6 - Chers lecteurs, je vous souhaite de belles découvertes et une bonne balade !
Construire un Rêve
Je suis le fils unique d’une famille pauvre exerçant la profession de sabotier. Nous vivons en autarcie et nous faisons partie d’une population unique.
Nous avons une particularité qui n’est pas très courante, de nos jours. Les secrets et traditions restent dans nos familles respectives intra-muros.
Mes parents, François et Gabrielle, portent le costume dit, de la « giz-Poher », la mode du Pays du Poher (Pays de la Montagne d’Arrée). C’est un costume noir et très sobre de la mode de 1870.
Voici la
description de celui de ma mère : une jupe longue, cousue dans du drap, un
tablier en crêpe avec une bavette en triangle, un chemisier blanc à quatre
trous et une camisole, agrémenté d’une bande de velours, en largeur. Une coiffe
toute simple amidonnée qui recouvre le bonnet noir ramassant le cheveu souvent
natté. Pour garder la chaleur du corps, elle portait à son cou et en descente
de ses épaules, une pièce de peau de renard, nommée pèlerine.
La
description de celui de mon père : un pantalon à pont, utilisé par les marins,
orné de rayure grise et noire, tenu par un morceau de cuir, servant de
ceinturon. Une chemise blanche sans col, un « jilettenn » (sans manches) ainsi
qu’un « chupenn » (veste à manches), fermé par deux lacets). Il portait un
chapeau en feutre orné d’un ruban de satin !
Notre
habitation est située au milieu de la forêt, en la paroisse du « Haut du Bois
». Le hameau nommé « La Colline de L’Église », est situé au fin fond d’une
vallée, non loin de la ville "d’Ahès", prénom donné à la fille du Roi Gradlon.
Une cinquantaine de huttes, construites en torchis et recouvertes de chaume, y
sont regroupées en masse.
L’intérieur
de celles-ci, est très sommaire : un banc-coffre pour garder le peu de
nourriture, deux paillasses pour y dormir et une table en chêne sur laquelle
reposent deux bougeoirs ainsi qu’un âtre*, surélevé d’une dalle de
granit.
La
représentation d’un archange, nommé Saint -Michel, terrassant le dragon, figure
allégorique du mal, orne l’ouverture de la porte principale. Dans l’histoire du
catholicisme, cet archange est accompagné de ses deux acolytes, Gabriel et
Raphaël. Ils sont présents pour protéger tous les Saints.
Yannick, un de leurs voisins, s’empresse de venir les chercher pour l’aider à sauver des brebis égarées dans une pâture, recouverte par la neige épaisse.
Ils s’en allèrent, tous trois, à quelques centaines de mètres de notre hutte. Plusieurs heures passent et toujours personne à venir. Je passe la nuit, seul dans le froid et la peur.
Au lever du
jour, vers sept heures du matin, je me réveille dans ce froid glacial,
regardant les dernières braises se consumer. Ni présences, ni nouvelles de mes
parents, je décide alors de sortir de la hutte et en ouvrant la porte, je peux
voir une haute et large épaisseur de neige.
Youenn, un de mes voisins, vint vers moi, tristement. Il se met à pleurer en priant Dieu ! Il me regarde dans les yeux et me dit ceci :
« Mon garçon,
ton père et ta mère ne reviendront pas, ils ont été attaqués par des loups,
cette nuit, dans le fin fond de la forêt ! Leurs corps sont massacrés, ils sont
méconnaissables, je ne peux te les faire voir!
Avec l’aide
de mon ami, le chanoine* Berrou, de la paroisse du « Haut du Bois »,
avons pris soin et délicatesse de les enterrer de nos mains. Nous avons érigé
une croix au pied de leur sépulture, pour que tu puisses te recueillir ! »
Je me retrouvais, alors seul au monde, seul au beau milieu de ces arbres millénaires. Je pleurais de tout mon cœur en me demandant ce que j’allais devenir ! Pierrick, un autre voisin, me propose de venir chez lui, loger pour la nuit suivante.
Avant de s’en
aller, le chanoine me propose de l’accompagner au presbytère de la ville "d’Ahès". Il connaissait une personne pouvant m’accueillir pour plus longtemps.
Je pris alors quelques vêtements et je quittais le lieu de mon enfance avec
regrets.
Nous arrivons
aux portes de la ville, après avoir parcouru de nombreux kilomètres, dans cette
neige épaisse. La crête de la ville était très difficile à franchir. Le
presbytère, se trouvait au centre de la paroisse de « La Ville Fortifiée ».
Le chanoine me donne de quoi m’habiller sobrement : un « chupenn » noir à quatre boutons, reliés par une ficelle, un pantalon noir à rayures grises et une chemise à col blanc ainsi qu’une paire de sabots de bois. Il m’offre également le couvert et le gîte.
Quelques
jours, plus tard, un homme élégant se présente à moi, vêtu d’un costume de la
mode de 1850.
Il en était
vêtu de la sorte :
Un « bragou-braz » (pantalon large et bouffant) tenu par des lacets à pompons, soutenu par une large et somptueuse « gouriz » (ceinture de cuir), fermée par une boucle en laiton en forme de cœur, ornée de perles de gueules et d’azur, une chemise blanche à faux col, un « jilettenn » avec perles et broderies, un « chupenn » de couleur sable à double rangée de boutons d’or, une paire de guêtres à rangée de six boutons ainsi qu’une paire d’escarpins lisse et vernie. Il était coiffé d’un chapeau perlé et décoré, en poil de castor orné d’un ruban de velours fermé par une boucle en vermeil ! Ce costume lui allait à merveille car il était grand et svelte !
Il me demanda si cela me plairait de l’accompagner en sa demeure, située à deux lieues de cette ville "d’Ahès" et me dit ceci :
« Mon garçon,
si vous le voulez, avec votre consentement, je vous offre le gîte en mon
château du village nommé « Le Petit Bocage », en la « Paroisse de Saint-Iben ».
Vous verrez, vous vous y sentirez bien, je vous le promets ! »
Je lui
demandais alors ceci :
« Monsieur,
pour quelles raisons, me vouvoyez-vous ? »
Il me
répondait alors, stupéfait :
« Mon garçon,
je suis un noble homme, je fais alors partie d’une classe sociale élevée de
Bretagne. Cette façon de dialoguer envers notre famille est la seule et
l’unique. J’ai aussi des enfants que je vouvoie ! »
Je m’étonnais
de ce drôle de langage.
Il me fait
monter dans une belle calèche, appelée « voiture », tirée par quatre chevaux,
tous aussi beaux les uns que les autres.
Après des
heures de route, mêlées de chemins et de bois, nous arrivons au milieu d’une
forêt. Le cocher suivait une allée cavalière, séparée de deux rangées de
châtaigniers.
Tout au fond,
se trouve cette belle et grande belle demeure, le Château. La voiture
s’arrêtait sur le parvis, recouvert de petits cailloux blancs.
Je pouvais
alors contempler le logis principal, au centre, agrémenté de trois hautes
ouvertures, d’un seul tenant. L’escalier monumental, en granit, se finissait
par un perron et était entouré de deux petites ouvertures, en deux pans. Sur
chaque aile du logis se trouvent quatre larges ouvertures.
La couverture
du toit est fournie par des ardoises des Montagnes. Trois ouvertures, nommées
lucarnes ornent le dessus de ce Vaisseau. Elles sont ornées de motifs et de
décorations multiples. Deux grands conduits de cheminée s’élèvent au ciel.
Au-dessus de la porte d’entrée, se trouve une pierre en granit, où sont gravés les armoiries* de la famille
Quatre
grandes ouvertures éclairent la pièce donnant accès à l’esplanade sur laquelle
descend un escalier de granit massif.
Je peux
m’évader et contempler ce magnifique jardin à l’anglaise, dessiné par un
descendant du Maître-jardinier, André Le Nôtre. Au centre, se trouve une grande
vasque en granit où surgit un long jet d’eau.
Je me crois
en plein rêve, n’ayant jamais vu de pareil endroit. Je découvre de pas en pas
ce joyau architectural, d’une extrême richesse et en même temps d’une
simplicité ressemblant à celle de son propriétaire.
Au total,
quatorze pièces, fourni de six chambres, deux cabinets privés, deux bureaux,
une salle d’aisance, une salle de réception, une salle de confort et d’une
cuisine richement appareillée meublent ce « Monument ».
Il me
répondait alors :
« Je me nomme
René Maurice, vicomte de Kerret et de Quilien. Ma famille est l’une des plus
importantes Maisons de Bretagne, issue de lointaines extractions de noblesse*.
Ici, mon garçon, ont vécu mes ancêtres ayant eu les titres de noblesse : comte,
marquis et baron ! »
« Et vous, mon garçon, quel en est votre nom ? »
Je lui
répondais :
« Je n’ai pas
de prénom, Monsieur, je n’ai pas été baptisé. Mes parents étant trop pauvres
pour payer le Recteur. Toutes les personnes m’appellent "mon garçon »
Tout en le
suivant à l’intérieur de son cabinet privé, décoré de boiseries sculptées de
divers motifs, il me propose de m’asseoir sur un fauteuil de style Louis
Philippe de Bourbon, recouvert d’une tapisserie en velours, tachetée d’azur et d’argent.
Le foyer ne
s’arrêtait pas de chauffer cette petite pièce dans laquelle, il avait
entre-fermé un volet.
Il me suggéra
ceci :
«
Installez-vous convenablement, je vais vous raconter une histoire, mon garçon !
Pour que vous preniez conscience de l’importance de ce lieu, dans l’histoire de
votre si belle et riche région : La Bretagne »
Il commença
alors son récit :
« Il y a une
dizaines d’années, par un soir de pleine lune, je me promenais sur mes terres à
cheval, en la saison des moissons. De la lumière sortait par une ouverture
d’une de mes dépendances, qui sert d’habitation aux carriers et ardoisiers,
derrière le bois de la propriété, dans ce Pays nommé l’Arrée. C’est une maison,
construite sobrement, en pierre de taille et recouverte d’ardoises de La
Montagne.
Je pouvais distinguer de nombreuses ombres faisant penser à des hommes et des femmes, une cinquantaine, je dirais. Le feu de la cheminée éclairait la pièce de part en part. Je pouvais voir un homme au pied de la porte, en dehors. Il était d’une grande élégance.
Je lui pose
la question pour connaître son nom ! Je lui demande alors :
« Bonsoir,
Monsieur, votre visage m’en est inconnu, puis-je vous en demander votre nom ? »
Il me
répondait alors d’une voix grave accompagnée d’une extrême gentillesse :
« Je me nomme
Alexandre René Marie, valet du comte de La Marche et de Bodriec »
Cette famille
de La Marche était une très grande famille dans ce Pays. Elle détenait une
majeure partie des terres de l’Arrée. Les restantes, étant les miennes. Il est
même dit qu’un grand officier de l’armée française, Gilbert du Motier, connu
sous le nom du marquis de La Fayette, y aurait acheté les terres d’un manoir,
tout proche d’ici.
Mais
revenons, à cette histoire, me dit-il !
Le valet me
conviait à entrer dans cette pièce remplie de toutes ces personnes que je ne
connaissais et me dit ceci :
« Entrez
donc, mon garçon ! Vous êtes ici chez vous ! Vous allez vous y plaire ! Il n’y a que des personnes et des amis si
chers à votre cœur ! »
Je passai
alors, le pas de la porte, avec son arc en anse de panier. Le linteau était
sculpté de la date de 1594. A l’intérieur, se trouvait une foule de nobles,
richement habillés, mêlant coquetteries et prestance. Chacun d’eux me regardait
avec insistance, en me souriant.
Je me serais
cru dans la salle de bal du Château de Versailles !
Les femmes
avaient de longues robes bouffantes, de couleur d’azur, de gueules, de sinople,
recouvrant leurs chaussures à talons. Elles étaient coiffées de chapeaux, ornés
de plumes d’oiseaux.
Les hommes
portaient des fuseaux longs, allant jusqu’au haut de leurs chaussures vernies.
Les vestes étaient colorées d’azur et de gueules. Le jabot blanc de leur
chemise, en mousseline, sortait comme un
foulard. Ils avaient tous un macaron apposé sur leur buste, portant leurs noms.
Les murs de
la maison étaient décorés de panneaux d’azur et une phrase était inscrite au
bas de ceux-ci.
Je me posai
des questions, à savoir ma présence dans ce lieu magique. Un des convives
m’invita, à m’asseoir sur le banc qui se situait à l’intérieur de la cheminée
monumentale.
Sur le
chapiteau de celle-ci, se trouvait une multitude d’inscriptions en tout genre,
de toutes les couleurs. Deux grandes lettres y en ressortaient, peintes en or,
je pouvais lire : L et A, initiales de Louis d’Orléans, douzième du nom des
Rois de France et de la duchesse de Montfort, Anne de Bretagne !
Chaque
personne se présentait, tour à tour, en passant par devant moi, en me
remerciant. Il n’y avait que des nobles gens de ce Pays de Bretagne :
La famille
du Bot du Grego, venant du manoir de Trévaré, en la paroisse de Saint-Goazec :
Louise-Exupère-Françoise-Charlotte,
marquise de La Roche, vicomtesse de Pontbellanger et du Curru, baronne de Laz
et de Bonté. Le comte de Pontbellanger, Antoine d’Amphernet, son époux. Le comte, Thomas
Scholastique, son père. Le marquis, Charles François Jules, le baron de Bonté Michel Louis et son épouse, la baronne, Elisa de Carlotti.
La famille
du Val et de Kerret, ma famille, venant du Château de Lanniron, en la paroisse
d’Ergue-Armel :
Le vicomte, Charles Fidèle, mon père et la comtesse de La Faluère, Marie Marguerite Félicie
Lefebvre, ma
mère, ma promise Marie-Léonie Gautier, le comte Alexandre Jean René Marie, mon
grand-père, Marie Françoise Fidèle Anne Le Borgne de Kermorvan, ma grand-mère et dame de Quilien, Catherine Barbe de La Haye, mon arrière grand-mère.
La famille
de Penandreff, venant du manoir de la Boissière, en la paroisse de
Briziac-Edern :
Les comtes, Jean-Baptiste et Vincent-Thomas
La famille de Tregain, venant de leur manoir, en la paroisse de
Lan-tre-varzec :
La comtesse Marie accompagnée de Philippe du Quellenec et de Françoise
Le Thominec.
Je pensais en voir la fin mais je m’y trompais. S’en suivaient alors :
L’aristocrate, James Montjarret de Kerjegu, de Moncontour, Mme la
marquise de Vieuville, d’Ergué-Armel, Mme la marquise de Pompéry, de Pen-harz,
accompagnée de son amie et belle-sœur, Mme la marquise de Sévigné, de Bodivit, les seigneurs Jean de Quelen de Conq, Jacques Le Nepvou de Berrien, Jacques de
Kersaintgilly de La Marche et de Bodriec.
Je voyais peu après, des amis de mon père !
Monseigneur Jean-François de La Marche, évêque de Léon, Monseigneur Adolphe Duparc et Monseigneur
Bertrand de Rosmadec, tous évêques de Cornouailles.
La file se terminait par des nobles portant les titres royaux de
Bretagne :
Le vicomte Jean II de Rohan et son épouse, la princesse Marie de Bretagne, le comte de Montfort et duc de Bretagne, Jean V et son épouse, la duchesse Jeanne
de France, le duc François 1er de Bretagne et son épouse, la
duchesse Isabelle Stuart d’Écosse.
Je vis toutes ces belles personnes, souriantes, d’une gentillesse et d’une simplicité extraordinaire ! Je ne comprenais aucunement ma présence dans cet endroit rempli de féerie et de magie. Je n’étais plus la personne que j’étais. La vie me faisait un cadeau.
Je demandais alors au valet du comte :
« Que fait-je ici, Monsieur ? »
Il me répondit avec la plus grande stupeur, devant toute l’assemblée :
« Mais mon garçon, cela en est votre vie ! Vous l’avez passé, à nous
faire revivre à chaque instant et ce, dans les moindres détails. Vous l’avez
fait, en aimant, en partageant aux autres individus, votre passion qui pour
vous n’en est pas une !
Vous avez réussi à comprendre que cela vous est devenu, un art. Celui
de faire défiler nos vies respectives avec le plus grand respect, la plus
grande sagesse ainsi qu’avec la plus humble dignité.
Parfois, vous vous êtes trompé mais vous avez réussi à gagner notre
confiance. Vous nous avez pensé, aimé, imaginé, pleuré. Vous avez réussi ce que
vous vouliez depuis longtemps, nous vous en remercions gracieusement ! »
Mes larmes coulaient le long de ma joue et mes jambes en tremblaient
de bonheur.
Un petit garçon ayant le même âge que moi, caché, dans un petit coin
de la maison s’est alors approché de moi, en laissant toute la foule autour de
lui.
Il me dit ceci :
« Mon ami, je n’ai pu vivre ma vie, à cause de la barbarie des hommes.
Ils ont fait assassiner ma famille dans d’horribles conditions alors que, vous,
sans me connaître, avez su me faire revivre et cela n’a pas de prix.
Vous avez grandi, pris confiance en vous. Nous avons échangé maintes
et maintes fois dans des circonstances troublantes. J’ai essayé de répondre à
vos questions. Votre promise a raison, faites des recherches et vous
découvrirez ce qui se cache dans votre vie ! »
Je m’étonnai des dires de ce petit garçon, habillé de vêtements
royaux.
Je lui posai alors la question, pour connaître son nom.
« Comment vous nommez-vous ? »
Il me répond spontanément :
« Mr L, pardi ! Vous ne me
reconnaissez pas, mon ami !! Je n’ai pas changé depuis tout ce temps !! Jurez-moi et promettez-moi de ne jamais prononcer mon vrai prénom auquel cas,
malheurs vous arrivera ! »
« Votre Altesse, je vous jure devant Dieu, que je resterai dans le
secret »
Je me levai de cette chaise aussi brûlante que mon sang et me fondais
dans toute cette foule, tandis qu’une comtesse me glissa discrètement au creux
de l’oreille :
« Mon garçon, lisez la phrase sur les murs et vous découvrirez votre
dulcinée ! »
Ce fût chose faite, je pouvais alors déchiffrer ce qui était écrit,
tant bien que mal :
" Qu’aucun querelleur n’y entre, car celui qui s’y frotte s’y pique, dans cette maison, où ce qui me plaît m’ennuies, je ne changerai jamais ! "
Car
le titre du livre tant rêvé et continuellement ouvert à jamais sera intitulé :
Sous les applaudissements, je regagnais mon cheval et pouvait repartir
en mon Château, la tête remplie d’étoiles et de joie. »
« Cela en est la finalité de ce beau conte, me disait-il ! »
Il me demanda, en souriant :
« Alors, mon garçon ? Mon histoire vous a plu ? »
Je lui répondais avec émerveillement que j’en étais ravi et que
c’était une histoire très joliment racontée et que j’aimerais en écouter
d’autres.
Il me dit alors :
« Je vais faire mieux que cela, vous allez faire la connaissance d’un
de mes amis. Il est voyageur du temps, il va vous apprendre des choses comme je
viens de le faire. Je vous laisse le rejoindre, il vous attend sur le perron !
»
Je rejoignais, cet homme, nommé Loeiz, un petit homme d’un mètre
soixante, à peine, tout courbé, l’air bourru, le regard avide, les cheveux
longs et une barbe de huit jours. Il me faisait presque peur !
Il tenait la lanière de son cheval, d’une main ; un postier Breton,
d’une belle robe et d’une crinière si blanche que l’on se voyait dedans avec le
reflet de la lune et de l’autre, une espèce de cigare mouillé.
Sa voiture, appelée « char à bancs », était remplie de vaisselle,
linges et bibelots en tout genre, recouverts d’un grand drap noir. Il me disait
être un de ces grands voyageurs de commerce venant de la mer et traversant ces
terres pauvres et arides.
Il me dit ceci :
« Alors mon garçon ! Tu es prêt à venir voyager avec moi, dans les
contrées lointaines ? Tu n’as pas peur de la nuit sombre ? Car nous allons
traverser les ténèbres et des endroits lunaires ! »
Je lui répondais, alors :
« Je ne suis pas tranquille quand je suis seul mais en votre
compagnie, cela me rassure ! »
Avant de partir, j’entreprenais de faire le bouche-à-main* à
l’homme qui m’avait sauvé de la mort.
Je lui dit ceci :
« Monseigneur, je vous remercie de pleine grâce de m’avoir accueilli
et de m’avoir promulgué les bonnes paroles. Sans vous, je ne sais où je serais
! Permettez-moi de vous honorer avec la plus grande délicatesse ! »
Le vicomte, me répondait d’une manière sobre et élégante : « Mon garçon, sachez que vous serez le
bienvenu, ici. Vous êtes désormais chez vous. Vous revenez au moment où vous le
souhaitez ! Mais promettez-moi de vous confesser devant un Homme de Dieu !
Au Revoir mon garçon ! »
Ma réponse était sans attente :
« Je vous le promets Monseigneur ! Vous êtes à jamais rentré dans mon
cœur ! Au Revoir ! »
Et hop ! Nous voilà parti, pour l’inconnu, sur l’allée cavalière,
éclairée par la pleine lune menant au centre de la « Grande Paroisse ». De
nombreux marchands y séjournaient, pour la nuit, dans les nombreuses auberges.
Nous ne nous arrêtons que pour acheter un bout de pain noir et une chopine de
vin.
Le cheval n’avançait pas très vite car les chemins empruntés étaient
très difficiles d’accès. Loeiz me dit alors m’envoyer dans un endroit unique au
monde, si beau et si gracieux autrement appelé : « La Motte Cronon ». Nous
traversons des vasières, des pâtures, des rivières et au bout de quelques
heures, nous arrivons au lieu tant attendu.
Loeiz me demanda alors :
« Mon garçon ! As-tu déjà fait la connaissance de Dieu ? »
Je lui répondais, en hochant de la tête, que non.
Il me racontait alors ceci :
« Tu as moyen de le voir ! Il
est représenté en sculpture de Kersantite, tenant le globe terrestre de sa main
gauche et saluant le monde de son autre main, sur la façade de l’église de
Saint-Herbot, non loin de la « Nouvelle Paroisse », située dans le Pays Dardoup au pied des Montagnes Noires. Il est souvent accompagné, en représentation d’anges
ailés autrement appelés archanges. Tu en connais des archanges ? » me
demandait-il
Je lui répondais alors :
« Oui Monsieur, j’en connais un, nommé Michel, je l’ai déjà rencontré
dans mon village, il y a quelques temps »
Il me disait alors :
« Tu dois être un brave garçon, dans ce cas ! Nous allons le rencontrer, ce soir ! Par les
nuits de pleine lune il vient nous voir et nous prêche la bonne parole. En
serais-tu ravi de le voir, aujourd’hui ? »
Je lui répondis, oui avec un hochement de la tête.
Le cheval monta alors la pente raide, très raide d’un rocher, situé
haut, très haut dans les cieux.
Je marchais, en faisant de grands pas. La vitesse de mon cœur,
s’accélérait de plus en plus et j’avais du mal à respirer tant le chemin était
long.
Une bonne heure, plus tard, nous voilà arrivés au sommet de cet énorme
monticule de terre sur lequel se trouvait, un Vaisseau de pierres de schiste,
appelé également, pierre bleue.
Tout d’un coup, je voyais Saint-Michel, qui attendait les pèlerins.
Il me dit ceci :
« Approches-toi mon enfant ! Tu ne risques rien ! Je suis ici pour te
protéger du mal que le reste du monde puisse te faire ! Acceptes-tu de pénétrer
en ma demeure ? »
Je lui répondais que oui. J’en avais envie et peur. J’étais quand même
sur le toit du monde, dans des ténèbres noires et sombres.
Avant de passer le pas de cette porte, il me dit :
« Ne te presse pas de trop, ici les âmes sensibles ne repartent pas
dans le malheur en tête mais bien au contraire ! Regarde autour de toi, dans cette lumière qui
t’ai offerte ! »
La pièce est éclairée seulement par des hauts cierges où le sceau de
l’Ordre des Templiers de Jérusalem est apposé. C’est étrange !
Par devant moi, se trouve un ex-voto* sur lequel sont
représentés de nombreux personnages.
Je reconnais Saint-Roch et son chien, Saint-Edern et son cerf.
En-dessous, une inscription est écrite :
« Praesentes, sumus in
vita tua, ut sponsam tuam protegas archangelo tuo auxilio. In vita
aliqua malam fortunam habuit. Optimum evenire illi voolumus ! »
Cette écriture étrange m’en était inconnue. Je posai alors la
question, à l’archange :
« Quelle en est cette langue ? »
Il me répondait simplement :
« Mon petit, c’est la langue des hommes, le Latin !! Je vais de ce pas
te traduire cette phrase :
" Nous sommes présents, dans ta vie, pour protéger ta promise, avec
l’aide de ton archange. Elle a eu des malheurs dans sa vie. Nous voulons que le
meilleur lui arrive ! »
Je me demandais ce qu’était une promise et lui posai alors la
question.
Il me répondait :
« La promise est une amie, mon garçon, tu n’en as jamais eu ? »
Je lui répondais que j’en avais une, dans mon village d’antan.
Il me répondait, en souriant :
« Si tu es sage et à l’écoute de l’autre, tu pourras la revoir, je te
le promets ! »
A la fin de cette conversation, j’étais stupéfait, d’avoir devant moi,
ce magnifique tableau, représentant des hommes et des femmes qui s’échangeaient
des présents, au milieu d’évêques et de nobles gens.
Je prenais mon temps, pour dévorer des yeux le retable en or massif,
représentant, un mariage. Celui du royaume de France et du duché de Bretagne.
Signé Charles de Valois, huitième du nom des Rois de France et de la duchesse
de Montfort, Anne de Bretagne. Annoté de la date du six décembre 1491.
Loeiz me demanda alors :
« Mon garçon, quel prénom te ferait plaisir d’avoir ? »
Je lui répondais en regardant l’archange, que celui de Michel, me
correspondait bien.
Ce fut chose faite, je recevais de l’eau bénite, provenant d’une
source à proximité du lieu et par les doigts de mon Saint protecteur, je
recevais la bénédiction de Dieu.
Je le saluais et le remerciais d’un signe de la main, avant de
redescendre cette pente si abrupte que j’en avais peur. J’avais la tête vide,
avec du bonheur, dans l’espérance d’une vie bien meilleure.
Loeiz me proposa de nous rendre en un lieu étrange, une centaine de
mètres plus loin, pour nous reposer de cette nuit bien fatigante. Nous nous
rendons sur une esplanade de bruyères et d’ajoncs, entremêlé de pierres debout.
Tout en mâchouillant son espèce de cigare mouillé, qui n’en était pas
un. C’était juste un morceau de tabac qui avait l’aspect gluant et tout
déconfit, qu’il avait préalablement sortit du dessous de sa casquette, toute
humide !
Il me dit ceci, avec son accent développé :
« Ça c’est une chique ! Cela ne dure pas mais c’est bon ! Tu en veux
goûter ? »
Je répondais, non, de la tête. Cela ne donnait pas envie car à chaque
fois qu’il tirait dessus, il crachait par terre le reste de sa salive de
couleur marron, en faisant le bruit de « pschitt » !
Il me raconta alors la légende de ce lieu, avec grâce et élégance
:
« Ici, pschitt, c’est le lieu étrange "d’Eured-Veign, la Noce de
Pierre". La légende, pschitt, raconte, pschitt, que le Roi avait changé,
pschitt, en pierres, toute une noce, par vengeance de quelque chose, pschitt !
»
Je lui demandais alors :
« Quelle en est cette langue si étonnante ! du Latin ? »
Il me répondait, en ricanant :
« Non, Michel, c’est la langue des hommes, le Breton ! »
Nous passions la nuit, sous ce ciel étoilé et éclairé par cette grosse lune. La paillasse n’était pas très confortable mais il fallait faire avec ou sans, cela dépend dans quel sens, nous voulons parler.
Loeiz me confia alors que son cheval, se prénommait Esperanza. Mais
pour faire plus court, il lui avait donné le diminutif : Espé. Tout était beau
autour de nous, il n’y avait que les bruits des animaux de nuits de ce Pays de
l’Arrée : chouette effraie, buses cendrées, chevreuils, renards et même des sonorités
d’un loup tout au loin, qui ne me rendait pas gaillard.
Il me demanda alors si je connaissais une autre légende. Je lui
répondais que bien évidemment, je connaissais celle de l’Ankou. Il me propose
alors de la lui la raconter.
Ce fût chose faite ! Avec fierté et assurance, je me lançais :
« L’Ankou est représenté comme la figure de la mort, il a la forme
d’un squelette ricanant et est enveloppé d’une cape noire. Il est coiffé d’un
large chapeau plat, tout noir. Noir comme la mort. Il tient de sa main, une
faux à l’envers. Il est accompagné de son maigre cheval tirant une charrette
ayant les roues grinçantes.
Il séjourne dans un endroit sombre et noir, surnommé, le marais du «
Yeun-Elez », en la paroisse toute proche, de « La Colline de L’Église », qui sert de trépas
aux âmes fauchées par ce clown de ce Pays. Il ne fait pas bon de le rencontrer
! Parfois, je me cache sous des rochers ou dans des grottes pour ne pas le
croiser ! »
Loeiz m’applaudit et me conseille de dormir car la journée du
lendemain va être longue.
Je m’endormais sur ces belles paroles en imaginant déjà, ce que cela
pouvait être !
Au lever du jour, la brume s’élevait peu à peu de cette vallée humide.
Les lueurs des rayons de soleil de couleur orange se dévoilaient lentement, à
travers les arbres du bois du comte.
Vers dix heures, une fois prêt, Loeiz me dit m’envoyer faire un long
voyage de cinq jours à destination d’une grande ville marchande. Il me confiait
que je pourrais découvrir des trésors que peu de personnes ne connaissent.
Nous voilà partis, à travers les champs de landes, en traversant de
multiples forêts, pour nous évader de cette Arrée, lugubre et sombre.
Arrivés au cœur de « La Grande Paroisse », nous nous arrêtons une
petite heure, pour pouvoir nous restaurer et profiter pour nous
réchauffer.
Onze heures, sonnai au tocsin de l’église, dédiée à Saint-Tujenn. Nous
reprenions la route escarpée, montant et descendant des cols. Espé avançait à
douce allure pour ne pas abîmer la marchandise.
Loeiz me dit alors, avoir oublié de s’acheter une chopine de vin. Nous
nous arrêtons, au hameau appelé « Keryau ». Il y avait là un tenancier
d’un bazar qui faisait également débit de boissons.
Vers quinze heures, nous arrivons à « La Paroisse de Saint-Iben
», nous passons devant la grande église dont le clocher principal mesure 47
mètres de hauteur.
Loeiz m’annonce vouloir aller y faire une prière. Nous laissons la
voiture au bord du chemin et par-devant nous se trouve un enclos paroissial.
L’accès se fait par une porte appelé Arc de Triomphe. Sur la gauche, se trouve
le Calvaire Monumental, servant de bande dessinée, racontant la vie de
Jésus-Christ au peuple, malheureusement illettré. Plus loin un bâtiment servant
de dépôts de squelettes, nommé Ossuaire, nous apparaissait.
Il y a quelques siècles, me dit Loeiz, se trouvait sur ce très grand
parvis, le cimetière paroissial. C’est pour cette raison qu’une croix se trouve
au milieu de l’allée principale.
Nous rentrons alors dans cette église dédiée à Saint-Germain.
L’intérieur était meublé de plusieurs retables, décorés de feuilles d’or,
racontant différentes scènes de la vie de Jésus-Christ.
A la statue du Saint protecteur, Loeiz faisait une prière sur le prie-Dieu, mis à disposition pour ce devoir. Il en va de la sorte qu’il lui suffisait pour être en paix avec lui-même, avant de reprendre la route :
« deux pater et trois Ave, In nomine Patris, e Filii e Spiritus Sancti ! »
Nous traversons le cœur de la paroisse et prenons la direction d’un
joli hameau nommé, pour je ne sais quelle raison, « Koblant », situé sur les
terres appartenant au comte Michel d’Amphernet et à son épouse, demoiselle du Bizien du Lézart, propriétaires du château de la Bouexière, datant du 18e
siècle, en « La Paroisse de Saint-Iben ».
Nous prenions le temps de nous arrêter pour la nuit, dans l’auberge
nommée avec la langue des hommes, le Breton, « Pesked-Gwenn », jouxtant le
canal de Nantes à Brest, dont les travaux commencent en 1810, sur ordre de
l’Empereur, Napoléon. Les ouvriers travaillant sur ce canal, long de 364 km,
étaient les bagnards de Brest.
Vers dix heures du matin, le lendemain, nous reprenions la route
embrumée, ne voyant pas trop où l’on mettait les pieds. Il nous fallait prendre
notre souffle car nous avions encore une montagne à franchir, située sur la
crête des Montagnes Noires, au lieu-dit « Roc’h an Tan » en la paroisse de «
Goueznou ». De cette hauteur, nous pouvons apercevoir, de nombreux clochers,
sur presque 360°.
Dans la descente, nous avons la chance de voir une buse et un épervier
en chasse. Nous continuons notre route en longeant les forêts très boisées et
regorgeant de mystères, situé en la paroisse du « Lieu consacré à Saint-They ».
La route était sinueuse et semée d’embûches. En passant sur une
multitude de rocs, la roue de la voiture cassa. Il fallait bien trouver à la
réparer. Loeiz me dit alors, qu’il y avait un charron qui habitait, non loin de
là, à proximité du hameau « Teir Feunteun ».
Loeiz profita de cette occasion, pour y faire une prière, à une des
trois fontaines, se trouvant sur ce lieu.
Vers quinze heures, il était temps de repartir car la nuit n’allait
pas tarder à tomber. Le hameau, nommé « Teir-Croaz », s’approchait. Nous
passions la nuit dans cette auberge, dans laquelle, le tenancier n’avait pas
l’air commode. Loeiz me dit alors de me méfier.
Ni une, ni deux, sans réveiller personne, nous repartons avant le
lever du jour, en direction de la grande paroisse de « Briziac », où se
déroulait une immense foire. Ici, nous allons rester deux jours me signale,
Loeiz. C’est ici que je vais faire des affaires. Effectivement, de nombreuses
femmes viennent lui acheter divers objets et prendre effet des nouvelles modes
en tout genre : habillement, constructions, commerciales….
Deux jours plus tard, nous repartions avec le chargement presque vidé
car Loeiz avait fait de bonnes affaires. Le soir venu, nous faisons halte dans
une très grande auberge au hameau nommé, « la maison de Sanquer ». Les
tenanciers étaient très fortunés.
Des meubles Bretons, cloutés et sculptés dont les dates de 1758 et
1785 sont peintes avec des feuilles d’or. Les vaisseliers étaient fournis
d’assiettes en tout genre. Elles portaient la signature de la lettre B :
Bousquet, en souvenir du manufacturier, originaire de Provence.
La nuit fut courte, car nous devions traverser une dernière paroisse.
Nous étions sur la fin de notre voyage. Avant le lever du jour, vers sept
heures du matin nous voilà partis pour rejoindre la paroisse du « Village de la
Fontaine ».
De nombreuses « voitures », se trouvaient sur ce chemin. Je trouvais
cela assez étonnant. Mais je contemplais, en attendant, les quelques échoppes
se trouvant au cœur de cette route commerciale. Nous arrivons alors au pied
d’une des huit tours de la ville. Celle-ci était très grande. Elle était nommée
« Petite-Tour », large de plus de huit mètres et haute d’une dizaine de mètres.
A cet endroit se trouvait l’octroi* tenu par un élégant homme. Loeiz lui
donna alors la somme de cinq livres pour pouvoir entrer dans ce lieu.
Une grande rue, appelée rue des Royalistes, se dévoilait sous nos
yeux. Nous voilà arrivés au centre de deux paroisses. D’un côté, celle nommée «
La Chandeleur » et de l’autre, celle de « Saint-Sauveur ».
Loeiz me fit signe, que nous allions vendre les derniers objets,
pendant la Grande Foire qui dure une semaine, sur cette place nommée « Place du
Chastel » où se trouvait, non loin de là, l’ancienne potence où fut pendue
Marion du Faouët, cheffe d’une troupe de brigands au 18e siècle.
Il y avait une telle activité sur cette place marchande ! De
nombreuses personnes y vendaient toutes sortes de choses diverses et varié :
linge, vaisselles, bibelots, légumes, fruits, viande, poissons, vaches,
chevaux, cochons….
Les femmes et leurs enfants se promenaient. Les hommes, quant à eux,
travaillaient dans les échoppes multiples : charrons, forgerons, tailleurs,
bourreliers, débits de boissons, auberges…
Beaucoup de places et de rues, avaient pour utilité les foires et
marchés.
J’étais émerveillé de voir toute cette activité, occupant cette
immense place.
Cela m’était complètement inconnu !
Le char à banc de Loeiz étant placé dans le haut de la Place, je
pouvais regarder de mes yeux, un immense Vaisseau de pierres, se trouvant
par-devant moi.
Je demande alors, à Loeiz :
« Quelle en est cette belle église ? »
Il me répondait :
« Cela n’en est pas une ! Il s’agit d’une cathédrale ! Les habitants y
vénèrent Saint-Corentin, évêque de Cornouailles ! »
Je vais te raconter son histoire :
« Le commanditaire n’est autre que Monseigneur l’évêque Paul-Henri
Raynaud. Il fait construire une église au 13e siècle, puis elle sera
nommée ensuite basilique au fil du temps de l’avancement des travaux. Elle se
termine en 1855, sous le règne de Monseigneur René-Nicolas Sergent. Puis
l’architecte Alexandre Bigot lui fait élever deux flèches d’une hauteur de 36 mètres,
en 1856.
D’ailleurs, c’est lui qui fait construire le château de René-Maurice.
Les dessins et sculptures sur la porte d’entrée Monumentale sont les
armes de la famille des ducs de Montfort de Bretagne, Jean IV et Jean V.
Au tympan*, leur devise se lisent sur un phylactère* : «
A ma Vie »
A l’intérieur du Vaisseau, se trouvent les armes des grands nobles de
Cornouailles, situées en prééminence* , au niveau des clés de voûtes*,
au- dessus du chœur. La Cathédrale est dotée de dix-sept chapelles, où se
trouvent les enfeus* creusés dans la pierre, du même nombre d’évêques de
Cornouailles, depuis la création de celle-ci. Depuis quinze siècles, ils ont
été soixante-sept évêques à régner en ce lieu »
Je répondais alors, à Loeiz :
« Vous en avez une bonne culture !! Avez-vous d’autres histoires à me
conter ? »
Il me répondait alors :
« Michel, tu veux aller trop vite, tu as toute ta vie pour toutes tes découvertes,
soit patient et tu pourras ensuite apprendre et écouter. Pour ainsi transmettre
aux enfants du Monde entier, à ton niveau, tout ton savoir comme je viens de le
faire ! »
Loeiz me dit alors :
« Michel, regarde bien entre les flèches, il y a une statue équestre
qui y est représentée ! »
Je lui demande alors ce qu’il en est.
Il me répond spontanément :
« Pardi ! C’est la statue du Roi de Cornouailles ! Gradlon ! »
Je regardais avec émerveillement cet édifice. Immense et d’une beauté incroyable
!!
De hautes et grandes fenêtres sont remplies de décorations multiples,
représentant les scènes de la vie de Jésus-Christ.
Un homme élégant, d’une imposante grandeur et d’une voix rauque, qui
était vêtu d’un long par-dessus de sable agrémenté de boutons d’or et coiffé
d’un bicorne, couvre-chef de la garde-républicaine, dont il faisait sans doute
partit, se présentait à nous, pour connaître notre profession.
Loeiz répondait avec sa voix grave :
« Pardi ! Chiffonnier, que c’est !! »
Je demande alors à cet élégant homme, comment se nommait-il ?
Il me répondait avec la plus grande délicatesse :
« Je me nomme Augustin Le Goazre, Seigneur de Kervelegan. Je suis le
maire de cette ville et homme politique, issu d’une famille noble de robe de
Cornouailles. J’habite en mon manoir, en la paroisse de Saint-Sauveur, à deux
pas d’ici. Quand vous aurez fini votre journée, merci de m’y rejoindre. Je vous
offre le gîte et le couvert, pour pouvoir vous débarbouiller et manger à votre
faim »
Je le regardais du haut de ma petite taille et lui posais cette question :
« Quelle est le nom de cette belle ville, Monseigneur ? »
Il me répondait avec étonnement :
« Pardi ! Vous n’êtes jamais venu ? »
Je lui faisais comprendre que non, en hochant de la tête et me
répondait avec gentillesse et dans la plus grande dignité :
« Mon garçon, vous vous trouvez dans la ville de "Kemper-Corentin" !
Vous n’avez pas lu la pancarte à l’entrée de la ville ? Et d’où venez-vous, mon
garçon ? »
Je lui répondais :
« Monseigneur, je ne sais ni lire ni écrire ! »
Et Loeiz de répondre avec un accent prononcé :
« Nous sommes d’un pays, situé à dix lieues de là, dans un endroit que
l’on nomme l’Arrée ! »
Avant de nous quitter, il nous dit ceci :
« Je vous attends dès ce soir ! A tout à l’heure, mes amis ! »
Loeiz me propose alors, de nous laisser rêver à travers la ville,
comme nous n’avions plus de quoi proposer à vendre.
Nous remontions la rue des Royalistes, pour nous rendre
Place-au-Beurre-au-Pot qui était animée par les laitières, habillées sobrement,
venant de toute la campagne. Quelques mendiants erraient au milieu de tout ce
monde.
L’histoire a laissé ses traces, puisque nous pouvons contempler les
belles maisons à prébendes et à colombages, qui décorent cette place.
Nous traversons, la rue de la Chair Salée, avant de remonter, rue des
Étaux, où s’écoulaient des ruisseaux de sang, dus aux activités des boucheries,
tout au long de la rue.
Nous remontons un peu plus haut, sur la place du champ d’un dénommé
Gloaguen, sur lequel se trouvait un des abattoirs situé près de la porte
Saint-Antoine.
Une jeune femme s’approchait de nous, en nous indiquant le chemin.
C’était Soizic, la gouvernante de Monseigneur Le Goazre de Kervelegan. Elle
nous ouvrait la très haute et lourde porte charretière, elle disait alors à
Loeiz de dételer Espé, afin de le loger dans une des dix écuries, se trouvant à
l’intérieur de la cour close.
Elle nous dit ceci :
« Monsieur ne va pas tarder ! Il m’a annoncer de votre venue ! »
Je regardais la beauté de ce manoir, construit avec de belles pierres de taille en granit. Les linteaux des ouvertures étaient ornés d’une décoration, nommée, archivolte*. Autour de la porte d’entrée Monumentale était apposée, une œuvre en granit, nommée pilastre* se finissant par un pinacle*en forme de V. Elle était agrémentée d’une multitude de décorations.
Il y avait une dizaine d’ouvertures sur l’ensemble du bâtiment, haut
de trois étages. Elles étaient appelées fenêtres dites à meneaux*.
Monseigneur, nous arrivait par la porte piétonne en criant :
« Alors mes amis ! Vous voilà arrivés ! Vous n’avez jamais vu de
pareil endroit, je suppose ! Suivez-moi, je vais vous faire visiter ! »
Nous le suivons, sans hésitation.
Le manoir possède trente-six pièces à vivre, chacune est ornée d’une
cheminée monumentale. Il y avait une dizaine de chambres à coucher, deux
bureaux, trois cabinets privés, une salle de bain, une salle de confort, un
grand vestibule agrémenté de meubles Bretons, sculptés et cloutés, une
pièce-armoire, une grande cuisine équipée de deux pianos composés de huit feux,
une vaste salle à manger et une salle de réception. Il nous accueillait dans
celle-ci, meublée de fauteuils de style Louis XVIII, une longue table de dix
mètres de long, pouvant recevoir une trentaine de personnes. Les murs habillés
de boiseries étaient décorés de tableaux de Paul Gauguin : Le Christ Jaune,
Femmes de Tahiti, Vision après le Sermon….Une haute cheminée, habillée d’un
haut chapiteau ornait cette très belle salle. Les armoiries d’une quelconque
famille était gravées dans un bloc de granit.
Dix écuries, un garage, un bûcher, une chapelle faisaient parties des
dépendances. Tout en haut de la tour dont nous accédons par un escalier à vis,
se trouvait une tour de ronde, sur laquelle nous pouvions admirer toute la
ville et être à hauteur des flèches du Vaisseau.
Une trentaine de personnes y travaillaient.
Le maître des lieux, nous dit alors :
« Installez-vous convenablement ! Soizic va nous servir les plats ! Je
vous ai gardé deux chambres pour ce soir ! »
En effet, Soizic nous arriva avec une servante à roulettes, ornée de
faïences de la paroisse du « Lieu consacré à Marie ». Il y avait de nombreux
plats : gibiers, volailles, cochonnailles, poissons farcis et desserts. Ce fut
un vrai festin, que jamais je n’avais dégusté. Dix heures, sonnai au carillon,
lorsque Loeiz dit à Monseigneur qu’il fallait que nous allions nous coucher,
car la journée du lendemain allait être longue.
Soizic nous devançait, tenant dans sa main gauche un beau bougeoir
dessiné en forme de cygne, dans cet escalier à vis, montant dans les étages.
« Voilà nous dit-elle, je vous ai préparé deux lits avec les plus
beaux draps de satin du manoir, je vous en souhaite de passer une nuit très
agréable »
Je me couchais, en repensant, à cette journée mémorable qui me faisait
rêver d’y habiter, un jour.
La nuit passée fut mémorable, inoubliable, féerique et magique !
Avant le lever du jour, vers six heures du matin, nous quittions le
manoir, après avoir remercié nos hôtes.
Monseigneur, nous dit alors :
« Empruntez le chemin des écrivains, pour repartir ! Vous passerez
devant le cimetière où ma promise est enterrée ! Vous pourrez admirer la stèle
que je lui ai fait construire, près de la chapelle de Saint-Nicolas ! Revenez
quand vous voulez, vous êtes ici, chez vous ! »
Nous suivons alors ses indications. Nous marchions sur ce chemin pavé,
en regardant la belle sépulture.
Un panneau nous indique :
« Ici est venu se ressourcer, par manque d’inspiration, le grand
écrivain et collecteur de nouvelles : Anatole Le Braz, auteur de la Légende de
la Mort », signé YK
Nous descendions de ce passage privé, qui débouchait sur une place
nommée Douar-an-Duc, en souvenir de la souveraineté de l’ancienne ville ducale.
En longeant le quai du Sel, au bord de la rivière appelée le Steir,
nous apercevions un navire se trouvant sur le fleuve nommée Odet. Nous allions
le retrouver à sa hauteur et nous pouvions remarquer au loin les grands-voiles
des bateaux marchands du port de la ville, nommé « Cap-Horn ». En longeant les
maisons cossues des armateurs et les hôtels particuliers des notables de la
ville, nous arrivions à destination.
De nombreux navires étaient amarrés au quai, portant des surnoms
joliment écrits, que Loeiz me lisait à haute-voix. Ils s’appelaient :
« La Gabinière, Le Sicilien, L’Aventure, La Morgane, La Jouvetière,
Michael-Angelo, La Flingue, La Roudautière, Gilberto ou bien encore Linette, Mc
Gregor….»
Un des marchands nous demande qu’elle était notre destination. Loeiz
lui répondait alors qu’il devait se rendre dans un port sardinier, situé plus
au nord du département. Le marin en était déçu, car ce n’était pas sa route. Il
nous aurait bien pris sous ses voiles pour nous mener au « Cap-Caval », devant
la paroisse de « La Maison du Village ».
Il se faisait déjà tard, dix-sept heures, au plus, sonnai au tocsin de
l’église du « Lieu consacré à Marie ». Nous marchions jusqu’à la paroisse de
Pen-Harz. Une belle auberge nous ouvrait ses portes. Elle se trouvait dans un
lieu, nommé « Vieux Manoir », propriété de la marquise de Pompéry. Elle nous y
recevait avec la plus grande empathie. Nous pouvions ainsi profiter d’un bon
repas et d’un bon coucher.
Le lendemain, avant le lever du jour, vers huit heures, nous voilà en
marche pour la prochaine étape. Nous passions les hameaux de « Meilh-Glaz,
Kermabeuzen, Dour-Du, Prat ar Raz, Toulgoat, Quistinic » avant de nous arrêter
dans « La Paroisse de Saint-Conec », où un aubergiste nous accueillait dans la
bonne humeur. Il nous indiquait que nous arrivions au bon jour, car le
lendemain était le Grand jour.
Je demandais alors à Loeiz ce que cela signifiait.
Il me répondait :
« Nous arrivons le jour où se déroule toutes les six années, la Grande
« Tro-Minihy », qui a lieu en la paroisse du « Lieu consacré à Ronan ». C’est
une procession qui part de l’église de cette paroisse et s’en va dans la
campagne, faisant le tour des terres du Saint et ce pendant quinze kilomètres.
Chaque pèlerin doit s’arrêter aux « Stations» dédiées à un Saint. Ils portent
les reliques du Saint, de la Vierge-Marie ou de Sainte-Anne, sur des brancards
pour que leurs vœux soit exaucés. Cela peut durer une semaine ! »
Après cette belle explication, nous allions nous coucher, pour
profiter pleinement de la longue et belle journée qui nous attendait.
Avant le lever du jour, nous montions par un petit chemin creux le col
très raide de la Montagne se trouvant devant nous. Une foule immense faisait de
même. Loeiz laissait, sa voiture au bois de Saint-Gildas et nous descendions à
pied cette longue et impressionnante rue. Nous arrivions sur le parvis de
cette majestueuse église, remplie de pèlerins.
XIXe - Editions Neurdrein et Frères
Je pouvais ainsi déguster des yeux les beaux costumes brodés des femmes :
Elles portaient une très belle longue jupe noire. Par-dessus, il y
avait, un tablier perlé et brodé d’or ou d’argent*. Au haut du corps, un
chemisier blanc où se dissimulait un tour du cou, orné d’un cœur ou d’une croix
qui permettait la fermeture. Leurs bonnets noirs était recouvert d’une coiffe
amidonnée, appelée « Borledenn ». Par-dessus leurs costumes, une
pèlerine en fourrure de poils d’opossum était portée sur leurs épaules.
Le costume des hommes était un peu plus sobre :
Ils portaient un pantalon noir rayé de gris, une lanière de cuir,
servant de ceinturon. Une chemise blanche à pied de col, un « jilettenn
» de couleur d’azur, bordé d’une broderie en fil de soie jaune cousue
par-dessus, agrémenté de deux rangées de six boutons ainsi qu’un riche « chupenn
» d’azur.
Ils portaient le costume nommé « Petit Bleu », drap de laine servant
de tissu pour les militaires du port de Brest, après les guerres de 1870.
Loeiz me proposa de rester quatre jours, avant de repartir vers la
destination voulue.
Jour après jour, je me régalais de ce beau théâtre que la vie
m’offrait.
Quatre jours plus tard, nous repartions à destination de la mer. Nous
traversions les paroisses du Porzay avant de nous poser quelques instants en la
paroisse du « Village Bleu », sur l’étendue de sable qui nous offrait une vue
magnifique.
Non loin de là, se trouve une falaise, sur laquelle un des pionniers
de l’aviation se lança la première fois, en compagnie de son invention, «
L’Albatros ». Il s’agit d’un grand homme natif de "Conq", Jean-Marie Le
Bris.
Après cette halte reposante, nous grimpions la longue côte abrupte que
notre cheval Espé, avait du mal à
monter, s’élevant vers « La Paroisse de Saint-Erle ».
Au bout de sept jours de voyage, nous arrivions à destination.
Loeiz me dit alors :
« Allez, Michel, courage ! Nous arrivons dans quelques instants ! Nous
allons pouvoir nous reposer, il est tard ! Tu dois être bien fatigué après
cette longue étape ! »
Sept heures, sonnai au tocsin de l’église paroissiale.
Nous continuons de marcher vers la ville, où un aubergiste de «
L’Hostellerie de France » nous proposa de nous arrêter.
Il nous dit ceci :
« Hé l’ami, pose ton cheval afin de l’alimenter d’avoine et d’eau. Je
vous en offre la même chose pour vous, voyageurs. Ce soir, vous pouvez y
rester, il me reste une paillasse de libre »
Je demandais à Loeiz, où nous étions.
Il me répondait :
« Nous sommes chez moi, dans la paroisse de « L’île de la Terre »
Le maître de maison nous proposa de manger à sa table. Elle était
remplie de cette espèce que l’on nomme : « L’Or bleu de la mer », autrement
appelée, la sardine.
Je pouvais dès à présent me reposer dans ce calme absolu. La pleine
lune éclairait de part en part la pièce toute entière.
Au lever du jour, le soleil se levait sur ces étendues de sable blanc,
du Ris et de la Palud. C’est un paysage extraordinaire que nous offre, la
nature.
Nous descendons, vers ce port appelé « Le Grand Coteau », où sont
amarrés thoniers, langoustiers, harenguiers, sardiniers et autres bateaux de
commerce.
Le soleil, brille dans la grand-voile du Dundee, « La Belle-Etoile »,
servant à la pêche des langoustes.
Loeiz me dévoile que c’est ici la beauté de la mer. Je l’honore et la
dévore des yeux. Nous marchions sur les quais de ce port, en adoration.
En contemplant cette immensité d’eau étendue, Loeiz me dit :
« C’est l’ouverture vers le monde inconnu !! » « Le repos éternel !! »
Il continua sa phrase en terminant par ceci :
« Mon garçon, il y a quelques années, se trouvait une ville
aujourd’hui engloutie, nommée "Ville d’Ys". A la pleine lune, les pêcheurs
entendent encore les cloches qui sonnent à tout va, sous cette quantité d’eau.
Cela est, parait-il, un signe de pêche miraculeuse »
L’homme me fit un signe avec le doigt, fixé sur le large et me dit
:
« Regarde mon garçon, ce petit bout de terre se nomme «
Enez-Sant-Turtuan », ce fut la cachette du chef de guerre, Guy-Eder de
Beaumanoir de La Haye dit La Fontenelle pendant les guerres de la Ligue en 1595
»
Nous nous arrêtions quelques instants et repris notre quête, sur cette
route pavée, très longue et très étroite. Nous entendons, au loin, des bruits
de claquement au sol.
Je demandais alors à Loeiz :
« Sais-tu de quoi il s’agit ? »
Il me répondit qu’il s’agissait de la sonorité des sabots des
sardinières allant embaucher aux usines rouges.
Il y avait des centaines de jeunes filles, mères et grand-mères.
Elles étaient vêtues d’une longue jupe, d’un tablier noir, d’un
chemisier blanc. Ainsi qu’une paire de sabots. Elles portaient une coiffe
amidonnée réalisée en tissu, tulle ou gaze appelée « Tête de Sardines »
Loeiz m’expliqua ceci :
« Ici, mon garçon, se trouvent vingt-et-une friteries : "Béziers, Jacq,
Cassegrain, Chancerelle, Gueguen, Paulet, Grivart"……Les femmes y font leur vie
tandis que leurs époux travaillent en mer sur les différents navires. Ils
portent souvent des surnoms étonnants : "Martolod, Pesked-Mor, Rouaned,
Illiz-Glaz, Bara-Pemdez ou bien encore, Mor-Gwenn" »
Années 1900 - Editions Neurdrein et Frères
Il se tourne vers moi et me pose la question :
« As-tu aimé ce voyage en ma compagnie ? »
Je lui répondais, humblement et respectueusement :
« Oh oui ! Avec toi, j’ai appris des tas de choses que je ne
connaissais. Je t’en remercie gracieusement!"
Il me répond :
« Ce soir, je vais devoir partir sur le bâtiment de commerce, nommé «
Spered », il est destiné au commerce d’objets divers pouvant servir aux
contrées lointaines et pauvres. Il s’en va pour de longs mois à travers les
mers, comme celle de l’Outre-Manche, autrement dit l’autre Bretagne, pour
apporter de la nouveauté, sur la mode des prochains mois. Je ne peux t’envoyer
avec moi mais je te confie à un ami. Il est marin sur la Frégate « La Forte »,
navire de la Marine Impériale, revenant des mers lointaines ! »
« Fais comme moi, apprends et écoute les autres et tu pourras ainsi
transmettre ta passion au monde entier !
J’ai aimé transmettre mes connaissances avec toi, mon garçon. Je
n’aurais jamais imaginé cette rencontre, tu resteras dans mon cœur à jamais. Je
ne t’oublierai pas. Je vais te donner ce morceau de parchemin que tu devras
garder dans la poche-poitrine de ton gilet, tout au long de ta vie »
Le papier avait comme titre : «
Le vieil homme et l’enfant », signé Michel, c’était son deuxième prénom.
Nous nous séparions, chacun de notre côté, en pleurant de joie de
s’être rencontrés. Je le saluais avec la plus grande empathie.
Je me retourne vers le jeune marin qui m’attendait dans son carrosse
orné de feuilles d’or, qu’il appelait, « voiture », attelé par quatre chevaux,
tous aussi beaux les uns que les autres.
Il me posa la question
« Quel est votre prénom, mon garçon ? »
Je lui répondais :
« L’ archange Saint-Michel, m’a baptisé de son nom ! »
Je lui demande à mon tour, dans la plus grande dignité :
« Monseigneur, quel en est votre prénom ? »
Il me répond dans la plus grande simplicité :
« Je suis le frère de René Maurice et je me prénomme
Charles Olivier Marie, vicomte de Kerret et de Quilien. Mais appelez-moi Karl »
Il dit à son cocher : « Allez ! Au Château ! »
Nous quittions ce beau pays de l’Atlantique, mêlé de routes sinueuses
et complexes à travers les différentes paroisses se trouvant sur notre chemin.
En une journée, nous avions rejoins toute proche de la paroisse des « Abbés Du Pont ». Cela
était bien plus rapide qu’avec Espé qui allait à son aise.
Ici, nous étions attendus, au château du baron François-Joseph 1er
d’Ernothon, conseiller au Parlement de Paris.
C’était un très grand château fort, muni de tourelles et donjons, il
avait été construit en 1380, par les Abbés du « Lieu consacré à Tudy ». Je
pouvais l’admirer sous ses vingt mètres de
hauteur.
Un des laquais du baron, se présentait à nous en ouvrant la porte du
carrosse en nous disant d’une élégante voix :
« Bonjour Monseigneur, vous êtes accompagné d’un ami ? Il va falloir
lui trouver une chambre à loger ! »
Il nous dit alors, que nous logerons dans la Tour nord.
Au deuxième étage de celle-ci, se trouvent deux pièces à loger,
meublées de lits à baldaquins, de couleurs d’azur et de gueules, rappelant
l’histoire de la République et de la Royauté à l’époque de la Révolte des
Chouans ayant eue lieu à partir du mois de Mars 1793, au lendemain de
l’exécution de Louis XVI.
Ce sont principalement les révolutionnaires de l’Ouest de la France,
(paysans, noblesse et clergé) qui sont à l’origine de ce combat ayant fait pas
moins de deux cent mille morts dont un quart de la population Vendéenne. Les
premiers départements ayant commencés à entrer en guerre contre les armées
Républicaines sont la Vendée, la Bretagne, le Maine, l’Anjou et le Poitou.
Cette Révolte se tenant entre les Royalistes et les Révolutionnaires,
a été oubliée de l’histoire par trop d’individus quelques siècles suivants.
Les Chouans avaient pour emblème : le Sacré-cœur, cousu sur une pièce
de tissu blanc.
Un tableau représentant le portrait d’un homme portant un costume
Breton m’interpella, car il était d’une beauté incroyable !
Huile sur Toile par Charles Loyeux (1823-1899)
Karl me dit alors :
« Mon garçon, il faut que vous appreniez toute cette histoire sur le bout des doigts car elle en est très importante » :
« En ce château, de nombreuses familles nobles et notoires de la
région y ont résidées. Il y avait les barons du Pont et de Rostrenen, du
Chastel, du Quélennec, de Beaumanoir de Besso, du Guémadeuc, du Vignerot du
Plessis-Richelieu, d’Ernothon et ceux de Baude de Saint-Père.
Ils ont joué un rôle important dans le devenir du duché de Bretagne,
aux Édits de Nantes.
Le treize août 1532, le Roi François 1er avait promulgué
aux Édits que la Bretagne ne serait plus un duché mais une province, suite à
son mariage avec Claude de France, fille d’Anne de Bretagne »
Un laquais frappa à la porte de la chambre pour nous servir à manger
dans un service en porcelaine, provenant de la Cour Royale.
Peu après, je fermais les yeux en imaginant toute cette belle histoire
dans ma tête.
Le lendemain, le valet avait attelé les quatre beaux chevaux, en
attendant notre présence.
Karl me dit alors ceci :
« Nous allons voyager, non loin de ce lieu, jusqu’au château de mes
sœurs, Jeanne et Hermine, se trouvant en la paroisse du « Lieu consacré à Tudy
», appelé « Le Village du Feu »
Quelques pas de sabots plus loin, nous arrivions devant une très haute
et majestueuse grille, faite de fer
forgé en pointe dorée. Elle mesurait une vingtaine de mètres. Un des valets
ouvrait la porte avec délicatesse. Le carrosse empruntait l’allée cavalière et
par-devant moi se découvrait ce beau château.
Karl me dit avec dignité, ceci :
« Cette ancienne demeure
seigneuriale a été construite en 1766 ! »
Je la trouvais grandiose, féerique ! Je me voyais dans un décor d’un
conte des frères Grimm.
Karl sortait du carrosse en emportant dans ses mains de nombreux sacs de végétaux, de feuilles, de
racines qu’il avait récoltés aux quatre coins du monde, que seul lui
connaissait.
Je l’accompagnais discrètement au dédale des nombreux bâtiments qui
ornent les vastes jardins de sa propriété.
Il me dit alors en élevant la voix au ciel :
« Ici c’est Versailles ! »
« Suivez-moi, mon garçon, vous allez entrer dans un endroit unique ! »
Un des laquais nous ouvrait la grande porte monumentale du château, par laquelle je découvrais un vestibule orné de tableaux de chaque membre de sa famille. Chacun était recouvert de feuilles d’or. Un grand escalier orné de boiseries se trouvait par-devant moi.
Le valet de l’intérieur nous ouvrait la haute porte du salon de
réception se trouvant sur la partie gauche. Je pouvais admirer ces très beaux
décors qui meublaient cette grande pièce. Je pouvais y voir de beaux fauteuils
tapissés de motifs royaux et des meubles de style Louis XIII.
Les murs étaient décorés de tableaux de maître à n’en plus finir. Aux
plafonds, descendaient trois beaux lustres, ornés d’argent et d’or. De ma petite taille, je pouvais imaginer y voir des diamants.
Au centre se dressait une longue table en chêne massif de plusieurs
mètres de long.
Karl me proposa de m’installer
dans un fauteuil de style Louis Philippe, situé dans le boudoir, près du petit
salon qui était très grand.
Quelques minutes plus tard, une femme m’apportait une tasse de
chocolat chaud et une brioche beurrée, posée sur un plateau argenté fourni de
décors de la Cour Royale du Palais des Tuileries. La tasse était amusante car
elle était ornée de deux oreilles et de personnages dansant tout autour,
décorés de couleurs éclatantes.
En-dessous, était peinte la signature PB : Porquier et Beau, en
souvenir de deux manufacturiers de la paroisse du « Lieu consacré à Marie »,
Cette femme était la gouvernante du château, elle était vêtue d’une longue robe blanche et coiffée d’un bonnet blanc en dentelle. Le tout était brodé et perlé d’argent en plusieurs motifs. C’était d’une beauté extraordinaire !
Elle me demandait ceci :
« Mon garçon, comment vous nommez-vous et d’où venez-vous ? »
Je lui en donnai ma réponse :
« J’ai été baptisé par l’archange Saint-Michel et je porte son nom. Je
viens d’un pays lointain, nommé l’Arrée ! »
Elle me transmettait sa pensée :
« Ah oui !! Il s’agit bien de vous dont Monsieur m’a tant parlé ! »
Je lui demande, aisément, à mon tour :
« Quelle est votre prénom, Madame ? »
« Ici, tout le monde me nomme Madame la comtesse mais je m’appelle
Marie Louise Hélène L’Abbé, pour vous servir mon garçon ! »
Je lui répondais que c’était étrange car ma promise se nommait de la
même façon.
Elle me regardait en souriant, gentiment et me dit ceci :
« Vous êtes ici dans le lieu familial des parents de René Maurice.
Monsieur m’a prévenu par voie aérienne, que j’aurais votre visite dans quelques
semaines »
Karl, me dit alors ceci :
« Cela serait convenable, si vous pouviez assister au mariage de mon
frère. Vous en serez son témoin ! Qu’en pensez-vous Mme l’Abbé et vous mon
garçon ? »
Je leur répondais respectueusement :
« J’en suis gêné mais si cela vous en fait plaisir, je vous en accorde
cette invitation ! »
Mme l’Abbé de répondre :
« Bien évidement, mon garçon, il vous faut vous y présenter ! Je vais
me faire un plaisir de vous habiller d’un costume royal pour cette occasion ! »
Le destin me les avait envoyé à leur côté sans savoir vers quelle
destination je devais me rendre. Ce fut un cadeau de Dieu, magnifique !
Karl me dit cette phrase :
« Croyez en vous ! Vivez la vie comme bon vous semble mais ne mangez
pas tout cru ce que le monde vous donne! »
Il me dit alors :
« Les épousailles ont lieu au jour de demain, au jour Pascal. Il nous
est bien temps de vous trouver un habit royal ! Madame l’Abbé, courez jusqu’à
la pièce-armoire et prenez mes habits de lorsque j’étais enfant ! »
Madame la comtesse alla choisir mes beaux vêtements et revenait avec
un beau sourire et me dit ceci :
« Tenez mon garçon ! Allez, au petit salon ! Je vais vous habiller et
vous en serez ravi ! Vous allez ressembler à votre ami, Mr. L ! »
Je prenais alors, le soin, d’enfiler une culotte et des bas colorés
d’argent en soie. La paire de chaussures plates noires et brillantes me
donnait, un genre qu’aucun n’aurait cru me voir les porter. Je passais la
chemise blanche, ornée d’un jabot en mousseline*, un beau gilet d’azur
ainsi qu’un beau par-dessus de couleur sable. Une veste de gueule d’une rangée
de huit boutons d’or. Le tout couronné d’une perruque avec ailes de pigeon.
La gouvernante me couvrait la tête d’un chapeau de feutre noir. Elle
m’offrait la canne fabriquée en ivoire, surmontée d’un pommeau orné d’or,
offert à son mariage par son feu*époux. Karl en revient du parvis, sur
lequel les trois carrosses avaient été attelés par les nombreux valets et me
dit ceci :
« Mon garçon, que vous êtes beau ! Vous ressemblez à mon ami, nommé
Monsieur ! »
Nous sortions tous du château. Toute la famille portait élégamment son
costume d’apparat.
Karl, me dit alors :
« Allez ! Au Château ! »
Je lui demande :
« Quelle est la destination que nous prenons ? »
Il me répond avec étonnement, croyant m’en avoir parlé :
« Pardi ! Nous allons en la « Paroisse du Château » dans laquelle se
trouve la demeure seigneuriale de Marie-Léonie Gautier, promise de mon frère !
»
Nous descendions alors l’allée cavalière et nous prenions la route
menant à destination. Les hommes à pieds guidaient les carrosses, tant bien que
mal, dans les chemins escarpés mêlés de bois et forêts.
Trois heures plus tard, la foule nous accueillait. De nombreux
carrosses étaient en grand nombre, sur le parvis de l’église Saint-Germain.
Toute la noblesse du pays de Bretagne était présente ainsi que les cousins de
leur famille : Les Alléno de Saint-Alouarn, ceux de Lestriagat du Haffont, ceux
de Jacquelot du Boisrouvray et bien d’autres encore.
Le vicomte René-Maurice arrivait en son carrosse Royal, orné de décors
multiples et décoré de feuilles d’or. Six chevaux étaient attelés portant de
belles capes rouge sur lesquelles étaient apposées les armes de la famille. Il
était habillé de la même sorte que moi.
Quant à sa promise, Marie Léonie Gautier arrivait de son château
d’allure royale.
Chacun d’eux se présentait au-devant de la porte d’entrée Monumentale, richement décorée.
Ils étaient précédés de Toussaint-Conen de Saint-Luc, évêque de
Cornouailles et de Jean-François de La Marche, évêque de Léon, accompagnés des
chanoines, recteurs et prêtres de toute la région.
Toute cette foule entrait dans l’église, chacun se mettant à sa place
respective. Le peuple, quant à lui se trouvait à l’extérieur. Des milliers de
personnes assistaient à cet événement.
Au moment d’échanger leur consentement, René Maurice, discrètement, se
tourne vers moi et me dit :
« Mon garçon, l’heure est venue de célébrer votre baptême ! Venez au
près de nous ! Je vous prie ! »
Je m’avançais alors, devant l’autel. Un des évêques faisait son
homélie devant moi et me dit :
« Je vous bénis en vous donnant l’absolution pour tous vos péchés
commis. Devant toute cette assemblée, je vous baptise au nom de Michel, en
hommage à l’archange, votre protecteur. Soyez-en fier et jurez-nous de votre
adoration envers Dieu, pour toute votre vie. Portez-vous garant de votre
marraine, Marie-Léonie et de votre parrain, René-Maurice, à jamais ! »
Je lui répondais, que je le jurais devant Dieu, avec respect et
dignité.
Il poursuivait par les derniers consentements, concernant les
épousailles des futurs où chacun affirme vouloir épouser l’un et l’autre pour
l’éternité.
Ils reçoivent alors la bénédiction de Dieu !
Sous les applaudissements de toute l’assemblée, René Maurice et Marie Léonie Gautier, crient à la foule :
« Tous au Château ! Ici, ce soir, c’est Versailles ! »
Chacun regagnait son carrosse et poursuivait le chemin, à travers la
longue allée cavalière, rejoignant ce splendide Vaisseau de pierre de taille,
dont l’arc de triomphe porte sur le tympan une sculpture en forme de visage de
notre Bon Roi Soleil : Louis XIV.
Les dizaines de laquais, valets, servantes, domestiques du lieu avaient préparé un festin.
Que
dis-je ! Un banquet ! digne de ceux organisés au Palais des Tuileries, sous
l’ordre du Roi Louis XVI !
Les prés
alentours servaient de parvis aux nombreux carrosses.
Les
époux me demandent alors :
«
Michel, en êtes-vous heureux de tout cela ? Quelles leçons retenez-vous ? »
Je leur
réponds, humblement :
« Mon
parrain, vous m’en rendez en paix avec moi-même, je retiens que chaque individu
peut être mélangé à tout autre, sans se poser de questions. Il n’y a aucune
différence !
J’ai appris à vivre de votre
façon n’étant pas du même milieu social et j’ai pu apprendre toutes ces choses
grâce à votre passion, qui à l’heure de ce jour est devenu un art ! »
L’archevêque
de Rennes, écoutant ces belles paroles, me dit pressement que j’avais omis de
signer les registres du baptême. Je luis dis alors que je ne savais écrire mais
je faisais une croix à main levée.
Ma
marraine, la vicomtesse Marie-Léonie se tournait vers moi en me disant :
«
Michel, je vais vous confier un secret. Je vais en faire de la sorte de vous
acheter un titre de noblesse, celui de baron. Acceptez-vous d’être de notre
cercle familial ? » me demanda-t-elle
Je lui
répondais que je n’en savais rien mais que j’acceptais hâtivement.
Elle me
dit alors :
« Cela
vous irait bien, je le trouve, Michel, baron de l’Arrée ! Cela vous plaît-il ?
»
Je lui
répondais avec la plus grande émotion et dans le plus grand respect :
« Oh
oui. Madame la vicomtesse, je vous en remercie pleinement et gracieusement,
permettez-moi de vous annoncer mon amour pour vous et votre époux ! »
Je
procédais au respectueux bouche-à-main envers Mme de Kerret, avant de me
joindre à sa table afin de goûter aux joies de ce jour féerique et magique
rempli d’émotions !
Le Voyage Enchanté - N°1
1 - Brasparts, 2 - Carhaix, 3 - Pleyben, 4 - Quimper, 5 - Locronan, 6 - Douarnenez, 7 - Pont-L'Abbé, 8 - Loctudy, 9 - Plogastel Saint-Germain
Le Rêve Accompli
Nous voilà, au lendemain de ces merveilleuses épousailles si chères à mon cœur auxquelles je venais d’assister. Dans l’existence d’un garçon de mon âge, ce genre d’événement ne se vit qu’une fois. Je n’avais que deux mots à la bouche : extraordinaire et fabuleux.
Le lendemain, je me réveillais
avec la lueur du jour et au son d’une grande cloche se trouvant dans la
chapelle domestique du château. Je pouvais voir le chapelain tirant de toutes
ses forces sur la longue corde reliant celle-ci. Je connaissais l’heure exacte !
Il était précisément sept heures et cinq minutes. Je vous dis cela car c’est le
moment de la première prière journalière, celle de l’Angélus ou prière de
l’Ange qui doit être sonnée trois fois par jour dans les églises catholiques.
Comme il en était coutume, je
me mettais à genoux sur le magnifique prie-Dieu, orné de décorations multiples,
tapissé d’un bleu majestueux, mis à cet effet au bord du couchage.
De cette prière je pouvais
réciter sans aucun problème ses paroles :
« Je vous salue Marie, pleine de grâce. Le Seigneur
est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus le fruit de vos
entrailles est béni. Sainte-Marie, mère de Dieu. Priez pour nous, pauvres
pêcheurs. Maintenant et à l’heure de notre mort »
Je ne connaissais guère de
prières mais ma mère m’avait obligé à l’apprendre par cœur, sous peine de
punitions que Dieu pouvait m’ordonner. Je vous rassure que je n’aie pas mis
longtemps à l’apprendre car je n’avais guère envie de connaître les supplices
que Monseigneur l’Abbé, pouvait m’infliger.
Mais revenons à notre belle
histoire par laquelle je vais vous en faire découvrir et ce dans les moindres
détails.
Je me réveillais seul dans
cette chambre louée pour l’occasion qui était ornée de belles tentures rouge
carmin aux murs, entremêlées de tableaux représentant des hommes et des femmes
richement vêtus dans divers dessins, peintures et aquarelles. Ils étaient sans
doute connus des propriétaires du domaine mais pour ma part ne me disaient
aucunement. A part peut-être, une représentation d’un ange aux formes
caricaturales de notre bon roi Louis. De chaque côté du mur occidental, deux
grandes ouvertures qui chacune portait quatre carreaux sur lesquels étaient
peints des scènes de vies du château et signés du patronyme du Maître-Verrier
de la célèbre manufacture « Le Bihan ».
Dans la pièce se trouvaient plusieurs meubles de différentes époques dont voici une liste réelle non-exhaustive : Un secrétaire, une bibliothèque en marqueterie florale, une coiffeuse et un cabinet, tous de style Rococo, de la période de la Régence (1730), une méridienne de style Directoire, de la période du Néoclassicisme (1790), un fauteuil orné de pattes de lion du style Empire, de la même période (1804), un guéridon de style Restauration, de la période du Romantisme (1821) ainsi qu’un fauteuil crapaud de style Louis-Philippe, de la même période (1830).
Je reviens sur la présence de
ce fameux Lion qui est la représentation du courage, de la force et de la
supériorité. Il est utilisé en particularité dans l’art héraldique qu’il soit
de face, de côté, rampant ou cambré et principalement de couleur rouge. Dans
les légendes racontées, c’est aussi le roi des animaux pour nos enfants.
Sur le secrétaire décoré de
marqueterie florale se trouvaient divers papiers ainsi qu’un bout de bois assez
court mesurant peut-être vingt centimètres de longueur se terminant par une
plume appelée « Sergent-Major », inventée par « Johannes
Jasen » en 1748, accolé à un petit porte-plume de verre où était
stockée l’encre de chine qui servait à l’écriture. Je n’en avais jamais vu
auparavant car notre cher aimé, Monseigneur l’Abbé, utilisait une plume d’oie
dite « Beaumarchais » en hommage à son inventeur « Pierre
Augustin Carron (1732-1799) ».
Pour ce qui était de mon
couchage, il s’agissait d’un lit à trois dossiers de style Louis Auguste de
France, seizième du nom, de la période du Néoclassicisme (1774), surmonté d’un
baldaquin de la période Renaissance (XIV-XVIIe). De celui-ci descendait un
drapé de couleur ocre protégeant du froid et de l’intimité. Sur la partie du
ciel, se trouvaient les armoiries familiales et sur le dossier sur lequel
j’apposais ma tête se trouvait une couronne de comte sculptée dans du bois
d’orme. Elle était décorée de petites perles d’or et de rubis.
Majestueux !
Entre ce dossier et le mur
avait été dissimulée une sorte de corde servant d’avertisseur aux valets et
servantes, se trouvant un étage plus bas. L’occupant pouvait s’en servir pour
prévenir d’une urgence absolue ou vitale.
J’aurai pu l’utiliser car
j’étais quand même dans un château et peut-être était-il hanté ! Qu’en sais-je
? Ma plus grande peur aurait été d’entendre hurler à la mort mes pires
ennemis : les loups.
J’observais la texture des
couvertures recouvrant ce couchage. Un dessous en drap très épais, un médian en
lin ainsi qu’un dessus en soie décoré de dentelles blanches, de couleur bleu
étincelant assorties de perles et de diamants ainsi que deux oreillers en drap,
perlés et décorés de feuillages.
Une armoirie ornait le grand
tapis se trouvant au milieu de la pièce. Sans l’éducation que j’avais reçu de
mon parrain, je n’aurais pu déchiffrer ces écritures.
Devises : « Roi ne puis, prince ne daigne, Rohan suis » ou
« A PLUS »
Sur le parchemin de 1645,
retranscrit par le propriétaire actuel, je pouvais lire :
« Rohan : famille issue du
ramage des comtes de Porhoët de l’évêché de
Rennes dont la filiation remonte à l’an de grâce 1028, elle est l’une des plus
importantes de Bretagne regroupant les titres de vicomtes, comtes, marquis,
ducs, évêques et archevêques. Elle détenait de nombreux manoirs, châteaux,
fiefs et domaines »
Aparté sur la dynastie des Rohan :
La
famille de Rohan détenait de grands domaines comme le magnifique château
de « Josselin » qui a la particularité d’avoir deux styles
architecturaux : Moyen Age et Renaissance, celui des ducs de Rohan situé à
« Pondi », construit au XVe siècle puis celui de « Roc’h
Morvan » situé près de « l’Ermitage de Saint-Ternoc »
et enfin la nécropole de « l’Abbaye de Bon-Repos » à l’orée de
la forêt de Quénécan située à « Saint-Gelven (56) »,
construite au 11e siècle.
Je vous y conseille d’aller découvrir ce dernier car c’est un endroit majestueux et magnifique ! Vous aurez l’occasion d’y mettre un pied dans les deux départements !
Au fil des siècles, la famille
de Rohan s’allie par mariages à huit ramages consécutifs venus d’horizons du
Royaume de France dont :
1 – Rohan-Montauban : (12e siècle)
« écartelé, au 1 et 4, de
gueules à neuf macles d’or, posées 3, 3 et 3 au lambel d’argent qui est de Montauban (Bretagne), au 2 et 3, d’argent à une
couleuvre ondoyante en pal d’azur couronnée d’or engloutissant un enfant de
carnation, posé en fasce, les bras étendus qui est de
Visconti (Lombardie)"
2 – Rohan-Gué-de-L’Isle : (13e siècle)
3 – Rohan-Guéméné : (14e siècle)
A noter que la motion de
« mi-parti » correspond à une alliance, représenté par celui
de l’homme à gauche et celui de l’épouse, à droite
4 – Rohan-Polduc : (16e siècle)
5 – Rohan-Gié : (16e siècle)
6 – Rohan-Rochefort : (17e siècle)
7 – Rohan-Soubise : (17e siècle) – Branche Protestante
8 – Rohan-Chabot : (17e siècle)
« La famille manquera son rêve d’accéder au trône royal malgré ses nombreuses tentatives. Malgré tout, les de Rohan étaient puissants et possédaient des charges prestigieuses ainsi qu’un patrimoine vaste et embelli. Ils resteront à jamais soudés et égal à eux-mêmes pendant toute leur existence »
Revenons à notre histoire
aussi intéressante que celle-ci :
J’entendais une personne
frapper à la porte et une voix masculine en sortait :
« Bonjour Monsieur, puis-je
entrer ? s’il vous plaît »
Je m’approchais de celle-ci et
ouvrait avec difficulté les deux pans immenses se trouvant devant moi et dit à
l’homme :
« Entrez donc ! je vous
prie »
C’était un jeune homme, grand,
svelte ayant de beaux yeux bleus étincelants et un visage digne d’un dieu
d’origine grecque. Il se prénommait Louis Bourbon, sans doute un parent de la
Grande dynastie n’ayant pas eu l’hérédité attendue. Il était vêtu, d’une
redingote de couleur grenat, d’une chemise en dentelle avec le jabot ressortant
au cou, d’une culotte blanche, d’une paire de chaussures noires vernies, orné
d’une boucle en or fermant le dessus et d’un couvre-chef en velours noir.
Il avait la qualité de valet
de pied, homme à tout faire auprès d’un noble : bagagiste, porteur de repas,
coursier, ouvreur de portes, garde du corps….
Louis marchait à petit pas, en
poussant une desserte à quatre roues décorées de faïences représentant des
scènes de chasse, provenant de la manufacture « Porquier-Beau »,
située sur les rives de l’Odet en la paroisse du « Lieu Consacré à Marie
».
Étaient présents sur celle-ci,
un amas de mets servant pour le petit-déjeuner :
Un bol de lait chaud,
recouvert d’une épaisse couche de crème, des tranches de pain noir encore
chaudes, une brioche dorée, nommée Pain Doux provenant du Pays Bigouden, ainsi
que de nombreuses crêpes ayant des aspects différents : dousig et craz, claires
et foncées.
Elles avaient été tournées sur
les plaques de fonte se trouvant dans les âtres de cheminées des fidèles femmes
de l’église paroissiale. Succulentes qu’elles étaient !
Dans plusieurs petites
écuelles, se trouvaient des gelées et confitures, toutes de couleurs
différentes, provenant d’un autre monde dont je ne connaissais l’existence.
Sur un plateau d’étain,
recouvert d’une cloche, était exposé un gâteau de beurre nommé kouign-amann
dont la prononciation se dit « amant » et non « amanne »
comme pourrait croire la moitié des individus de ce monde. Ce met est fabriqué
à partir de farine de froment, d’œufs, de sucre et d’Or breton. Rien qu’à le
regarder, je prenais un kilogramme de graisse animale en une seconde.
Cet Or, que nous détenons ne
franchira jamais les « Marches de Bretagne », se
situant entre Nantes et Dol-de-Bretagne. Au-delà de cette limite, les habitants
utilisent un beurre sans sel.
Cela existe ? Ce que Louis me répond est positif, mais alors, je vous pose la question :
Comment font-ils pour avoir ce
goût et cette texture unique qu’à le nôtre ? En rajoutant du sel à l’aide d’une
cuillère ? Allez savoir ! Capable encore ! Pirates, vous n’aurez
jamais notre secret !
A ce sujet, une anecdote me
revient :
« Un jour, mon parrain
s’étant éloigné de sa résidence bretonne pour se rendre en son hôtel
particulier situé sur l’Avenue Franklin Roosevelt, en la commune de Paris,
demanda par lettre, à l’un de ses métayers de lui envoyer par la route, cet Or
dans un linge blanc. A force de lui envoyer, toutes les semaines, ce paquet si
précieux, le domestique se retrouvait en manque de dentelles. Étant triste de
ne plus rien recevoir, il se hâta et se décida de rentrer en son château de « La
Paroisse Saint-Iben », chargé de malles de linges pour subvenir à ses
besoins, en Or ».
Ce petit-déjeuner digne d’un
festin du palais de Buckingham, résidence de la dynastie des Windsor, allait
devenir un moment mémorable à jamais.
Ding ! Zing ! Zong ! Ces
sonorités me parvenant jusqu’aux oreilles, je regardais par l’une des
ouvertures se dressant par devant moi et je pouvais apercevoir, sur le parvis
de la cour close, l’ensemble musical baroque de « Son Altesse Royale
» nommée « Musiques de L’Écurie » jouant de divers instruments :
clavecins, violoncelles, tambours, hautbois, tubas, trompettes et beaucoup
d’autres instruments comme ceux utilisés à la cour de « Monsieur,
Philippe d’Orléans (1674-1723) » lors des bals royaux. Un régal !
Louis me pressa de me passer
mes vêtements car j’étais attendu au grand salon par Mme la vicomtesse, ma
marraine.
Je quittais cette magnifique
pièce en projetant mon regard sur le grand escalier central comportant deux
garde-corps en noyer, sculptés et ornés de personnages de la mythologie grecque
et composé de vingt marches en granit dont certaines avaient été creusées par
les pas des aïeuls des propriétaires.
Arrivant sur le palier, ma
marraine me confia ceci :
« Michel, avez-vous bien
couché en cette belle suite ? »
Je lui répondais :
« Oh, ma marraine, j’ai
passé une excellente nuit dans les bras de Morphée, étant le Dieu du sommeil et
des songes ! »
Surprise, elle me posait la
question :
« De quelle manière
savez-vous tout cela, Michel ? Qui a donc bien pu vous éduquer de cette façon ?
»
En lui répondant, je me
mettais timidement dans un coin par peur d’avoir commis une faute :
« Ma marraine, je ne veux vous
offusquer mais ce sont M le vicomte, votre époux et Mme la vicomtesse, sa sœur
Hermine, qui m’ont appris toutes ces choses durant le voyage d’avant les
épousailles »
Ma marraine :
« Pardi ! Je comprends
mieux ! Cela en est une très bonne chose ! »
Je sortais alors de ce recoin
se trouvant entre la cheminée de marbre blanc composée d’un foyer à deux âtres
séparés par une grande dalle en granit et la grande bibliothèque à plusieurs
étages remplie de centaines de livres.
De sa douce voix, elle me
suggérait :
« Votre parrain vous attend
dans le carrosse, je me hâte de vous y rejoindre ! »
Je passais alors la grande
porte ornée de carreaux peints et je descendais les quelques marches du perron
construit en sable d’argile que le propriétaire nommait « kaolin ».
Je prenais place à bord de la
voiture aux côtés de mon parrain et lui posait la question pour en connaître la
destination.
Il me répondait avec grand
étonnement car il pensait que sa mie m’en avait conté :
« Michel, mon filleul, nous
allons rejoindre notre fille, Isabelle Marie Félicie, au grand château de « L’Ermitage
de Saint-Iudon » situé en la paroisse de « La Fortification de
Saint-Arzel » se trouvant au bord du fleuve Odet près de la paroisse de
« Corentin » que vous connaissez déjà, il me semble ! Nous
serons rejoints par mes amis de la plus haute et grande importance auxquels je
tiens au plus profond de moi-même. Dans quelques années, ils deviendront
peut-être les vôtres et c’est pour cette raison qu’il est important que je vous
les présente ! Mais avant de découvrir toutes ces choses, un grand voyage nous
attend ! »
Au milieu de l’échange, ma
marraine avait pris place en face de nous, les nombreux bagages étaient
entassés sur le toit et à l’arrière du carrosse, décoré de scènes de vies de
château et orné de feuilles d’or et d’argent. Six chevaux avaient été attelés,
revêtus de grandes capes aux couleurs des armoiries de la famille avec
l’inscription sur chacune : « Se taire et Agir ». Deux valets
conduisaient la voiture, deux autres s’y trouvaient à l’arrière et enfin huit
hommes à pied, quatre devant et quatre derrière tenant une lanterne qui avaient
pour mission d’éclaireur lors des voyages de nuit.
Nous passions la porte
monumentale où je pouvais voir la sculpture de l’enfant roi me regarder avec
ses yeux malicieux. Nous nous faisions applaudir par les hôtes, leurs servantes
et valets ainsi que par tous les invités présents aux bords du chemin.
Nous prenions la direction de
l’église paroissiale « Saint-Germain » à deux pas d’ici après
avoir grimper la longue côte du chemin que les chevaux avaient du mal à gravir.
Arrivés sur le plateau, nous
étions accueillis par les nombreux fidèles nous offrant des présents et des
victuailles de la campagne qu’ils avaient pris le temps de cuisiner : de la
bouillie d’avoine, du miel, des gelées de mûres, des purées de châtaignes, une
écuelle de lard et de pommes de terre, un pot de lait fraîchement tiré de la
traite du matin, un pot de crème et une très belle motte d’Or sur laquelle
étaient ciselés des dessins ressemblant à ceux qui se trouvent brodés sur les
beaux tabliers Bigoudens.
En se retournant vers la
gauche, nous apercevions, le boulanger du village, sortir des pains de deux
livres de son important four se situant sur le courtil près de l’immense
édifice dont le clocher mesurait une vingtaine de mètres. C’était incroyable !
Le soleil au zénith, je
pouvais voir un de ses rayons transpercé les carreaux décorés et peints à la
main, sur la Maîtresse-Vitre, à l’Orient du monument. Somptueux !
Monseigneur l’abbé,
ecclésiastique de la paroisse m’expliquait que ces ensembles de verres étaient
appelés des vitraux. Les dessins étaient une sorte d’histoire expliquant la vie
des saints et de Jésus, à la population ne sachant ni lire ni écrire. Sur l’un
d’eux, me dit-il, vous pouvez observer la signature du Maître-Verrier de la
manufacture « Le Porz », située sur les rives du fleuve Odet près
de la paroisse de « Corentin »
Mon parrain dit au valet de se
diriger vers le Nord-Est du pays.
« En avant ! » nous disait-il, en desserrant le frein.
Et nous voilà parti sur la
longue route sinueuse que nous arpentons à travers la forêt domaniale du pays
Bigouden intérieur, plantée de grandes et hautes futaies de plusieurs centaines
d’hectares appartenant à un noble des environs, méconnu de tous.
Nous arrivions au centre de la
paroisse du « Village de Saint-Boscat », petite bourgade de trois
cent âmes et nous continuons notre route afin de nous rendre au lieu-dit « Village
d’en Haut » situé en la paroisse du « Marais de l’Ermitage
».
Nous nous arrêtions en cet endroit calme et
silencieux perdu au milieu de cette campagne arborescente. En contrebas,
étaient présent un étang et un ruisseau débouchant sur un moulin à eau. Je
pouvais apercevoir également un étrange moulin qui était alimenté par la force
du vent sur lequel étaient accrochées cinq « Ailes Berton »
inventées par « Pierre-Théophile Berton » en 1842.
Etonnant !
De nombreux bâtiments de ferme
étaient construits autour d’une immense cour close : deux écuries, une crèche,
un poulailler, trois loges à cochons, un vivier, trois chenils ainsi qu’une
métairie.
Au centre de cette cour, se
trouvait un immense manoir d’une dizaine de mètres de hauteur, comportant un
logis principal ainsi que deux ailes identiques, l’une et l’autre.
Mon parrain donna l’ordre à
son valet de stationner devant l’entrée et d’aller avertir le propriétaire de
notre arrivée et profitera de cette occasion pour lui demander s’il était
possible de nous offrir le gîte et le couvert.
Le maître de maison sortait de
son habitation et nous disait qu’il n’y avait aucun problème de nous accueillir
comme il le fallait.
Il nous disait :
« Bonsoir étrangers, mettez
vos chevaux au repos et votre voiture à l’abri. Les fermiers vont se donner la
peine de préparer une paillasse pour vos valets. Georges, mon conseiller de
chambre, va se charger de vous trouver, deux couchages au deuxième étage de la
maison. Suivez-moi, je vais vous préparer un petit repas ! Installez-vous et
attendez ici ! »
Il n’avait pas l’air très
aimable vu le ton qu’il utilisait mais en même temps je ne comprenais pas très
bien sa langue car je n’entendais qu’un mot sur deux. Comme s’il avait du pain
dans la bouche, accompagné d’un accent très prononcé.
Nous nous installions sur un
banc sommaire de quatre places et sur la table se trouvaient deux écuelles de
fruits, un peu détruits par le temps.
Il arriva avec trois bolées de
cidre, deux assiettes de lard, une assiette de pommes de terre qu’il posa de
travers sur la table.
(Passage à lire avec l’accent
Breton de votre choix), il disait ceci :
« Gast, ichi, y a eu
personne depuis longtemps ! Donc, hein, la nourriture n’est peut-être pas
fraîche mais cela ira quand même. Vous n’avez qu’à écarter les bouts tout
moisis depuis quelques mois et tout ira bien avec vous ! Vous n’allez pas faire
les difficiles, quand même ! Un cigare te plairait mon enfant ? Cela ne se
refuse pas, ma ! »
Mon parrain :
« Par le plus grand respect
que je vous dois, notre filleul est bien trop jeune pour fumer. Par contre, je
me permets de vous poser la question, pour quelles raisons n’avez-vous pas de
gens à vous servir dans cette grande maison ? »
Il nous répondait par cette
explication :
« Oh mon pauvre ami ! Ichi
? Vous n’y pensez donc pas ! Il n’y a plus de gens depuis des générations ! Je
ne suis qu’un lointain descendant du premier propriétaire de ce lieu, que c’est
! Le dernier occupant avait détruit ce tas de pierres du château fort et avait
reconstruit par-dessus, cette soi-disant majestueuse maison, il y a quelques
années seulement. Je l’ai acheté avec mon épouse qui est décédée, paix à son
âme, que c’est, quoi ! l’année dernière. Elle avait pris le premier venu comme
confident, Georges que c’est ! Mais du coup il est devenu le mien et me raconte
tout ce qu’elle lui avait dit. Ha, j’en découvre de bonnes, ici, quoi ! Cuici
habite le premier étage et moi le deuxième soit vingt-deux pièces qui nous sont consacrées. Oh ma ! Ouai, Ouai, que c’est ! Nous
avons donc assez de place pour vivre et nullement besoin de gens car
financièrement, c’est neull !
Ah oui ! Tenez ! Sur que
c’est, que vous ne connaissez pas l’histoire de mon aïeul ! »
Mon parrain :
« Non, nous ne connaissons
point cette histoire mais nous voudrions bien l’entendre, si cela vous fait
plaisir de nous la conter »
Notre hôte de nous répondre
d’une voix criarde :
« Oh que vous parlez bien avec les bons mots,
dis donc ! Tu entends cela Georges ? »
Le confident de répondre :
« Oui Monsieur, nos invités
parlent d’une belle manière mais il n’y a nullement besoin de me crier dans les
oreilles, je suis derrière vous ! »
Notre hôte :
« Dam ! Alors que c’est, je
vais vous la raconter, cette histoire :
Un jour, que c’est, quoi,
au XVe ou au XVIe siècle, je me trompe des fois dans les dates ! lors d’une
guerre pour l’indépendance du duché de Bretagne, étant armateur au « Cap-Caval »
près de la paroisse de la « Tête de cheval », là-bas, chez les pingres !
Il avait amarré des dizaines de navires, que c’est ! dans le port de « Conq »,
là-bas, à l’Océan, rassemblant des centaines d’hommes. Ils s’étaient rendus à
« Nann » (comprenez Nantes) chez les Royaux pour libérer le
duc « François II de Bretagne (1435-1488). C’était not’ bon duc !
Sur que c’est ! Dam ! qui avait été fait prisonnier par l’armée du Roi « Charles
de Valois (1470-1498), huitième du nom », lequel n’était pas très
beau, qu’on disait, enfin, je n’étais pas là donc je ne sais pas mais c’est ce
qu’on dit ! Le duc avait eu la vie sauve grâce à mon aïeul, qui allait mourir
au combat, en 1487. Ah oui ! donc c’était au XVe siècle !
1487 - Aquarelle - Départ du port de
« Conq »« N'est-ce pas une belle histoire ? s’exclamât, notre hôte »
Mon parrain et ma marraine se
regardaient gênés et lui posèrent une question :
« Monsieur, excusez-nous
mais nous ne savons de qui vous parlez ! »
Et là de nous répondre :
« Dam ! Je ne vous l’ai pas
dit ? Drôle que je sois ! Toutes mes excuses ! Une fois que je suis parti à
conter, je ne puis plus m’arrêter ! Comme je ne vois jamais personne ichi, je
ne raconte jamais rien à quiconque, que c’est !! Tu aurais pu me le dire,
Georges, quand même ! Par contre je vous préviens que personne ne sait
quel est son vrai prénom, que c’est ! C’est à se renverser par terre, quand
vous aurez eu du goût à l’entendre !!
Il ch’apelle : « Michel
Marion !! Dam ! Je vous l’avais dit que c’était plus drôle que drôle ! Vous
ne trouvez pas ? »
Il éclatait de rire à n’en
plus finir.
Je me penchais vers ma
marraine à mes côtés qui s’était mise à soupirer et lui disait discrètement à
l’oreille :
« Ma marraine, vous ne
croyez pas que le cidre lui est monté à la tête ? A moins qu’il ne soit fou ? »
Et elle de me répondre en
ricanant du coin des lèvres :
« Oui Michel, je crois que
vous n’avez pas tort ! Il a dû la perdre d’ailleurs cette…raison ! »
Mon parrain se levait de table et lui dit :
« Si vous le permettez,
nous allons nous coucher car demain, une grande journée nous attend ! »
Georges prend alors la parole
et répond :
« Bien évidemment,
suivez-moi, je vais vous montrer votre chambrée ainsi que celle de votre
enfant. Ne faites pas attention à mon maître, l’alcool l’a rendu fou depuis
quelques mois ! »
Nous partions tous trois
derrière le conseiller et entrons chacun dans notre chambre. Pour ce qui était
de la mienne, c’était un capharnaüm ! Le lit branle ballant ne tenait que grâce
à des cales, les meubles étaient jonchés de papiers divers, les doubles
carreaux étaient brisés. Rien à voir à ce que l’on voyait de l’extérieur.
J’avais très peur que des
araignées me courent sur les jambes en dormant car le ménage n’avait dû être
réalisé depuis quelques jours voir des mois ! Je m’endormais tant bien que mal
dans ce décor autant rocambolesque que mythique.
Au jour suivant, je me
réveillais après avoir peu dormi et je rejoignais avec hâte, mon parrain que
j’entendais chantonner dans le jardin dessiné à la Française entremêlées de
petits jardins potagers.
Ma marraine se prélassait sur
le corridor situé à l’extérieur en observant le laisser-aller du propriétaire
sur la surface forestière se trouvant devant elle.
Les voituriers s’efforçaient
d’atteler les chevaux tant bien que mal car les fermiers n’avaient sans doute
jamais su le faire. Mais, chose est sûre, ils nous avaient quand même tourné
des crêpes pour éviter que l’on meure de faim pendant le voyage.
En attendant que tout soit
prêt pour continuer dans de bonnes conditions, nous nous efforçons de nous
balader dans les agréables jardins, entretenus tant bien que mal.
Ding ! Ding ! Ding ! La cloche
sonnant le départ, ma marraine s’était approchée du haut portail fermant la
cour close et avait actionné la poignée quand elle s’apercevait que celui-ci
était bien clos.
C’est le cas de le dire ! Je
courais vers les autres portails. En vain ! Tous pareil ! Nous étions enfermés
dehors !
De quelles façons, allions
nous faire pour sortir de cette cour ? Les murs étaient si hauts que personne
ne pouvait les franchir !
Mon parrain :
« Regardons si une brèche
existe dans un muretin et escaladons-le ! Nous allons bien finir par trouver
une sortie dans ce dédale de clôtures ! Ma mie, venez me rejoindre car je ne
voudrais pas que vous abîmiez vos jupons ! »
Nous longions ce mur, long
d’une centaine de mètres quand tout à coup, ma marraine trouva un petit passage
de renard, très étroit, en nous indiquant l’endroit avec le doigt et de nous
dire :
«
Nous pouvons franchir ici, pour nous rendre de l’autre côté ! Michel, venez
m’aidez à soulever mes habits car je n’ai aucunement envie que les perles
posées sur ma robe de soie blanche, s’en aillent ! »
Je lui venais à sa rescousse,
suivi de mon parrain et l’aidais à passer ce petit monticule de terre en
faisant attention à ses vêtements. En arrivant de l’autre côté nous nous
approchions du carrosse, un petit peu énervé car nous avions perdu du temps dans
notre départ. Mon parrain et ma marraine entrèrent dans une colère noire
vis-à-vis du propriétaire :
« Quelle idée avez-vous eu
de fermer tout à clé alors que nous étions toujours à l’intérieur ? Vous n’êtes
qu’un manche, mon pauvre ! Ce n’est pas possible de voir un individu de votre
genre ! Cela ne m’étonne guère que vous soyez seul dans votre vie ! Ce n’est
pas un château ni une maison que vous avez mais un amas de pierre remplis
d’escargots, d’araignées et de chauves-souris ! Nous en avons vu des endroits
dans notre vie mais un comme celui-là, jamais ! Nous vous souhaitons une bonne
journée, Monsieur ! Je ne vous remercie juste que pour votre hospitalité »
Le propriétaire ne savait que
dire :
« Humm, Heu, Mouais,
d’accord, Merci à vous. Quelle histoire !! Tout ce vacarme pour une porte
fermée ! Dam ! »
Le carrosse s’en alla vers la
grande allée cavalière plantée d’une centaine de châtaigniers où se trouvaient
à chaque angle des statues de divers personnages religieux.
Au carrefour de la Grand
’route, le voiturier prenait le chemin de droite en se dirigeant vers un
endroit connu de tous, celui de « La Paroisse de Saint-Merin »
autrement dit « La Paroisse du Moulin ». C’était une petite
bourgade de cinq cent âmes dont la moitié étaient de nobles gens.
Mon parrain nous disait devoir
être présent au château « Des Poiriers », pour la cérémonie de
son défunt cousin.
A peine avoir fini sa phrase,
nous entrions dans la longue allée cavalière mesurant deux kilomètres qui était
ornementée d’un millier de châtaigniers. La faune sauvage devait en être
abondante car les bois jouxtaient « La Paroisse de Saint-Cuffan »
d’un bord et celle de la côtière « Combre » de l’autre.
Nous pouvions voir juste
devant nous, un chevreuil sautant d’herbes en herbes ainsi qu’une horde de
marcassins suivie de leur mère traversant l’allée, dans le sens de la largeur.
Je connaissais déjà cette scène car dans mes Montagnes de l’Arrée, c’était un
quotidien permanent.
Nous arrivions à hauteur de la
première maison à l’endroit auquel le garde nous attendait après nous avoir vu
au loin et nous dit ceci :
« Bonjour Monsieur, qui
dois-je annoncer ? »
Mon parrain :
« Bonjour à vous, je me
prénomme René Maurice de Kerret, vicomte de Quilien et voici mon épouse
Marie-Léonie, vicomtesse. Nous sommes accompagnés de notre filleul,
Michel »
De nous accepter, il nous
ouvrait le haut portail de fonte à deux pans sur lequel étaient sculptés les
armes de la famille :
Devise : USQUE AD ARAS
Nous passions cette entrée en
continuant notre route jusqu’au deuxième portail en fonte de couleur bleu nuit,
aussi grand que le premier. Là, un autre garde attendait que le messager à
pied, vienne lui servir l’accord de l’écrit de venue. Après avoir lu le papier,
il ouvrait le portail majestueux et nous descendions cette grande allée, en me
demandant si elle allait finir à un moment donné.
Arrivés sur le parvis, une
dizaine de carrosses étaient stationnés, chacun attendant son tour pour être
mis à l’abri dans les nombreux garages. Les palefreniers avaient du travail à
loger ces dizaines de chevaux dans les cinq grandes écuries. Une soixantaine de
personnes se mettaient à pied d’œuvre et un véritable petit village s’exposait
à nous : domestiques, servantes, valets de chambre et de pied, cuisinières,
fermiers, palefreniers, métayers.
Je descendais de la voiture
sur ordre de ma marraine qui me demanda d’aller jouer avec les autres enfants
présents. Je ne savais ce que voulait dire ce mot : jouer !
Dans mon pays, nous
travaillons tout le temps ainsi les moments de repos étaient très rares ! Les
autres enfants avaient comme divertissements : osselets, toupies, billes,
hochets ainsi qu’un cerceau roulant à l’aide d’un bâton.
Ces enfants princiers, garçons
et filles, étaient habillés d’une robe cintrée perlée et brodée, d’un boléro,
d’un couvre-chef de matelot, le tout orné de noir et d’une paire de chaussures
plates de couleur ivoire fermée par une boucle d’argent étincelant.
En ce qui me concernait,
j’étais toujours dans le même apparat car nous n’avions pas eu de temps pour
m’en fabriquer, en l’absence de notre couturière.
Il y a quelques temps, j’avais
assisté à mon baptême et à des épousailles, aujourd’hui j’allais assister à des
funérailles. Ma marraine me disait que c’était les trois choses que Dieu nous
offrait dans une vie. Elle m’ordonnait de rester à l’extérieur car l’endroit où
elle se dirigeait comme tous les autres adultes, n’était pas autorisé aux
enfants.
Ils prenaient le chemin de
l’oratoire, endroit de prières, dans lequel était exposé le corps du défunt
installé dans sa bière, recouvert d’un linceul noir brodé des armoiries de la
famille. Il était vêtu d’une chasuble blanche, d’une casaque noire et à ses
côtés se tenaient une crosse et une mitre.
Les vitraux étant recouverts
de draps noirs, la seule lumière qui apparaissait était celle des nombreux
cierges allumés en masse tout autour du défunt.
La grande famille de la
noblesse, les notables des paroisses des évêchés de Cornouaille et de Vannes,
des dizaines de diacres, recteurs, abbés étaient présents dans cet immense
hémicycle ! Monseigneur l’évêque et Monseigneur l’archevêque de Rennes présidaient
cette assemblée.
Pendant ce temps présent,
j’admirais ce château d’une hauteur inimaginable, mêlé de contreforts, pinacles
et pilastres, orné de quatre tours dont une était nommée « Major
». Des frises de décorations florales coulaient sur l’arcature de la porte
d’entrée. Des chiens et loups sculptés dans du granit se posaient aux quatre
angles de la cour close. A chaque coin de la couverture, se dressaient des
animaux mythiques servant de gargouilles. Les armoiries de la famille étaient
représentées ici et là.
A l’intérieur, je pouvais
observer le vestibule, décoré de trois têtes de sanglier à hauteur d’un mètre
de plus qu’un homme. Au fond se trouvait un escalier monumental en tournant à
dextre, de la droite vers la gauche.
Je tournais la tête vers le
salon dans lequel se trouvait une longue table en chêne massif entourée d’une
dizaine de fauteuils. De nombreux cierges y étaient allumées, se comptant par
dizaines aux quatre coins de la pièce. Les murs étaient ornés de tentures de
couleur bleu de Chine mêlées de feuilles d’or et perlées.
Certaines parties de la pièce
étaient décorées de mosaïques, de fresques rehaussant les parements et de
tableaux des ancêtres de la famille. Dans un meuble-vitrine, je pouvais
apercevoir une suite de médailles à l’effigie des Empereurs de Rome : « Tibère,
Faustine, Marc-Aurèle » ainsi que celles des consuls du groupement
de Nîmes : « Lucius et Caius ».
Un des valets de pied me dit
alors que mon parrain me cherchait. Je sortais de la pièce et allais le
rejoindre sur le parvis.
Il me dit :
« Alors Michel, vous ne
jouez pas avec vos amis ? »
Je lui répondais :
« Mon parrain, j’ai trouvé
une autre façon de m’amuser, je préfère les pierres aux jeux d’enfants, cela
vous étonne peut-être ? »
Et lui de me répondre :
« Mon enfant, vous vous
méprenez ! Je suis ravi que votre intérêt en soit celui-là et sachez que vous
me faites le plus grand plaisir de vous y intéresser à ce genre de choses.
J’avais prié qu’un événement important comme celui-là, allait se dérouler dans
votre vie ! J’en remercie Dieu ! Je vais continuer à vous transmettre mon
savoir encore et encore. Je suis persuadé que vous allez apprendre vite ! Mon
garçon, je vous aime de tout mon cœur et de toute mon âme ! Je vous en
remercie. Je vais en faire part de cette nouvelle à ma mie, qui sera contente
de l’apprendre ! »
Je ne comprenais pas de trop
ce qu’il me disait mais je l’écoutais.
Un des membres de la famille
nous proposait de nous réunir autour du défunt placé dans son lit de la
dernière heure. Par manque de place dans la petite chapelle privée de la
famille, l’homélie funéraire aurait lieu au centre du parvis gravillonné de
blanc dont voici le texte lu par Monseigneur l’évêque :
« Auguste François Félix du
Mac’hallac’h, fils de Félix et de Gertrude Roger de Carcaradec, né rue du Quay
en l’hôtel particulier de ses parents situé en la paroisse de « Corentin »,
le huitième jour du neuvième mois de l’an 1808. Il épousera le dixième jour du
sixième mois de l’an 1839, en son château situé en « La Paroisse de
Saint-Neiz », Mélanie Harrington. De cette union vont naître deux filles :
Marie-Caroline qui épousera Louis Marie Joseph, comte de Carné-Marcein et Marie
Augustine qui s’alliera à la famille de Pierre Paul Marie de La Grandière.
Il fera ses études à
l’ancien collège des Jésuites de la paroisse de « Corentin »,
à celui de « Santez-Anna Alre » puis au lycée « Sainte-Barbe
de Paris » et vers l’an 1837, il fait un long séjour en Italie où il
découvrira Rome. Au Vatican, il bénéficiera d’une audience auprès
de : « Son Éminence, le
Pape Grégoire XVI (1765-1846) »
Un an plus tard, Il fait un
voyage au Pays en Galles en compagnie du célèbre Théodore Hersart de La
Villemarqué qui dira de lui :
« J’ai fait la connaissance
de M du Mac’halla, c’est un homme du plus grand mérite et mieux que cela, un cœur parfait et un profond
chrétien ».
En l’an 1851, il entre au
petit séminaire de « La Croix du Pont » et le 30e
jour du septième mois de l’année, il reçoit la prêtrise de Monseigneur
l’Évêque, Joseph Marie Graveran (1793-1855).
Le lendemain, il célèbre sa
première messe devant son père en la chapelle domestique du château située en
ce lieu et lira cette prière :
« Mon fils, monte à l’autel où le Sauveur t’appelle. Va
chercher dans son sein l’oubli et tes douleurs de ceux que tu pleurais. La
phalange immortelle t’entoure de ses vœux et fait sécher tes pleurs. Près de
chez toi, cher enfant, ton père octogénaire au pied de cet autel, tristement
prosterné, offre au Dieu que tu sers, dans une humble prière. Et son fils qui
consacre est le pain consacré »
Son père ne supportera
jamais de le voir rentrer dans les ordres par peur de perdre sa race.
En l’an 1858, il est nommé
chanoine honoraire puis vicaire général de la cathédrale de « Corentin »
et en l’an 1870 il est promu aumônier
volontaire des mobilisés du Finistère et obtient le ruban de la Légion
d’Honneur.
Un an plus tard, il est élu
député mais démissionnera en l’an 1872.
En l’an 1887, Monseigneur
l’Évêque Anselme Nouvel de La Flèche (1814-1887), décède prématurément. Auguste
est alors nommé vicaire capitulaire remplaçant l’évêque en attendant une
nouvelle nomination, par le chapitre. Monseigneur l’Évêque Jacques Théodore de
La Marche (1827-1892) est nouvellement nommé et autorisera Auguste à garder son
titre de vicaire général. Il pourra ainsi assister au sacre du prélat à la
cathédrale Notre-Dame de Paris, en
l’an 1888.
Auguste Félix François est
rappelé à Dieu, le seizième jour du huitième mois de l’an de grâce 1891, hier,
à quatre heures du soir.
Selon sa volonté, il sera
inhumé au cimetière de la paroisse en la chapelle funéraire de la famille,
auprès de ses parents. Le convoi partira au lever du jour de demain à l’heure
de la première prière. Ceux qui le veulent sont conviés et je prie toutes les
personnes présentes de bien vouloir prendre part à sa peine »
"In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti AMEN "
A la fin de la belle narration de ce texte, j’écoutais certaines conversations de quelques nobles disant que des personnalités importantes du royaume avaient séjourné ici : « Anne Marie Audouyn du Cosquer, Edouard de Pompéry, Marie de Rabutin-Chantal et Jean Joseph Euzennou de Kersalaun »
Etonnant !
Mon parrain décidait de ne pas
rester car nous devions reprendre la route avant la nuit auquel cas, nous
serions dans l’obligation de coucher à même le sol. Et pour eux, il n’en était
aucunement possible. Il demandait au palefrenier d’équiper la voiture de
nouvelles roues et de changer de chevaux car leurs états de fatigue était trop
avancé.
Ce fut chose faite et au
moment de les atteler, une des servantes nous apportait un linge de drap dans
lequel se trouvait un gâteau de beurre et trois tranches de pain, en nous
disant qu’elle était désolée de nous offrir si peu.
Mon parrain :
« Madame, vous l’avez fait
et pour nous c’est déjà beaucoup, soyez-en rassurer ! Bonne soirée à vous et au
plaisir ! »
Nous prenions place à bord du
carrosse nettoyé au plus près quand tout à coup, nous voyons une femme
s’approcher de la voiture, à vive allure. Il s’agissait de Marie Caroline, une
des filles du défunt qui nous suggérais ceci :
« Mon cousin, n’allez pas
prendre la route à cette heure-ci ! Vous allez mettre trois fois plus de temps
pour atteindre votre destination ! Permettez-moi de vous proposer de prendre le
bac situé en contre-bas des jardins, à la cale ! »
Je posais alors une question à
ma Marraine :
« Si je puis me permettre,
quel est donc ce mot bac, une caisse ? »
Elle me répondait en ricanant
mais non pour se moquer :
« Non Michel, ce n’est pas
une caisse mais une embarcation qui permet de passer le fleuve car nous allons
au château de ma belle-sœur, Hermine, se trouvant de l’autre côté de la rive.
Avez-vous peur de l’eau, mon garçon ? »
Je lui répondais en haussant
les épaules :
« Ma marraine, je ne puis
vous répondre car je n’ai pas la réponse que vous attendez de ma part ! C’est
inconnu pour moi ! Mais je veux bien découvrir ce genre de situation »
Le carrosse descendait la
grande pente le long de la belle allée cavalière se trouvant par devant nous,
traversait un petit pont qui desservait une cale prise en étaux entre une vaste
étendue de sable et le fleuve nommé « Odet ».
Un des valets me dit :
« Allez, mon garçon,
descendez de la voiture et mettez-vous de côté. Tout ce dérangement est très
dangereux pour vous, il ne faudrait pas que vous tombiez à l’eau par une faute
d’inattention ! Nous allons devoir défaire une partie du carrosse pour pouvoir
l’installer entièrement dans deux bacs »
Je l’écoutais pieusement en
observant cette eau en grande quantité qui bougeait dans tous les sens à cause
du grand vent qui se levait. Je pensais à moi-même en me disant que cela devait
être terrifiant de traverser toute cette eau pour rejoindre l’autre versant !
Nous aurions mieux fait de continuer sur la terre ferme ainsi je n’aurai pas eu
cette angoisse qui me faisait perdre pieds.
A la nuit venue, le premier
bac servant d’éclaireur sur lequel étaient allumées une dizaine de torches nous
attendait. Les voituriers commencèrent à embarquer les roues et les bras
servant à atteler les chevaux, à bord de la deuxième embarcation.
Les assises et bagages étaient
transportées dans la troisième. Les passeurs commencèrent à traverser le fleuve
sans encombre car le doux clapot qui commençait à nous parvenir ne faisait
presque pas de vagues. Une fois arrivé de l’autre côté, deux autres embarcations
les attendaient, vides, pour permettre de venir nous chercher.
Arrivés du côté de notre rive,
la première nous était destiné et la deuxième beaucoup plus importante et plus
large, servait pour les chevaux. Ma marraine avait quitté ses jupons et avait
opté pour un panty blanc lui arrivant au niveau du mollet. Je m’accrochais à sa
main d’un côté et à l’embarcation de l’autre car l’imagination de tomber à la
renverse me hantait l’esprit.
Nous arrivions sans heurts à
cette cale qui avait une grande capacité d’accueil. Tout autour de nous se
trouvait une immense forêt.
Un grand édifice construit de
briques rouges se trouvait contre un talus ressemblant à une sorte d’abri à
barques ayant l’inscription « BS » au sommet de la porte
d’entrée.
A l’intérieur se dressaient
une table et quelques chaises, nous nous y installions en attendant que les
valets remontent le carrosse et attellent les chevaux.
Le vent commençait à se lever
laissant un air très frais nous arriver. Le claquement de l’eau et les cris de
chouettes effraies, étaient les seuls bruits à cet endroit.
Une heure ou deux plus tard,
un homme descendait du bois, à cheval et à vive allure, armé d’un fusil. Il
hurlait en nous disant ceci :
« Halte là ! Qui êtes-vous
et que faites-vous ici ? C’est un endroit privé. Vous n’avez aucun droit de
débarquer ici sans autorisation préalable ! »
Mon parrain :
« Allons mon garçon,
calmez-vous ! Et rangez-moi ce fusil ! Je me prénomme René Maurice de Kerret,
vicomte de Quilien et voici mon épouse Marie Léonie vicomtesse, nous sommes
accompagnés de notre filleul Michel »
Tout penaud, il nous répondait
:
« Oh M le vicomte ! Je ne
vous avais reconnu avec toute cette armada. Je m’en excuse de n’avoir pas
regardé les écus sur votre carrosse ! »
Mon parrain :
« Pour cette fois, mon
garçon, je ne vous en tiendrai pas rigueur. Allez plutôt au galop, prévenir ma
sœur, de ma venue »
Lui de répondre :
« Entendu Sir, j’y
vais pressement ! »
Le carrosse étant prêt et les
chevaux attelés, nous prenions place à bord. Les éclaireurs de chaque côté,
devant et derrière, nous offraient presque la lumière du jour sur cette longue
pente qui montait sur un chemin escarpé à travers l’immense forêt.
Le voiturier nous disait qu’il
était peut-être préférable de trouver de l’aide car il n’était pas évident que
les chevaux arrivent à monter la pente. Mon parrain descendait et regardait la
distance qu’il nous restait à monter et de nous dire :
« Effectivement,
trouvons quelqu’un de charitable ! »
A quelques pas de là se
trouvait une maison, il y alla et frappa à la porte. Une vieille femme lui
ouvrait, suivie d’un brave homme et de son fils. Le valet leur demandait s’il
serait possible d’emprunter un autre chemin mais l’homme faisait un signe négatif
de la tête.
Après réflexion, mon parrain
lui demandait ceci :
« Pour la somme de cinq
cent livres, acceptez-vous de nous aider à pousser sur notre voiture jusqu’au
haut ? »
La vieille femme de lui répondre :
« Oh Gast ! Encore un fou
qui nous propose de l’argent et dont nous ne verrons pas la couleur ! Paour
kezh que je suis, vous n’allez pas me rendre riche en cinq minutes quand même ?
A moins que vous me disiez que vous êtes de la famille de la vicomtesse ! »
Je pris de cours mon parrain
et répondait à la vieille dame :
« Oh ! Pour sûr, que vous
pouvez le croire, cet homme-là n’est pas fou comme vous le dites, il est
vicomte et frère d’Hermine ! Cela vous convient-il pour nous aider ? »
Ni une ni deux, le brave homme
et son fils sortaient de la maison et allaient pousser sur le carrosse aidé par
les huit valets. Arrivés sur le plateau, mon parrain leur donnait l’argent
promis et nous pouvions repartir. Nous arrivions devant le vaste portail qui
était ouvert. Le manoir était éclairé de toute part et Hermine accourait pour
nous voir. Elle m’enlaçait de toute sa force et me dit être ravie de me revoir.
Nous descendions tous les
trois du carrosse pour nous rendre dans la pièce principale où nous attendait
encore un très bon dîner au vu des mets proposés sur la table. Je m’en léchais
les lèvres !
Un homme d’une cinquantaine
d’années, grand et svelte ayant une prestance exemplaire arrivait dans la
grande salle par une porte de service. Il était vêtu d’une chemise blanche à
jabot, d’une veste en queue-de-pie, d’un pantalon droit à rayures noires et
blanches ainsi que d’un chapeau haut de forme.
Il tenait dans sa main droite
une canne avec un pommeau recouvert d’argent ornementé d’une tête d’oiseau,
sculptée dans du bois de buis et avait en bouche un long cigare qui enfumait
toute la pièce.
Il nous embrassait à tour de
rôle et se mettait à mon niveau en me posant une question :
« Alors mon garçon, qui
êtes-vous ? Je ne vous connais pas ! »
Et moi de lui répondre
timidement :
« Monsieur, je m’appelle
Michel, je viens du pays lointain des Montagnes de l’Arrée. Je suis orphelin
depuis que mes parents ont été dévorés par des loups, il y a quelques années.
J’ai été adopté par René Maurice et Marie Léonie qui m’ont baptisé et sont
devenus mes parrains et marraines. Et vous Monsieur, à moi de vous poser la
même question ! »
Il me regarda d’un air
soucieux et triste :
« Oh mon garçon ! J’en suis
très retourné pour vous ! Permettez-moi de me présenter, je me prénomme
« Marie Georges Blanchet de La Sablière », fils « d’André
Augustin et d’Hermine Félicité de Malartic de Fonda », époux d’Hermine »
Alors je lui demandais
quelques détails car je n’en savais pas assez :
« Monsieur, je ne vois vos
armoiries à aucun endroit, où sont-elles cachées ? Quelle est la signification
de « BS » sur le baraquement de la cale ? »
Avec un grand étonnement et
une stupéfaction inégale, il me répondait :
« Premièrement, j’ai placé
mes armes sur le fronton de la porte de mon nouveau château que vous
découvrirez demain. Et deuxièmement ce sont les initiales de mon patronyme !
Cela vous convient-il comme réponse mon garçon ? »
Je lui répondais que j’en
étais content de le savoir. Il se retournait vers mon parrain en lui demandant
:
« René, permettez-moi de
vous poser la question à laquelle je songe. Qui est ce garçon ? Il n’est pas
comme les autres ! Je me trompe ? »
Mon parrain ravi :
« Vous aussi, cela vous
étonne ? Figurez-vous qu’il m’a confié, cet après-midi, aux funérailles
d’Augustes Félix qu’il préférait les pierres aux divertissements enfantins !
Jamais de ma vie d’homme,
je n’ai entendu ce genre de paroles, surtout venant de la bouche d’un jeune
garçon âgé de douze années. Il a beaucoup de ressources, je vous assure ! Je
pensais organiser une rencontre en présence de Théodore, qu’en pensez-vous,
Georges ? »
La réponse de celui-ci était
celle attendue par mon parrain : C’est une évidence !
Pour une fois dans ce long
voyage, nous avions du temps car nous pouvions rester pendant quelques
semaines. Personne n’avait de rendez-vous urgent ni de cérémonies et je pouvais
dès à présent profiter de l’endroit, accompagné du chien de la propriété, un
berger belge affectueux nommé « Ki Du ».
En entendant la conversation
entre les deux hommes :
« …Comprenez qu’il est
bon de rêver, d’oublier, de prendre le temps présent comme un cadeau de Dieu.
Vivre au jour le jour en ayant l’espérance que le lendemain soit le même
qu’aujourd‘hui ! »
Ils avaient raison, c’était
quand même un luxe absolu de pouvoir vivre de cette manière, du moins à l’âge
que j’avais. Enfants, nous ne sommes que des innocents et ne savons pas la
chance que nous avons pour profiter de chaque instant que nos pères et mères
nous ont donner.
Je me mettais sur la
méridienne et m’endormait en rêvant de ma vie de châtelain qui allait devenir
réalité. Peut-être !
Au lever du jour, un grand
soleil régnait sur le domaine et à peine levé, je courrais dans l’herbe en
regardant les sublimes jardins où poussaient des essences particulières venus
de pays lointains, non pas de mes Montagnes de l’Arrée ! Encore plus loin !
Georges m’expliquait que
certaines contrées lointaines avaient été découvertes par des
explorateurs dont il me donnait une liste non-exhaustive :
Le Cap de Bonne-Espérance par « Bartolomeu Dias (1450-1500) », les Amériques par « Christophe Colomb (1451-1506) », l’Inde par « Vasco de Gama (1469-1524) », le détroit entre l’Atlantique et le Pacifique par « Fernand Magellan (1480-1521) », le Canada et l’île Saint-Laurent par « Jacques Cartier (1491-1557) », les îles Kerguelen, par « Yves de Kerguelen de Tremarec (1734-1797) », les terres Australes par « Louis Alleno de Saint-Alouarn (1738-1772) » et enfin le détroit ente Yeso au Japon et Sakhaline en Russie par « Jean-François de La Pérouse (1741-1788) »
Grâce à eux, marins, nobles et
historiens, mon parrain en était de ceux-là, partiront à la découverte de ces
peuples étrangers et ramèneront dans leurs valises de nombreux présents et de
souvenirs. Souvent, les bateaux revenants étaient remplis de graines de ces
fameuses essences méconnues en Europe et encore moins en Bretagne.
Les châtelains feront
construire des orangeries sur leurs domaines et testeront si les plantes
peuvent pousser comme dans leur pays d’origine dont beaucoup viendront du même
endroit :
Amérique : séquoias. Asie :
citronniers, orangers, azalées, andromèdes, rhododendrons, camélias, roses,
hortensias, ginkgos, pins. Australie : eucalyptus. Europe centrale : bruyères.
Europe du Sud : lilas.
Toutes ces couleurs
resplendissantes, formaient un arc-en-ciel au beau milieu de cette verdure
étincelante, d’une beauté où le silence règne !
Tout près, j’apercevais
Georges examinant les plans de son nouveau château en compagnie d’un
architecte. La façade était construite et il me faisait observer ce que
j’attendais depuis la veille, les fameuses armoiries familiales d’une splendeur
très élégamment posée et d’un bleu étincelant, surmontées d’une couronne de
comte :
Je regardais les deux hommes
et une question me torturait l’esprit :
« Monsieur, je ne connais
pas le nom du lieu où nous sommes car mon parrain ne me l’a pas avoué,
pouvez-vous me l’indiquer ? »
Georges de me répondre, en
souriant :
« Bien évidemment, mon
garçon ! » me dit-il en me balayant mes cheveux blonds, de sa main droite. Vous
êtes, sur les terres du Bot situées en la paroisse « Des Moines Blancs » à
quelques kilomètres de l’Océan. Suivez-moi, je vais vous faire découvrir une
chose inédite, encore non connue dans ce pays ! »
Nous marchions quelques
dizaines de pas afin d’arriver devant un monstre de pierres blanches de six
mètres de hauteur construit par les Romains. Il s’agissait d’une « Tour à
feu » entourée de fossés profonds. Le promontoire ou gué servait à
observer les bateaux ennemis, arrivant de loin et pouvaient être ainsi détruits
par les hommes de la Légion.
Georges me disait que l’on
était à cent mètres au-dessus de la mer. C’était très haut ! En regardant au
loin, j’apercevais de nombreux châteaux et manoirs se trouvant tout le long du
fleuve, au nombre de huit : « Le Village du Loup » et « Les
Poiriers » en étaient les plus impressionnants. Et tout au loin, un
point gris se voyait plus ou moins, la chapelle Saint-Michel de mes Montagnes
de l’Arrée située en « La Grande Paroisse ». Je n’en revenais
pas, même ici, j’étais protégé par mon archange !
Je me retournais vers Georges
et lui dit :
« Monsieur, pour quelles
raisons, me faites-vous découvrir tout cela ? »
Et lui de me répondre :
« Parce que vous le
méritez, vous avez un don ! mon garçon »
Nous redescendions au niveau
du château et Georges me proposait d’aller observer ce qu’il se passait dans
une parcelle de froment qui devait faire cinq ares, soit cinq cent mètres
carrés, située en aval du domaine.
Comme nous étions au mois
d’Aout et que le climat n’avait pas été favorable les semaines précédentes, les
fermiers devaient commencer les moissons. Dans leurs pénibles travaux, une
dizaine de femmes fauchaient le blé à l’aide d’une faux, regroupaient les tiges
et les liaient pour en faire des gerbes pesant jusqu’à dix kilogrammes. Deux ou
trois charrettes attelées de bœufs attendaient que les hommes les remplissent à
la main.
Une fois ce travail terminé,
le convoi partait pour la ferme dans laquelle, une dizaine de personnes
préparaient l’aire à battre sur laquelle était posé un grand drap tendu aux
extrémités. Les gerbes étaient posées à cet emplacement lorsqu’une dizaine d’hommes
se préparaient à l’aide de leur fléau servant à séparer les graines des épis.
Étant donné que le travail était très physique, ils se relayaient à tour de
rôle.
Une fois le battage terminé,
les femmes, appelées glaneuses, ramassaient les tiges complètes, restées sur
l’aire pour nourrir leurs propres animaux. Pour les autres, elles pouvaient
pliées leurs récoltes pour les transporter dans leur grenier à céréales.
La journée se finissait
généralement par un grand repas préparé par les femmes et leurs enfants, car
tout ce monde venait généralement des fermes voisines. Les fermiers
s’attablaient et après cette longue et difficile journée, ils se joignaient
tous entre eux pour entamer un divertissement très utilisé dans toutes les
fermes de Bretagne : la danse.
En ce pays dans lequel nous
étions, se pratiquait celle de la gavotte de l’Aven, qui se dansait à quatre
personnes en huit temps de pas.
L’Aven est situé au sud, entre
la paroisse du « Bout de l’Odet » et celle « Du Tas de
Pierre », au nord sur la ligne de la paroisse de « Saint-Tefridoc
» allant jusqu’à celle de « Scathr » toutes situées en limite
du département de « La Petite Mer ».
La danse était orchestrée par
un couple de chanteurs qui donnait le rythme d’un air traditionnel, souvent
appris par leurs mères et qui porte le nom de chant et déchant utilisant un
tuilage d’une même phrase répétées deux ou trois fois mais cela pouvait être
également un couple de sonneurs s’exerçant à jouer de deux instruments de
musique :
·
D’un biniou
composé d’une poche de cuir, d’un « sutel » servant à
l’alimenter en air accompagné d’une anche sur laquelle se trouvent deux
lamelles, fabriquée à partir de tiges de roseau, d’un bourdon mélodique
produisant une note continue et d’un « levriad » sur
lequel était jouée la mélodie
· D’une bombarde composé d’un fut légèrement conique percé de six trous accompagnés d’une ou plusieurs clefs en façades fabriqué à partir de bois de buis ou d’ébène, d’un pavillon de forme évasée d’où sort le son, d’une embouchure dans lequel le sonneur souffle accompagnée d’une anche fabriquée à partir de bois de buis ou de tige de ronce.
Ce divertissement se terminait
souvent par des danses jeux. Cela durait jusqu’à la tombée de la nuit jusqu’au
moment où les litres de cidre avaient fait leurs effets. Pendant plusieurs
jours, les mêmes scènes se répétaient dans bon nombre de fermes avoisinantes.
Pour ce qui est de la paroisse
de « Corentin », ils se réunissaient les jours de
marchés, en la « Plasenn douar an duc » pour se
référencer auprès des plus riches et métayers des châteaux qui eux détenaient
un cheval ou un bœuf. Les propriétaires étaient peu nombreux et par cette
occasion détenaient beaucoup de fermes.
Après avoir assister à ce bel
événement, je retournais au manoir en compagnie de Georges et lui dit que
j’étais ravi d’avoir vécu cette scène de la vie paysanne.
J’allais à vive allure
raconter toutes mes découvertes à mon parrain. Hermine écoutait tout cela en me
disant qu’il y avait tant de choses à découvrir en cet endroit.
Je regardais affectueusement
ma marraine en lui demandant ceci :
« Acceptez-vous que nous
restions quelques temps, en compagnie d’Hermine et de Georges ? s’il vous plaît
»
Elle de me répondre :
« Bien évidement, mon garçon
mais il se peut que nous partions au dixième mois »
Je me hâtais de la serrer
contre moi, étant heureux de sa réponse.
Pendant trois semaines, chacun
d’entre nous vaquait à ses occupations et les deux hommes m’envoyaient en
balade sur le char à banc que Georges avait acheté à un fermier, quelques temps
auparavant. Il était tiré par un postier breton qui servait de cheval de trait
dans les fermes. Comme il avait une importante carrure et une longue crinière
blanche, Georges l’avait nommé affectueusement « Hélios ».
Nous menions une belle vie en
ce beau pays de l’Aven dans lequel nous faisions de belles découvertes de
châteaux et manoirs. De cette occasion, j’avais pu voir l’océan situé en la
paroisse de « La Tête de l’Odet ». Absolument magnifique !
Mon parrain de m’expliquer
qu’il ne fallait pas trop que je m’approche du bord de la falaise car par faute
d’inattention, je pouvais tomber à tout moment et me faire gravement mal. La
mer était un danger, elle pouvait tuer un homme.
Nous prenions le chemin côtier
jusqu’à atteindre le bout où se trouvait une belle villa de cette époque,
construite par un architecte de ce monde nouveau se prénommant Gustave
Bonduelle (1850-1922). Il avait édifié les plans du château de « La
Vallée du Lin » situé sur les terres du « Village de Louis
» en la paroisse de « Conq »
La maison était ornée de pans
de bois de la période du 13e siècle. Cet art se nomme l’historicisme
et s’explique de se servir d’une époque pour la refaire à une autre et cela ira
à l’encontre des nombreux chercheurs et historiens qui termineront leurs
recherches et leurs rapports par une fausse interprétation.
Les murs étaient recouverts de
pierres debout, style architectural du pays de la paroisse limitrophe de
« Conq », celle de « Nouveau ». La
couverture était revêtue de tuiles rouges de « Normandie »,
les quatre grandes ouvertures étaient ornées de décorations provenant des
typiques maisons alsaciennes et une très grande porte avec arc en plein cintre
surmontée de l’armoirie, celle de la Dynastie des comtes de « Richemond »
(Cf aparté) se dressait par devant-nous.
Un grand jardin était dressé
tout autour de cette bâtisse, égayé d’une pelouse taillée au ciseau. Un étang
se trouvait en contrebas sur lequel s’amusaient les canards à col vert et les
oies bernaches du Canada venues s’hydrater dans cet écrin de verdure.
De cet endroit se trouvait un
accès à l’océan ouvert par une brèche par laquelle descendait un escalier de
quelques marches entouré de deux piliers et d’un corps mort auquel était amarré
une barque. Était aussi présent, un petit bâtiment construit de pierres debout
et d’une couverture en chaume. Le garde nous indiquait qu’il s’agissait d’un
lieu de lecture et de repos. Étonnant !
Après avoir vécu tout ce
charme, nous rentrions par le même chemin, en gardant ses beaux souvenirs dans
la tête et deux heures plus tard nous arrivions au manoir où nous attendaient
Hermine et ma marraine qui lisaient un roman que je ne connaissais pas, écrit
par Jules Verne (1828-1905) : « Le tour du monde en quatre-vingt jours
».
Passionnant qu’elles disaient
!
Je m’étais effondré sur l’un
des fauteuils crapaud et m’endormais tout en pensant à la journée que je venais
de vivre. Je rêvais de songes et de réalités qui me faisait prendre conscience
que je pouvais compter sur leur présence pour me faire découvrir tout cela.
Aparté sur la Dynastie des Richemond :
«
Vers
l’an de grâce 1071, Guillaume le Conquérant (1028-1087) issu de la Maison de
Normandie donna à Alain Le Roux (1040-1093), fils du comte de Penthièvre, issu
d’une branche cadette des ducs de Bretagne, de nombreuses terres formant l’un
des trois ensembles féodaux regroupant près de deux cents seigneuries
dont le vaste comté du Yorkshire au Nord de l’Angleterre et ceux de
Suffolk, Norfollk et Cambridge à l’Est du pays.
Vers
l’an de grâce 1077, il fait construire son château de « Richemond »,
à l’architecture Normande, autour duquel, la ville du même nom s’établira. Il
est prétendu qu’il était le premier noble à détenir ce titre alors qu’il ne l’a
jamais obtenu et meurt en 1093, sans descendance. Son frère, le comte Étienne
de Penthièvre (1060-1135), hérite de cet honneur et réunit les possessions
anglaises et bretonnes de la famille. Son fils, le comte de Cornouailles, Alain
Le Noir (1107-1146) issu de la Maion de Penthièvre, est le premier à utiliser
le nom de comte de « Richemond » en épousant Berthe de
Bretagne (1114-1156) issue de la Maison de Cornouailles, fille du duc de
Bretagne Conan III (1095-1148), issu de la dynastie de Cornouailles. Elle
s’allie en secondes noces à Eudon de Bretagne (?-1180), issu de la Dynastie de
Porhoët.
Son
frère, Conan IV de Bretagne (1135-1171), issu de la dynastie de Penthièvre doit
affronter son beau-père, le roi d’Ecosse, Henri Huntington (116-1152) venant de
la Maison de Dunkeld, pour récupérer le titre car les barons de Bretagne se
rallieront à Eudon de Porhoët. Il se réfugie alors en Angleterre et reçoit
l’honneur de « Richemond », des mains du comte d’Anjou et du
Maine, duc de Normandie et d’Aquitaine, le Roi d’Angleterre, Henri II de
Plantagenêt (1133-1189). Conan IV, renoncera au titre de duc de Bretagne
et abdiquera en faveur de sa fille, la future duchesse, Constance de Bretagne
(1061-1121), issue de la dynastie de Penthièvre. Le Roi d’Angleterre profitera
de la mort de celui-ci pour s’emparer du titre et le remettra à son fils, le
duc de Bretagne, Geoffroy de Plantagenêt (1158-1186), venant de la dynastie de
Bretagne "
« de gueules à deux léopards d’or, posés en pal »
Devise : Dieu et mon droit
En 1341, le Roi d’Angleterre, Edouard III de Plantagenêt (1312-1377), donnera le titre à son fils, Jean de Gand de Plantagenet (1340-1399), venant de la Maison de Lancastre. Lors de la guerre de cent ans (1337-1453), le titre échappe à la famille des ducs.
Il
est ensuite donné au duc de Bretagne, Jean IV (1339-1399) issu de la
Maison de Monfort, successeur des ducs de Bretagne qui en dote son fils cadet,
Arthur de Bretagne (1393-1458) issu de la Dynastie de Montfort.
En
1399, à la suite du renversement du duché de Bretagne face au Royaume de France
Henri de Bourbon (1553-1610), quatrième du nom, lui retire son titre.
L’honneur
et le titre sont définitivement séparés du duché de Bretagne avec qui ils
avaient été liés à la conquête de la Normandie.
Mais
la dynastie de Bretagne revendiquera l’héritage des « Richemond »
jusqu’au décès d’Arthur en 1458 qui se fera nommer toute sa vie : « Arthur
III de Bretagne comte de Montfort et de Richemond, connétable et duc de
Bretagne ».
Les
Lords de « Richemond » seront au nombre de trente durant huit
siècles dont : en 1073, Alain Le Roux, en 1473, la dynastie des Tudor, en
1623, celle des Stuarts et en 1675, celle de Charles Lenox.
Ce
dernier est le fils illégitime du Roi d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande,
Charles II (1630-1685) issu de la Maison Stuarts et de sa maitresse, Louise de
Penancoët de Keroualles (1649-1734), duchesse de Porsmouth (Cornouaille) et
d’Aubigny (Centre Val-de-Loire), originaire de Guilers »
Le
critique libertin « Charles Le Marquetel de Saint-Denis »
dira d’elle :
« Le ruban de soie qui
serrait la taille de Melle de Keroual unit le Royaume de France et celui de
l’Angleterre »
« Fascé d’argent et d’azur de six pièces, l’écu en losange supporté par deux lévriers d’argent colletés de gueules aux têtes contournées, brochant sur un cuir à enroulements au naturel, posé sur un manteau de gueules frangé d’or et retroussé d’hermines, timbrée d’une couronne ducale anglaise à coronet »
Après avoir écouté cette histoire riche en émotions, je n’ai pu que constater que j’avais du sang anglais qui coulait dans mes veines, ce qui me réconfortait car ce que j’avais imaginé dans mon cerveau de jeune enfant en pensant que les deux Cornouailles s’étaient retrouvées collés à un moment donné de l’histoire du Monde, était largement possible.
J’étais là, sur la méridienne à rêver, à m’imaginer en duc de « Richemond » et avais du mal à revenir à la réalité lorsque mon parrain me disait qu’il était temps de me préparer car nous devions reprendre la route. Les valets attelaient les beaux chevaux et chargeaient le carrosse de victuailles qu’Hermine nous avait préparer avec amour et je montais dans la voiture suivie de mon parrain et de ma marraine.
Georges me dit alors :
« Mon garçon, je suis ravi
de vous avoir rencontrer, faites attention à vous ! Au plaisir de vous
revoir ! »
Il soulevait son couvre-chef
tout en me saluant de sa main droite et de l’autre tenant le cigare.
C’était vraiment un bon moment
qui m‘avait été offert dans ce cadre idyllique. Nous passions le portail et
prenions le chemin de droite qui nous menait au centre de la paroisse. Là, un
plus grand espace nous conduisait à la Grand ’route reliant la paroisse de la «
Tête de l’Odet » à celle « Des Fortifications de
Saint-Arzel » qui nous était toute proche.
Nous passions près du château
« Des Trente Fils » que la duchesse « Anne de Bretagne »
aurait visiter lors d’un voyage. Selon la légende il est dit qu’elle en aurait
eu autant, avec ses trois époux : « L’Empereur du Saint-Empire,
Maximilien von Habsbourg (1459-1519), le roi, Charles de Valois (1470-1498)
huitième du nom et son cousin, le roi, Louis d’Orléans (1462-1515), douzième du
nom ». Puis nous passions près des châteaux de « La Colline
Blanche » et du « Globe de Guenan », propriété de la
famille de Blois.
Ding ! Dong ! Ding ! Le valet
sonnait la cloche en apercevant la longue allée cavalière d’un château, il ne
s’agissait pas de n’importe lequel mais bien celui d’Isabelle, fille de mon
parrain, portant le nom de « l’Ermitage de Saint-Iudon ».
Sur cette grande allée,
avaient été plantées une centaine de châtaigniers par l’un des propriétaires.
Nous arrivions à hauteur du
grand portail en fonte, haut de deux mètres, ornementé des initiales de la
famille : « K ». C’est à ce moment que le garde nous ouvrait cette
lourde porte qu’il avait bien du mal à tirer.
Nous continuons de descendre
l’allée et arrivions sur le parvis de devant du château, Isabelle et son époux
nous attendaient sur les quelques marches du perron. Dans ma petite tête
d’enfant, je m’attendais à être reçu par un nombre important d’individus mais
ils étaient juste accompagnés de leur dame et homme de compagnie.
Nous sortions de la voiture et
nous nous embrassions tour à tour. Isabelle me serrait fort dans ses bras et me
dit alors :
« Allez, venez mon garçon !
Ah oui c’est vrai, vous êtes baptisé au prénom de Michel mais j’aime vous
appeler par ce petit sobriquet, cela vous complaît-il ? » me demanda-t-elle
Je lui répondais en haussant
les épaules :
« Je ne saurais répondre à
la question que vous me posez mais si cela peut vous faire plaisir, alors je
vous en prie ! »
Elle m’envoyait visiter le
château en passant l’entrée surmontée d’un chapiteau de couleur bleu et
j’arrivais dans un vestibule qui avait une odeur particulière, celle de
l’ancien. Il était ouvert sur un grand salon, ornementé de beaux meubles de
style Louis Philippe de la période du Romantisme. A gauche se trouvait une
pièce dans laquelle il y avait un drôle de divertissement d’adresse, d’origine
anglaise, nommé billard. Aux murs étaient accrochés des tableaux de
« Charles Fidèle de Kerret et de Marie Marguerite Félicie Lefebvre de La
Faluère », parents de mon parrain et anciens propriétaires.
Le sol était surmonté d’un
parquet ciré et glissant qui craquait à chaque pas.
En continuant cette visite, je
pouvais remarquer à travers les ouvertures, appelées « portes à oculus », le
parvis de derrière du château. J’étais ébahi de voir cette splendeur !
Plus loin se trouvait la
cuisine d’étage qui ne servait que de repose-plats car la vraie en était au
sous-sol. Sur le mur de l’Est, se trouvait une très grande et haute
bibliothèque où se logeait une porte dérobée que l’on ouvrait en déplaçant une
rangée de livres. Ce n’était qu’un trompe-l’œil et non un meuble ! Je n’en
revenais pas, j’étais ébahi !
Nous empruntions la dizaine de
marches se trouvant devant nous et arrivions dans la fameuse cuisine qui était
la pièce la plus ancienne et la seule restante du premier château, peu décorée
mais qui avait un grand foyer de cheminée et un four à pain dont la
construction remontait au XVe siècle.
Après avoir vu cette ambiance,
nous remontions à l’étage et par un corridor nous entrions dans un autre salon
dans lequel étaient accrochés aux murs des trophées de chasse entre autres des
têtes de sangliers et chevreuils.
Nous montions à l’étage
supérieur, sur lequel se trouvaient de grandes chambrées : la sienne,
anciennement celle du patriarche et de son épouse, une deuxième destinée pour
mon parrain et ma marraine, une troisième pour les invités et une quatrième
réaménagée en bureau.
En parallèle existait un autre
étage situé dans une des ailes du château, ne communiquant à aucun moment et
pour y accéder il fallait redescendre à l’étage du départ et remonté par un
autre escalier très étroit où se logeait sur le palier, une pièce minuscule
dans laquelle se trouvait l’oratoire du château dans lequel les propriétaires
et leurs enfants venaient y faire leurs prières journalières. La pièce était
aménagée d’objets de culte tel qu’un prie-Dieu, de quelques bannières, de
crucifix, d’un calice ainsi que de plusieurs cierges Pascal.
La seule ouverture était dotée
d’un vitrail avec la signature du manufacturier « Le Bihan ».
La pièce était ornée de
tentures de couleur rubis et possédait un tapis au sol peint des armoiries de
la famille :
« d’or au lion morné de
sable à la cotice de gueules brochante sur le tout »
Devise : Tevel hag Ober
Nous redescendions à l’étage initial et Isabelle me devançait en m’ouvrant une des portes qui donnait sur un palier, construit en granit duquel s’échappait une dizaine de marches de marbre noir pour atteindre le magnifique parvis de gravillons blancs.
Le panorama idéal se
présentait : un château au bord d’une rivière !
Devant moi se trouvait un
bassin orné de quatre statues de sirènes, alimenté par deux jets d’eau
puissants. Au bout du chemin allant sur la droite se présentait à nous le
bassin de Neptune au milieu duquel se trouvait une statue de dauphin d’où un
jet d’eau en sortait. Il avait dû servir de vivier à eau de mer en voyant la
trappe au niveau du fronton jouxtant la rivière. En empruntant le chemin
partant vers la gauche se trouvait la maison du pécheur située à proximité
d’une pâture sur laquelle s’y trouvait la chèvre « Heidi », la
vache Ecossaise « Scotty » et la Normande « Abigaëlle ».
A la nuit tombée nichaient à cet endroit, la chouette « Big-Mama »
et le hibou « Archimède ». La vie de châtelain n’étant pas
réservé qu’aux humains !
Nous revenions vers le château
en empruntant un autre chemin qui menait à un grand bâtiment construit en
granit qui avait dû être rallongé de quelques mètres à une certaine époque qui
se nommait « Orangerie ».
Tout autour se dressaient ici
et là, les bâtiments de la ferme : crèches, écuries, poulaillers, chenil et la
maison du métayer.
Autour de l’édifice, se
dressaient des jardins en terrasse mêlant les essences vues au château « Du
Bot », les nombreux buis plantés le long de la rivière, les grands
arbres contournant le domaine et les beaux potagers. Nous
n’étions pas en la demeure du Roi Soleil mais l’esprit en était de même.
De nombreuses parcelles en
jachère jouxtaient ce parc laissant la nature reprendre ses droits sur
lesquelles poussaient, des variétés plus ordinaires de Bretagne.
C’était majestueux et
magnifique !
En finissant cette joyeuse
promenade, je contemplais ce beau paysage de carte postale et voyait les
domestiques faire des allers-retours avec des meubles entre le château et le
parvis.
Je ne comprenais de trop ce
qu’il se passait mais je regardais Isabelle qui venait à mon niveau et me
disait :
« Mon garçon, en attendant,
installez-vous confortablement dans un des fauteuils crapaud que nous avons
installé en arrondi ! J’ai demandé à Marguerite, la cuisinière, de nous
préparer le tee que nous allons pouvoir déguster grâce au nouveau service en faïence
de la manufacture « Porquier-Beau » que je me suis fait offrir la
semaine dernière par mon cher époux »
Étonné, je lui posais la
question :
« Excusez-moi, Mme la
vicomtesse mais en attendant quoi ? »
Mon parrain de répondre :
« Pardi ! L’histoire de ce
lieu, mon garçon ! »
J’attendais et je rêvais
paisiblement sur ce fauteuil lorsque mon parrain, ma marraine, Isabelle et son
époux venaient s’asseoir à mes côtés et c’est alors qu’ils se mettaient à
discuter de toutes sortes de choses. Marguerite arrivait avec le service tant
attendu dressé sur un plateau et le Major d’homme prénommé Henri quant à lui
avait porté des entremets réalisés pour l’occasion.
Ding ! Ding ! Ding ! La cloche
d’arrivée sonnait et Henri s’en allait à la rencontre des visiteurs et revenait
en leur compagnie. Aucun d’entre nous ne voyait qui étaient ces personnes car
nous étions trop loin de l’entrée.
Henri, s’approchait de la
tablée et dit ceci :
« Pardonnez-moi de vous
importuner mais se sont présentées à moi sept personnes qui disent être
invitées par M le baron »
Et lui de répondre :
« De qui s’agit-il ? »
Henri :
« M le baron, voici les
personnes se trouvant au-devant ma personne :
« Mes amis, vous êtes
présents ? Quelle joie de vous voir ! Mon beau-frère et Isabelle ont bien
gardés cette surprise pour eux seuls ! Henri, auriez-vous l’amabilité de nous
envoyer sept autres fauteuils pour permettre d’installer mes amis ? »
Je demandais alors
à mon parrain ceci :
« Pour quelles raisons
sont-ils d’une si haute importance pour vous ? »
Il me répondait
ceci :
« Un jour, il y a de
nombreuses années, je me trouvais sur mes terres situées en la paroisse du « Lieu
consacré à Saint-Gwevret » non loin de chez vous. Je réalisais que je
venais de découvrir un trésor, des objets de l’époque gallo-romaine. Ne sachant
qu’en faire, je retournais à « Corentin » et en conversant
avec mon ami, le Préfet, il me glissa à l’oreille qu’une association regroupant
des passionnés d’art et d’histoire tenait son siège en haut lieu, au Palais
épiscopal. C’est alors que je me mettais en contact avec l’un d’eux et je lui
fis don de ma trouvaille.
Au fil des mois et années,
j’œuvrais pour faire d’autres fouilles et recherches car cela me passionnait.
De découvertes en découvertes, nous remplissons les sous-sols du Palais, avec
tous ses trésors.
Nous choisirons de donner
un nom à cette association, regroupant de nombreux individus : La
« SAF », Société Archéologique du Finistère. Nous y traiterons de
tous sujets sur l’histoire, la généalogie, les arts, l’architecture,
l’archéologie, les collectes de chants, les costumes traditionnels, la
toponymie et j’en passe.
Henri :
« M le vicomte, je me hâte
d’exécuter votre souhait. Avez-vous besoin d’autre chose, peut-être ? »
M le baron allait répondre à
la place de mon parrain :
« Oui, Henri, maintenant
que vous le proposez, apportez-nous une bouteille de scotch de la meilleure
maison d’Écosse que nous ayons »
Ma marraine de m’expliquer que
le scotch était du whisky, un alcool de houblon fabriqué en « Bro-Skos
et en Bro-Iwerzhon », pays appartenant au Royaume d’Angleterre, au
nord de la France. Je faisais signe de la tête ayant l’air d’avoir compris mais
il n’en était aucunement.
Mon parrain disait à ses
invités qu’il était sur le point de raconter l’histoire de ce lieu.
Et un d’eux de dire :
« Je vous en prie, mon ami,
on vous écoute ! »
Mon parrain :
« Au XIIe siècle, le
village déjà existant était composé d’une église, d’un cimetière, de maisons,
de moulins et d’un fournil.
En 1300, le gérant de
l’administration diocésaine du lieu se nommait « Alain Rivelen
(1290-1320) », évêque de Cornouailles puis en l’an 1344, date à
laquelle, « Charles de Blois », lors des guerres de Succession de
Bretagne (1341-1364), assiégeait Quimper, les évêques se retirèrent dans leur
village. Le rachat de plusieurs terres se fera par un autre évêque, « Gatien
de Monceaux (1408-1416) ».
Au XVe siècle, Monseigneur
l’Évêque « Bertrand de Rosmadec (1445) » y fera construire un
corps de logis de composition carré, comprenant quatre tourelles.
Entre la fin ce siècle et
le début du XVIe siècle, les évêques agrandissaient leur domaine par l’achat de
différentes parcelles de terre et feront peu à peu disparaître l’ancienne
paroisse.
Dans la seconde moitié du
XVIe siècle, après les Guerres de La Ligue de Bretagne (1588-1598), la
résidence des évêques située au palais épiscopal de Corentin, avait été
dévastée par un incendie en 1595. Leur résidence principale était devenue ce
lieu en attendant la reconstruction.
Toujours en ce siècle,
« Nicolas Caussin (1583-1651) » prêtre Jésuite, confesseur du
Roi « Louis de France (1601-1643), treizième du nom »
sera envoyé en ce lieu sur demande du « Cardinal de
Richelieu (1585-1642) » à cause d’un bruit courant qu’il aurait
une relation trop proche de « Son Altesse, la Reine, Catherine de
Médicis (1519-1589) ».
Ces exemples sont visibles
aux châteaux de « Villandry et de Vaux-le-Vicomte ». Les
jardins baroques Italiens garderont la composition en terrasse s’organisant
autour du palais qui en est le centre et le point de jonction de toutes les
lignes de construction des jardins.
Le Vannetais, « Nicolas
de Bonnecamp (1630-1704) », Docteur en médecine, conseiller et médecin
du Roi « Louis de Bourbon (1638-1715) », quatorzième du nom, écrira
un poème en 432 vers François, sur ce lieu :
« …Que ce domaine* me plaît ! Et que ses avenues, Pour leur rare
beauté, méritent d'être vues : c'est l'ouvrage achevé d'un illustre Prélat, De
qui ce lieu charmant emprunte son éclat : Tout y brille par lui, puisque par sa
présence, Qui sert à ses jardins d'une douce influence, On voit naître les
fleurs, on voit mûrir les fruits... »
En 1790, deux statues de Lions en granit se trouvaient à l’Orient près du fleuve ainsi qu’un bassin ayant été construit avec au milieu, une pyramide en pierres de taille sur laquelle quatre crapauds servaient de jets d’eau.
L’évêque « Auguste
François Annibal de Farcy de Cuillé (1740-1772) » fera construire la
partie occidentale et le dernier à avoir séjourné en ce lieu sera « Monseigneur
Toussaint Conen de Saint-Luc (1772-1790) »
En 1789, le domaine sera
saisi comme bien national et revendu à plusieurs notables.
Le 15 Juin 1822, « Emmanuel
Calixte Harrington », un riche gentilhomme anglais le rachètera et en
1825, il fera élever la façade style néo-classique avec son péristyle à six
colonnes ioniques ressemblant aux villas Palladiennes en Italie, conçus par
l’architecte « Andrea Palladio (1508-1580) ». Cela se
réalisera grâce aux plans d’un autre architecte, « Jean-Baptiste
Bigot » mais le propriétaire décédera subitement et ne verra jamais son
rêve réalisé.
Le manoir du XVe siècle,
disparaîtra à jamais en y laissant juste quelques murs visibles aujourd’hui.
L’épouse d’Emmanuel vendra
le manoir en 1833, année de ma naissance, à mon père « Charles Fidèle
de Kerret de Quilien » qui en fera une de ses résidences principales
et Hermine en héritera »
L’assemblée applaudira cette belle narration et entamait des conversations en tous genres, sur l’histoire et l’architecture de ce lieu.
Je me levais du
fauteuil crapaud pour me poser sur le rebord du grand bassin se trouvant à
proximité du salon extérieur. Je songeais à ce qu’avait pu être ce château du
XVe siècle, au milieu de tous ces évêques. Cela devait être somptueux !
M le baron se leva
également à son tour pour m’y rejoindre, il avait une trentaine d’années
environ, svelte, d’une prestance exemplaire mais un peu rustre. Je contemplais
son mode vestimentaire dans les moindres détails, étant vêtu d’une chemise à
col cassé blanche, d’un gilet en satin de couleur rubis ayant une montre à
gousset relié à une chaîne qui s’accrochait à un des boutons et y trouvais
refuge dans la poche prévu à cet effet, d’une queue-de-pie à col haut en
velours de soie brodé de feuillages et palmes, orné de fils d’or appelés
cannetilles à une rangée de bouton sur le côté droit dont les manches se
rabattaient au niveau du poignet.
Ce vêtement
détenait une ouverture sur l’arrière pour pouvoir y passer l’épée autrement dit
« ravière » lors des réunions prestigieuses. Il portait un
chapeau haut de forme en feutre de laine, une sorte de cravate nommée
« lavallière » fermée par une broche, un pantalon de drap de laine
noir et une paire de chaussures en cuir noires ornées d’une boucle en argent.
Il tenait à sa main une canne en laiton.
Il se mis à mes
côtés et me regardait intriguer de ma présence en ce lieu.
Il me posa une
question :
« Mon enfant, je ne vous
connais guère et je me posais la question de savoir ce que vous faisiez en cet
endroit ! »
Je lui répondais :
« Monsieur, je m’appelle
Michel, je viens du pays lointain des Montagnes de l’Arrée et je suis orphelin.
J’ai suivi des cours particuliers d’histoire avec des personnes qui en savait
bien plus que moi car je n’en savais aucunement n’ayant jamais été à l’école.
J’ai été adopté par René Maurice et Marie Léonie qui m’ont baptisé et sont
devenus mes parrains et marraines. Et vous Monsieur, à moi de vous poser la
même question ! »
Lui de me répondre
:
« Alors mon garçon, j’en
suis très attristé de votre nouvelle, j’en suis navré ! Je me prénomme Pierre
Séguier, portant le titre de baron, fils « d’Antoine et de Marie
Philippine Antoinette Charlotte de Goyon » et petits-fils « d’Armand
Pierre Séguier (1803-1876) », inventeur de la chaudière tubulaire à
circulation d’eau, du bateau à vapeur perfectionné, de la balance automatique
pour peser et distribuer la monnaie et de l’appareil photographique pliant à
soufflet. Je viens d’épouser Isabelle Marie Félicie, voici quelques mois en
l’église paroissiale de « Saint-Philippe du Roule » située
dans le VIIIe arrondissement de la Commune de Paris »
Ma réponse en
était :
« Vous devez être un homme
important à ce que j’entends et devez en connaître des choses si je comprends
bien. Un jour, peut-être quand j’irai à Paris, je viendrai vous voir »
Pierre : « C’est avec grande joie que je vous recevrai !
avec grand plaisir, mon garçon »
Je disais alors à
mon parrain après avoir écouté studieusement et longuement cette description de
chacun de ses amis :
« Ils m’ont l’air d’être
des personnes très intéressantes connaissant énormément de choses sur tout.
Cela pourra permettre aux générations futures de consulter leurs travaux pour
connaître une certaine vérité, sur les leur. Il existe un mot pour représenter
ce genre de choses mais je ne connais pas lequel est-ce, en la langue de
Molière mais dans la mienne, c’est ce mot : Treuzkaz ! »
Mon parrain :
« Mon garçon, vous avez
tout à fait raison ! Parfois, en plus des études que vous ferez à l’école, vous
pourrez, lors de votre temps libre, participer à ce genre de recherches. Le mot
que vous ne connaissez pas est : La Transmission que vous avez su prendre comme
un trésor pendant toutes ces années. Je vais vous donner un conseil :
Transmettez votre savoir toute votre vie et vous verrez que vous serez reconnu
comme un homme ayant eu de la réflexion et vous m’en remercierez.
J’ai retrouvé une lettre
dans laquelle deux hommes nous disaient ceci :
«
Ceux qui auront plus de temps de loisirs que je n’ai pu avoir, pourront en
connaître, une des vérités » Julien Trevedy
« Cependant,
comme il serait ridicule de se flatter d’avoir découvert La vérité » Guy Alexis Dom Lobineau
(1666-1727)
Les jours et
semaines passaient et nous nous adonnions à diverses occupations qui
étaient : la lecture, la pêche, la chasse aux papillons ou bien encore les
divertissements tels que le croquet, jeu qui consistait à faire passer une
boule en bois à travers un arceau en la frappant avec un maillet.
Tout d’abord
appelé jeu de mail au Moyen-Age, il sera emprunté en l’an 1300 par les Anglais
et aurait donné son nom au mot billard à la cour de « Louis de
Bourbon (1638-1715), quatorzième du nom ».
Le jeu sera
transformé à maintes reprises et deviendra en « Bro-Skos »
: le golf et en « Bro-Iwerzhon » : le croquet.
J’étais également
l’acteur de différents autres loisirs comme les cartes ou bien encore
« Colin-Maillard ».
Au déroulement d’une conversation collégiale, qu’ils se disaient entre eux, je voyais Julien Trevedy se lever et dire ceci à son auditoire :
« Mes amis, savez-vous quel
jour nous sommes ? Le quatorzième jour du septième mois de l’an 1893, soit un
siècle après la mort de « Louis Auguste de France », seizième du nom,
roi du pays et de Navarre, assassiné par le peuple.
Cela n’était jamais arrivé
dans l’histoire du monde !
Lors de la période de la
Terreur (1793-1794), que je n’aurais voulu vivre pour rien au monde recouvert
de crimes et de sang, le pays entier perdra près de cinq cent mille personnes
qui seront exécutés par guillotines, fusillades ou noyades. Au même temps dans
l’hexagone, l’exagération de certains iront jusqu’à détruire nos châteaux,
manoirs, chapelles, couvents et églises ! Les commanditaires de cette
barbarie diront : « Nous sommes tous des frères de même sang » et de nombreux
d’entre eux : « Jean-Paul Marat, Georges Jacques Danton, Maximilien de
Robespierre, Louis Antoine de Saint-Just et j’en passe », recevront le
même supplice qu’ils auront infligés à leurs camarades : la potence.
Tout cela n’aura servi à
rien ! Ha mais si, je vous raconte des sottises ! Juste détruire à jamais notre
patrimoine que nos aînés avaient construit pendant des siècles. Toute cette
horreur, pour une soi-disant égalité !
J’ai entendu un ami qui a
voulu rester anonyme en ce qui concerne la phrase suivante car il ne voulait
pas d’ennuis par rapport à sa façon de penser.
Voici ce qu’il me disait :
*« La prise de la Bastille était dans le
sens de l’histoire ! L’autre cause, elle, était désespérée. Nous n’avions aucun
intérêt à continuer à nous battre et à défendre clergé et privilèges ! Leurs
positions étaient juste ! Pauvre Révolution, voile ta face ! La guerre pue ! » »
En
me regardant avec insistance, Julien me disait :
« Michel,
ne ressemblez jamais aux autres, cela ne servira à rien. Il faut que vous ayez
vos propres idées et un caractère pour vous défendre. Je vais vous citer cette
phrase que j’ai eu toute ma vie dans la tête :
Chacun de nous pensera de différentes façons mais je
peux vous dire que cette Révolution n’a strictement rien changé pour notre
pays, même cent ans après, c’est même pire ! »
Retenez ces deux noms, ne les oubliez pas, me suggérait
Julien en nous présentant ces deux œuvres
1779 - Peinture sur huile par Antoine François Callet
1769 – Pastel par Joseph Ducreux
Après avoir écouté cette belle élocution, nous étions rejoints par Cécile de Kerret, autre sœur de mon parrain qui avait épousé le vicomte « Albert du Bouëxic de La Driennays », fils de « Pierre Prudent et de Françoise Colombe du Quesnoy ». Ils habitaient rue Monceau, dans le VIIIe arrondissement de la Commune de Paris.
« d’argent à trois pins de sinople »
Devise : HOC TEGMINE TUTUS
Pour être au complet dans cette famille, il ne manquait que le frère de mon parrain, le vicomte « Charles de Kerret ou Karl » décédé sans postérité deux ans auparavant. Il est inhumé en la chapelle de « Vray-Secours » près du château « du Bot ».
Lors d’une journée
exceptionnelle organisée au manoir, « François Marie Luzel »
voulait m’expliquer l’évolution du vêtement à travers les âges et avait fait la
demande à Isabelle d’inviter certaines de ses amies pendant toute une
après-midi, lors d’un goûter champêtre.
Cette journée
s’annonçait très enrichissante aux côtés de ces trois demoiselles de la ville
de « Corentin ». Il leur demandait alors de nous
décrire leurs costumes.
L’une d’elles
s’approchait et de nous dire qu’elle portait ceux de la mode des années
1850-1870 :
« Une robe de
crinoline correspondant à un sous-vêtement fabriqué en étoffe de crin
superposant plusieurs jupons, cachés sous la robe et échancrée aux épaules ne
laissant nullement apparaître la poitrine. Elle est tenue grâce à un cerceau ou
à un léger carcan métallique jusque dans les années 1867, tout autour des
hanches. Une chemise blanche en lin, un corset à baleines, des bas de soie, un
panty en lin arrivant à mi-mollets orné d’un ruban de couleur rose ou blanc,
une cape en drap de laine ornée de velours noir. Ainsi qu’un camée, technique
de gravure en bas-relief utilisé en sculpture apposé autour du cou. Sur mes
cheveux, je porte un postiche orné de dentelles en crêpes »
L’autre demoiselle de nous dire qu’elle portait un costume datant de la période Renaissance, des années 1550. C’est l’époque pendant laquelle « la baronne d’Ivry, comtesse d’Albon et duchesse d’Etampes, Diane de Poitiers (1499-1566) » aurait été l’une des favorites « d’Henri de Valois (1519-1559), deuxième du nom », roi de France.
En voici sa
description :
« Un chemisier en
coton, un corset à carcan métallique, fabriqué à partir d’os de baleines se
cachant sous les jupons de crinoline. La robe pouvait être ornée de broderies
en tout genre, tissées de cannetilles d’or ou d’argent, une casaque à manches à
crevées dites bouffantes, une coiffe ornée de perles et d’un voile, une paire
de chaussures en cuir noir ou gris foncé à petits talons fermées par un lacet.
Ce style de mode venant de celle des hommes de la cour de François d’Angoulême,
premier du nom qui évoluera pour les femmes sous Henri de Valois.
Les nombreux bijoux sertis
de pierres et de perles baroques venus de la mode Italienne, souvent émaillées
ou d’or étaient : les « pomanders », bijoux de forme ronde
incluant une senteur, les cure-oreilles, les bulles, tous ornées de diamants,
rubis et autres pierres précieuses »
Cette journée
était vraiment très enrichissante et nous en savions beaucoup plus sur ces deux
modes de vêtements nous ayant précédés. Nous pouvions nous concentrer sur celle
d’aujourd’hui pour qu’elle évolue dans les meilleures conditions.
Après cette
brillante élocution sur ce sujet, les domestiques « Marguerite et
Henri » nous avaient préparé un repas simple mêlant les récoltes du
potager et les trophées de la pêcherie effectuées le matin-même, entre autres
anguilles et bars. A la fin du diner, les hommes allaient se réfugier dans le
fumoir tandis que les femmes se réunissaient dans le boudoir.
A leur retour,
Pierre nous dira qu’il voulait nous conter l’histoire pendant laquelle nous
vivions :
« Cette période est un
tournant dans l’histoire de ce pays car le Roi, « Louis Philippe
d’Orléans (1773-1850) » n’est plus. Il a été remplacé par un Empereur
issu de la célèbre Dynastie des Bonaparte, « Louis-Napoléon (1808-1873) »
fils de « Louis, Roi de Hollande et d’Hortense de Beauharnais ».
Epoux de « Maria Eugenia Ignacia Augustina de Palafox Y Kirkpatrick
(1826-1920) ».
A la mort de son époux en 1873, l’Impératrice est régente et gouverneur de ce pays mais après avoir perdu son fils unique « Louis Napoléon (1856-1879) », elle s’exile en Angleterre et en Espagne. Depuis la guerre Franco-Prussienne, rien ne va plus en cette nation ! »
De semaines en
semaines, nous passions notre temps au château, en l’absence de mon parrain qui
s’était embarqué sur la frégate « La Forte », navire de
l’Amiral « Auguste Febvrier-Despointes (1796-1855) » en
tant que dessinateur pour découvrir d’autres terres, découvertes bien plus tôt
dans l’histoire de ce monde telles que les Iles Marquises, le Pérou, le
Pacifique, Hawaï, La Nouvelle-Calédonie….
Quelques mois plus tard, à son retour, il tient domicile en son château situé en la paroisse de « Saint-Iben » en compagnie de Marie Léonie, son épouse à qui il fera découvrir tous ses dessins et de lui dire que ces moments furent inoubliables ! Stupéfaite, elle lui disait donc de réaliser un album avec toutes ses esquisses et qu’il pourrait en faire part de son travail à son ami « Joseph Bigot ». Ce qu’il alla de s’empresser de faire en se rendant en son domicile situé rue Vis en la paroisse de « Sant-Matez »
Les mois
passaient, je les voyais de moins en moins car ils faisaient souvent des
allers-retours entre notre domicile du château de « Corentin »
et la Commune de Paris, où ils se réjouissaient de la vie mondaine fréquentant
des notables et aristocrates qui leur feront découvrir cette autre vie
jusque-là oubliée, depuis ce temps qu’ils n’y sont pas venus.
Ils logeront en leur hôtel
particulier construit à l’emplacement d’une ancienne villa ayant appartenu à « François
d’Orléans (1818-1900) », fils du roi « Louis Philippe
d’Orléans (1773-1850) et de Marie Amélie de Boubon, Princesse des Deux Siciles
(1782-1866) ». Elle est la tante de « Marie Caroline de
Bourbon-Siciles, duchesse de Berry (1798-1870) » et
l’arrière-grand-mère de « Xavier Bourbon-Parme (1889-1977) »
XIXe – L’Hôtel
particulier de la famille de Kerret
Mais rien n’y
faisait, les mois passaient et la maladie ne faiblissait pas, elle allait de
moins en moins bien et ne venait presque plus au manoir car les voyages la
fatiguaient. Elle fréquentait plutôt ses appartements du « 65, Avenue
d’Antin » en la Commune de Paris ainsi que ceux de son frère Charles Henri
Gautier, « rue de Grenelle ».
A ce moment précis
de l’année, mon parrain nous suggérait par télégramme de prendre le premier
train en la gare de « La Grande Paroisse ». Ayant reçu
ce courrier cinq jours après l’envoi, nous plierons bagages accompagnés de
Marguerite, d’Henri et de l’ami très intime de mon parrain, Joseph Bigot.
Le lendemain vers
cinq heures du matin, nous partions en direction de la gare et après une heure
de trajet, nous arrivions à destination. En descendant du carrosse, je pouvais
apercevoir une machine nommée par certains : « Le Cheval Noir ».
Ce long convoi était tracté par une locomotive d’où sortait de la fumée par un
conduit s’élevant en hauteur, appelé cheminée. Derrière celle-ci se trouvaient
des wagons, au nombre de huit, transportant des personnes, des animaux et des
marchandises.
Cela me faisait presque peur de voir ce train car pour moi, le cheval était le seul moyen de transport existant dans ce monde. C’était intriguant.
Trois heures plus tard, nous arrivions en la gare d’Orléans se situant en la paroisse de « C’hastell-Nin ». Ce nom avait été donné par la Compagnie des chemins de fer de Paris à Orléans.
Installé à nouveau
dans un des premiers wagons, la locomotive prenait la direction de la ville de
« Corentin ». En quittant la gare, nous devions passer
le très haut viaduc ayant pour nom « Kerlobret », j’en
avais très peur que cette structure s’effondre à notre passage. Il avait été
construit sur les plans de l’ingénieur « Edouard Alexis Bricheteau
de La Morandière (1839-1896) » et de l’architecte des Ponts et
Chaussées, « Philippe Croizette Desnoyaux (1816-1887) »,
en l’an de grâce 1864.
Après avoir voyagé un peu plus de trois heures, nous arrivions, en notre belle gare de « Corentin ». Nous descendions du train pour nous permettre de faire halte, lors d’une pause bien méritée et nous profitions de déjeuner à l’abri des curieux.
Après ce repos, nous reprenions le rail pour un voyage de longue haleine qui allait durer six heures. Nous devions nous arrêter dans une trentaine de gares avant notre arrivée. Au bout de tout ce temps, nous arrivions à celle d’Orléans située en la ville de « Nantes ».
A la descente, Marguerite interpellait un des employés du chemin de fer pour lui demander s’il était possible de nous installer à l’intérieur du wagon-nuit se trouvant sur l’autre voie. Il accepta sa demande et nous pouvions nous installer confortablement sur les couchages mis à notre disposition.
Dix-sept heures
plus tard, nous arrivions enfin à la gare du » Mont Parnasse,
située en la paroisse de « Vaugirard » près de Paris.
Nous descendions du train et marchions en direction de la salle d’embarquement, appelée salle des pas perdus. Par-devant nous, un homme d’une prestance exemplaire nous rejoignait et nous demandait de le suivre. Il nous disait être le major d’hommes de mon parrain et qu’il nous attendait avec impatience. Henri de lui demander où se trouvait la voiture et lui de nous répondre :
« Oh, je vois bien que
vous êtes provinciaux ! Vous n’en avez jamais eu l’occasion d’en
voir ? »
Henri de
répondre :
« Par le plus grand
respect que je vous dois, je répondrais que nous en avons, chez nous mais elles
sont attelées ! »
Le major
d’hommes :
« Ici, en 1890, a été
inventée une voiture à essence fabriquée en France par les « Etablissements
Panhard et Levassor » de Type A. Montez !
Installez-vous ! » »
Il y en avait tout au long de la route bordant la gare mais n’ayant que deux places assises, nous étions dans l’obligation d’en prendre quatre. Nous voilà partis en direction du domicile de mon parrain.
Les domestiques et
majors d’hommes débarquaient les bagages et pendant ce temps-là j’admirais ce
bel Hôtel particulier, c’était absolument fabuleux ! Vingt et une pièces s’y trouvaient, toutes
aussi belles les unes que les autres !
Nous montions au deuxième étage et entrions dans la chambre de ma marraine qui était très souffrante. Elle me faisait signe de m’approcher et me disait ceci :
« Oh mon garçon, si
vous saviez comment je vous ai aimé pendant toutes ces années ! Je n’ai
pas eu le temps de réaliser mon rêve, celui de vous sacrer du titre de baron.
Sachez que je vous ai toujours considéré comme mon fils car je n’ai pas eu la
chance d’en enfanter un. Vous avez remplacé le manque que j’ai eu lorsque j’ai
perdu ma descendance en couche, il y a quelques années. Je n’ai même pas eu le
temps de la baptiser, elle porte juste le prénom de « Mademoiselle » !
Prenez soin de vous et continuez de vous passionnez comme vous me l’avez
montré. Je suis fier de vous, Michel. Je vous aime, mon garçon. Que
Saint-Michel vous protège ! »
Je laissais les
larmes glisser sur mes joues en lui répondant :
« Ma marraine,
pourquoi parlez-vous au passé ? Vous êtes présente et allez continuer à
m’entourer pour de longues années ! Je vous ai toujours considérée comme
ma mère même si vous ne l’étiez pas. Je vous remercie à mon tour pour m’avoir
enseigné tout votre savoir. Je vous aime également. Merci à
vous ! Saint-Michel vous protège, rassurez-vous ! »
Je sortais de la
pièce, triste, comme un clown quittant la piste aux étoiles en laissant
Isabelle, Hermine, Pierre et Georges prendre place auprès d’elle, chacun à
leurs tours. Mon parrain me dira de m’installer au grand salon auprès du feu de
cheminée dans lequel je me remémorais tous ces moments passés auprès d’elle.
J’avais eu de la chance de pouvoir vivre tout cela en compagnie d’une femme
inconnue qui avait fini par être ma mère d’adoption. Ce souvenir que j’avais de
me faire baptiser en cette église de « La Paroisse du Château »
en notre cher Pays Bigouden !
J’entendais mon
parrain descendre les nombreuses marches de l’escalier à vis, en me disant
ceci :
« Michel, comment vous
portez-vous ? N’est-ce pas trop dur d’entendre cela, à votre
âge ? Votre marraine vient de faire appeler « Son Eminence,
Monseigneur l’archevêque François Richard de La Vergne » exerçant en
la Commune de Paris. Je m’en vais de ce pas. Je reviens tout de suite, n’ayez
peur ! »
Je lui
répondais :
« Mon parrain, je ne
prends conscience de ce qui arrive, j’espère juste arriver à surmonter tout
cela à vos côtés ! Que viens faire cet homme d’église en ce lieu ? Je
vous le demande, mon parrain »
René
Maurice :
« Votre marraine vient
de nous demander de le faire venir immédiatement ! »
Il revenait
accompagné de cet homme et montait en la chambre de ma marraine qui lui faisait
ordonnance de recevoir l’extrême onction.
Je regardais à
travers les grandes fenêtres et pouvais voir de la grande pluie tomber sur les
arbres sans penser à ce qui pouvait se passer au-dessus. La vie était mauvaise,
me disais-je !
Nous étions le
vingt-troisième jour du neuvième mois de l’an de grâce 1896, ma marraine venait
d’être rappelée à DIEU !
Je venais de vivre
un moment de douleurs que j’avais espéré ne jamais connaître, une troisième
fois.
Le lendemain, mon
parrain, devait se rendre à la mairie de l’arrondissement pour déclarer le
décès de ma marraine, il était écrit ceci :
« Enregistrement du
décès de Mme Marie Léonie Gautier, née à « Lugdunum » Rhône,
décédée au jour de hier en son domicile parisien au 65 Avenue d’Antin. Epouse
de « René Maurice de Kerret », fille de « Claude Marie Joseph
Gautier et de Benoiste Claudia Vespre ». Témoins : Charles Henri
Gautier »
Toute la famille
organisait les funérailles quand tout à coup, un couple rentrait dans le
pavillon, serrant de toutes leurs forces mon parrain qui me disait :
« Mon garçon, je vous
présente mon autre fille, Jeanne Thérèse et son époux Georges Marie Louis
Gabriel de Bourbon-Busset comte de Lignières, fils de « Marie Louis Henri
et d’Adrienne Léontine Stanislas de Mailly ». Ils habitent en leur château
dans le département du Cher et se sont alliés, le trentième jour du sixième
mois de l’an 1888. Georges est un parent de l’une des nombreuses ramifications
liées à la Grande dynastie »
Je m’avançais en
leur disant :
« Bonjour, je
m’appelle Michel, filleul de René et Marie Léonie »
Ils n’avaient pas
pu arriver plus tôt car ils avaient voyagé au domicile de leur fille Madeleine,
habitant loin de Paris. Mais ils étaient présents et cela en était le plus
important.
Et mon parrain de
répéter sans cesse :
« J’ai été fidèle à mon
épouse et je l’ai aimé de tout mon cœur, à jamais »
Ils préparaient
avec minutie l’avis de convoi de Marie Léonie :
M
Vous êtes
prié d’assister aux Convoi, Services et Enterrement de Madame la Vicomtesse
René de Kerret née Marie Léonie Gautier, décédée, muni des Sacrements de
l’Eglise, le 23 Septembre 1896 en son Hôtel, Avenue d’Antin au 65. Qui se
feront le 25 du courant à midi très précis en l’Eglise Saint-Philippe du Roule,
sa paroisse.
De Profundis !
De la part
de Joseph Gautier, son père, de Mr le Vicomte René de Kerret, son époux, de M
Charles Gautier, son frère, de M Adrien Munet, ses beaux-frères et de toute la
famille.
En ce vingt-troisième jour du neuvième mois de l’an de grâce 1896, le parvis de l’église était rempli d’une foule immense mêlant familles, anonymes et curieux.
L’homélie funéraire suivie des prières, du baptême et de la
bénédiction, durera trois heures, je dirais. J’étais au milieu de plus de six
cent personnes, au premier rang, aux côtés de mon parrain et d’Isabelle mais
j’avais l’impression d’être le seul dans toute cette assemblée. Je pleurais de
toutes les larmes de mon corps car j’avais perdu la plus belle femme de ma vie,
après ma mère.
Marie-Léonie ne sera inhumée ni à Paris ni à « Lugdunum » mais en la « Grande Paroisse » en la chapelle familiale du cimetière, aux côtés de sa fille « Mademoiselle », décédé en 1878 allant rejoindre les terres de son époux.
Le convoi
funéraire partait à bord du train « Paris-Corentin » et
le trajet durera trente-quatre heures.
Arrivé à la gare,
le train, loué par la famille s’arrêtait sur un quai se situant loin de la vue
des curieux. Le wagon dans lequel reposait Marie Léonie était recouvert d’un
drap noir. Les autres au nombre de huit se vidaient de ses occupants qui
n’étaient que des membres de la famille et des invités.
Une drôle de
voiture nous attendait au-devant d’une entrée privée du quai. Isabelle la
dénommait comme le carrosse de la mort. Mon parrain s’installait aux côtés du
cocher et de nombreuses autres voitures, calèches et char à bancs suivaient ce
cortège.
Ma marraine était
installée dans le cercueil reposant dans un emplacement situé à l’arrière de ce
fameux carrosse, tiré par six chevaux, drapés de noir. Il était construit en
bois, disposant d’un toit orné d’un épais drap laissant pendre une frise sur
laquelle des franges de velours noir avaient été brodées. Des clochettes y
étaient attachés à différents endroits. Les côtés étaient ornés de têtes de
mort et de squelettes. Ce qui faisait froid dans le dos.
Après avoir régler
les papiers de la succession en compagnie du notaire de la famille, Me Masson,
mon parrain avait dû vendre quelques immeubles lui appartenant en « La
paroisse de Saint-Iben » situés près du château, entre autres ceux
de « Coatiliou, Garzaven, Kerzinou, Kereau, Garzolic »
etc…
Le partage
effectué, il lui restera une certaine somme d’argent qui lui servira à aider la
population de la « Grande Paroisse » à vivre plus confortablement
car comme disait l’écrivain « Jacques Cambry (1749-1807) »
: Cette paroisse a un siècle de retard par rapport à certaines villes de
provinces.
Mon parrain
demandera à son ami Joseph Bigot de réaliser des plans pour faire élever une
halle couverte bien plus importante que celle déjà existante, car la « Grande
Paroisse » était un carrefour commercial où de nombreux marchands,
des quatre coins du département y passaient.
Mon parrain fera construire une école laïque et gratuite pour permettre aux jeunes filles de la campagne d’y être éduquées convenablement. Ce qui n’était pas courant, en Bretagne.
Il fera construire une amenée d’eau potable pour alimenter un puits se trouvant près de la Halle et sur celui-ci, fera élever une statue de la Vierge à l’Enfant. La légende raconte que l’eau provenait du château et rejoignait la paroisse par un sous-terrain long deux kilomètres.
Et enfin, religieusement, il financera le chemin de croix de l’église paroissiale, fera donation de deux vitraux ornés de ses armoiries et fera revenir les reliques de « Saint-Jaoua », patronne de l’église, se trouvant dans le Léon, aidé de son gendre.
" d"azur à trois fleurs de lys d'or au bâton péri en bande de gueules en abîme "
Il réalisera tous ces travaux pendant une année et en l’an 1897, il viendra nous rejoindre, au manoir de « Corentin » ne supportant plus la solitude en son grand château de « La Paroisse de Saint-Iben ».
Souvent, du fait
qu’il n’était pas tout jeune, son beau-frère, Georges de Bourbon-Busset allait
le seconder dans les taches à réaliser au château. Il fera construire à son
tour une école privée en « La Grande Paroisse » nommée « Sant
Mikel » qui accueillera parfois cent élèves internes.
A ce titre, la population les avaient reconnus comme Bienfaiteurs, pour toujours.
Quelques jours
après son retour, le garçon courrier nous envoyait plusieurs colis dans
lesquels se trouvaient des livres et journaux de toutes sortes. Dans un des
ouvrages qui s’intitulait : « Grand Monde Parisien et de la Colonie
étrangère «, nous pouvions lire ceci :
« Comte Georges et
Comtesse née Jeanne de Kerret, château de Quilien, adresse postale « La Grande
Paroisse » (Finistère), train Or « Kastell-Nin »
Georges de
Bourbon-Busset avait fait donation de quatre vitraux se trouvant en la chapelle
de « An Madalen » se situant en « La Paroisse de
Saint-Iben », située à proximité du château.
A l’Occident : Séguier et de Kerret,
A l’Orient : de Bourbon-Busset et de Kerret »
Un des journaux du
Pays Corse intitulé : « Le Petit Bastiais », avait consacré
un article à propos de mon parrain :
« M le vicomte de
Kerret, s’est présenté aux élections de député de la 2e
circonscription de la paroisse de « C’hastel-Nin » pour remplacer M Gueguen
récemment décédé. Au résultat général, le républicain M Gourvil a obtenu 5 515
voix et le monarchiste M le vicomte de Kerret, 3 976 voix »
Un soir dans le
beau salon impérial du manoir, chacun installé confortablement dans son
fauteuil, mon parrain nous avait proposé de nous lire un passage, le
concernant, se trouvant dans l’ouvrage écrit par « Maurice Halna,
baron du Fretay (1838-1901) » rendu célèbre pour avoir
abattu 344 loups en Bretagne.
Nous n’étions pas du tout surpris de l’annotation de M le baron car mon parrain était comme cela avec tous, d’ailleurs tout le pays journalistique utilisait les mêmes termes.
Au deuxième mois
de l’an 1898, il nous disait qu’il devait se rendre à Paris pour régler des
affaires et qu’il logerait en son hôtel parisien qu’il aimait tant. Il y
restera deux mois et ne rentrera qu’au quatrième mois de l’année.
Peu de temps
après, il sera affecté par de graves problèmes de santé et faisait souvent des
allers-retours entre le manoir et son château, accompagné de Georges de
Bourbon-Busset, le plus souvent possible, ce qui était plus prudent.
Son état ne
s’arrangeait pas mais il avait trouvé une passion transmise par son ami Joseph
Bigot : le dessin architectural. Il fera énormément de plans dont ceux de ses
deux moulins, de son château et ceux de la nouvelle chapelle funéraire
familiale située en la « Grande Paroisse »
La chapelle
construite de pierre de « Kersanton », matériau
modelable à la première utilisation et inusable, était ornementée de
contreforts au niveau du toit ressemblant fortement à ceux qui se trouvent sur
le mur des anciens remparts de la paroisse de « Corentin ».
Deux vitraux
avaient été apposés, un sur le mur Nord et l’autre sur celui du Sud. Nous
accédions à l’intérieur par une lourde porte en fonte peinte de bleu azur
ornementée de dessins et du nom de mon parrain.
Je pouvais remarquer l’autel de prières sur lequel se trouvaient deux petits réceptacles où étaient posés deux petits bouquets de fleurs. Elle était entourée d’un espace clos revêtu de dalles de granit, délimitée par une grille en fer forgé, ornées de pitons à revers se finissant par un portillon.
La devise, les armes et la couronne comtale avaient été gravées au tympan, le tout, surmonté d’une croix. Ce mausolée était gigantesque !!
Je ne voyais pas beaucoup mon parrain qui passait des journées entières à dessiner sans s’en rendre compte mais j’étais en permanence en compagnie de Jeanne, d’Isabelle et parfois d’Hermine qui venaient nous rendre visite.
Il m’avait parlé
un jour, qu’il devait rédiger un papier sur lequel était écrit ce qu’il
désirait après son passage vers l’Autre Monde :
« Je demande à Jeanne de
léguer assez d’argent à « La Grande Paroisse » pour leur permettre de
fondre les cloches de l‘église paroissiale »
Peu de temps
avant, il en avait fait la demande à son ami « Monseigneur l’Évêque
Henri Victor Valleau (1838-1898) » qui lui en avait donner
sa réponse négative.
Il me montra la
lettre qu’il lui avait envoyé et me disait en souriant :
« Voyez Michel, ce que j’ai
signé ! :
« M le vicomte de
Kerret, château de Quilien, La Grande Paroisse »
Je souriais et de
grâce, je l’embrassais en le remerciant.
Dans la première quinzaine
du cinquième mois de l’an 1898, il adressait une autre lettre à ce même évêque
dans laquelle il lui demandait sa présence au manoir, pour régler certaines
affaires.
Je passais mes
journées à ses côtés sur les conseils de Jeanne et d’Isabelle souvent pour
monter à cheval car il me disait vouloir m’apprendre à en faire. Nous allions
dans les prairies du domaine et je m’amusais tant bien que mal même si des fois
je tombais à terre. Il faisait cela avec goût et plus les séances passaient,
plus je me perfectionnais. J’aimais cela.
Un jour du
cinquième mois, il se hâtait d’être en ma présence afin que je le suive à la
grande écurie dans laquelle se trouvaient de nombreux chevaux et en ouvrant la
porte d’un des box, il me disait ceci :
« Michel, lorsque j’aurai
rejoint vos parents et ma mie, ce cheval en sera votre héritage. C’est une des
plus belles juments dont je suis propriétaire. Je j’avais acheté sur le marché
de « Briziac », il y a quelques années de cela, de plus, elle
a été baptisée au prénom de ma mère, Félicie »
Je le serrais dans
mes bras et lui disait :
« Oh mon parrain ! C’est un
très beau cadeau que vous me faites ! J’en prendrai soin, ne vous inquiétez pas
! »
Plus les jours
passaient, plus son état devenait critique et il lui était difficile de
s’adonner à ses activités quotidiennes. Le troisième jour du sixième mois de
l’an 1898, il m’envoyait prévenir Monseigneur l’évêque de venir au manoir, en
urgence car il se sentait très faible de corps et d’esprit. Je revenais alors
en sa présence et le laissa en compagnie de mon parrain qui lui avait ordonné
de lui donner l’extrême onction.
Le lendemain à
huit heures du matin, mon parrain rendait son âme à Dieu, entouré des siens.
Ce fut un moment
terrible à supporter et à vivre car il était lui aussi, l’homme le plus aimé de
ma personne, après mon père. Il m’avait tout appris, transmis mais pas assez à
mon goût. J’en étais heureux aujourd’hui de connaître toutes ces choses intéressantes
qui prenaient un sens dans ma vie. Je gardais ses conseils, ses idées, ses amis
et bien évidemment sa belle et adorable famille dans les dédales de ma tête.
Sur le bureau se
trouvant dans sa chambre, se trouvait une lettre qui m’était adressée sur
laquelle était écrit ceci :
« Mon garçon, vous m’avez gâté, je vous en remercie et
je vous aime ! »
Après avoir écrit
et découvert tous ces noms que je ne connaissais, je m’autorisais à prendre
place sur mon fauteuil crapaud de couleur vert situé sur le parvis du manoir au
bord du fleuve Odet, au fameux salon improvisé. Je me souvenais et me
remémorais tous les moments que nous avions passés ensemble. Il n’y avait pas
de mots pour définir cette personne qui m’avait appris plus de choses que
n’importe qui dans ce monde car mes parents n’avaient eu le temps de le faire
et je l’en remerciai.
Son corps était
présenté à l’intérieur de la bière, dans l’un des bureaux réaménagés pour
l’occasion dans lequel étaient allumés quatre cierges à chaque coin. Un nombre
important de personnes venait bénir son corps jusqu’à tard le soir. Au sixième
jour, la messe de cérémonie avait eu lieu au château et avait duré près de
quatre heures.
La grande famille
était entourée de notables, d’ecclésiastiques et de nombreux anonymes venus de
toutes destinations. Il était connu et aimé de tous.
Il allait être
inhumé, au septième jour, auprès de son épouse en sa paroisse tant aimée qu’il
aura respecté toute sa vie.
Le journal
Parisien « La Croix » dira ceci à propos de mon parrain :
«
Nous apprenons avec regret la mort de M le vicomte René de Kerret qui s’est
éteint au manoir de « Corentin » en Bretagne, 64 ans, après
une courte maladie. Cet homme de grand cœur, attaché à Dieu, le bienfaiteur de
l’humble et du déshérité, laisse d’unanimes regrets au milieu des populations
de « La Paroisse de Saint-Iben » et celle de la « Grande Paroisse
», venus en très grand nombre rendre les derniers devoirs à celui qui fut
l’exemple des vertus chrétiennes dans sa contrée »
C’était un texte
qui le représentait grandement et pleinement.
Quelques mois
après les cérémonies, Georges et Jeanne de Bourbon-Busset avaient commandé
auprès de la fonderie « Cornille-Havard située à
Villedieu-les-Poêles », les quatre cloches destinées à l’église
paroissiale, comme René-Maurice leur avait demandé dans son testament.
En l’an de grâce 1904, le 28 Juillet, en présence de : « Monseigneur l’Evêque François Virgil-Dubillard (1845-1914) et de Monseigneur Nicolas Bourvon (1848-1940), recteur de « La Grande Paroisse », de « Messieurs Le Pape et Féroc, vicaires, Mr le maire, Yves Le Guillou, MM Mével, Dantec, Glévarec, Saliou et Cariou » du conseil de la Fabrique », avait lieu la bénédiction de ces quatre pyramides de fonte nommées : « La, Si, Do, Mi »
La plus grande
sonnant la note la plus grave, « La », pèse 395 kilogrammes, porte ces
inscriptions :
« J’ai été nommée
Marie Léonie Renée Charlotte par mon parrain Charles Chevillote et par ma
marraine Marie Joséphine Jeanne de Kerret, comtesse Georges de Bourbon
Busset »
“Sancte Tujane ora pro nobis. Te deum laudamus »
« Saint-Tujen,
priez pour nous. Nous vous louons comme Dieu »
En attendant la
fin de la cérémonie, j’errais autour de l’église paroissiale et je pensais à ce
retour de mes origines qui ne se trouvaient non loin de là, à quelques
kilomètres. C’est ici que tout avait commencé, je revenais sur les pas de ce
voyage remplis de surprises et de transmission. A chaque moment que je
regardais cette église, je pensais fortement à eux et je me disais dans un coin
de ma tête :
« Nous nous devons d’être au plus près des
personnes qui en ressentent le besoin, autant dans les agréables comme dans les
pires moments »
Au lendemain de
cette journée mémorable, je me pressais d’aller retrouver « Félicie », ma jument, offert par mon parrain, dans les écuries du
château. Le domaine était bien calme, aucun bruit, aucune sonorité ne se
faisait entendre, à part le marteau de « Youenn », le
maréchal-ferrant de la ferme, qui faisait un bruit de cloche : « ding, ding,
ding ». Il était justement en train de préparer mon cheval.
Je m’approchais de
lui et dit :
« Bonjour Youenn, le
château est-il occupé, aujourd’hui ? »
Lui de me répondre
:
« Non, personne n’est
présent, vous êtes le premier, mon garçon ! Je l’ai juste ouvert pour l’aérer.
Je pensais à quelque chose il y a peu, vous vous rappelez lorsque vous êtes
venu ici pour la première fois ? Je vous regardais comme un étranger et maintenant
comme un aimant. Vous ne le savez peut-être pas mais j’étais un des confidents
de M le vicomte et un jour que j’étais à travailler la terre de mon potager, il
vint me voir et me glissait que vous étiez important pour lui et qu’il
n’oubliera jamais cette rencontre, faite il y a quelques années. Moi-même, mon
garçon, je suis fier d’être le gardien de cette humble forteresse, propriété
d’un homme comme il n’en existe pas beaucoup, à mes yeux bien évidemment !
»
Je lui répondais :
« Oh oui que je m’en
rappelle, de ce jour d’hiver si froid ! Cette rencontre inimaginable avec cet
homme ainsi que la découverte de ce lieu dans lequel il séjournait ! C’est
inoubliable dans la vie d’un enfant ! Puis-je vous poser une question ? Il
me faisait un signe de la tête qui correspondait à un oui. Me donneriez-vous
l’autorisation de rentrer au château ? J’aimerais le découvrir, seul »
D’un air humble et
triste, Youenn me disait ainsi :
« Oh Michel, votre question
n’a pas lieu d’être posée ! Je crois que vous êtes chez vous ! »
Je l’en remerciais
et prenais la direction du château en marchant le long du pré jouxtant le
domaine et me présentais devant le perron en regardant avec insistance,
l’armoirie posée au-dessus de la porte, je montais les quelques marches et
rentrais dans ce grand vestibule s’offrant à moi et dans cet intérieur sombre,
aucun bruit ne se faisait entendre à part celui des aiguilles de l’horloge : «
tic, tac, tic » dans lequel s’entremêlait une odeur spéciale, incomparable à
d’habitude, peut-être la sienne ou bien celle des vieux meubles, je ne saurais
dire.
Je profitais de
cet instant pour me retrouver avec moi-même et en faisant quelques pas, je
rentrais dans cette pièce où je me rappelais cette histoire qu’il m’avait
contée auprès du feu qu’il avait allumé pour l’occasion, dans cette belle
cheminée.
J’examinais son
secrétaire avec discrétion et j’observais que trois feuilles volantes étaient
présentes au-devant de son fauteuil, je me penchais pour regarder de plus près
et je pouvais voir qu’elles étaient ornées de notes de musique à chaque angle.
La première était
un texte destiné à ses amis et contenait une mélodie chantée, écrite en sa
langue maternelle :
Maner
Korentin, Meurzh 1895
Ma mignoned a greiz kalon
«
Biskoaz ' m-eus choarzet kemend-all,
'Vel
barz en Brasparzh an deiz-all,
O
weled ar wiz koz ene,
Paner ganti deuz hi
hostez,
Paner ganti deuz hi
hostez,
O
werza per dre an tiez »
Au dos de ce feuillet en était écrite la traduction car mon parrain m’avait expliqué il y a fort longtemps que jadis, ce dialecte n’avait jamais été écrit et que par conséquent il s’était transmis uniquement par la voie orale, de générations en générations. Mais aujourd’hui, quelques gens parlent une nouvelle langue d’un autre genre, parlée dans les grandes villes du pays. Il fallait donc traduire les textes pour que tous les individus comprennent :
Manoir de
Corentin, Mars 1895
Mes amis du fond du cœur
« Jamais je
n’ai tant ri,
Qu’à
Brasparts l’autre jour,
A voir la
vieille truie là-bas,
Portant un
panier à son côté,
Portant un
panier à son côté,
Allant de
maison en maison vendre des poires »
Sur la deuxième, une sorte d’homélie funèbre qui avait été chantée, à la chapelle dominicale de « An Madalenn » située proche du château par l’un des fermiers de mon parrain, au décès de ma marraine :
A ra an
ene paour 'vont e-maez deus an ti,
Kenavo, ma c'horf paour,kenavo 'lâran dac'h,
Deiz ar Varn Jeneral, me 'n em gavo ganac'h,
Deiz ar Varn Jeneral, ganac’h me’n em gavo
Me groge 'n ho torn, m'ho tigase en-dro,
Penaos kregiñ em dorn ha ma digas en dro?
Vrein e vin 'benn neuzen, pell amzer a wezo
Vrein e vin 'benn neuzen, pell amzer a wezo,
E poultr hag e ludu, evel ur bern douar go »
« Approchez, curieux pour entendre les adieux,
Que fait
une pauvre âme lorsqu’elle quitte son logis,
Adieu mon
pauvre corps, je te dis adieu,
Au jour du
Jugement dernier, je me retrouverais avec toi,
Au jour du
Jugement dernier, je me retrouverais avec toi,
Je te
prendrai par la main et je te ramènerai,
Comment me
prendre par la main et me ramener ?
Je serai
pourri à ce moment-là et depuis longtemps,
Je serai
pourri à ce moment-là et depuis longtemps,
En cendre
et en poussière comme un tas de terreau »
Et sur la troisième, un texte posé d’une relation entre une mère et sa fille :
Va mamm evidon me ya, me rank kaout eur paotr delicat
a zo eat d’an itali, eun neubeut amzer zo
na ne deu ket er gear, koz veo d eus va maro
Va merc h ganeoh ezom souezet, e vez c hwui touget ken abret
n oh eus ket nemet pemzeg, o ken vaio o c hwezeg
me chonje din e vagen, eur plac h pur ha parfet »
J’écrirais une belle lettre qui a du cœur à propos d’elle.
Sa mère, en la regardant, lui demanda un jour,
« Je vous trouve bien pâle ma fille Madeleine,
Votre visage est aussi jaune que celui d'un chiffonnier »
Selon ma mère, je dois me trouver un garçon délicat, partit en Italie
il y a quelques temps maintenant, mais qui ne revient pas. On parle de sa mort.
« Ma fille, cela m'étonne que vous soyez amourachée si jeune,
Vous n'avez que quinze ans et votre futur en a seize,
Je pensais élever une
fille sage et posée ! »
Quelques heures
plus tard, les membres de la famille se joignaient à moi tout en regardant ces
pièces, vides de corps et d’âmes. Les grandes fenêtres s’ouvraient une à une et
je pouvais voir au loin, la flèche du clocher de l’église de la « Grande
Paroisse » s’élever par-devant moi.
Hermine s’avançait
en me disant :
« Michel, nous avons
une lettre pour vous, je vous prie de la lire attentivement »
En la regardant,
je m’installais confortablement sur la méridienne pour la déguster des
yeux :
Les mots me manquaient car je n’avais jamais imaginé que cela s’arrêterait un jour. Je n’étais plus un petit garçon mais un homme âgé de trente-cinq années. Ne sachant comment les remercier, j’utilisais un mot de cinq lettres pour leur déclarer mon émotion humblement :
Merci, Moran Taing (Gaélique)
Après toutes ces émotions, Hermine me
disait alors vouloir retourner au manoir de « Corentin »
pour vivre aux côtés des siens. Elle fera donation du château de mon parrain à
sa sœur Jeanne et à son époux, Georges de Bourbon-Busset. Ils resteront deux
années et partiront en 1910. Ils avaient eu du mal à quitter « Le Palais de Saint-Iben », comme ils le nommaient.
Jeanne et son époux resteront eux,
jusqu’à l’an de grâce 1915 en attendant le départ de leurs deux fils en
partance pour la guerre qui allait se dérouler au front de l’Est, à Verdun.
Je restais avec eux pendant toutes
ces années et au moment auquel ils se décidaient à rejoindre leur autre château
se trouvant à « Lignières » dans le département d’Indre et Loire (37), je décidais de faire
de même pour découvrir à mon tour une autre région de ce département.
Jeanne me disait alors ceci :
« Michel, vous revenez en votre
terre, quand vous le voulez. Vous êtes ici chez vous ! Youenn se fera un
plaisir de vous ouvrir les portes du château. Vous prenez quelle direction,
pour votre aventure ? »
Je lui répondais alors :
« Je vous en remercie gracieusement
mais je ne sais pas si je pourrais revenir. Votre présence me manquera de trop.
Je vais rejoindre le centre de la « Grande Paroisse » et
j’aviserai du chemin à prendre »
Elle me suggérait ceci :
« Si vous le souhaitez, vous pouvez vous
présenter au « Château du Bot » en la paroisse de « L’Echine
des Chevaux », située à deux jours de cheval, vous y serez bien reçu,
je vous en rassure ! »
Après avoir monté ma jument que
Youenn avait pris soin de sceller, je l’en remerciais en la saluant. Elle
m’avait fait préparer deux linges remplis de gâteaux Bretons ainsi qu’une
bouteille de cidre, fraichement tirée de la barrique. Passé, le portail en fer
forgé, je regardais avec insistance ce domaine, chargé d’émotions et de
souvenirs en laissant mes larmes couler de tristesse.
Je prenais la longue allée cavalière,
sortant du domaine et je partais au galop jusqu’à « La Grande Paroisse ».
Arrivé sur la place sur laquelle se trouvait l’église paroissiale, je faisais
une halte nostalgique et je descendais alors de cheval pour me rendre en la
chapelle funéraire de mon parrain et marraine.
Agenouillé, au bord des quatre
marches se trouvant devant le portillon en fer forgé, je me recueillais pendant
une heure ou deux, je ne saurais dire, en les remerciant et en priant. Quatre
heures sonnaient au clocher, je devais malheureusement les quitter pour
découvrir d’autres trésors cachés. Je rejoignais « Félicie »
et je prenais la direction de l’Ouest.
Le chemin vicinal menant en la
destination qui s’ouvrait à moi était très difficile d’accès, il ne devait pas
être utilisé tous les jours, je prenais alors mon courage et j’affrontais les
creux et les ruisseaux, les arbres et les talus. A mi-chemin, je m’arrêtais au
lieu-dit « Le Village
en Dehors » où se trouvait une petite
hostellerie.
Après avoir attaché ma jument,
j’entrais à l’intérieur de la maison dans laquelle il n’y avait guère de
personnes. La tenancière était une vieille femme habillée du costume et de la
coiffe du « Pays Bidar », ce devait être le costume que portaient les fidèles, habitant
la partie Ouest des Montagnes de l’Arrée.
Je lui demandais alors s’il était
possible contre monnaie d’établir une paillasse pour la nuit, pour moi et ma
jument. Malheureusement pour moi, je ne me faisais pas comprendre, elle ne
parlait pas le Français. Après quelques minutes, un autochtone me fit signe
d’avancer vers lui et me dit :
« Ouais ! ici, la langue du
Diable, personne ne la connait ! Je vais traduire ta demande à la vieille Marc’harit ! »
Après quelques minutes d’attente
solennelle, elle me montrait du doigt, la pièce d’à côté, fermée par une porte
de paille et de genêt.
Je lui faisais signe de la tête en la
remerciant. L’homme assis sur sa chaise, devait l’être depuis des heures car à
chaque fois qu’il bougeait, l’assise en paille s’enfonçait et en me regardant
il me dit ceci :
« Etranger ! tu pendras bien le
menu du soir, quand même ? »
Je lui répondais d’un signe de la
tête qui voulait dire oui et lui demandais :
« Monsieur, quel en est-il du
repas ?
Etonné de ma façon de parler, il me
répondait :
« Damm, tu m’as l’air de bonne
éducation, dis donc ! Chans eo ! Ici c’est Soubenn-al-Laez !
Soupe de lait, si tu préfères ! »
En dégustant le bon plat préparé par
Marc’harit, je regardais au-dessus du comptoir où il était écrit deux phrases :
“Glao ober an eol a pare, ar zaout a vriskenn e
Menez Are”
« Il
pleut, le soleil brille, les vaches sont folles dans les Montagnes de l’Arrée »
Au lendemain, vers cinq heures du
matin, Marc’harit déjà levée me proposait un café, toujours en montrant du doigt. Il
était servi dans un vieux bol avec une épaisse couche de crème tirée du lait de
sa vache blanche et noire, de race « pie
noire ».
Je me devais d’attendre que l’épais
brouillard se dissipe avant de partir découvrir de nouveaux horizons car je ne
voyais pas à un mètre devant moi.
Une belle journée s’annonçait !
Après deux heures de route,
j’arrivais sur un plateau verdoyant sur lequel le soleil se levait. Je me
serais cru sur le toit du Finistère.
Je pouvais apercevoir le château de
mon parrain au sud, le Mont Saint-Michel au Nord et La Tour de Saint-Renan à
l’Ouest, le paysage était somptueux !
Tout à coup, vers l’Est, j’entendais
sonner les dix heures vers l’orée d’un bois de chênes. Je descendais alors de
cheval et je marchais tout droit en suivant la sonnerie des cloches. C’était
étonnant car je me trouvais devant le portail d’une église, perdue au fin fond
de la campagne. Le monument datait approximativement du XVIe siècle et en ce
lieu, les fidèles vénéraient Saint-Pierre. Je récitais, « cinq Pater et cinq Ave » avant de reprendre la route.
Deux heures plus tard, à trois
kilomètres de cet endroit magique, je m’arrêtais en l’auberge portant le nom de
« La maison du petit Joseph » pour demander au tenancier la direction à prendre pour se
rendre au « Château du
Bot ». Il me dit que j’avais un
petit bout de chemin à effectuer mais je ne pouvais le rater car ses flèches et
ses tours étaient voyantes de loin.
Arrivé à destination, je me
présentais au garde sortit de son logis :
« Bonjour Monsieur, je me prénomme
Michel. Je viens de la part de Jeanne de Bourbon-Busset, propriétaire du
château de Quilien en la « Paroisse de Saint-Iben ».
Le garde me dit alors :
« Bonjour mon garçon, je me nomme
Yann. Effectivement, je viens de recevoir mon garçon-courrier et je viens de
lire le message. Vous êtes le bienvenu ! Par contre, le maître des lieux,
son cousin n’est pas présent mais je vais vous installer dans l’une des
dépendances du château. Ce n’est pas très aménagé mais vous y serez bien, je
pense ! »
Je le remerciais et le suivais tout
en observant les alentours du parc, c’était un vaste domaine de plus de
quatre-vingt hectares dont les trois-quarts étaient boisés. Yann était un grand
homme, sobrement habillé portant un fusil de chasse à l’épaule et sa casquette
de cuir noire, vissée sur la tête. Il me disait qu’il était également un gens
d’arme car beaucoup de braconniers profitaient des bois pour chasser les bêtes
sauvages.
Nous arrivions au-devant du château
qui était magnifique. Yann me faisait entrer dans la dépendance avec avancée
nommée « Apotheizh », accolée, aménagée d’une table en chêne, d’une paillasse et
d’une cheminée avec un grand foyer. Dans la même pièce, à gauche, était
l’écurie séparée par deux énormes dalles de schiste dans laquelle se trouvait
une mangeoire et une auge toutes deux de granit.
Il me demanda alors ceci :
« Michel, voulez-vous que je vous
conte l’histoire de ce lieu ? »
Je lui répondais en souriant :
« Oh, évidemment que cela me ferait
très plaisir de la connaître ! »
Nous nous installions sur la table,
au-devant du foyer chaudement allumé, armés d’une bouteille de cidre et
j’attendais que Yann me conte cette belle histoire :
« Au XIVe siècle, il est attesté qu’il était propriété des
Seigneurs du Bot mais sera détruit en 1593. Un nouvel édifice sera reconstruit
vers 1730, pour le compte de « Jacques Joseph du Bot (1676-1737) et
de son épouse Gabrielle Jeanne de La
Rivière (1639-1699) »
La branche ainée s’est fondue dans la famille « Conen de Saint-Luc », le 25 Décembre 1758, par les épousailles de l’unique héritière de la maison, « demoiselle Françoise Marie du Bot (1741-1794) avec Gilles René Conen de Saint-Luc (1721-1794) ». Son frère « Toussaint François Joseph Conen de Saint-Luc (1724-790) » avait été nommé Evêque de Cornouailles (1773-1790).
« Gilles René Conen de Saint-Luc » était Chevalier et ancien président à Mortier au sein des Chambres du Parlement de Bretagne.
A l’avènement du Roy, « Louis Auguste de France, seizième du nom » il démissionne de sa charge puis s‘exile au château en compagnie de son épouse et de ses enfants.
Le 16 Octobre 1793, ils se feront arrêtés
et envoyés à la prison de « La Ville d’Ahès » sous peine
d’être des parents d’émigrés puis seront transférés à la Commune de Paris, dans
la Grand’ Chambre du Parlement, seront jugés par le tribunal révolutionnaire,
le 18 Juillet 1794 qui les feront exécutés sur la Place de La République, le même
jour.
Leur fille, « Marie Marquise
Charlotte Victoire Emilie », religieuse à l’Ordre des dames de La
Retraite, passera sur l’échafaud en prononçant ces mots :
« Parents bien aimés, vous m’avez appris à vivre !
Avec la grâce de Dieu, je vais vous apprendre à mourir ! »
Leurs corps seront jetés à « Picpus »
dans le 12e arrondissement de la Commune de Paris parmi des
centaines d’autres.
Un de leurs fils, « Athanase Conen
de Saint-Luc (1769-1844) avait épousé Jeanne Rose de Ploeuc (1786-1859) » au
château du « Larron de Saint-Cuffan ». Un des enfants, « Emile
Conen de Saint-Luc (1812-1888) » en sera le dernier
propriétaire »
L’histoire contée en était riche de
renseignements dont je n’avais jamais entendu parler de quiconque. Je l’en
remerciais car dorénavant, je serais plus instruit et je pourrais ainsi le
partager avec d’autres personnes dans le proche avenir.
Vingt heures sonnaient aux cloches de
la chapelle quand Yann me proposa de me rendre en sa maison pour y déguster le
diner qui n’était que des restes d’un chevreuil, abattu la veille dans le bois
du château. Lors du remplissage de nos panses, Yann me racontait des histoires
de toutes sortes et me posait beaucoup de questions en tous genres. A la fin du
repas, après avoir digéré, nous regagnons tous les deux nos chambrées car le
lendemain allait être une autre journée chargée d’histoire de ce pays, encore
méconnu pour moi.
Au jour suivant, à l’heure à laquelle
sonnait « l’Angélus », je pouvais apercevoir Yann, à travers les
carreaux de l’ouverture, qui s’empressait vers la dépendance et de me
dire :
« Allez Michel, lève-toi ! il y
a de quoi faire aujourd’hui, si tu veux en connaître davantage ! J’ai pour
mission de t’éduquer ! Nous allons marcher jusqu’à la paroisse du « Pays
du Hêtre » et je t’expliquerai tout cela sur la Grand’ Place »
Je sortais de ma paillasse et prenais
un café accompagné d’une grosse tartine de pain grandement beurrée comme il le
fallait. J’avais à peine le temps de finir de m’habiller, que Yann me faisait
signe de le suivre.
Nous traversions la longue allée du
domaine, sortions au niveau de la route après avoir passé le grand portail de
fer forgé et nous prenions un chemin escarpé tout en admirant les paysages
arborés de gigantesques hêtres, chênes et d’innombrables châtaigniers.
Arrivés dans la vallée nous traversions un cours d’eau dans lequel frayaient des jeunes salmonidés. L’eau était si claire que l’on se voyait dedans.
Au sortir de cet endroit, j’entendais
le cri d’un rapace qui n’était autre qu’un épervier, suivi de celui d’une buse
cendrée.
Yann me dit alors :
« Nous sommes arrivés ! Nous allons nous
asseoir sur la place du marché sur le banc des vieux, « Ar Re Goz »,
comme nous disons ici. Sois attentif à ce que je vais te transmettre me
disait-il »
« Je vais commencer tout d’abord par te
présenter la paroisse se tenant à un jour de marche d’ici. Celle de
« La Pierre Rouge de
Lumière » qui est un lieu
de pèlerinage, connu depuis l’an de grâce 1170, dans lequel se rassemblent, le
15 Août de chaque année, des milliers de fidèles qui y vénèrent Sainte-Marie.
Une majeure partie du département se déplace en grand nombre pour assister aux
messes matinales, Grand ’messes, vêpres et offices ordinaires. Les importantes
offrandes permettent et garantissent un avenir plus que certain aux
ecclésiastiques célébrant en cet endroit. L’église est appelée : « Dévote et Miraculeuse »
Ici nous sommes sur les terres des vicomtes du Fou. Avant l’an de grâce 1058, la vicomté avait pour seigneur, « Morvan du Faou (1031-1050) » et il en avait fait construire son château sur le même emplacement que la motte féodale, située au Nord-Est de la paroisse et cela en était devenu son siège. Vers l’an de grâce 1170, il fera construire un autre château fort en Haut-Lieu à « Castellum Novum » situé à plus de cinquante kilomètres d’ici, sur les terres du duc « Conan IV de Bretagne (1135-1171) »
Vers l’an de grâce 1160, dans une charte
attribuée à ce duc, il est mentionné qu’il existe en ce lieu une aumônerie
construite pour « les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem »
Deux siècles plus tard, pendant la Guerre de Cent
Ans qui avait duré, en réalité, cent quinze années, le vicomte « Guy du Fou (1330-1390), épousera Jeanne de Ploësquellec » et sera fait
prisonnier à la Bataille d’Auray en l’an 1375.
Leur fille, la vicomtesse « Thiphaine du Fou (?-1411) »
épouse le 13 Juin de l’an de grâce 1374, le chevalier « Jean II du Quelennec (?-1431) »
seigneur du Quelennec et de Bienassis, Lieutenant général et Chambellan du duc
de Bretagne « Jean V de Montfort
(1389-1442) »
Devise du Fou : Dieu, l’Honneur
Devise du Quelennec : En Dieu m’attends
Vers 1572, la vicomté passera aux mains de la famille « Beaumanoir de Guemadeuc » et vers 1626, à celle « d’Armand Jean de Vignerot du Plessis, duc de Richelieu (1629-1715) »
Vers 1736 à celle de « Rohan-Chabot »
et vers 1762 à celle de « Nicolas Magon de la Gervaisais et de la
Gicquelaye (1679-1765) », Gouverneur de Bretagne, conseiller au
Parlement et Lieutenant général des armées du Roy.
En 1768, il supprimera la vicomté pour en
créer le marquisat de la « Gervaisais »
A savoir que les vicomtes du Fou faisaient
partis des plus importantes familles de Cornouaille parmi lesquelles se
joignaient par alliances les seigneurs : « de la
Roche-Helgomarc’h, de Guemene, du Juc’h, du Nevet, de Ploeuc, de Guengat, de
Poulmic, du Kerlec’h du Chastel et de Tresiguidy puis les vicomtes de Rohan et
enfin les barons du Pont et de Rostrenen »
Les maisons bourgeoises se trouvant dans
la rue principale datent toutes du XVIe et XVIIe siècle. L’une d’elles a été
une fondation religieuse et une autre appartenait aux « Révérendes
Mères Ursulines » de 1676 jusqu’en 1690.
Cette paroisse avait également un grand
enjeu dans le commerce national (sable, céréales, vins…) puisque qu’elle
détenait une activité portuaire desservant les pays lointains comme le
Bordelais. En 1715, on y exportait 100 tonneaux de Blé et 100 autres de seigle,
sachant qu’un tonneau équivaut à 978 kilogrammes.
Après avoir écouté pendant près de deux heures cette étrange et fabuleuse histoire, nous reprenions la route pour rentrer au château. A notre arrivée, le garçon-courrier nous attendait avec un télégramme en main. Yann se mit à s’asseoir sur une bûche de bois se trouvant par-devant lui et me dit ceci :
« Il est arrivé malheur, chez
vous ! Jeanne de Bourbon-Busset nous informe que ses deux fils viennent
d’être tués à la guerre. Ils avaient 21 et 23 ans. C’est affreux ! »
Nous étions donc en 1918, à la fin de
cette guerre ayant fait neuf millions de morts et disparus dont un million de
français.
Quelques mois plus tard, je recevais
un nouveau courrier de Jeanne qui disait ceci :
« Bonjour Michel, voici ce que je
viens de recevoir de la part du Général de l’Armée. Je tenais à vous le faire
partager :
Tableau d’Honneur, morts pour la France
de BOURBON Marie Robert Philippe, vicomte de Lignières (18) par adoption de son oncle, né le 25 février 1894, fils de Georges de Bourbon-Busset et de Jeanne de Kerret, est engagé volontaire dans la cavalerie, passa sur sa demande, dans l'infanterie. Tombé glorieusement à Moronvilliers dans le département de la Marne, le 20 avril 1917 et mort le 24 suivant.
Citation : Bon soldat
courageux, toujours volontaire
de BOURBON Marie Louis Henry, né le 18 Février 1897, vicomte de Lignières à la mort de son frère Philippe, qui précède, à titre posthume. Il est engagé volontaire et brigadier au 8e Hussard. Tué de trois balles au front, dans un combat à pied, le 2 juin 1918, à l'attaque de la Loge-aux-Bœufs près de La Ferté-Milon dans le département de l’Aisne.
Citation : Bon
soldat allant et courageux.
Quelques mois plus tard, un homme svelte et grand, habillé très élégamment, se présentait au portail. Yann attendait ce « Monsieur », avec impatience ! Il s’agissait du Notaire, « Me Henry Marie Joseph Danguy des Déserts (1884-1973) » issu d’une famille de notables de la paroisse « Des deux Rivières » qui avait été maire de la paroisse de « L’Ermitage de Saint-Ternoc ». Il se présentait à nous en compagnie d’un autre homme un peu moins habillé, celui-là, qui se prénommait « Melen » d’une soixantaine d’années que personne n’en connaissait son réel prénom mais avait été surnommé ainsi car il avait les cheveux…jaunes.
Il était le gardien du château du
« Trou du Bois » en la paroisse de « La
Colline de Saint-Lohen » située à un jour de marche de celui du « Château du Bot »
Yann me regardant tristement en me
disait ceci :
« Michel, je suis au regret de
t’annoncer mon départ pour la ville de « Corentin » pour
quelques jours. J’ai été ravi de t’avoir rencontré, tu es un homme d’exception
que peu de personnes ne rencontrent. Je suis dans l’obligeance de fermer le
château. Je te propose de continuer cette aventure en compagnie de Melen qui
connait autant d’histoires de ce Pays »
Je lui répondais alors :
« Yann, tu m’as appris beaucoup de
choses intéressantes, cela me rappelle quelqu’un que j’ai connu il y a peu, tu
lui ressembles ! Un grand merci pour ton partage »
En nous quittant, il me disait qu’il
se chargeait d’envoyer un télégramme à Jeanne, de la prévenir de ma nouvelle
résidence.
Melen voulait me faire découvrir un
Haut-Lieu de la noblesse Bretonne, sur lequel, la vigie en était un ancien
château du Moyen-âge. Me Danguy des Déserts en était propriétaire mais n’y
habitait que rarement. J’allais rester en ce lieu pendant de longues années car
je voulais profiter et contempler ce domaine qui en était magnifique ! Il
surplombait un fleuve nommé « Aulne » d’un côté et de l’autre, mes Montagnes de l’Arrée, lieu de mon
enfance.
Après avoir monté ma jument, je
suivais le carrosse des deux hommes jusqu’à l’entrée monumentale du château,
devant laquelle j’apercevais une magnifique bâtisse de pierres de taille.
La paroisse de « La Colline de Saint-Lohen » était dotée de cinq manoirs, d’un château et d’une poudrière
Royale. Celle-ci était située en contrebas du domaine sur « L’île d’Arun »
en bordure d’une rivière.
Melen me dit alors devoir s’installer
au coin d’une prairie et d’un bois, parmi les longues herbes se dressant par
devant nous. Le soleil brillait sur le reflet de l’eau du fleuve et il me dit
vouloir me raconter l’histoire de ce lieu :
« Elle avait été construite en 1694
sur un ilot de 4 000 m2, ce fut le projet de deux ingénieurs, travaillant
en collaboration. D’une part, un Intendant de la Marine nommé « Hubert
Champy Desclouzeaux (1629-1701) » et de l’autre, le commissaire
général des fortifications, « Sébastien Le Prestre de Vauban
(1633-1707) ». Les plans se réaliseront grâce à
l’ingénieur-architecte, un dénommé « Molard ». L’édifice
servait au séchage, stockage et à la protection de la poudre neuve fabriquée
dans la poudrerie située en la paroisse du « Pont de l’Etendue du Buis »,
située à un jour de marche.
Les trois niveaux de planchers autorisent
de stocker sur 830 m2, jusqu’à 248 tonnes de poudre. En 1791, le stockage étant
trop petit, un dépôt principal est construit sur « L’ile des Morts »
en la paroisse de « La Colline pierreuse fortifiée »
Au début de la guerre 1914-1918, l’îlot
sera désaffecté faisant place à un autre dépôt plus conséquent situé à un autre
endroit du département et sera vendu bien plus tard pour devenir une propriété
privée.
A la fin de cette histoire très intéressante, ce qui m’en plaisait, Melen me proposait de partager la grande maison de garde dans laquelle il séjournait. Elle était pourvue de trois grandes pièces auxquelles nous pouvions accéder par un grand escalier central. J’avais un beau couchage au premier étage, Melen étant au rez-de-chaussée. Il y installait deux tabourets auprès du grand foyer de cheminée accolé au mur Nord et c’est alors qu’il me dit vouloir me conter l’histoire de ce très beau château du « Trou du Bois » :
« Un premier édifice a été construit au XVIe siècle mais il n’en reste que les vestiges d’un logement et d’une chapelle. Le propriétaire se prénommait « Charles Le Saulx et son épouse Catherine de Tregouët ». En l’an de grâce 1682, le logis est entouré d’une métairie, d’une chapelle, d’un verger, de plusieurs écuries et de jardins d’agréments. Vers l’an de grâce 1880, les nouveaux propriétaires issus de la septième génération, « Raoul de Boscal de Reals (1838- ?) et Marie Philomène Le Saulx de Toulencoat (1854 - ?) » feront détruire ces vestiges pour reconstruire leur nouveau château de style néoclassique. Les travaux dureront huit années.
L’année dernière, une étrange histoire s’y
est déroulée. Après le décès de Raoul, ses dix héritiers vendent l’immense
propriété comprenant 369 hectares, 18 fermes et environ 3 150 pieds d’arbres.
Un notable du département voisin nommé « Turmel », flairant la
bonne affaire, visite la propriété et s’en disant le nouveau propriétaire,
obtenait les clefs et commençait à exploiter
les pieds d’arbres provoquant l’ouverture d’une information judiciaire à son
encontre. Il sera reconnu coupable de nombreux délits financiers »
Armes de : Le Saulx de Toulencoat
« d’azur à la croix dentelée d’or »
« Michel, Michel, Jeanne vous a
écrit ! Elle vous annonce le mariage de l’une de ses filles ! Je peux
vous lire ce dont il s’agit ? »
Je lui répondais hâtivement en lui
donnant mon autorisation.
Ce qu’il faisait de ce pas :
« Par la présente, veuillez trouver
ci-joint notre invitation pour le mariage de Marie Anne Renaud Philippe de
Moutiers, né en la paroisse de la « Chapelle sur Crécy » dans le
département de la Seine et Marne, le neuf septembre 1888, fils d’Edouard Marie
Théophile et de Marie Octavie Antoinette de Curel, d’une part et de Marie
Blanche Henriette de Bourbon-Busset, née en la commune de Paris, le Quinze Mars
1900, fille de Marie Louis Gabriel Georges et de Marie Joséphine Jeanne de
Kerret. Nous vous prions de bien vouloir vous rendre le Sept Février 1923, en
grand nombre à la cérémonie religieuse, qui se déroulera au château de
Lignières dans le département du Cher »
Je regardais Melen avec un sourire
éclatant et radieux. Je m’exclamais de bonheur pour la famille et je lui
demandais de leur écrire un télégramme de remerciements en déclinant cette si
belle offre, ne pouvant me payer le voyage. Avec regrets.
Blanche de Bourbon-Busset aura hérité de plusieurs domaines et châteaux dont celui de mon parrain en « La Paroisse de Saint-Iben ». Le couple viendra de temps à autres y séjourner pendant la période estivale de chaque année.
Quelques mois plus tard, le
Vingt-Quatre Mai 1923, une affaire non élucidée à cette époque, allait faire
couler beaucoup d’encre dans les journaux et magazines de la France
entière :
« Pierre
Quéméneur, conseiller général du
département et notable de la paroisse de « L’Ermitage
de Saint-Thernoc » aurait été tué par
« Guillaume Seznec (1878-1953) », un commerçant originaire de « La Paroisse de Saint-Modiern » dans le « Pays Porzay ».
Après plus d’un an et demi
d’enquêtes, de fouilles et de recherches, le soi-disant défunt ne sera jamais
retrouvé ni même l’arme ayant servi au meurtre.
Le procès se déroulera au Palais de
Justice de « Corentin », du Vingt-Quatre Octobre au Quatre Novembre 1924.
Avant le délibéré de la sentence,
l’avocat de « Guillaume
Seznec », « Me Marcel Ascher Khan » dévoilera ses mots à la salle d’audience :
« Malheurs à
vous, jurés Bretons, si l’on peut dire un jour que vous avez condamné un
innocent ! »
Le Quatre Novembre 1924, la cour
d’assises du département décide de la culpabilité de Guillaume Seznec et rend
son verdict sur les accusations d’assassinat et de faux en écriture
privée. Il est condamné aux travaux forcés à perpétuité et est transféré au
bagne de Cayenne, sans preuves.
« L’homme
est un loup pour l’homme » et cela en disait long ! Comment fait-il
pour une condamnation dans laquelle il n’y a pas de preuves ?
Je ne
comprenais pas ce genre de décisions d’une soi-disant justice Française.
Sommes-nous tous vraiment égaux ? J’avais un doute ultime.
Revenons
à notre histoire, qui elle, est une des réalités justes.
Six
années suivant cette affaire, je prenais la décision de continuer ma route pour
me rendre dans une destination que je souhaitais connaître car plusieurs
fidèles m’en avaient parlé. Ils disaient qu’il fallait découvrir cette ville
tant importante.
Je
quittais alors, Melen, en le remerciant pour toute sa culture et son envie.
Je
montais ma jument d’un pas décidé et m’en allais en direction du Nord vers la
paroisse de « L’Hôpital ».
Après une
très longue journée de cheval, je me présentais à l’auberge se trouvant près de
l’église paroissiale qui portait le nom « Au Chalut ».
A la
descente de mon cheval, je rentrais à l’intérieur en demandant au tenancier
s’il était possible d’occuper un couchage pour une nuit. En me faisant un signe
de la tête qui voulait surement dire Oui, je me dirigeai vers une pièce se
trouvant à l’étage avec juste un lit, ce qui me convenait largement.
Peu après
mon installation, je redescendais pour manger mon souper qui n’avait pas l’air
très riche mais je faisais avec, n’ayant pas beaucoup le choix. Il y avait une
grande tablée sur laquelle étaient assises six personnes et en son milieu se
trouvaient une soupière remplie d’un bouillon ainsi qu’une très grande assiette
garnie de tranches de gros pain, délicieusement beurrées.
A la
suite de ce mets, la femme du tenancier nous apportait un grand plat d’étain
sur lequel était apposé un morceau de lard et de la bouillie de blé noir.
En
regardant les autres personnes se goinfrer en prenant de larges louchées, la
tenancière me dit alors, en souriant :
« Mon ami, je vous ai mis
une noix d’Or sur l’ensemble du plat, si cela peut vous inciter à manger !
»
Je la
regardais en faisant une drôle de tête et je comprenais que c’était de l’humour
car le lard baignait dans la graisse. La noix était vraiment très grosse !
Pour finir le repas, elle revenait avec un grand plat dans lequel avait été
cuit un autre met de ce pays, un far de gwinnizh-du, assaisonné d’épices,
ce qui m’étonnait car je n’en avais jamais goûter.
Un homme,
en me servant une part qui devait faire trois cent grammes à peu près, me
dit :
« Alors mon garçon, vous
avez l’air sceptique ! Cela ne vous plaît pas ? »
Je lui
répondais :
« Cela à l’air
savoureusement bon ! Je ne sais si je pourrais déguster tout ce
morceau ! Je voudrais vous poser une question, Monsieur. Vous mettez de
l’Or partout ?
L’homme
de me répondre :
« Je rigole, non pas pour
me moquer, mon ami mais personne ne m’a jamais posé la question. Sachez que cet
Or tient au corps des Hommes ! Mangez et vous m’en direz des
nouvelles ! »
Je
souriais à mon tour, du coin des lèvres en me posant la question de connaître
la mesure de graisse qu’il y avait à l’intérieur ! Ni une ni deux, j’avais
enfourné ce far et je me rendais compte qu’effectivement cela devait être sain
pour le corps ! C’était succulent !
Au bout
de la table se trouvait une vieille femme vêtue de l’habit monastique,
représenté par une longue tunique qui descendait jusqu’au chevilles et
surmontée d’une capeline qui enveloppait sa coiffure, cachant ses cheveux. A sa
taille, je pouvais y voir un chapelet et sur sa poitrine la croix du « Sacré-Cœur ».
Elle se
présentait à moi :
« Bonjour mon Fils, je me
prénomme « Sœur Marie Elisabeth, Mère Supérieure du prieuré de l’Ordre
de Saint-Benoît de l’Hôpital ». Et vous ? Quel en est votre
prénom et de quel endroit venez-vous ? »
Je lui
répondais alors :
« Bonjour ma Mère, je
m’appelle Michel et je viens du château du « Trou du Bois »
Sans
étonnement, elle me répondait :
« Si cela vous intéresse,
venez demain en mon couvent et je vous conterai l’histoire d’ici, « le Pays
Kernevodez ». J’ai entendu parler de vous, ce matin à la halle de la
paroisse. Vous m’avez l’air d’être intéressant et cultivé ! »
Je lui
répondais :
« Ma Mère, je vous en
remercie ! Je viendrais demain à la première heure vous voir avec des tas
de questions et d’interrogations ! »
Le
lendemain, je me présentais comme prévu au prieuré et arrivé devant le portail
de l’édifice, je sonnais la cloche deux tons. Quelques minutes suivantes, une
des « Sœur » m’accueillait en me disant à douce voix,
que la Mère Supérieure m’attendait dans l’enclos.
Je la
rejoignais et elle de me dire : « Bonjour mon fils, le lieu vous
plaît-il ? »
Je lui
répondais avec grâce qu’il en était d’une splendeur inouïe. Elle portait un
« scapulaire », vêtement recouvrant ses épaules à l’aide
de deux larges bandes d’étoffes. A la terminaison d’une d’elles se trouvait une
armoirie, portée par l’Ordre depuis le Vie siècle :
Maxime : « Ora et labora »
Elle me priait de bien vouloir m’asseoir sur le banc de granit, se situant à proximité d’une splendide fontaine d’où sortait un magnifique jet d’eau. Autour de nous, se trouvait de nombreuses plantes miracles nommées médicinales. Installés confortablement, elle me dit alors me raconter la tendre histoire de ce lieu :
« En 1072, « Justinius »,
un abbé du « Sanctuaire de Saint-Guénolé » crée une aumônerie
et un asile de charité en ce lieu qui deviendra bien plus tard, une paroisse.
Les moines du sanctuaire avaient fondé un genre d’hostellerie pour héberger les
voyageurs venant de « Saint-Matthieu Fini Tere » et prenant la
direction de « La Galice » pour se rendre à « Santiago
de Compostela ».
Au XIIe siècle, « les
Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem » seraient venus de leur
Commanderie en la paroisse de « L’Endroit Feuillu » situé en
la Montagne de L’Arrée, pour y assurer l’ordre et profiter de l’endroit.
Ils auraient construit une
maladrerie qui aurait servi à isoler les malades infectés par la Peste, en cet
endroit nommé « Tresquinet » à la place de l’ancienne
léproserie.
En 1507, « Jacques de
Guengat », seigneur de « Lossulien », deviendra le
propriétaire de cet hospice et en 1821, cet édifice deviendra le nom actuel de
la paroisse.
Le prieuré dépendait de
l’abbaye de la paroisse « Des Deux Rivières » et de nombreux
nobles avaient été détenteurs du poste de prieur pendant plusieurs
siècles : en 1485, « Kersulguen », 1543, « Keroulas »,
1557, « Kergoet » et en 1598, « Rodellec du
Portzic ».
Economiquement, la population
était pourvue d’un nombre important de laboureurs de terres qui y cultivaient
du lin et du chanvre destiné à l’industrie toilière. Grâce au chemin principal
reliant « Brest à Corentin », les céréales pouvaient être exporter par
le biais du port du « Camfrout »,
dans lequel étaient amarrées de nombreuses chaloupes et embarcations en tout
genre.
Notre paroisse était également
connue par les plus grands sculpteurs de l’école du « Fou du Bois »
grâce au géologue « Achille Delesse (1817-1881) » qui avait
découvert qu’un minerai unique se trouvait près de nos côtes.
Le premier site d’extraction
de la pierre de « Kersantite » se trouvait en la paroisse
« Du Lieu consacré à Sainte-Brigitte » au lieu-dit « Kersanton ».
C’est alors que le géologue
utilisera ce nom pour nommer la pierre qui avait la particularité d’être
malléable à la première utilisation, se présentant avec une texture ressemblant
à du magma et se cristallisant à la pose pour les siècles des siècles.
Viendront plus tard, d’autres
sites se situant au « Village d’Hascoët », à « Sant-Mac’harit et
enfin au « Port Blanc », tous situés en bordure de rivières et
bras de mer, non loin « des Paroisses du Château » »
De nombreux architectes vont ainsi pouvoir faire construire des statues, calvaires, stèles ou bien encore des chapelles funéraires.
Je
m’exclamais d’avoir reçu tout cet héritage de la part de Sœur Marie, mes yeux
s’écarquillaient tout seul et j’en étais rempli de joie et de bonheur d’avoir
pu connaître toute cette histoire.
Je lui
demandais alors ceci :
« Ma Mère,
m’autoriseriez-vous à ce que j’occupe un coin de l’une de vos écuries pour
pouvoir y séjourner quelques temps ? J’aimerais tant être à vos côtés pour
continuer à apprendre d’autres choses. En contrepartie, je vous aiderai dans
vos tâches quotidiennes »
Elle de
me répondre :
« Mon Fils, voilà que
vous me posez une question que j’attendais ! Je vous laisse le choix pour
l’écurie ! Vous restez le temps que vous voulez ! Je m’en vais
pressement envoyer un télégramme à Melen pour le prévenir de votre nouvelle
maison, si correspondance il y a, ce sera plus simple »
De lui
répondre :
« Je ne saurais jamais
comment vous remercier, vous me faites plaisir, Ma Mère ! Merci ! »
Je
resterais en ce lieu pendant une dizaine d’années mêlant mes activités aux
travaux des champs et aux coupes d’arbres entremêlé d’histoires au coin du feu
racontés tour à tour par les sœurs. Le temps était occupé par les prières, les
temps de paroles ainsi que par l’instruction de la vie du pays de France et ce
grâce aux journaux de la vie locale, « L’Ouest-Eclair et La Dépêche »,
remplis d’articles parlant de différents sujets. Rien que sur une page il
pouvait y en avoir une vingtaine. Les journées passaient assez vite, je n’avais
guère le temps de ne rien faire.
Depuis
1939, nous suivions les informations concernant l’avancement de la déclaration
de la guerre qui avait eu lieu entre l’Allemagne nazie face à l’Europe, au
Royaume-Uni, aux Etats-Unis et à la Russie.
Cela
faisait très peur et naïvement, nous prenions cet évènement à la légère car
nous en étions très loin de tout cela.
Pendant
l’an de grâce 1942, Sœur Marie recevait un télégramme et venait à ma rencontre
en s’exclama :
« Michel ! Blanche
vous a écrit ! Je peux vous le lire ? »
Je lui
répondais qu’il n’y avait aucun problème à cela. Voici ce qu’il en était
écrit :
« Bonjour Michel, j’espère que vous vous portez bien en votre département si cher à votre cœur. Nous avons dû rentrer à Paris au domicile des parents de Philippe et maintenant nous sommes contraints d’y rester. La Commune est devenue une ville déserte et nous sommes enfermés en notre maison sans le droit de sortir comme nous le voulons ! Jamais de ma vie je n’ai vu cela, nous en sommes démunis. Philippe et moi-même pensons très fort à vous et vous embrassons !
Signé : Blanche de Moutiers »
Cette lettre m’avait rendu triste et je prenais conscience que quelque chose de grave pouvait nous arriver ! Sœur Marie me réconfortait en priant.
Quelques
jours suivants, deux hommes habillés de noir portant un chapeau et un brassard
rouge autour du bras, sonnaient à la cloche. Ils se présentaient comme d’être
de la « Geheime Staatspolizei » appelée « Gestapo »,
une sorte de police secrète de l’Etat Allemand.
Ils
étaient à notre porte pour nous poser la question de savoir si nous ne cachions
pas de résistants ou de personnes de nationalité Juive. La Sœur les recevant,
de leur répondre négativement, ils s‘en allèrent comme ils étaient venus, sans
rien.
Sœur
Marie avait rassemblé toutes les sœurs, les journaliers et moi-même dans
l’enclos et de nous dire de sa bouche tremblante :
« A vous tous : L’Allemagne est en Bretagne ! »
Un long
moment de silence régnait.
La seule
chose à faire était de prier pour que malheur ne nous arrive. Elle me dit alors
que je devais rester ici jusqu’à la fin de la guerre et en aucun cas, il ne
fallait sortir.
En la fin
de l’année 1940, « L’Ouest Eclair », écrivait dans ses
pages le récapitulatif des catastrophes dues à la guerre, qui s’étaient
produites au fil des mois :
« En
Avril, dans le grand port de guerre de « Brest », les
Norvégiens débarquèrent une de leur force armée.
En Mai,
soixante convois de chemin de fer quittent Paris, chargés de l’Or de la Banque
de France qui seront transférés par camion au fort du « Portzic ».
En Juin,
cet Or sera embarqué à bord de cinq paquebots qui prendront la direction de la
ville de « Dakar » pour être mis à l’abri puis le
bassin n°9 du port de « Laninon » est bombardé par
l’aviation Allemande.
La « cinquième Panzerdivision », division blindée de la « Wehrmacht » s’emparent de la paroisse du « Relais du Mont » puis de celle de « Brest ». Les Allemands organisent un grand défilé dans les rues pour fêter leur victoire.
La
« Kriegsmarine » fait remettre en état la base navale
et l’administration civile Allemande installe la « KreizKommandantur »
dans la « Caserne Guépin » et « L’OrtsKommandantur »
à « L’Hôtel Moderne », ainsi, les drapeaux Nazis
flottent dans la cité.
Les zones
interdites sont mises en place et la liberté de circulation prend fin à 23h et
ne reprend qu’à 5h sur présentation du fameux « Ausweis ».
En
Juillet, les premiers bombardements aériens débutent. En Août, les avions
Anglais apparaissent dans le ciel Brestois ainsi que le premier sous-marin
Allemand, le « U-65 ».
En
Septembre, les Allemands démarrent la construction de la base sous-marine de
Brest et la « Royal Air Force » Anglaise, bombarde la
ville »
A la fin
de l’année 1941, « La Dépêche » en fait de même :
« En
Janvier, cinquante-trois avions de la « Royal Air Force »
bombardent les Allemands et douze bombardiers de la « Handley Page
Hampden » Anglais, larguent des mines dans la rade de Brest.
En
février, sept bombardiers de la « Vickers Wellington »
larguent des mines marines. Une formation de la « Royal Air Force »,
bombarde les navires Allemands.
En Mars,
une autre formation de cinquante-sept bombardiers détruit des navires
Allemands. Quatre-vingt-treize bombardiers attaquent les croiseurs Allemands,
en vain, car les nuages sont tellement épais que les bombes atterrissent sur la
ville.
En Avril,
« L’Hôtel Continental » subit un incendie et l’Hospice
civil abrité de deux-cent soixante-deux personnes dont vingt-cinq enfants, est
touché par cinq bombes.
En Juin,
la « 1-Unterseebootsflotille » Allemande prend ses quartiers
à la base.
En
Juillet, un tract incite les Brestois à mettre un linge noir à leurs fenêtres.
Le monument Américain situé sur le « Cours Dajot » est
détruit par l’aviation Allemande.
En Août,
l’unité de canons Allemands, appelée « DCA »
s’étoffe de trois cent trente-trois canons antiaériens.
En
Septembre, la première partie des travaux de la base sont terminées et le
« U-372 » l’inaugure. « Brest »
et sa banlieue sont sous les bombes »
Dans ce
journal, nous pouvions voir la promotion pour un cinéma de « Brest »
qui annonçait la sortie du film « REMORQUES » réalisé
par « Jean Grémillon (1901-1959) » dans lequel la
distribution de Grands acteurs était au rendez-vous : « Jean
Gabin, Madeleine Renaud, Michèle Morgan et Fernand Le Doux ». Une
des scènes avait été tournée sur le Majestueux escalier descendant du « Cours
Dajot » menant sur l’arrière-port.
Au jour
du Dix-Huit Juillet 1942, « La Dépêche » nous apprenait
que l’horreur venait de se dérouler en la « Commune de Paris »,
quelques jours auparavant, plus précisément au stade du « Vélodrome
d’Hiver » dans lequel 13 152 Juifs dont 4 115 enfants,
5 919 femmes et 3 118 hommes, avaient été arrêtés sur l’ordre d’un
haut fonctionnaire de l’état français, préfet régional, directeur de la police
française, collaborateur avec l’ennemi nazi, antisémite convaincu et haineux
individu, un dénommé « René Bousquet ».
Toutes
ces personnes seront internées pendant quelques mois dans les camps de « Drancy »
en Seine et Marne, de « Compiègne » dans l’Oise, de
« Pithiviers » et de « Beaune-La-Rolande »
dans le Loiret. Ils seront déportés vers les camps d’extermination « d’Auschwitz-Birkenau », « Treblinka »
et de « Sobibor » en Pologne et ceux de « Buchenwald »,
de « Dachau » et de « Bergen-Belsen »
en Allemagne et celui de « Mauthausen » en
Autriche.
Le Troisième Reich Allemand voulait faire du monde, une Race Pure en créant celle de « l’Aryen (Grand Blond aux Yeux Bleus) ». Les « Juifs », « Roms », « Sintés », « Tziganes », « Prêtre et Prélats catholique », « Témoins de Jéhovah », « Homosexuels » ainsi que les éléments asociaux tels que « les vagabonds et les criminels », devaient ainsi disparaitre définitivement de l’humanité.
Les
personnes à connotations « Juives » telles que : Sarah,
David, Cohen, Jacob, Isaac, Simon, Emmanuel ne deviendront que des numéros pour
l’Allemagne et la France Nazie afin qu’ils ne disparaissent à jamais dans des
conditions atroces face à une mise à mort immédiate.
Le nom de
cette horreur venait d’apparaitre dans les journaux : « La
SHOAH » qui représentait la persécution et l’assassinat contre
l’humanité.
Au mois de Décembre 1942, « L’Ouest-Eclair » nous remémorait les horreurs se passant à « Brest » :
« En
Février, les bombardements redoublent et la municipalité de « Brest »
est dissoute par le Gouvernement de Vichy. Après le départ des navires
Allemands, les bombardements cessent, « Brest » peut
enfin respirer. Le bilan est de trois-cent morts et douze résistants seront
fusillés au « Mont-Valérien » situé dans le département
de la Seine (92).
En Mars,
la base sous-marine est totalement terminée et le « U-213 »
fait partie de la neuvième flottille Allemande.
En juin,
les abris souterrains « Sadi-Carnot (1837-1894) et Wilson-Suffren »
sont en construction.
En
Octobre, les films Anglais et Américains sont interdits.
En
Novembre, les bombardements reprennent, la cible étant la base sous-marine que
les forteresses volantes n’arriveront pas à détruire, pourtant situées à cinq
mille mètres d’altitude.
Les
objectifs visés seront les dépôts de carburant et les voies de chemin de fer en
utilisant la technique du tapis de bombes puis trente-quatre bombardiers
essaieront pour la deuxième fois d’abattre la base.
Bilan :
trente civils Brestois meurent »
« ILS SONT PARTIS COMME CA »
« Ihil Perper, fils de Halm
et Sara Perper, né le Vingt-Cinq Décembre 1908 à « Akkerman »
en Bessarabie (actuelle Ukraine), arrive en France à l'âge de 19 ans et
s'inscrit en faculté à « Nancy ».
En
Janvier de l’année 1935, il soutient sa thèse de Doctorat en médecine, tout
comme son épouse Sonia Kaltniskaya, qui elle, est pharmacienne.
Ils lisent dans la presse spécialisée que l'on recherche un médecin en la
« Grande Paroisse ». Avec leur fille Rosine
qui a trois ans, ils s’y installent.
Leur
deuxième enfant, « Odette » naitra à Brest en l’année
1937.
En 1940,
le gouvernement de Vichy interdit aux médecins étrangers d'exercer en France. Ihil
Perper, obtient beaucoup de dérogations pour continuer son métier dans
la région.
En 1942,
leur troisième enfant, « Paul » verra le jour en
« La Paroisse de Saint-Eneour de la Montagne »
En
Octobre 1942, deux gendarmes Français de « La Paroisse de
Saint-Ibenn du Christ », répondant à un ordre venant de la « FeldKommandantur »,
se rendent au domicile où la famille réside depuis peu de temps. Ils seront
invités à les suivre.
Après une
nuit d'incarcération à la Gendarmerie située en la paroisse du « Relais
du Mont », le couple et ses trois enfants sont envoyés par train
dans « La Cité de La Muette » qui deviendra le camp de
concentration de « Drancy », surnommé l’antichambre de
la Mort, dans lequel ils y seront internés pendant six mois.
Le Vingt-Cinq Mars 1943, ils seront déportés par le convoi 53 au camp d'extermination de « Sobibor » en Pologne. Tous, vont périr en chambre à gaz ».
Ce texte était terrifiant. Il était marqué ceci : Lecteurs, lectrices, priez pour elles et eux
Au total,
il fera déporter 60 000 Juifs en France en une année.
En 1943, comme l’année précédente, « La Dépêche » nous offrait l’actualité se passant en la Cité Portuaire :
« En
Février, les écoles ferment et dix mille personnes sont évacuées parmi les
soixante-dix-sept mille habitants. Pour les jeunes gens âgés de 20 et 23 ans,
le Gouvernement de Vichy créée le Service du Travail Obligatoire « STO ».
En Mars,
la « Royale Air Force » largue quarante-quatre bombes
sur le quartier de « Recouvrance ».
Au cours
de ce même mois, le cinquième jour, « La Dépêche » nous
offrait le titre d’un article qui nous avait rendu très triste :
« Il est mort pour avoir été juif »
Ses amis
proches, Sacha Guirty, Henri Matisse, Charles Trenet et même des collaborationnistes
français ont tentés de le faire libérer en signant cette pétition :
« … La jeunesse française l’aime, le tutoie, le respecte et le
regarde vivre comme un exemple. En ce qui me concerne, je salue sa sagesse, sa
noblesse, sa grâce inimitable, son prestige secret, sa « musique de
chambre » pour emprunter une parole de « Friedrich Nietzche (1844-1900) ». Dieu lui vienne en
aide.
Ps : Ajouterais-je qu’il est catholique depuis vingt
ans ? »
Jean Cocteau (1889-1963), le
29 février 1944
Lors de son internement, en 1943, il écrivait de nombreuses lettres et poèmes dont celui titré :
Amour Prochain
« Qui a vu le crapaud traverser une rue ?
C’est un tout petit homme : une poupée n’est pas plus
minuscule.
Il se traîne sur les genoux : il a honte, on dirait… ?
Non ! Il est rhumatisant.
Une jambe reste en arrière, il la ramène !
Où va-t-il ainsi ?
Il sort de l’égout, pauvre clown.
Personne n’a remarqué ce crapaud dans la rue.
Jadis personne ne me remarquait dans la rue.
Maintenant les enfants se moquent de mon étoile jaune.
Heureux crapaud ! Tu n’as pas d’étoile jaune »
Voici l’épitaphe écrite sur une plaque, à l’entrée du cimetière de Saint-Benoit sur Loire :
« Allons ! Découpez-moi un bon morceau de marbre
avec dessus mon
nom en lettres d’or,
vous planterez
auprès tel ou tel arbre.
N’oubliez pas la date de ma mort »
MJ
Après avoir prié pour lui, nous continuions à lire les colonnes du Journal :
En Avril,
un bombardement visant un pétrolier de la « Kriegsmarine »
fait de gros dégâts dans le quartier de « Lambezellec ».
En Mai,
une seconde évacuation est ordonnée parmi les cinquante mille habitants »
Pour ce
qui est de la fin de l’année 1944, nos deux journaux régionaux nous informaient
sur la vie terrible des Brestois :
« En
Mars, l’occupant effectue de nombreuses recherches afin de localiser les
clandestins qui seront souvent arrêter.
En Juin,
les commandos de la « SAS » commencent à isoler « Brest ».
Avant et après le Débarquement de Normandie, les résistants des Forces
Françaises de l’Intérieur « FFI » et les Francs-Tireurs
et Partisans « FTP », dirigés par le Maréchal de France
« Pierre Koenig (1898-1970) » s’attaquent aux soldats
Allemands et aux policiers Français compromis à la collaboration de l’occupant.
Le sept
Août, jour du début du Siège, le huitième corps d’armée Américain dirigé par le
célèbre Général « Troy Middleton (1899-1976) » arrive à
Brest. Il tentera la Libération se confrontant à la « Brigade Ramcke ».
Outre
l’artillerie terrestre et les navires, les bombardiers de la force aérienne
Américaine « United States Army Air Forces » larguent
plus de mille bombes explosives au phosphore, coulant le navire Allemand
« Le Bismarck ».
En Août,
le Général « Hermann-Bernhard Ramcke (1889-1968) »
prend possession de la forteresse de Brest.
Quarante
mille personnes sont évacuées. La ville ne compte plus que deux mille habitants
et sera nommée ville fantôme.
Le neuf
septembre, une explosion détruira l’abri « Sadi-Carnot »
causant la mort de trois cents Français. Six cent Allemands seront carbonisés.
Le
dix-neuf Septembre après quarante-trois jours de « Siège »,
le Général « Troy Middleton » reçoit la
reddition des Allemands qui avaient préalablement sabotés les installations
portuaires.
Bilan : 1 553 jours d’occupation, 165 bombardements, 480 alertes, 965 morts, 740 blessés et 2 000 immeubles abattus.
La ville
est détruite à plus de 75%. A quel prix ?
Pour la
Libération, tout simplement »
Un homme politique dira ceci dans « L’Ouest-Eclair » :
« Ces heures noires souillent à jamais notre histoire et sont une
injure à notre passé et à nos traditions.
Oui ! la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des
Français et par
L’Etat Français !
Cette France, patrie des lumières et des droits de l’homme, terre
d’accueil et d’asile, ce jour-là, accomplissait l’irréparable.
Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à ses
bourreaux ! »
En 1946,
un article paru dans « La Dépêche » nous avait
bouleversé. Il parlait d’un grand écrivain nommé « Jacques Prévert
(1900-1977) » qui avait posé sa plume en souvenir de :
L'arrmistice se signera le huit Mai 1945 en attendant la fin de la guerre qui aura lieu, elle, le deux Septembre 1945 (Source United Nation)
Deux ans plus tard, en 1947, je m’étais rendu à « Brest » en compagnie de Sœur Marie qui m’envoyait sur l’esplanade du Monument Américain détruit en partie. Nous pouvions découvrir un port détruit de tous côtés et derrière nous un désastre qui lui faisait couler ses larmes sur son doux visage. Elle ne reconnaissait rien de sa ville natale.
Elle me murmurait au creux de l’oreille que je ne connaitrais jamais les pierres construites par nos aïeux depuis le IIIe siècle ni la Ville-Close fortifiée de l’époque médiévale et encore moins ce que construira, « Armand Jean du Plessis de Richelieu (1585-1642) » principal ministre du Roy « Louis de Bourbon (1601-1643), treizième du nom » en élevant « la Flotte du Ponant » en cette cité qui deviendra, l’un des principaux ports militaires du Royaume de France, dans lequel seront élevés huit vaisseaux dont « Soleil Royal » construit sur les plans de l’ingénieur « Laurent Hubac (1607-1682) ».
Après
avoir lu tous ces articles, je m’étais rendu compte que j’avais eu la chance de
continuer à détenir la Nationalité Française. Je ne pouvais que saluer et
remercier :
Mes cousins de l’outre-manche, les Anglais.
Ceux de l’Ouest Atlantique, les Américains, Canadiens et Australiens.
Et ceux du Nord de l’Europe, les Norvégiens
Sans eux, nous n’aurions jamais réussi à combattre l’Etat Nazi.
« Peinture de Jean-François Hue (1751-1823) –
Vue de l’intérieur du Port de Brest »
Après toutes ces explications, Sœur Marie me dit alors vouloir aller à l’ancienne église des « Sept-Saints » pour y faire une prière. Cette dernière se trouvait dans la paroisse primitive de « Brest » portant le même nom.
Elle
avait été remplacée par un autre édifice dont la construction avait débuté en
1686 et qui allait durer jusqu’en 1785. Tant de temps, à cause d’un différend
ayant eu lieu entre l’évêché de Léon et les prêtres jésuites qui affirmaient en
être les propriétaires. Elle sera quand même vouée au culte en 1702.
Trois ingénieurs s’étaient succéder pour le bon déroulement de cette érection, tout d’abord « Siméon Garangeau (1647-1741) » puis « Amédée François Frézier (1682-1773) » et enfin « Pierre Joachim Besnard (1741-1809) ».
Le nom de
« Saint-Louis » avait été donné en souvenir du roi
« Louis Capet (1214-1270), neuvième du nom »
Le
baldaquin du maître-autel avait été réalisé par Amédée François Frézier, en
1758 et le seul vestige restant de l’ancienne église s’y trouvait encore, le
tableau intitulé : « Le Martyre des Macabées ».
L’histoire
narrée par Sœur Marie, était très intéressante.
Plus nous
marchions parmi les débris des maisons et immeubles, plus nous avions du mal à
nous rendre compte du désastre que nous vivions. Sœur Marie se tourna vers moi
et me posa alors la question :
« Mon
fils, voyez-vous le clocher de Saint-Louis ? J’ai du mal à tout
reconnaître, je ne sais plus à quel endroit, nous sommes »
Je lui
répondais avec tristesse et émotion :
« Ma
Mère, elle se trouve par-devant vous ! »
Elle
voyait à ma tête que quelque chose n’allait pas et elle se retournait pour
découvrir cette image :
Elle avait été bombardée par les croiseurs Anglais, croyant que les Allemands avaient leur « DCA » dans le clocher. En vain.
Sœur
Marie était dans tous ses états et alla enjamber les ruines pour se rendre
compte du désastre. Elle me proposait alors de réciter la prière dédiée à
Saint-Benoit :
« Ô Dieu de grâce et de sainteté, donne-nous la sagesse de te connaître, l'intelligence de te comprendre, la diligence de te chercher, la patience de t'attendre, des yeux pour te contempler, un cœur pour méditer sur toi, une vie pour te proclamer. À la puissance de l'Esprit de Jésus-Christ. Amen. Puissions-nous écouter les autres avec l'oreille de notre cœur. Amen. Ô Dieu tout-puissant et miséricordieux, qui avez constitué d'une manière admirable en saint Benoît un perpétuel secours pour la défense de vos enfants, daignez m'accorder de lutter en cette vie avec son aide précieuse et de remporter la victoire sur mes ennemis. »
Une ville entière devait être reconstruite totalement. Nous aidions les familles ruinées à se reloger avec le concours de centaines d’ouvriers.
Un d’eux
me faisait savoir qu’ils avaient fait monter un baraquement pour les moments de
repos et grâce au poste de télégraphie sans fil appelé « TSF »
que nous avions, nous apprenions qu’avait eu lieu au Palais de Justice de la
Commune de Paris, le procès de René Bousquet, "le caisson fêlé »
comme nous le surnommions.
A la
sentence, le président du tribunal de Grande Instance prononcera le
mot Acquittement.
Personne
n’y comprenait quelque chose ! C’était odieux et honteux de la part de la
Justice Française de laisser en vie une personne de ce genre après
l’horreur qu’il avait commis !
Quelques
années plus tard, il sera abattu de cinq balles dans la tête et le coupable
sera condamné, lui, à dix ans d’emprisonnement.
Je me
demandais alors, qu’elle en était la signification du mot EGALITE ! J’en
avais posé la question à Sœur Marie qui ne pouvait me répondre car elle
comprenait ce que je ressentais et me disait tout simplement que ce mot ne
voulait rien dire.
Il avait
juste été inventé lors d’une Révolution car les défendeurs croyaient que cela
aurait pu durer plusieurs années, en réalité, juste cinq.
Je
pensais fortement à mes parrains et marraines, ceux qui m’avaient appris les
valeurs de ce pays et les bonnes conduites.
Ils
devaient s’en retourner à l’endroit dans lequel ils y étaient car ce temps-là
en était bien révolu !
Aussi
nombreux que nous fussions à reconstruire « La Cité du Ponant »,
nous avions tous honte d’habiter en ce pays de France que nous ne trouvions pas
en paix avec lui-même.
Sœur
Marie me demanda :
« Michel, mon garçon,
méritez-vous votre vie ? En avez-vous fait la synthèse ? »
Je lui
répondais :
« Ma mère, étant de
famille pauvre, je n’ai jamais été à l’école de « Jules Ferry
(1832-1893) » malgré cela j’ai quand même été capable d’apprendre et
de m‘instruire utilement et gratuitement. Je m’en suis donné les moyens tout en
rencontrant des notables, nobles, aristocrates ou de simples fidèles. Ils
avaient tous une chose en commun : transmettre leurs savoirs »
En
attendant sa réponse qui était :
« Mon garçon, j’en avais
entendu du bien de vous. Notre rencontre dans cette auberge n’est pas arrivée
par hasard, je dois vous l’avouer. Blanche et Philippe de Moutiers m’avaient
confié que vous aviez été instruit intelligemment. Je suis tout à fait d’accord
avec eux. Vous avez grandi tout depuis et je n’en connais même pas votre âge.
Quelle destinée aller vous prendre maintenant ? »
Je la
regardais tendrement et lui répondais :
« Ma Mère, je vous en
remercie également pour votre pensée positive et je vous confie que je rentre
dans ma soixante-dix-neuvième année. Je vais rester en cette ville de Brest pendant tout le
temps que Dieu m’autorisera à rester auprès de mes proches amis. Qu’ils aient
rendu leurs âmes à Dieu ou qu’ils soient vivants, entre les bombes
enfouies"
Avant de partir, Soeur Marie me demanda :
« Mon garçon, en avez vous rencontré votre dulcinée »
Je lui faisais un signe de la tête et lui répondais :
« Ma Mère, Oui, je l’ai rencontré et j’en suis heureux »
Prenant chacun son chemin et en se saluant, je me posais sur une pierre de granit se trouvant par devant moi et je commençais à retranscrire des textes écrits tout au long de mon magnifique voyage, sur l’un des cahiers de mon parrain (Cf Article 8)
Ici à « Brivates Portis », dans quelques années, un heureux évènement aura lieu : Celui de la naissance d’un autre garçon qui sera élevé dans de bonnes conditions par ses parents et sa famille aimée de tous :
Mon Auteur
Pour lui rendre hommage, je lui dédie ces armoiries :
« La Paroisse de Saint-Iben »
« parti,
au 1, de sable chargé en chef au rencontre de vache d'or, au 2, d'azur à l’épi
de blé d’or posé en pal, à la cotice d’argent brochant sur le tout, chargée de
trois mouchetures d'hermine »
Devise : “Pleiben war raok atao”
" La Paroisse de Brest "
« mi-parti, au 1, d’azur à trois fleurs de Lys d’Or, au 2, d’hermine plain »
"La Grande Paroisse"
Devise : « Digompez ha Dispar »
Signé : MICHEL
Le Voyage Enchanté N°2
1 - Plogastel Saint-Germain, 2 - Lanvern, 3 - Plomelin, 4 - Gouesnac’h, 5 - Bénodet, 6 - Ergué-Armel, 7 - Pleyben, 8 - Brasparts, 9 - Quimerc’h, 10 - Rumengol, 11 - Le Faou, 12 - Rosnoën, 13 - L’Hôpital-Camfrout, 14 - Loperhet, 15 - Brest
FIN

.jpg)
.jpg)


















.jpg)
.svg.png)

































.jpg)





.jpg)



.svg.png)
Commentaires
Enregistrer un commentaire