort, doucement mais sûrement et allait durer deux jours pour arriver à destination où une foule immense nous attendait. La cérémonie durera un peu moins longtemps qu’à Paris et la mise en terre me rappelait celle de mes parents. Les mots me manquaient, je ne pouvais prononcer un mot sans laisser mes larmes couler.  C’était terrifiant !

Après avoir régler les papiers de la succession en compagnie du notaire de la famille, Me Masson, mon parrain avait dû vendre quelques immeubles lui appartenant en « La paroisse de Saint-Iben » situés près du château, entre autres ceux de « Coatiliou, Garzaven, Kerzinou, Kereau, Garzolic » etc…

Le partage effectué, il lui restera une certaine somme d’argent qui lui servira à aider la population de la « Grande Paroisse » à vivre plus confortablement car comme disait l’écrivain « Jacques Cambry (1749-1807) » : Cette paroisse a un siècle de retard par rapport à certaines villes de provinces.

Mon parrain demandera à son ami Joseph Bigot de réaliser des plans pour faire élever une halle couverte bien plus importante que celle déjà existante, car la « Grande Paroisse » était un carrefour commercial où de nombreux marchands, des quatre coins du département y passaient.  

XIXe – Coupe de La Halle

Mon parrain fera construire une école laïque et gratuite pour permettre aux jeunes filles de la campagne d’y être éduquées convenablement. Ce qui n’était pas courant, en Bretagne.

XIXe - Editions Joncour 

Il fera construire une amenée d’eau potable pour alimenter un puits se trouvant près de la Halle et sur celui-ci, fera élever une statue de la Vierge à l’Enfant. La légende raconte que l’eau provenait du château et rejoignait la paroisse par un sous-terrain long deux kilomètres. 

XIXe – Croquis du puit

Et enfin, religieusement, il financera le chemin de croix de l’église paroissiale, fera donation de deux vitraux ornés de ses armoiries et fera revenir les reliques de « Saint-Jaoua », patronne de l’église, se trouvant dans le Léon, aidé de son gendre.

Armoiries de Bourbon-Busset

" d"azur à trois fleurs de lys d'or au bâton péri en bande de gueules en abîme "

Armoiries du Val et de Kerret

Il réalisera tous ces travaux pendant une année et en l’an 1897, il viendra nous rejoindre, au manoir de « Corentin » ne supportant plus la solitude en son grand château de « La Paroisse de Saint-Iben ».

Souvent, du fait qu’il n’était pas tout jeune, son beau-frère, Georges de Bourbon-Busset allait le seconder dans les taches à réaliser au château. Il fera construire à son tour une école privée en « La Grande Paroisse » nommée « Sant Mikel » qui accueillera parfois cent élèves internes. 

XIXe – Editions Joncour

A ce titre, la population les avaient reconnus comme Bienfaiteurs, pour toujours.

Quelques jours après son retour, le garçon courrier nous envoyait plusieurs colis dans lesquels se trouvaient des livres et journaux de toutes sortes. Dans un des ouvrages qui s’intitulait : « Grand Monde Parisien et de la Colonie étrangère «, nous pouvions lire ceci :

« Comte Georges et Comtesse née Jeanne de Kerret, château de Quilien, adresse postale « La Grande Paroisse » (Finistère), train Or « Kastell-Nin »

Georges de Bourbon-Busset avait fait donation de quatre vitraux se trouvant en la chapelle de « An Madalen » se situant en « La Paroisse de Saint-Iben », située à proximité du château. 

Vitrail de la chapelle, armes en mi-parti :
« Au Midi : de Kerret et de La Faluère,
A l’Occident : Séguier et de Kerret,
A l’Orient : de Bourbon-Busset et de Kerret »

Un des journaux du Pays Corse intitulé : « Le Petit Bastiais », avait consacré un article à propos de mon parrain : 

« M le vicomte de Kerret, s’est présenté aux élections de député de la 2e circonscription de la paroisse de « C’hastel-Nin » pour remplacer M Gueguen récemment décédé. Au résultat général, le républicain M Gourvil a obtenu 5 515 voix et le monarchiste M le vicomte de Kerret, 3 976 voix »

Un soir dans le beau salon impérial du manoir, chacun installé confortablement dans son fauteuil, mon parrain nous avait proposé de nous lire un passage, le concernant, se trouvant dans l’ouvrage écrit par « Maurice Halna, baron du Fretay (1838-1901) » rendu célèbre pour avoir abattu 344 loups en Bretagne.

1891 - « Mes chasses de loups » - Sant-Brieg

Nous n’étions pas du tout surpris de l’annotation de M le baron car mon parrain était comme cela avec tous, d’ailleurs tout le pays journalistique utilisait les mêmes termes.  

Au deuxième mois de l’an 1898, il nous disait qu’il devait se rendre à Paris pour régler des affaires et qu’il logerait en son hôtel parisien qu’il aimait tant. Il y restera deux mois et ne rentrera qu’au quatrième mois de l’année.

Peu de temps après, il sera affecté par de graves problèmes de santé et faisait souvent des allers-retours entre le manoir et son château, accompagné de Georges de Bourbon-Busset, le plus souvent possible, ce qui était plus prudent. 

Son état ne s’arrangeait pas mais il avait trouvé une passion transmise par son ami Joseph Bigot : le dessin architectural. Il fera énormément de plans dont ceux de ses deux moulins, de son château et ceux de la nouvelle chapelle funéraire familiale située en la « Grande Paroisse »

La chapelle construite de pierre de « Kersanton », matériau modelable à la première utilisation et inusable, était ornementée de contreforts au niveau du toit ressemblant fortement à ceux qui se trouvent sur le mur des anciens remparts de la paroisse de « Corentin ».

Deux vitraux avaient été apposés, un sur le mur Nord et l’autre sur celui du Sud. Nous accédions à l’intérieur par une lourde porte en fonte peinte de bleu azur ornementée de dessins et du nom de mon parrain.




XIXe - Dessins des vitraux d'argent de Saint-Renan et de Saint-Charles-de-Boromé 

Je pouvais remarquer l’autel de prières sur lequel se trouvaient deux petits réceptacles où étaient posés deux petits bouquets de fleurs. Elle était entourée d’un espace clos revêtu de dalles de granit, délimitée par une grille en fer forgé, ornées de pitons à revers se finissant par un portillon.

Inscription : MDEKERET

La devise, les armes et la couronne comtale avaient été gravées au tympan, le tout, surmonté d’une croix. Ce mausolée était gigantesque !!

Je ne voyais pas beaucoup mon parrain qui passait des journées entières à dessiner sans s’en rendre compte mais j’étais en permanence en compagnie de Jeanne, d’Isabelle et parfois d’Hermine qui venaient nous rendre visite.

Il m’avait parlé un jour, qu’il devait rédiger un papier sur lequel était écrit ce qu’il désirait après son passage vers l’Autre Monde :

« Je demande à Jeanne de léguer assez d’argent à « La Grande Paroisse » pour leur permettre de fondre les cloches de l‘église paroissiale »

Peu de temps avant, il en avait fait la demande à son ami « Monseigneur l’Évêque Henri Victor Valleau (1838-1898) » qui lui en avait donner sa réponse négative.

Il me montra la lettre qu’il lui avait envoyé et me disait en souriant :

« Voyez Michel, ce que j’ai signé ! :

« M le vicomte de Kerret, château de Quilien, La Grande Paroisse »

Je souriais et de grâce, je l’embrassais en le remerciant.

Dans la première quinzaine du cinquième mois de l’an 1898, il adressait une autre lettre à ce même évêque dans laquelle il lui demandait sa présence au manoir, pour régler certaines affaires.

Je passais mes journées à ses côtés sur les conseils de Jeanne et d’Isabelle souvent pour monter à cheval car il me disait vouloir m’apprendre à en faire. Nous allions dans les prairies du domaine et je m’amusais tant bien que mal même si des fois je tombais à terre. Il faisait cela avec goût et plus les séances passaient, plus je me perfectionnais. J’aimais cela.

Un jour du cinquième mois, il se hâtait d’être en ma présence afin que je le suive à la grande écurie dans laquelle se trouvaient de nombreux chevaux et en ouvrant la porte d’un des box, il me disait ceci :

« Michel, lorsque j’aurai rejoint vos parents et ma mie, ce cheval en sera votre héritage. C’est une des plus belles juments dont je suis propriétaire. Je j’avais acheté sur le marché de « Briziac », il y a quelques années de cela, de plus, elle a été baptisée au prénom de ma mère, Félicie »

Je le serrais dans mes bras et lui disait :

« Oh mon parrain ! C’est un très beau cadeau que vous me faites ! J’en prendrai soin, ne vous inquiétez pas ! » 

Plus les jours passaient, plus son état devenait critique et il lui était difficile de s’adonner à ses activités quotidiennes. Le troisième jour du sixième mois de l’an 1898, il m’envoyait prévenir Monseigneur l’évêque de venir au manoir, en urgence car il se sentait très faible de corps et d’esprit. Je revenais alors en sa présence et le laissa en compagnie de mon parrain qui lui avait ordonné de lui donner l’extrême onction.

Le lendemain à huit heures du matin, mon parrain rendait son âme à Dieu, entouré des siens.

Ce fut un moment terrible à supporter et à vivre car il était lui aussi, l’homme le plus aimé de ma personne, après mon père. Il m’avait tout appris, transmis mais pas assez à mon goût. J’en étais heureux aujourd’hui de connaître toutes ces choses intéressantes qui prenaient un sens dans ma vie. Je gardais ses conseils, ses idées, ses amis et bien évidemment sa belle et adorable famille dans les dédales de ma tête.

Sur le bureau se trouvant dans sa chambre, se trouvait une lettre qui m’était adressée sur laquelle était écrit ceci :

« Mon garçon, vous m’avez gâté, je vous en remercie et je vous aime ! »

Après avoir écrit et découvert tous ces noms que je ne connaissais, je m’autorisais à prendre place sur mon fauteuil crapaud de couleur vert situé sur le parvis du manoir au bord du fleuve Odet, au fameux salon improvisé. Je me souvenais et me remémorais tous les moments que nous avions passés ensemble. Il n’y avait pas de mots pour définir cette personne qui m’avait appris plus de choses que n’importe qui dans ce monde car mes parents n’avaient eu le temps de le faire et je l’en remerciai.

Son corps était présenté à l’intérieur de la bière, dans l’un des bureaux réaménagés pour l’occasion dans lequel étaient allumés quatre cierges à chaque coin. Un nombre important de personnes venait bénir son corps jusqu’à tard le soir. Au sixième jour, la messe de cérémonie avait eu lieu au château et avait duré près de quatre heures.

La grande famille était entourée de notables, d’ecclésiastiques et de nombreux anonymes venus de toutes destinations. Il était connu et aimé de tous.

Il allait être inhumé, au septième jour, auprès de son épouse en sa paroisse tant aimée qu’il aura respecté toute sa vie.

Le journal Parisien « La Croix » dira ceci à propos de mon parrain :

« Nous apprenons avec regret la mort de M le vicomte René de Kerret qui s’est éteint au manoir de « Corentin » en Bretagne, 64 ans, après une courte maladie. Cet homme de grand cœur, attaché à Dieu, le bienfaiteur de l’humble et du déshérité, laisse d’unanimes regrets au milieu des populations de « La Paroisse de Saint-Iben » et celle de la « Grande Paroisse », venus en très grand nombre rendre les derniers devoirs à celui qui fut l’exemple des vertus chrétiennes dans sa contrée »

C’était un texte qui le représentait grandement et pleinement.

Quelques mois après les cérémonies, Georges et Jeanne de Bourbon-Busset avaient commandé auprès de la fonderie « Cornille-Havard située à Villedieu-les-Poêles », les quatre cloches destinées à l’église paroissiale, comme René-Maurice leur avait demandé dans son testament.

 En l’an de grâce 1904, le 28 Juillet, en présence de : « Monseigneur l’Evêque François Virgil-Dubillard (1845-1914) et de Monseigneur Nicolas Bourvon (1848-1940), recteur de « La Grande Paroisse », de « Messieurs Le Pape et Féroc, vicaires, Mr le maire, Yves Le Guillou, MM Mével, Dantec, Glévarec, Saliou et Cariou » du conseil de la Fabrique », avait lieu la bénédiction de ces quatre pyramides de fonte nommées : « La, Si, Do, Mi »

La plus grande sonnant la note la plus grave, « La », pèse 395 kilogrammes, porte ces inscriptions :

« J’ai été nommée Marie Léonie Renée Charlotte par mon parrain Charles Chevillote et par ma marraine Marie Joséphine Jeanne de Kerret, comtesse Georges de Bourbon Busset »

“Sancte Tujane ora pro nobis. Te deum laudamus »

« Saint-Tujen, priez pour nous. Nous vous louons comme Dieu »

En attendant la fin de la cérémonie, j’errais autour de l’église paroissiale et je pensais à ce retour de mes origines qui ne se trouvaient non loin de là, à quelques kilomètres. C’est ici que tout avait commencé, je revenais sur les pas de ce voyage remplis de surprises et de transmission. A chaque moment que je regardais cette église, je pensais fortement à eux et je me disais dans un coin de ma tête :

« Nous nous devons d’être au plus près des personnes qui en ressentent le besoin, autant dans les agréables comme dans les pires moments »

Au lendemain de cette journée mémorable, je me pressais d’aller retrouver « Félicie », ma jument, offert par mon parrain, dans les écuries du château. Le domaine était bien calme, aucun bruit, aucune sonorité ne se faisait entendre, à part le marteau de « Youenn », le maréchal-ferrant de la ferme, qui faisait un bruit de cloche : « ding, ding, ding ». Il était justement en train de préparer mon cheval.

Je m’approchais de lui et dit :

« Bonjour Youenn, le château est-il occupé, aujourd’hui ? »

Lui de me répondre :

« Non, personne n’est présent, vous êtes le premier, mon garçon ! Je l’ai juste ouvert pour l’aérer. Je pensais à quelque chose il y a peu, vous vous rappelez lorsque vous êtes venu ici pour la première fois ? Je vous regardais comme un étranger et maintenant comme un aimant. Vous ne le savez peut-être pas mais j’étais un des confidents de M le vicomte et un jour que j’étais à travailler la terre de mon potager, il vint me voir et me glissait que vous étiez important pour lui et qu’il n’oubliera jamais cette rencontre, faite il y a quelques années. Moi-même, mon garçon, je suis fier d’être le gardien de cette humble forteresse, propriété d’un homme comme il n’en existe pas beaucoup, à mes yeux bien évidemment ! »

Je lui répondais :

« Oh oui que je m’en rappelle, de ce jour d’hiver si froid ! Cette rencontre inimaginable avec cet homme ainsi que la découverte de ce lieu dans lequel il séjournait ! C’est inoubliable dans la vie d’un enfant ! Puis-je vous poser une question ? Il me faisait un signe de la tête qui correspondait à un oui. Me donneriez-vous l’autorisation de rentrer au château ? J’aimerais le découvrir, seul »

D’un air humble et triste, Youenn me disait ainsi :

« Oh Michel, votre question n’a pas lieu d’être posée ! Je crois que vous êtes chez vous ! »   

Je l’en remerciais et prenais la direction du château en marchant le long du pré jouxtant le domaine et me présentais devant le perron en regardant avec insistance, l’armoirie posée au-dessus de la porte, je montais les quelques marches et rentrais dans ce grand vestibule s’offrant à moi et dans cet intérieur sombre, aucun bruit ne se faisait entendre à part celui des aiguilles de l’horloge : « tic, tac, tic » dans lequel s’entremêlait une odeur spéciale, incomparable à d’habitude, peut-être la sienne ou bien celle des vieux meubles, je ne saurais dire.

Je profitais de cet instant pour me retrouver avec moi-même et en faisant quelques pas, je rentrais dans cette pièce où je me rappelais cette histoire qu’il m’avait contée auprès du feu qu’il avait allumé pour l’occasion, dans cette belle cheminée.

J’examinais son secrétaire avec discrétion et j’observais que trois feuilles volantes étaient présentes au-devant de son fauteuil, je me penchais pour regarder de plus près et je pouvais voir qu’elles étaient ornées de notes de musique à chaque angle. 

La première était un texte destiné à ses amis et contenait une mélodie chantée, écrite en sa langue maternelle : 

Maner Korentin, Meurzh 1895

                    Ma mignoned a greiz kalon

                                « Biskoaz ' m-eus choarzet kemend-all,

'Vel barz en Brasparzh an deiz-all,

O weled ar wiz koz ene,

Paner ganti deuz hi hostez,

Paner ganti deuz hi hostez,

O werza per dre an tiez »

 Au dos de ce feuillet en était écrite la traduction car mon parrain m’avait expliqué il y a fort longtemps que jadis, ce dialecte n’avait jamais été écrit et que par conséquent il s’était transmis uniquement par la voie orale, de générations en générations. Mais aujourd’hui, quelques gens parlent une nouvelle langue d’un autre genre, parlée dans les grandes villes du pays. Il fallait donc traduire les textes pour que tous les individus comprennent :

Manoir de Corentin, Mars 1895

                        Mes amis du fond du cœur

                                                        « Jamais je n’ai tant ri,

Qu’à Brasparts l’autre jour,

A voir la vieille truie là-bas,

Portant un panier à son côté,

Portant un panier à son côté,

Allant de maison en maison vendre des poires »

 Sur la deuxième, une sorte d’homélie funèbre qui avait été chantée, à la chapelle dominicale de « An Madalenn » située proche du château par l’un des fermiers de mon parrain, au décès de ma marraine :

                                      « Didostait, tud kurius, da glevet an disparti,

A ra an ene paour 'vont e-maez deus an ti,

 Kenavo, ma c'horf paour,kenavo 'lâran dac'h,

Deiz ar Varn Jeneral, me 'n em gavo ganac'h,

Deiz ar Varn Jeneral, ganac’h me’n em gavo

Me groge 'n ho torn, m'ho tigase en-dro,

 Penaos kregiñ em dorn ha ma digas en dro?

Vrein e vin 'benn neuzen, pell amzer a wezo

 Vrein e vin 'benn neuzen, pell amzer a wezo,

E poultr hag e ludu, evel ur bern douar go »

« Approchez, curieux pour entendre les adieux,

Que fait une pauvre âme lorsqu’elle quitte son logis,

Adieu mon pauvre corps, je te dis adieu,

Au jour du Jugement dernier, je me retrouverais avec toi,

Au jour du Jugement dernier, je me retrouverais avec toi,

Je te prendrai par la main et je te ramènerai,

Comment me prendre par la main et me ramener ?

Je serai pourri à ce moment-là et depuis longtemps,

Je serai pourri à ce moment-là et depuis longtemps,

En cendre et en poussière comme un tas de terreau »

 Et sur la troisième, un texte posé d’une relation entre une mère et sa fille :

« Ma miche eun tamm paper gwenn, eur banne liou hag eur vluenn
me mâ oa skrivet eul lizer, hag a viche dereat
war sujet eur fumelhag e deus kalounad.
He vamm en eur sellet outi, a houlenas eun deiz outi
droug livet braz o kavan, va mehig madelon
ken melen o pisag, hani ar paotr chiffon

Va mamm evidon me ya, me rank kaout eur paotr delicat

a zo eat d’an itali, eun neubeut amzer zo

na ne deu ket er gear, koz veo d eus va maro

Va merc h ganeoh ezom souezet, e vez c hwui touget ken abret

n oh eus ket nemet pemzeg, o ken vaio o c hwezeg
me chonje din e vagen, eur plac h pur ha parfet »

 « Si j'avais une feuille de papier, un encrier et une plume,

J’écrirais une belle lettre qui a du cœur à propos d’elle.

Sa mère, en la regardant, lui demanda un jour,

« Je vous trouve bien pâle ma fille Madeleine,

Votre visage est aussi jaune que celui d'un chiffonnier »

Selon ma mère, je dois me trouver un garçon délicat, partit en Italie 

il y a quelques temps maintenant, mais qui ne revient pas. On parle de sa mort.

« Ma fille, cela m'étonne que vous soyez amourachée si jeune,

Vous n'avez que quinze ans et votre futur en a seize,

Je pensais élever une fille sage et posée ! »

Quelques heures plus tard, les membres de la famille se joignaient à moi tout en regardant ces pièces, vides de corps et d’âmes. Les grandes fenêtres s’ouvraient une à une et je pouvais voir au loin, la flèche du clocher de l’église de la « Grande Paroisse » s’élever par-devant moi.

Hermine s’avançait en me disant :

« Michel, nous avons une lettre pour vous, je vous prie de la lire attentivement »

En la regardant, je m’installais confortablement sur la méridienne pour la déguster des yeux : 

« Par cette lettre, nous vous écrivons nos maux pour vous décrire à quel point vous nous avez apporter du bonheur, de la gaieté et l’envie de vous transmettre tout notre savoir. Chacun de nous, a appris à vous connaître mais comme vous aviez été décrit comme quelqu’un de bien auprès de votre parrain, il n’en fallu que de très peu pour que la réalité en soit vraie. Aujourd’hui, nous pouvons vous affirmer qu’il vous a aimé de tout son cœur et qu’il vous a considéré comme son fils. Notre famille se souviendra de vous ! La possible vérité ne se découvre qu’en cherchant et cela s’appelle de la curiosité, vous en aurez, nous en sommes certain ! Il n’y a jamais de hasard ! Si nous vous avons rencontrer c’est qu’il y avait une raison mais nous ne pouvons dire laquelle était-ce ! Un jour viendra, nous nous séparerons, cela en est la vie. Nous aurions juste été de passage dans votre existence et peut-être que vous vous retournerez en vous disant que c’était grâce à nous si vous en êtes arrivés là ! Nous vous voyons déjà heureux ! Nous vous souhaitons une bonne et agréable vie et sachez que nous serons toujours quelque part pour vous aider et vous soutenir. Après tout ce que nous avons vécu en votre compagnie, nous avons observé que vous vous sentiez bien, seul ! Utilisez votre temps comme bon vous semble, n’attendez rien de personne, faîtes-le en vous faisant plaisir. Vous avez maintenant cet Or entre vos mains ! Il vous reste à le transmettre mais n’attendez surtout pas que quelqu’un le fasse à votre place, ce serait une erreur ! Nous vous laissons voler de vos propres ailes à présent. Que la vie vous adopte comme René Maurice l’a fait. Vos paroisses que vous aviez en commun, notre maison, ici et Paris n’auront plus de secret pour vous. Sachez Michel, qu’être cultivé ne veut pas dire être intelligent, c’est juste un atout de plus dans votre personnalité. Que « Saint-Michel et de Kerret », vous gardent.

Château de Quilien, le 20 Mars 1908.
Signé : Le Vicomté de Kerret

 

Les mots me manquaient car je n’avais jamais imaginé que cela s’arrêterait un jour. Je n’étais plus un petit garçon mais un homme âgé de trente-cinq années. Ne sachant comment les remercier, j’utilisais un mot de cinq lettres pour leur déclarer mon émotion humblement :

Merci, Moran Taing (Gaélique)

Après toutes ces émotions, Hermine me disait alors vouloir retourner au manoir de « Corentin » pour vivre aux côtés des siens. Elle fera donation du château de mon parrain à sa sœur Jeanne et à son époux, Georges de Bourbon-Busset. Ils resteront deux années et partiront en 1910. Ils avaient eu du mal à quitter « Le Palais de Saint-Iben », comme ils le nommaient.

Jeanne et son époux resteront eux, jusqu’à l’an de grâce 1915 en attendant le départ de leurs deux fils en partance pour la guerre qui allait se dérouler au front de l’Est, à Verdun.

Je restais avec eux pendant toutes ces années et au moment auquel ils se décidaient à rejoindre leur autre château se trouvant à « Lignières » dans le département d’Indre et Loire (37), je décidais de faire de même pour découvrir à mon tour une autre région de ce département.

Jeanne me disait alors ceci :

« Michel, vous revenez en votre terre, quand vous le voulez. Vous êtes ici chez vous ! Youenn se fera un plaisir de vous ouvrir les portes du château. Vous prenez quelle direction, pour votre aventure ? »

Je lui répondais alors :

« Je vous en remercie gracieusement mais je ne sais pas si je pourrais revenir. Votre présence me manquera de trop. Je vais rejoindre le centre de la « Grande Paroisse » et j’aviserai du chemin à prendre »

Elle me suggérait ceci :

« Si vous le souhaitez, vous pouvez vous présenter au « Château du Bot » en la paroisse de « L’Echine des Chevaux », située à deux jours de cheval, vous y serez bien reçu, je vous en rassure ! »

Après avoir monté ma jument que Youenn avait pris soin de sceller, je l’en remerciais en la saluant. Elle m’avait fait préparer deux linges remplis de gâteaux Bretons ainsi qu’une bouteille de cidre, fraichement tirée de la barrique. Passé, le portail en fer forgé, je regardais avec insistance ce domaine, chargé d’émotions et de souvenirs en laissant mes larmes couler de tristesse.

Je prenais la longue allée cavalière, sortant du domaine et je partais au galop jusqu’à « La Grande Paroisse ». Arrivé sur la place sur laquelle se trouvait l’église paroissiale, je faisais une halte nostalgique et je descendais alors de cheval pour me rendre en la chapelle funéraire de mon parrain et marraine.

Agenouillé, au bord des quatre marches se trouvant devant le portillon en fer forgé, je me recueillais pendant une heure ou deux, je ne saurais dire, en les remerciant et en priant. Quatre heures sonnaient au clocher, je devais malheureusement les quitter pour découvrir d’autres trésors cachés. Je rejoignais « Félicie » et je prenais la direction de l’Ouest.

Le chemin vicinal menant en la destination qui s’ouvrait à moi était très difficile d’accès, il ne devait pas être utilisé tous les jours, je prenais alors mon courage et j’affrontais les creux et les ruisseaux, les arbres et les talus. A mi-chemin, je m’arrêtais au lieu-dit « Le Village en Dehors » où se trouvait une petite hostellerie.

Après avoir attaché ma jument, j’entrais à l’intérieur de la maison dans laquelle il n’y avait guère de personnes. La tenancière était une vieille femme habillée du costume et de la coiffe du « Pays Bidar », ce devait être le costume que portaient les fidèles, habitant la partie Ouest des Montagnes de l’Arrée.

Je lui demandais alors s’il était possible contre monnaie d’établir une paillasse pour la nuit, pour moi et ma jument. Malheureusement pour moi, je ne me faisais pas comprendre, elle ne parlait pas le Français. Après quelques minutes, un autochtone me fit signe d’avancer vers lui et me dit :

« Ouais ! ici, la langue du Diable, personne ne la connait ! Je vais traduire ta demande à la vieille Marc’harit ! »

Après quelques minutes d’attente solennelle, elle me montrait du doigt, la pièce d’à côté, fermée par une porte de paille et de genêt.

Je lui faisais signe de la tête en la remerciant. L’homme assis sur sa chaise, devait l’être depuis des heures car à chaque fois qu’il bougeait, l’assise en paille s’enfonçait et en me regardant il me dit ceci :

« Etranger ! tu pendras bien le menu du soir, quand même ? »

Je lui répondais d’un signe de la tête qui voulait dire oui et lui demandais :

« Monsieur, quel en est-il du repas ?

Etonné de ma façon de parler, il me répondait :

« Damm, tu m’as l’air de bonne éducation, dis donc ! Chans eo ! Ici c’est Soubenn-al-Laez ! Soupe de lait, si tu préfères ! »

En dégustant le bon plat préparé par Marc’harit, je regardais au-dessus du comptoir où il était écrit deux phrases :

“Glao ober an eol a pare, ar zaout a vriskenn e Menez Are”

« Il pleut, le soleil brille, les vaches sont folles dans les Montagnes de l’Arrée »

Au lendemain, vers cinq heures du matin, Marc’harit déjà levée me proposait un café, toujours en montrant du doigt. Il était servi dans un vieux bol avec une épaisse couche de crème tirée du lait de sa vache blanche et noire, de race « pie noire ». 

Je me devais d’attendre que l’épais brouillard se dissipe avant de partir découvrir de nouveaux horizons car je ne voyais pas à un mètre devant moi.

Une belle journée s’annonçait !

Après deux heures de route, j’arrivais sur un plateau verdoyant sur lequel le soleil se levait. Je me serais cru sur le toit du Finistère. 

Je pouvais apercevoir le château de mon parrain au sud, le Mont Saint-Michel au Nord et La Tour de Saint-Renan à l’Ouest, le paysage était somptueux !

Tout à coup, vers l’Est, j’entendais sonner les dix heures vers l’orée d’un bois de chênes. Je descendais alors de cheval et je marchais tout droit en suivant la sonnerie des cloches. C’était étonnant car je me trouvais devant le portail d’une église, perdue au fin fond de la campagne. Le monument datait approximativement du XVIe siècle et en ce lieu, les fidèles vénéraient Saint-Pierre. Je récitais, « cinq Pater et cinq Ave » avant de reprendre la route.

Deux heures plus tard, à trois kilomètres de cet endroit magique, je m’arrêtais en l’auberge portant le nom de « La maison du petit Joseph » pour demander au tenancier la direction à prendre pour se rendre au « Château du Bot ». Il me dit que j’avais un petit bout de chemin à effectuer mais je ne pouvais le rater car ses flèches et ses tours étaient voyantes de loin. 

Arrivé à destination, je me présentais au garde sortit de son logis :

« Bonjour Monsieur, je me prénomme Michel. Je viens de la part de Jeanne de Bourbon-Busset, propriétaire du château de Quilien en la « Paroisse de Saint-Iben ».

Le garde me dit alors :

« Bonjour mon garçon, je me nomme Yann. Effectivement, je viens de recevoir mon garçon-courrier et je viens de lire le message. Vous êtes le bienvenu ! Par contre, le maître des lieux, son cousin n’est pas présent mais je vais vous installer dans l’une des dépendances du château. Ce n’est pas très aménagé mais vous y serez bien, je pense ! »

Je le remerciais et le suivais tout en observant les alentours du parc, c’était un vaste domaine de plus de quatre-vingt hectares dont les trois-quarts étaient boisés. Yann était un grand homme, sobrement habillé portant un fusil de chasse à l’épaule et sa casquette de cuir noire, vissée sur la tête. Il me disait qu’il était également un gens d’arme car beaucoup de braconniers profitaient des bois pour chasser les bêtes sauvages.

Nous arrivions au-devant du château qui était magnifique. Yann me faisait entrer dans la dépendance avec avancée nommée « Apotheizh », accolée, aménagée d’une table en chêne, d’une paillasse et d’une cheminée avec un grand foyer. Dans la même pièce, à gauche, était l’écurie séparée par deux énormes dalles de schiste dans laquelle se trouvait une mangeoire et une auge toutes deux de granit.

Il me demanda alors ceci :

« Michel, voulez-vous que je vous conte l’histoire de ce lieu ? »

Je lui répondais en souriant :

« Oh, évidemment que cela me ferait très plaisir de la connaître ! »  

Nous nous installions sur la table, au-devant du foyer chaudement allumé, armés d’une bouteille de cidre et j’attendais que Yann me conte cette belle histoire : 

 « Au XIVe siècle, il est attesté qu’il était propriété des Seigneurs du Bot mais sera détruit en 1593. Un nouvel édifice sera reconstruit vers 1730, pour le compte de « Jacques Joseph du Bot (1676-1737) et de son épouse Gabrielle Jeanne de La Rivière (1639-1699) »

« d’argent à la fasce de gueules »
Devise du Bot : In te domine speravi

La branche ainée s’est fondue dans la famille « Conen de Saint-Luc », le 25 Décembre 1758, par les épousailles de l’unique héritière de la maison, « demoiselle Françoise Marie du Bot (1741-1794) avec Gilles René Conen de Saint-Luc (1721-1794) ». Son frère « Toussaint François Joseph Conen de Saint-Luc (1724-790) » avait été nommé Evêque de Cornouailles (1773-1790).

« coupé d’argent sur or au lion de l’un en l’autre armé, lampassé et couronné de gueules »
Devise de Conen de Saint-Luc : Qui est sot à son dam

« Gilles René Conen de Saint-Luc » était Chevalier et ancien président à Mortier au sein des Chambres du Parlement de Bretagne.

« robe écarlate doublée d’hermines entourée du manteau ducal avec crochets d’or sur les épaules surmonté d’un mortier de velours noir accompagné d’un ruban d’or, posé d’une couronne ducale »

A l’avènement du Roy, « Louis Auguste de France, seizième du nom » il démissionne de sa charge puis s‘exile au château en compagnie de son épouse et de ses enfants.

Le 16 Octobre 1793, ils se feront arrêtés et envoyés à la prison de « La Ville d’Ahès » sous peine d’être des parents d’émigrés puis seront transférés à la Commune de Paris, dans la Grand’ Chambre du Parlement, seront jugés par le tribunal révolutionnaire, le 18 Juillet 1794 qui les feront exécutés sur la Place de La République, le même jour.

Leur fille, « Marie Marquise Charlotte Victoire Emilie », religieuse à l’Ordre des dames de La Retraite, passera sur l’échafaud en prononçant ces mots :

« Parents bien aimés, vous m’avez appris à vivre !

Avec la grâce de Dieu, je vais vous apprendre à mourir ! »

Leurs corps seront jetés à « Picpus » dans le 12e arrondissement de la Commune de Paris parmi des centaines d’autres.

Un de leurs fils, « Athanase Conen de Saint-Luc (1769-1844) avait épousé Jeanne Rose de Ploeuc (1786-1859) » au château du « Larron de Saint-Cuffan ». Un des enfants, « Emile Conen de Saint-Luc (1812-1888) » en sera le dernier propriétaire »

L’histoire contée en était riche de renseignements dont je n’avais jamais entendu parler de quiconque. Je l’en remerciais car dorénavant, je serais plus instruit et je pourrais ainsi le partager avec d’autres personnes dans le proche avenir.

Vingt heures sonnaient aux cloches de la chapelle quand Yann me proposa de me rendre en sa maison pour y déguster le diner qui n’était que des restes d’un chevreuil, abattu la veille dans le bois du château. Lors du remplissage de nos panses, Yann me racontait des histoires de toutes sortes et me posait beaucoup de questions en tous genres. A la fin du repas, après avoir digéré, nous regagnons tous les deux nos chambrées car le lendemain allait être une autre journée chargée d’histoire de ce pays, encore méconnu pour moi.

Au jour suivant, à l’heure à laquelle sonnait « l’Angélus », je pouvais apercevoir Yann, à travers les carreaux de l’ouverture, qui s’empressait vers la dépendance et de me dire :

« Allez Michel, lève-toi ! il y a de quoi faire aujourd’hui, si tu veux en connaître davantage ! J’ai pour mission de t’éduquer ! Nous allons marcher jusqu’à la paroisse du « Pays du Hêtre » et je t’expliquerai tout cela sur la Grand’ Place »

Je sortais de ma paillasse et prenais un café accompagné d’une grosse tartine de pain grandement beurrée comme il le fallait. J’avais à peine le temps de finir de m’habiller, que Yann me faisait signe de le suivre.

Nous traversions la longue allée du domaine, sortions au niveau de la route après avoir passé le grand portail de fer forgé et nous prenions un chemin escarpé tout en admirant les paysages arborés de gigantesques hêtres, chênes et d’innombrables châtaigniers.

 Arrivés dans la vallée nous traversions un cours d’eau dans lequel frayaient des jeunes salmonidés. L’eau était si claire que l’on se voyait dedans.

Au sortir de cet endroit, j’entendais le cri d’un rapace qui n’était autre qu’un épervier, suivi de celui d’une buse cendrée.

Yann me dit alors :

« Nous sommes arrivés ! Nous allons nous asseoir sur la place du marché sur le banc des vieux, « Ar Re Goz », comme nous disons ici. Sois attentif à ce que je vais te transmettre me disait-il » 

« Je vais commencer tout d’abord par te présenter la paroisse se tenant à un jour de marche d’ici. Celle de « La Pierre Rouge de Lumière » qui est un lieu de pèlerinage, connu depuis l’an de grâce 1170, dans lequel se rassemblent, le 15 Août de chaque année, des milliers de fidèles qui y vénèrent Sainte-Marie. Une majeure partie du département se déplace en grand nombre pour assister aux messes matinales, Grand ’messes, vêpres et offices ordinaires. Les importantes offrandes permettent et garantissent un avenir plus que certain aux ecclésiastiques célébrant en cet endroit. L’église est appelée : « Dévote et Miraculeuse »

XIXe - Editions Villard

Ici nous sommes sur les terres des vicomtes du Fou. Avant l’an de grâce 1058, la vicomté avait pour seigneur, « Morvan du Faou (1031-1050) » et il en avait fait construire son château sur le même emplacement que la motte féodale, située au Nord-Est de la paroisse et cela en était devenu son siège. Vers l’an de grâce 1170, il fera construire un autre château fort en Haut-Lieu à « Castellum Novum » situé à plus de cinquante kilomètres d’ici, sur les terres du duc « Conan IV de Bretagne (1135-1171) »

Vers l’an de grâce 1160, dans une charte attribuée à ce duc, il est mentionné qu’il existe en ce lieu une aumônerie construite pour « les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem »

Deux siècles plus tard, pendant la Guerre de Cent Ans qui avait duré, en réalité, cent quinze années, le vicomte « Guy du Fou (1330-1390), épousera Jeanne de Ploësquellec » et sera fait prisonnier à la Bataille d’Auray en l’an 1375.

Leur fille, la vicomtesse « Thiphaine du Fou (?-1411) » épouse le 13 Juin de l’an de grâce 1374, le chevalier « Jean II du Quelennec (?-1431) » seigneur du Quelennec et de Bienassis, Lieutenant général et Chambellan du duc de Bretagne « Jean V de Montfort (1389-1442) »

« d’azur au léopard d’or »
Devise du Fou : Dieu, l’Honneur

« d’hermines au chef de gueules chargé de trois fleurs de lys d’or »
Devise du Quelennec : En Dieu m’attends 

Vers 1572, la vicomté passera aux mains de la famille « Beaumanoir de Guemadeuc » et vers 1626, à celle « d’Armand Jean de Vignerot du Plessis, duc de Richelieu (1629-1715) »

Vers 1736 à celle de « Rohan-Chabot » et vers 1762 à celle de « Nicolas Magon de la Gervaisais et de la Gicquelaye (1679-1765) », Gouverneur de Bretagne, conseiller au Parlement et Lieutenant général des armées du Roy.

En 1768, il supprimera la vicomté pour en créer le marquisat de la « Gervaisais »

A savoir que les vicomtes du Fou faisaient partis des plus importantes familles de Cornouaille parmi lesquelles se joignaient par alliances les seigneurs : « de la Roche-Helgomarc’h, de Guemene, du Juc’h, du Nevet, de Ploeuc, de Guengat, de Poulmic, du Kerlec’h du Chastel et de Tresiguidy puis les vicomtes de Rohan et enfin les barons du Pont et de Rostrenen »

Les maisons bourgeoises se trouvant dans la rue principale datent toutes du XVIe et XVIIe siècle. L’une d’elles a été une fondation religieuse et une autre appartenait aux « Révérendes Mères Ursulines » de 1676 jusqu’en 1690.

Cette paroisse avait également un grand enjeu dans le commerce national (sable, céréales, vins…) puisque qu’elle détenait une activité portuaire desservant les pays lointains comme le Bordelais. En 1715, on y exportait 100 tonneaux de Blé et 100 autres de seigle, sachant qu’un tonneau équivaut à 978 kilogrammes. 

XIXe – Editions Le Doaré

Après avoir écouté pendant près de deux heures cette étrange et fabuleuse histoire, nous reprenions la route pour rentrer au château. A notre arrivée, le garçon-courrier nous attendait avec un télégramme en main. Yann se mit à s’asseoir sur une bûche de bois se trouvant par-devant lui et me dit ceci :

« Il est arrivé malheur, chez vous ! Jeanne de Bourbon-Busset nous informe que ses deux fils viennent d’être tués à la guerre. Ils avaient 21 et 23 ans. C’est affreux ! »

Nous étions donc en 1918, à la fin de cette guerre ayant fait neuf millions de morts et disparus dont un million de français.

Quelques mois plus tard, je recevais un nouveau courrier de Jeanne qui disait ceci :

« Bonjour Michel, voici ce que je viens de recevoir de la part du Général de l’Armée. Je tenais à vous le faire partager :

Tableau d’Honneur, morts pour la France

 de BOURBON Marie Robert Philippe, vicomte de Lignières (18) par adoption de son oncle, né le 25 février 1894, fils de Georges de Bourbon-Busset et de Jeanne de Kerret, est engagé volontaire dans la cavalerie, passa sur sa demande, dans l'infanterie. Tombé glorieusement à Moronvilliers dans le département de la Marne, le 20 avril 1917 et mort le 24 suivant.

Citation : Bon soldat courageux, toujours volontaire

 de BOURBON Marie Louis Henry, né le 18 Février 1897, vicomte de Lignières à la mort de son frère Philippe, qui précède, à titre posthume. Il est engagé volontaire et brigadier au 8e Hussard. Tué de trois balles au front, dans un combat à pied, le 2 juin 1918, à l'attaque de la Loge-aux-Bœufs près de La Ferté-Milon dans le département de l’Aisne.

Citation : Bon soldat allant et courageux. 

Monument aux morts de « La Grande Paroisse » : de Bourbon Pierre, Quilien - de Bourbon Henry, Quilien

Quelques mois plus tard, un homme svelte et grand, habillé très élégamment, se présentait au portail. Yann attendait ce « Monsieur », avec impatience ! Il s’agissait du Notaire, « Me Henry Marie Joseph Danguy des Déserts (1884-1973) » issu d’une famille de notables de la paroisse « Des deux Rivières » qui avait été maire de la paroisse de « L’Ermitage de Saint-Ternoc ». Il se présentait à nous en compagnie d’un autre homme un peu moins habillé, celui-là, qui se prénommait « Melen » d’une soixantaine d’années que personne n’en connaissait son réel prénom mais avait été surnommé ainsi car il avait les cheveux…jaunes.

Il était le gardien du château du « Trou du Bois » en la paroisse de « La Colline de Saint-Lohen » située à un jour de marche de celui du « Château du Bot »

Yann me regardant tristement en me disait ceci :

« Michel, je suis au regret de t’annoncer mon départ pour la ville de « Corentin » pour quelques jours. J’ai été ravi de t’avoir rencontré, tu es un homme d’exception que peu de personnes ne rencontrent. Je suis dans l’obligeance de fermer le château. Je te propose de continuer cette aventure en compagnie de Melen qui connait autant d’histoires de ce Pays »

Je lui répondais alors :

« Yann, tu m’as appris beaucoup de choses intéressantes, cela me rappelle quelqu’un que j’ai connu il y a peu, tu lui ressembles ! Un grand merci pour ton partage »

En nous quittant, il me disait qu’il se chargeait d’envoyer un télégramme à Jeanne, de la prévenir de ma nouvelle résidence.

Melen voulait me faire découvrir un Haut-Lieu de la noblesse Bretonne, sur lequel, la vigie en était un ancien château du Moyen-âge. Me Danguy des Déserts en était propriétaire mais n’y habitait que rarement. J’allais rester en ce lieu pendant de longues années car je voulais profiter et contempler ce domaine qui en était magnifique ! Il surplombait un fleuve nommé « Aulne » d’un côté et de l’autre, mes Montagnes de l’Arrée, lieu de mon enfance.

Après avoir monté ma jument, je suivais le carrosse des deux hommes jusqu’à l’entrée monumentale du château, devant laquelle j’apercevais une magnifique bâtisse de pierres de taille.

La paroisse de « La Colline de Saint-Lohen » était dotée de cinq manoirs, d’un château et d’une poudrière Royale. Celle-ci était située en contrebas du domaine sur « L’île d’Arun » en bordure d’une rivière.

Melen me dit alors devoir s’installer au coin d’une prairie et d’un bois, parmi les longues herbes se dressant par devant nous. Le soleil brillait sur le reflet de l’eau du fleuve et il me dit vouloir me raconter l’histoire de ce lieu : 

« Elle avait été construite en 1694 sur un ilot de 4 000 m2, ce fut le projet de deux ingénieurs, travaillant en collaboration. D’une part, un Intendant de la Marine nommé « Hubert Champy Desclouzeaux (1629-1701) » et de l’autre, le commissaire général des fortifications, « Sébastien Le Prestre de Vauban (1633-1707) ». Les plans se réaliseront grâce à l’ingénieur-architecte, un dénommé « Molard ». L’édifice servait au séchage, stockage et à la protection de la poudre neuve fabriquée dans la poudrerie située en la paroisse du « Pont de l’Etendue du Buis », située à un jour de marche.

Les trois niveaux de planchers autorisent de stocker sur 830 m2, jusqu’à 248 tonnes de poudre. En 1791, le stockage étant trop petit, un dépôt principal est construit sur « L’ile des Morts » en la paroisse de « La Colline pierreuse fortifiée »

Au début de la guerre 1914-1918, l’îlot sera désaffecté faisant place à un autre dépôt plus conséquent situé à un autre endroit du département et sera vendu bien plus tard pour devenir une propriété privée. 

XXe - Editions Le Doaré

A la fin de cette histoire très intéressante, ce qui m’en plaisait, Melen me proposait de partager la grande maison de garde dans laquelle il séjournait. Elle était pourvue de trois grandes pièces auxquelles nous pouvions accéder par un grand escalier central. J’avais un beau couchage au premier étage, Melen étant au rez-de-chaussée. Il y installait deux tabourets auprès du grand foyer de cheminée accolé au mur Nord et c’est alors qu’il me dit vouloir me conter l’histoire de ce très beau château du « Trou du Bois » : 

« Un premier édifice a été construit au XVIe siècle mais il n’en reste que les vestiges d’un logement et d’une chapelle. Le propriétaire se prénommait « Charles Le Saulx et son épouse Catherine de Tregouët ». En l’an de grâce 1682, le logis est entouré d’une métairie, d’une chapelle, d’un verger, de plusieurs écuries et de jardins d’agréments. Vers l’an de grâce 1880, les nouveaux propriétaires issus de la septième génération, « Raoul de Boscal de Reals (1838- ?) et Marie Philomène Le Saulx de Toulencoat (1854 - ?) » feront détruire ces vestiges pour reconstruire leur nouveau château de style néoclassique. Les travaux dureront huit années.

L’année dernière, une étrange histoire s’y est déroulée. Après le décès de Raoul, ses dix héritiers vendent l’immense propriété comprenant 369 hectares, 18 fermes et environ 3 150 pieds d’arbres. Un notable du département voisin nommé « Turmel », flairant la bonne affaire, visite la propriété et s’en disant le nouveau propriétaire, obtenait les clefs et commençait à exploiter les pieds d’arbres provoquant l’ouverture d’une information judiciaire à son encontre. Il sera reconnu coupable de nombreux délits financiers »

Armes de : Le Saulx de Toulencoat

 « d’azur à la croix dentelée d’or »

Armes de Boscal de Reals 
« de gueules au chêne d’argent surmonté d’une fleur de lys d’or »

Cinq années plus tard, après m’avoir raconté de belles et riches histoires de cet admirable Pays, Melen avait reçu un télégramme envoyé par le garçon-courrier. Il s’écria de vive voix et vint à ma rencontre :

« Michel, Michel, Jeanne vous a écrit ! Elle vous annonce le mariage de l’une de ses filles ! Je peux vous lire ce dont il s’agit ? »

Je lui répondais hâtivement en lui donnant mon autorisation.

Ce qu’il faisait de ce pas :

« Par la présente, veuillez trouver ci-joint notre invitation pour le mariage de Marie Anne Renaud Philippe de Moutiers, né en la paroisse de la « Chapelle sur Crécy » dans le département de la Seine et Marne, le neuf septembre 1888, fils d’Edouard Marie Théophile et de Marie Octavie Antoinette de Curel, d’une part et de Marie Blanche Henriette de Bourbon-Busset, née en la commune de Paris, le Quinze Mars 1900, fille de Marie Louis Gabriel Georges et de Marie Joséphine Jeanne de Kerret. Nous vous prions de bien vouloir vous rendre le Sept Février 1923, en grand nombre à la cérémonie religieuse, qui se déroulera au château de Lignières dans le département du Cher »

Je regardais Melen avec un sourire éclatant et radieux. Je m’exclamais de bonheur pour la famille et je lui demandais de leur écrire un télégramme de remerciements en déclinant cette si belle offre, ne pouvant me payer le voyage. Avec regrets

XIXe – Editions EMB

Blanche de Bourbon-Busset aura hérité de plusieurs domaines et châteaux dont celui de mon parrain en « La Paroisse de Saint-Iben ». Le couple viendra de temps à autres y séjourner pendant la période estivale de chaque année.

Quelques mois plus tard, le Vingt-Quatre Mai 1923, une affaire non élucidée à cette époque, allait faire couler beaucoup d’encre dans les journaux et magazines de la France entière :

L’Affaire Quéméneur

« Pierre Quéméneur, conseiller général du département et notable de la paroisse de « L’Ermitage de Saint-Thernoc » aurait été tué par « Guillaume Seznec (1878-1953) », un commerçant originaire de « La Paroisse de Saint-Modiern » dans le « Pays Porzay ».

Après plus d’un an et demi d’enquêtes, de fouilles et de recherches, le soi-disant défunt ne sera jamais retrouvé ni même l’arme ayant servi au meurtre.

Le procès se déroulera au Palais de Justice de « Corentin », du Vingt-Quatre Octobre au Quatre Novembre 1924.

Avant le délibéré de la sentence, l’avocat de « Guillaume Seznec », « Me Marcel Ascher Khan » dévoilera ses mots à la salle d’audience :

« Malheurs à vous, jurés Bretons, si l’on peut dire un jour que vous avez condamné un innocent ! »

Le Quatre Novembre 1924, la cour d’assises du département décide de la culpabilité de Guillaume Seznec et rend son verdict sur les accusations d’assassinat et de faux en écriture privée. Il est condamné aux travaux forcés à perpétuité et est transféré au bagne de Cayenne, sans preuves.

Ouest Eclair - Pierre Quéméneur et Guillaume Seznec 

« L’homme est un loup pour l’homme » et cela en disait long ! Comment fait-il pour une condamnation dans laquelle il n’y a pas de preuves ?

Je ne comprenais pas ce genre de décisions d’une soi-disant justice Française. Sommes-nous tous vraiment égaux ? J’avais un doute ultime.

Revenons à notre histoire, qui elle, est une des réalités justes.

Six années suivant cette affaire, je prenais la décision de continuer ma route pour me rendre dans une destination que je souhaitais connaître car plusieurs fidèles m’en avaient parlé. Ils disaient qu’il fallait découvrir cette ville tant importante.

Je quittais alors, Melen, en le remerciant pour toute sa culture et son envie.

Je montais ma jument d’un pas décidé et m’en allais en direction du Nord vers la paroisse de « L’Hôpital ».

Après une très longue journée de cheval, je me présentais à l’auberge se trouvant près de l’église paroissiale qui portait le nom « Au Chalut ».

A la descente de mon cheval, je rentrais à l’intérieur en demandant au tenancier s’il était possible d’occuper un couchage pour une nuit. En me faisant un signe de la tête qui voulait surement dire Oui, je me dirigeai vers une pièce se trouvant à l’étage avec juste un lit, ce qui me convenait largement.

Peu après mon installation, je redescendais pour manger mon souper qui n’avait pas l’air très riche mais je faisais avec, n’ayant pas beaucoup le choix. Il y avait une grande tablée sur laquelle étaient assises six personnes et en son milieu se trouvaient une soupière remplie d’un bouillon ainsi qu’une très grande assiette garnie de tranches de gros pain, délicieusement beurrées.

A la suite de ce mets, la femme du tenancier nous apportait un grand plat d’étain sur lequel était apposé un morceau de lard et de la bouillie de blé noir.

En regardant les autres personnes se goinfrer en prenant de larges louchées, la tenancière me dit alors, en souriant :

« Mon ami, je vous ai mis une noix d’Or sur l’ensemble du plat, si cela peut vous inciter à manger ! » 

Je la regardais en faisant une drôle de tête et je comprenais que c’était de l’humour car le lard baignait dans la graisse. La noix était vraiment très grosse ! Pour finir le repas, elle revenait avec un grand plat dans lequel avait été cuit un autre met de ce pays, un far de gwinnizh-du, assaisonné d’épices, ce qui m’étonnait car je n’en avais jamais goûter.

Un homme, en me servant une part qui devait faire trois cent grammes à peu près, me dit :

« Alors mon garçon, vous avez l’air sceptique ! Cela ne vous plaît pas ? »

Je lui répondais :

« Cela à l’air savoureusement bon ! Je ne sais si je pourrais déguster tout ce morceau ! Je voudrais vous poser une question, Monsieur. Vous mettez de l’Or partout ?

L’homme de me répondre :

« Je rigole, non pas pour me moquer, mon ami mais personne ne m’a jamais posé la question. Sachez que cet Or tient au corps des Hommes ! Mangez et vous m’en direz des nouvelles ! »

Je souriais à mon tour, du coin des lèvres en me posant la question de connaître la mesure de graisse qu’il y avait à l’intérieur ! Ni une ni deux, j’avais enfourné ce far et je me rendais compte qu’effectivement cela devait être sain pour le corps ! C’était succulent !

Au bout de la table se trouvait une vieille femme vêtue de l’habit monastique, représenté par une longue tunique qui descendait jusqu’au chevilles et surmontée d’une capeline qui enveloppait sa coiffure, cachant ses cheveux. A sa taille, je pouvais y voir un chapelet et sur sa poitrine la croix du « Sacré-Cœur ».

Elle se présentait à moi :

« Bonjour mon Fils, je me prénomme « Sœur Marie Elisabeth, Mère Supérieure du prieuré de l’Ordre de Saint-Benoît de l’Hôpital ». Et vous ? Quel en est votre prénom et de quel endroit venez-vous ? »

Je lui répondais alors :

« Bonjour ma Mère, je m’appelle Michel et je viens du château du « Trou du Bois »

Sans étonnement, elle me répondait :

« Si cela vous intéresse, venez demain en mon couvent et je vous conterai l’histoire d’ici, « le Pays Kernevodez ». J’ai entendu parler de vous, ce matin à la halle de la paroisse. Vous m’avez l’air d’être intéressant et cultivé ! »

Je lui répondais :

« Ma Mère, je vous en remercie ! Je viendrais demain à la première heure vous voir avec des tas de questions et d’interrogations ! »

Le lendemain, je me présentais comme prévu au prieuré et arrivé devant le portail de l’édifice, je sonnais la cloche deux tons. Quelques minutes suivantes, une des « Sœur » m’accueillait en me disant à douce voix, que la Mère Supérieure m’attendait dans l’enclos.

Je la rejoignais et elle de me dire : « Bonjour mon fils, le lieu vous plaît-il ? »

Je lui répondais avec grâce qu’il en était d’une splendeur inouïe. Elle portait un « scapulaire », vêtement recouvrant ses épaules à l’aide de deux larges bandes d’étoffes. A la terminaison d’une d’elles se trouvait une armoirie, portée par l’Ordre depuis le Vie siècle :

« d’azur à la montagne à trois coupeaux d’or, surmontée d’une croix patriarcale adossée à la devise PAX placée en fasce »
Maxime : « Ora et labora »

Elle me priait de bien vouloir m’asseoir sur le banc de granit, se situant à proximité d’une splendide fontaine d’où sortait un magnifique jet d’eau. Autour de nous, se trouvait de nombreuses plantes miracles nommées médicinales. Installés confortablement, elle me dit alors me raconter la tendre histoire de ce lieu :

« En 1072, « Justinius », un abbé du « Sanctuaire de Saint-Guénolé » crée une aumônerie et un asile de charité en ce lieu qui deviendra bien plus tard, une paroisse. Les moines du sanctuaire avaient fondé un genre d’hostellerie pour héberger les voyageurs venant de « Saint-Matthieu Fini Tere » et prenant la direction de « La Galice » pour se rendre à « Santiago de Compostela ».

Au XIIe siècle, « les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem » seraient venus de leur Commanderie en la paroisse de « L’Endroit Feuillu » situé en la Montagne de L’Arrée, pour y assurer l’ordre et profiter de l’endroit.

Ils auraient construit une maladrerie qui aurait servi à isoler les malades infectés par la Peste, en cet endroit nommé « Tresquinet » à la place de l’ancienne léproserie. 

En 1507, « Jacques de Guengat », seigneur de « Lossulien », deviendra le propriétaire de cet hospice et en 1821, cet édifice deviendra le nom actuel de la paroisse.

Le prieuré dépendait de l’abbaye de la paroisse « Des Deux Rivières » et de nombreux nobles avaient été détenteurs du poste de prieur pendant plusieurs siècles : en 1485, « Kersulguen », 1543, « Keroulas », 1557, « Kergoet » et en 1598, « Rodellec du Portzic ».

Economiquement, la population était pourvue d’un nombre important de laboureurs de terres qui y cultivaient du lin et du chanvre destiné à l’industrie toilière. Grâce au chemin principal reliant « Brest à Corentin », les céréales pouvaient être exporter par le biais du port du « Camfrout », dans lequel étaient amarrées de nombreuses chaloupes et embarcations en tout genre.

Notre paroisse était également connue par les plus grands sculpteurs de l’école du « Fou du Bois » grâce au géologue « Achille Delesse (1817-1881) » qui avait découvert qu’un minerai unique se trouvait près de nos côtes.

Le premier site d’extraction de la pierre de « Kersantite » se trouvait en la paroisse « Du Lieu consacré à Sainte-Brigitte » au lieu-dit « Kersanton ».

C’est alors que le géologue utilisera ce nom pour nommer la pierre qui avait la particularité d’être malléable à la première utilisation, se présentant avec une texture ressemblant à du magma et se cristallisant à la pose pour les siècles des siècles.

Viendront plus tard, d’autres sites se situant au « Village d’Hascoët », à « Sant-Mac’harit et enfin au « Port Blanc », tous situés en bordure de rivières et bras de mer, non loin « des Paroisses du Château » »

XIXe – Editions ELD

 De nombreux architectes vont ainsi pouvoir faire construire des statues, calvaires, stèles ou bien encore des chapelles funéraires.


Je m’exclamais d’avoir reçu tout cet héritage de la part de Sœur Marie, mes yeux s’écarquillaient tout seul et j’en étais rempli de joie et de bonheur d’avoir pu connaître toute cette histoire.

Je lui demandais alors ceci :

« Ma Mère, m’autoriseriez-vous à ce que j’occupe un coin de l’une de vos écuries pour pouvoir y séjourner quelques temps ? J’aimerais tant être à vos côtés pour continuer à apprendre d’autres choses. En contrepartie, je vous aiderai dans vos tâches quotidiennes »

Elle de me répondre :

« Mon Fils, voilà que vous me posez une question que j’attendais ! Je vous laisse le choix pour l’écurie ! Vous restez le temps que vous voulez ! Je m’en vais pressement envoyer un télégramme à Melen pour le prévenir de votre nouvelle maison, si correspondance il y a, ce sera plus simple »

De lui répondre :

« Je ne saurais jamais comment vous remercier, vous me faites plaisir, Ma Mère ! Merci ! »

Je resterais en ce lieu pendant une dizaine d’années mêlant mes activités aux travaux des champs et aux coupes d’arbres entremêlé d’histoires au coin du feu racontés tour à tour par les sœurs. Le temps était occupé par les prières, les temps de paroles ainsi que par l’instruction de la vie du pays de France et ce grâce aux journaux de la vie locale, « L’Ouest-Eclair et La Dépêche », remplis d’articles parlant de différents sujets. Rien que sur une page il pouvait y en avoir une vingtaine. Les journées passaient assez vite, je n’avais guère le temps de ne rien faire.

Depuis 1939, nous suivions les informations concernant l’avancement de la déclaration de la guerre qui avait eu lieu entre l’Allemagne nazie face à l’Europe, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et à la Russie.

Cela faisait très peur et naïvement, nous prenions cet évènement à la légère car nous en étions très loin de tout cela. 

Pendant l’an de grâce 1942, Sœur Marie recevait un télégramme et venait à ma rencontre en s’exclama :

« Michel ! Blanche vous a écrit ! Je peux vous le lire ? »

Je lui répondais qu’il n’y avait aucun problème à cela. Voici ce qu’il en était écrit :

 « Bonjour Michel, j’espère que vous vous portez bien en votre département si cher à votre cœur. Nous avons dû rentrer à Paris au domicile des parents de Philippe et maintenant nous sommes contraints d’y rester. La Commune est devenue une ville déserte et nous sommes enfermés en notre maison sans le droit de sortir comme nous le voulons ! Jamais de ma vie je n’ai vu cela, nous en sommes démunis. Philippe et moi-même pensons très fort à vous et vous embrassons !

Signé :  Blanche de Moutiers »

 Cette lettre m’avait rendu triste et je prenais conscience que quelque chose de grave pouvait nous arriver ! Sœur Marie me réconfortait en priant.

Quelques jours suivants, deux hommes habillés de noir portant un chapeau et un brassard rouge autour du bras, sonnaient à la cloche. Ils se présentaient comme d’être de la « Geheime Staatspolizei » appelée « Gestapo », une sorte de police secrète de l’Etat Allemand.

Ils étaient à notre porte pour nous poser la question de savoir si nous ne cachions pas de résistants ou de personnes de nationalité Juive. La Sœur les recevant, de leur répondre négativement, ils s‘en allèrent comme ils étaient venus, sans rien.

Sœur Marie avait rassemblé toutes les sœurs, les journaliers et moi-même dans l’enclos et de nous dire de sa bouche tremblante :


« A vous tous : L’Allemagne est en Bretagne ! »


Un long moment de silence régnait.

La seule chose à faire était de prier pour que malheur ne nous arrive. Elle me dit alors que je devais rester ici jusqu’à la fin de la guerre et en aucun cas, il ne fallait sortir. 

En la fin de l’année 1940, « L’Ouest Eclair », écrivait dans ses pages le récapitulatif des catastrophes dues à la guerre, qui s’étaient produites au fil des mois : 

« En Avril, dans le grand port de guerre de « Brest », les Norvégiens débarquèrent une de leur force armée.

En Mai, soixante convois de chemin de fer quittent Paris, chargés de l’Or de la Banque de France qui seront transférés par camion au fort du « Portzic ».

En Juin, cet Or sera embarqué à bord de cinq paquebots qui prendront la direction de la ville de « Dakar » pour être mis à l’abri puis le bassin n°9 du port de « Laninon » est bombardé par l’aviation Allemande. 


US ARMY – Le Port de Lanninon

La « cinquième Panzerdivision », division blindée de la « Wehrmacht » s’emparent de la paroisse du « Relais du Mont » puis de celle de « Brest ». Les Allemands organisent un grand défilé dans les rues pour fêter leur victoire.

La « Kriegsmarine » fait remettre en état la base navale et l’administration civile Allemande installe la « KreizKommandantur » dans la « Caserne Guépin » et « L’OrtsKommandantur » à « L’Hôtel Moderne », ainsi, les drapeaux Nazis flottent dans la cité.

Les zones interdites sont mises en place et la liberté de circulation prend fin à 23h et ne reprend qu’à 5h sur présentation du fameux « Ausweis ».

En Juillet, les premiers bombardements aériens débutent. En Août, les avions Anglais apparaissent dans le ciel Brestois ainsi que le premier sous-marin Allemand, le « U-65 ».

En Septembre, les Allemands démarrent la construction de la base sous-marine de Brest et la « Royal Air Force » Anglaise, bombarde la ville »

A la fin de l’année 1941, « La Dépêche » en fait de même :

« En Janvier, cinquante-trois avions de la « Royal Air Force » bombardent les Allemands et douze bombardiers de la « Handley Page Hampden » Anglais, larguent des mines dans la rade de Brest.

En février, sept bombardiers de la « Vickers Wellington » larguent des mines marines. Une formation de la « Royal Air Force », bombarde les navires Allemands.

En Mars, une autre formation de cinquante-sept bombardiers détruit des navires Allemands. Quatre-vingt-treize bombardiers attaquent les croiseurs Allemands, en vain, car les nuages sont tellement épais que les bombes atterrissent sur la ville.

En Avril, « L’Hôtel Continental » subit un incendie et l’Hospice civil abrité de deux-cent soixante-deux personnes dont vingt-cinq enfants, est touché par cinq bombes.

En Juin, la « 1-Unterseebootsflotille » Allemande prend ses quartiers à la base.

En Juillet, un tract incite les Brestois à mettre un linge noir à leurs fenêtres. Le monument Américain situé sur le « Cours Dajot » est détruit par l’aviation Allemande.

En Août, l’unité de canons Allemands, appelée « DCA » s’étoffe de trois cent trente-trois canons antiaériens.

En Septembre, la première partie des travaux de la base sont terminées et le « U-372 » l’inaugure. « Brest » et sa banlieue sont sous les bombes »

Dans ce journal, nous pouvions voir la promotion pour un cinéma de « Brest » qui annonçait la sortie du film « REMORQUES » réalisé par « Jean Grémillon (1901-1959) » dans lequel la distribution de Grands acteurs était au rendez-vous : « Jean Gabin, Madeleine Renaud, Michèle Morgan et Fernand Le Doux ». Une des scènes avait été tournée sur le Majestueux escalier descendant du « Cours Dajot » menant sur l’arrière-port.

Au jour du Dix-Huit Juillet 1942, « La Dépêche » nous apprenait que l’horreur venait de se dérouler en la « Commune de Paris », quelques jours auparavant, plus précisément au stade du « Vélodrome d’Hiver » dans lequel 13 152 Juifs dont 4 115 enfants, 5 919 femmes et 3 118 hommes, avaient été arrêtés sur l’ordre d’un haut fonctionnaire de l’état français, préfet régional, directeur de la police française, collaborateur avec l’ennemi nazi, antisémite convaincu et haineux individu, un dénommé « René Bousquet ».

Toutes ces personnes seront internées pendant quelques mois dans les camps de « Drancy » en Seine et Marne, de « Compiègne » dans l’Oise, de « Pithiviers » et de « Beaune-La-Rolande » dans le Loiret. Ils seront déportés vers les camps d’extermination « d’Auschwitz-Birkenau », « Treblinka » et de « Sobibor » en Pologne et ceux de « Buchenwald », de « Dachau » et de « Bergen-Belsen » en Allemagne et celui de « Mauthausen » en Autriche.   

 

Carte des 35 camps de concentration

Le Troisième Reich Allemand voulait faire du monde, une Race Pure en créant celle de « l’Aryen (Grand Blond aux Yeux Bleus) ». Les « Juifs », « Roms », « Sintés », « Tziganes », « Prêtre et Prélats catholique », « Témoins de Jéhovah », « Homosexuels » ainsi que les éléments asociaux tels que « les vagabonds et les criminels », devaient ainsi disparaitre définitivement de l’humanité.

Les personnes à connotations « Juives » telles que : Sarah, David, Cohen, Jacob, Isaac, Simon, Emmanuel ne deviendront que des numéros pour l’Allemagne et la France Nazie afin qu’ils ne disparaissent à jamais dans des conditions atroces face à une mise à mort immédiate.

Le nom de cette horreur venait d’apparaitre dans les journaux : « La SHOAH » qui représentait la persécution et l’assassinat contre l’humanité. 

7 Juin 1942 – « La Une du Matin »

Au mois de Décembre 1942, « L’Ouest-Eclair » nous remémorait les horreurs se passant à « Brest » : 

« En Février, les bombardements redoublent et la municipalité de « Brest » est dissoute par le Gouvernement de Vichy. Après le départ des navires Allemands, les bombardements cessent, « Brest » peut enfin respirer. Le bilan est de trois-cent morts et douze résistants seront fusillés au « Mont-Valérien » situé dans le département de la Seine (92).

En Mars, la base sous-marine est totalement terminée et le « U-213 » fait partie de la neuvième flottille Allemande.

En juin, les abris souterrains « Sadi-Carnot (1837-1894) et Wilson-Suffren » sont en construction.

En Octobre, les films Anglais et Américains sont interdits.

En Novembre, les bombardements reprennent, la cible étant la base sous-marine que les forteresses volantes n’arriveront pas à détruire, pourtant situées à cinq mille mètres d’altitude.

Les objectifs visés seront les dépôts de carburant et les voies de chemin de fer en utilisant la technique du tapis de bombes puis trente-quatre bombardiers essaieront pour la deuxième fois d’abattre la base.

Bilan : trente civils Brestois meurent »


US ARMY - La base sous-marine Allemande
Le Deux Novembre 1943, nous pouvions lire cet article paru dans « La Dépêche », ayant pour titre :


« ILS SONT PARTIS COMME CA »


 Ilhil, 34 ans, Rosine, 7 ans et Sonia 40 ans

   « Ihil Perper, fils de Halm et Sara Perper, né le Vingt-Cinq Décembre 1908 à « Akkerman » en Bessarabie (actuelle Ukraine), arrive en France à l'âge de 19 ans et s'inscrit en faculté à « Nancy ».

En Janvier de l’année 1935, il soutient sa thèse de Doctorat en médecine, tout comme son épouse Sonia Kaltniskaya, qui elle, est pharmacienne. Ils lisent dans la presse spécialisée que l'on recherche un médecin en la « Grande Paroisse ». Avec leur fille Rosine qui a trois ans, ils s’y installent.

Leur deuxième enfant, « Odette » naitra à Brest en l’année 1937.

En 1940, le gouvernement de Vichy interdit aux médecins étrangers d'exercer en France. Ihil Perper, obtient beaucoup de dérogations pour continuer son métier dans la région.

En 1942, leur troisième enfant, « Paul » verra le jour en « La Paroisse de Saint-Eneour de la Montagne » 

En Octobre 1942, deux gendarmes Français de « La Paroisse de Saint-Ibenn du Christ », répondant à un ordre venant de la « FeldKommandantur », se rendent au domicile où la famille réside depuis peu de temps. Ils seront invités à les suivre.

Après une nuit d'incarcération à la Gendarmerie située en la paroisse du « Relais du Mont », le couple et ses trois enfants sont envoyés par train dans « La Cité de La Muette » qui deviendra le camp de concentration de « Drancy », surnommé l’antichambre de la Mort, dans lequel ils y seront internés pendant six mois.

Le Vingt-Cinq Mars 1943, ils seront déportés par le convoi 53 au camp d'extermination de « Sobibor » en Pologne. Tous, vont périr en chambre à gaz ». 

Ce texte était terrifiant. Il était marqué ceci : Lecteurs, lectrices, priez pour elles et eux

Au cours de l’année 1943, « L’Ouest-Eclair », publiera un autre article qui nous avait choqués et il était noté que « René Bousquet » avait également organiser une rafle à « Marseille » où il avait fait arrêter 6 000 personnes. Près de 1 642 individus seront déportés.

Au total, il fera déporter 60 000 Juifs en France en une année.

1943 - Prisonniers Juifs

En 1943, comme l’année précédente, « La Dépêche » nous offrait l’actualité se passant en la Cité Portuaire :

« En Février, les écoles ferment et dix mille personnes sont évacuées parmi les soixante-dix-sept mille habitants. Pour les jeunes gens âgés de 20 et 23 ans, le Gouvernement de Vichy créée le Service du Travail Obligatoire « STO ».

En Mars, la « Royale Air Force » largue quarante-quatre bombes sur le quartier de « Recouvrance ».

Au cours de ce même mois, le cinquième jour, « La Dépêche » nous offrait le titre d’un article qui nous avait rendu très triste :

« Il est mort pour avoir été juif »


« Nous apprenons le décès de « Max Jacob (1876-1944) », né à « Corentin », poète Breton et Français, confronté au « Vice Italien », catholique depuis 1909, arrêté par la police française à son domicile située à « Saint-Benoit sur Loire » et interné à « La Cité de La Muette » dans le camp de « Drancy », en attente de partir avec le convoi 59, au camp d’extermination « d’Auschwitz-Birkenau », en Autriche.

Ses amis proches, Sacha Guirty, Henri Matisse, Charles Trenet et même des collaborationnistes français ont tentés de le faire libérer en signant cette pétition :

« … La jeunesse française l’aime, le tutoie, le respecte et le regarde vivre comme un exemple. En ce qui me concerne, je salue sa sagesse, sa noblesse, sa grâce inimitable, son prestige secret, sa « musique de chambre » pour emprunter une parole de « Friedrich Nietzche (1844-1900) ». Dieu lui vienne en aide.

Ps : Ajouterais-je qu’il est catholique depuis vingt ans ? »

Jean Cocteau (1889-1963), le 29 février 1944


1921 – Etude pour le portrait de Max Jacob par Jacques Emile Blanche (1861-1942)

Lors de son internement, en 1943, il écrivait de nombreuses lettres et poèmes dont celui titré :

Amour Prochain

« Qui a vu le crapaud traverser une rue ?

C’est un tout petit homme : une poupée n’est pas plus minuscule.

Il se traîne sur les genoux : il a honte, on dirait… ?

Non ! Il est rhumatisant.

Une jambe reste en arrière, il la ramène !

Où va-t-il ainsi ?

Il sort de l’égout, pauvre clown.

Personne n’a remarqué ce crapaud dans la rue.

Jadis personne ne me remarquait dans la rue.

Maintenant les enfants se moquent de mon étoile jaune.

Heureux crapaud ! Tu n’as pas d’étoile jaune »


 Voici l’épitaphe écrite sur une plaque, à l’entrée du cimetière de Saint-Benoit sur Loire :


« Allons ! Découpez-moi un bon morceau de marbre

 avec dessus mon nom en lettres d’or,

 vous planterez auprès tel ou tel arbre.

N’oubliez pas la date de ma mort »

MJ

Après avoir prié pour lui, nous continuions à lire les colonnes du Journal :

En Avril, un bombardement visant un pétrolier de la « Kriegsmarine » fait de gros dégâts dans le quartier de « Lambezellec ».

En Mai, une seconde évacuation est ordonnée parmi les cinquante mille habitants »

Pour ce qui est de la fin de l’année 1944, nos deux journaux régionaux nous informaient sur la vie terrible des Brestois :

« En Mars, l’occupant effectue de nombreuses recherches afin de localiser les clandestins qui seront souvent arrêter.

En Juin, les commandos de la « SAS » commencent à isoler « Brest ». Avant et après le Débarquement de Normandie, les résistants des Forces Françaises de l’Intérieur « FFI » et les Francs-Tireurs et Partisans « FTP », dirigés par le Maréchal de France « Pierre Koenig (1898-1970) » s’attaquent aux soldats Allemands et aux policiers Français compromis à la collaboration de l’occupant.

Le sept Août, jour du début du Siège, le huitième corps d’armée Américain dirigé par le célèbre Général « Troy Middleton (1899-1976) » arrive à Brest. Il tentera la Libération se confrontant à la « Brigade Ramcke ».

Outre l’artillerie terrestre et les navires, les bombardiers de la force aérienne Américaine « United States Army Air Forces » larguent plus de mille bombes explosives au phosphore, coulant le navire Allemand « Le Bismarck ».

En Août, le Général « Hermann-Bernhard Ramcke (1889-1968) » prend possession de la forteresse de Brest. 

Quarante mille personnes sont évacuées. La ville ne compte plus que deux mille habitants et sera nommée ville fantôme.

Le neuf septembre, une explosion détruira l’abri « Sadi-Carnot » causant la mort de trois cents Français. Six cent Allemands seront carbonisés.

Le dix-neuf Septembre après quarante-trois jours de « Siège », le Général « Troy Middleton » reçoit la reddition des Allemands qui avaient préalablement sabotés les installations portuaires.

Bilan : 1 553 jours d’occupation, 165 bombardements, 480 alertes, 965 morts, 740 blessés et 2 000 immeubles abattus.

La ville est détruite à plus de 75%. A quel prix ?

Pour la Libération, tout simplement »

Le 20 Septembre 1944 – Le Général Américain Troy Middleton remet les clefs de la ville au maire, « Jules Lullien (1883-1971) »

 

Un homme politique dira ceci dans « L’Ouest-Eclair » :


« Ces heures noires souillent à jamais notre histoire et sont une injure à notre passé et à nos traditions.

Oui ! la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français et par

L’Etat Français !

Cette France, patrie des lumières et des droits de l’homme, terre d’accueil et d’asile, ce jour-là, accomplissait l’irréparable.

Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à ses bourreaux ! »


En 1946, un article paru dans « La Dépêche » nous avait bouleversé. Il parlait d’un grand écrivain nommé « Jacques Prévert (1900-1977) » qui avait posé sa plume en souvenir de :


« Barbara »

« Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t'ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même

Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi

Rappelle-toi quand même ce jour-là
N'oublie pas
Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom 
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t'es jetée dans ses bras

Rappelle-toi cela, Barbara
Et ne m'en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j'aime
Même si je ne les ai vus qu'une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s'aiment
Même si je ne les connais pas

Rappelle-toi Barbara
N'oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l'arsenal
Sur le bateau d'Ouessant

Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu'es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d'acier de sang

Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant

Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n'est plus pareil et tout est abimé
C'est une pluie de deuil terrible et désolée

Ce n'est même plus l'orage
De fer d'acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens

Des chiens qui disparaissent
Au fil de l'eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien »

L'arrmistice se signera le huit Mai 1945 en attendant la fin de la guerre qui aura lieu, elle, le deux Septembre 1945 (Source United Nation)

Deux ans plus tard, en 1947, je m’étais rendu à « Brest » en compagnie de Sœur Marie qui m’envoyait sur l’esplanade du Monument Américain détruit en partie. Nous pouvions découvrir un port détruit de tous côtés et derrière nous un désastre qui lui faisait couler ses larmes sur son doux visage. Elle ne reconnaissait rien de sa ville natale. 

US ARMY – Le port

Elle me murmurait au creux de l’oreille que je ne connaitrais jamais les pierres construites par nos aïeux depuis le IIIe siècle ni la Ville-Close fortifiée de l’époque médiévale et encore moins ce que construira, « Armand Jean du Plessis de Richelieu (1585-1642) » principal ministre du Roy « Louis de Bourbon (1601-1643), treizième du nom » en élevant « la Flotte du Ponant » en cette cité qui deviendra, l’un des principaux ports militaires du Royaume de France, dans lequel seront élevés huit vaisseaux dont « Soleil Royal » construit sur les plans de l’ingénieur « Laurent Hubac (1607-1682) ».

Après avoir lu tous ces articles, je m’étais rendu compte que j’avais eu la chance de continuer à détenir la Nationalité Française. Je ne pouvais que saluer et remercier : 

Mes cousins de l’outre-manche, les Anglais.

Ceux de l’Ouest Atlantique, les Américains, Canadiens et Australiens.

Et ceux du Nord de l’Europe, les Norvégiens

Sans eux, nous n’aurions jamais réussi à combattre l’Etat Nazi.

1700 - Plan de la ville de Brest

« Peinture de Jean-François Hue (1751-1823) –

Vue de l’intérieur du Port de Brest »

US ARMY – Brest détruit à jamais

Après toutes ces explications, Sœur Marie me dit alors vouloir aller à l’ancienne église des « Sept-Saints » pour y faire une prière. Cette dernière se trouvait dans la paroisse primitive de « Brest » portant le même nom.

Elle avait été remplacée par un autre édifice dont la construction avait débuté en 1686 et qui allait durer jusqu’en 1785. Tant de temps, à cause d’un différend ayant eu lieu entre l’évêché de Léon et les prêtres jésuites qui affirmaient en être les propriétaires. Elle sera quand même vouée au culte en 1702.

XIXe – Editions Neurdrein et Frères

Trois ingénieurs s’étaient succéder pour le bon déroulement de cette érection, tout d’abord « Siméon Garangeau (1647-1741) » puis « Amédée François Frézier (1682-1773) » et enfin « Pierre Joachim Besnard (1741-1809) ».

Le nom de « Saint-Louis » avait été donné en souvenir du roi « Louis Capet (1214-1270), neuvième du nom »

Le baldaquin du maître-autel avait été réalisé par Amédée François Frézier, en 1758 et le seul vestige restant de l’ancienne église s’y trouvait encore, le tableau intitulé : « Le Martyre des Macabées ».

L’histoire narrée par Sœur Marie, était très intéressante.

Plus nous marchions parmi les débris des maisons et immeubles, plus nous avions du mal à nous rendre compte du désastre que nous vivions. Sœur Marie se tourna vers moi et me posa alors la question :

« Mon fils, voyez-vous le clocher de Saint-Louis ? J’ai du mal à tout reconnaître, je ne sais plus à quel endroit, nous sommes »

Je lui répondais avec tristesse et émotion :

« Ma Mère, elle se trouve par-devant vous ! »

Elle voyait à ma tête que quelque chose n’allait pas et elle se retournait pour découvrir cette image : 

   

                                                US ARMY - L’église Saint-Louis

Elle avait été bombardée par les croiseurs Anglais, croyant que les Allemands avaient leur « DCA » dans le clocher. En vain.

Sœur Marie était dans tous ses états et alla enjamber les ruines pour se rendre compte du désastre. Elle me proposait alors de réciter la prière dédiée à Saint-Benoit :

« Ô Dieu de grâce et de sainteté, donne-nous la sagesse de te connaître, l'intelligence de te comprendre, la diligence de te chercher, la patience de t'attendre, des yeux pour te contempler, un cœur pour méditer sur toi, une vie pour te proclamer. À la puissance de l'Esprit de Jésus-Christ. Amen. Puissions-nous écouter les autres avec l'oreille de notre cœur. Amen. Ô Dieu tout-puissant et miséricordieux, qui avez constitué d'une manière admirable en saint Benoît un perpétuel secours pour la défense de vos enfants, daignez m'accorder de lutter en cette vie avec son aide précieuse et de remporter la victoire sur mes ennemis. » 

Une ville entière devait être reconstruite totalement. Nous aidions les familles ruinées à se reloger avec le concours de centaines d’ouvriers.

Un d’eux me faisait savoir qu’ils avaient fait monter un baraquement pour les moments de repos et grâce au poste de télégraphie sans fil appelé « TSF » que nous avions, nous apprenions qu’avait eu lieu au Palais de Justice de la Commune de Paris, le procès de René Bousquet, "le caisson fêlé » comme nous le surnommions.

A la sentence, le président du tribunal de Grande Instance prononcera le mot Acquittement.

Personne n’y comprenait quelque chose ! C’était odieux et honteux de la part de la Justice Française de laisser en vie une personne de ce genre après l’horreur qu’il avait commis !

Quelques années plus tard, il sera abattu de cinq balles dans la tête et le coupable sera condamné, lui, à dix ans d’emprisonnement.

Je me demandais alors, qu’elle en était la signification du mot EGALITE ! J’en avais posé la question à Sœur Marie qui ne pouvait me répondre car elle comprenait ce que je ressentais et me disait tout simplement que ce mot ne voulait rien dire.

Il avait juste été inventé lors d’une Révolution car les défendeurs croyaient que cela aurait pu durer plusieurs années, en réalité, juste cinq.

Je pensais fortement à mes parrains et marraines, ceux qui m’avaient appris les valeurs de ce pays et les bonnes conduites.

Ils devaient s’en retourner à l’endroit dans lequel ils y étaient car ce temps-là en était bien révolu !

Aussi nombreux que nous fussions à reconstruire « La Cité du Ponant », nous avions tous honte d’habiter en ce pays de France que nous ne trouvions pas en paix avec lui-même.

Sœur Marie me demanda :

« Michel, mon garçon, méritez-vous votre vie ? En avez-vous fait la synthèse ? »

Je lui répondais : 

« Ma mère, étant de famille pauvre, je n’ai jamais été à l’école de « Jules Ferry (1832-1893) » malgré cela j’ai quand même été capable d’apprendre et de m‘instruire utilement et gratuitement. Je m’en suis donné les moyens tout en rencontrant des notables, nobles, aristocrates ou de simples fidèles. Ils avaient tous une chose en commun : transmettre leurs savoirs »

En attendant sa réponse qui était :

« Mon garçon, j’en avais entendu du bien de vous. Notre rencontre dans cette auberge n’est pas arrivée par hasard, je dois vous l’avouer. Blanche et Philippe de Moutiers m’avaient confié que vous aviez été instruit intelligemment. Je suis tout à fait d’accord avec eux. Vous avez grandi tout depuis et je n’en connais même pas votre âge. Quelle destinée aller vous prendre maintenant ? »

Je la regardais tendrement et lui répondais :

« Ma Mère, je vous en remercie également pour votre pensée positive et je vous confie que je rentre dans ma soixante-dix-neuvième année. Je vais rester en cette ville de Brest pendant tout le temps que Dieu m’autorisera à rester auprès de mes proches amis. Qu’ils aient rendu leurs âmes à Dieu ou qu’ils soient vivants, entre les bombes enfouies"

Avant de partir, Soeur Marie me demanda : 

« Mon garçon, en avez vous rencontré votre dulcinée »

Je lui faisais un signe de la tête et lui répondais :

« Ma Mère, Oui, je l’ai rencontré et j’en suis heureux »

Prenant chacun son chemin et en se saluant, je me posais sur une pierre de granit se trouvant par devant moi et je commençais à retranscrire des textes écrits tout au long de mon magnifique voyage, sur l’un des cahiers de mon parrain (Cf Article 8)


Années 1960

Ici à « Brivates Portis », dans quelques années, un heureux évènement aura lieu : Celui de la naissance d’un autre garçon qui sera élevé dans de bonnes conditions par ses parents et sa famille aimée de tous :

 Mon Auteur

Pour lui rendre hommage, je lui dédie ces armoiries : 

« La Paroisse de Saint-Iben »

« parti, au 1, de sable chargé en chef au rencontre de vache d'or, au 2, d'azur à l’épi de blé d’or posé en pal, à la cotice d’argent brochant sur le tout, chargée de trois mouchetures d'hermine »

Devise : “Pleiben war raok atao”

La Paroisse de Brest " 

« mi-parti, au 1, d’azur à trois fleurs de Lys d’Or, au 2, d’hermine plain »

Devise : « Audaces Fortuna Juvat »

"La Grande Paroisse"

« de sinople à une tête de cheval arrachée d’argent, au chef denché de trois pièces du même »
Devise : « Digompez ha Dispar »

Signé : MICHEL


Le Voyage Enchanté N°2


1 - Plogastel Saint-Germain, 2 - Lanvern, 3 - Plomelin, 4 - Gouesnac’h, 5 - Bénodet, 6 - Ergué-Armel, 7 - Pleyben, 8 - Brasparts, 9 - Quimerc’h, 10 - Rumengol, 11 - Le Faou, 12 - Rosnoën, 13 - L’Hôpital-Camfrout, 14 - Loperhet, 15 - Brest

FIN

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